‹ Dame FortuneChapitre 29 sur 137 · P R E M 1ERE P ART1E · texte numérisé non relu

P R E M 1ERE P ART1E

—Bonté du ciel! s'écria Madeleine. C'est donc sérieusement que vous m'approuvez. . . Oh! Bernard, Bernard; est-ce bien vrai?

— Peut-être que non! répondit-il avec le même emportement. Il se conçoit aisément que je vous en veuille aujourd'hui plus que je ne vous en voulais hier de n'avoir pas de bien à m'offrir. Je ne vous avais peut-être aimée que parce que je savais qu'un jour vous deviez être riche ! Peut-être avaisje entendu parler de cet oncle chimérique que vous-même et votre mère vous croyiez mort depuis vingt ans ! Dès lors n'apercevez-vous pas le calcul que j'avais fondé sur votre tendresse? Oh! ce n'est point parce que vous êtes belle et que je vous croyais bonne que je me suis attaché à vous !

—Ami, s'écria Madeleine, épargnez-moi, je vous en prie. Ne le voyez-vous pas? c'était l'effet de la richesse; elle n'a fait que passer dans mes mains; elle m'avait déjà mis de mauvaises pensées dans le cœur. »

Mais Bernard demeura muet; sa colère s'était bien vite éteinte. C'en était fini de cette flamme rapide que l'injustice et les soupçons de Madeleine avaient éveillée sur ses lèvres; il réfléchissait maintenant! La richesse n'avait fait aussi que passer devant ses yeux : Dieu seul pouvait savoir

ce que l'illusion, en s'eufuyant, allait vraiment laisser dans son àme.

t J'ai eu tort, dit humblement Madeleine. Votre ressentiment est juste. Tenez! ne parlons plus de tout cela; il vaut mieux rentrer. Ce soir, je vous ai trop vilainement offensé, et vous avez besoin de réfléchir toute une nuit pour comprendre que je souffrais, qu'il faut être généreux et me pardonner... Mais vous ne m'offrez point votre bras. Ah ! Bernard, c'est trop m'en vouloir. »

Bernard lui présenta le bras et ils firent tous deux une centaine de pas sans se rien dire. Ce n'était pas que Madeleine ne sentît mille choses passionnées qui lui venaient à la bouche, mais elle les arrêtait au passage; son silence n'était rien de moins qu'un profond calcul, sa tristesse était une feinte : elle ne voulait point dissiper cette rancune légitime que lui gardait son amant et qui la rendait si heureuse. S'il n'avait point cl àme, se disaitelle fort justement, je ne l'aurais pas offensé.— La sombre mine que Bernard lui montrait depuis un instant la remplissait d'une joie bien plus douce que n'auraient fait tous ses sourires; ce généreux ressentiment d'une injure imméritée lui semblait de si bon augure qu'elle souhaitait de le voir durer plus d'un jour. Et cependant le repentir, la tendresse, un reste d'inquiétude inavouée ne ces-

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