‹ Dame FortuneChapitre 31 sur 137 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

Marseillette. Ces yeux abattus et bordés de larmes n'avaient point pleuré que la ricliesse perdue; ils pleuraient d'une douleur autrement profonde, d'une déception autrement amère; le notaire fut bien près de deviner la vérité. Ces larmes mal dévorées lui firent venir la pensée d'un amour trahi. Il se pouvait bien que l'amant de mademoiselle Marseillette, si elle en avait un, n'eût point approuvé son sacrifice, — et, à moins que ce ne fût un fou, il ne devait pas l'approuver. — Il se pouvait bien qu'enivré par la soudaine vision de cette fortune magique qu'il croyait déjà voir couler sous ses doigts, puis brusquement arraché à son enchantement d'une heure par l'inqualifiable résolution de celle qu'il aimait, il eût laissé son amour s'échapper avec son ivresse, et que.... Me Javognes pensa tout cela, car, nous l'avons dit, il connaissait admirablement les hommes; et, regardant encore Madeleine à la dérobée, il se prit à réfléchir profondément.

.Mademoiselle Marseillette, en reprenant la parole au bout d'un instant, le tira de sa rêverie : « Monsieur, lui dit-elle, savez-vous quel sera le premier de mes pauvres? Voici son nom : Charles Marseillette. Vous lui servirez, s'il vous plaît, une pension de deux mille livres. »

Le notaire bondit hors de son fauteuil. « Quoi !

s'écria-t-il, Chariot! Chariot qui a brisé votre vie, qui vous a insultée ici même, qui a insulté votre mère; Chariot qui vous a menti peut-être, en vous racontant l'histoire de son frère ! Car enfin, mademoiselle, si Chariot avait menti !

— Monsieur, répondit tristement Madeleine, sans même s'arrêter à ces derniers mots, il me semble qu'Honoré Marseillette, en dépouillant entièrement son malheureux frère, avait commis une dernière injustice....

—Et vous la réparez, interrompit froidement Me Javognes. Faites le bien à qui vous aura fait du mal! Ah! voilà qui est chrétien, très-chrétien.... Mais que voulez-vous que Chariot fasse de deux mille livres?

— N'est-ce point assez ? dit Madeleine

— Oh ! ce n'est pas trop, fit-il. Chariot ne sera pas un plus mauvais pauvre qu'un autre. »

Mademoiselle Marseillette tressaillit et détourna la tète.

« Et puis, reprit le sceptique notaire, après avoir prélevé ces deux mille francs pour Chariot, il vous en restera bon an mal an, trente-huit mille à distribuer à qui ne vaut pas mieux que lui.... »

Madeleine se le\a brusquement. « Je vous remercie, s'éeria-t-elle. Vous cherchez à m/éclairer; cela est bien! Comment ne sentez-vous pas le mal

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