‹ Dame FortuneChapitre 4 sur 137 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

0 merveille ! au bout d'un an il était déjà riche ! Aussitôt il quitta sa retraite, il sortit des limbes et se montra : si ce n'était pas sur le théâtre de ses anciennes prouesses, ce fut sur un théâtre bien voisin. Le compère connaissait son temps, et savait bien qu'entre tant de droits nouveaux la prospérité lui donnait avant tout le droit d'être lui-même ou de le redevenir; et, comme son jugement, en cette circonstance, se trouvait d'accord avec ses désirs, il redevint ce qu'il avait été, un viveur. Tout un certain Paris le connut bientôt, l'heureux Marseillette. Dans ce monde de plaisir où il rentrait comme chez lui, chacun se fit un devoir de l'accueillir honnêtement, car on sentit bien qu'on allait avoir affaire à un homme extraordinaire, qui n'était pas un pauvre homme. Personne, en le voyant, ne s'avisa de cette simple question : d'où vient-il? En un mois, il fut célèbre. Joueur sans merci, comme autrefois ; mais convive si facile, grand meneur de parties discrètes, aussi bien que tapageuses, Marseillette touchait à la gloire en même temps qu'à la cinquantaine, et l'âge l'avait bien encore un peu changé, mais sans que vraiment il y perdît rien. L'embonpoint avait décidément remplacé la grâce chez le fortuné Tourangeau ; la suite de tant de printemps traversés par tant d'orages, l'habitude enfin conquise de la bonne chère

DAME F ORIUXi:.

répandirent sur ses joues des rubis au lieu des roses. Plein de santé jusqu'aux lèvres, la force éclatait dans toute sa personne, surtout dans l'honnête sourire qui éclairait sa large face, et qui ne se gênait plus pour dire aux gens : « Je suis plus fin que vous. » Quant à son opulence croissante, il n'aurait pas souffert qu'on en doutât, ses habits lui servaient d'affiche. Il fallait voir la triple chaîne qui se croisait sur son gilet, et le faisceau de breloques qui lui battaient le flanc, et les bagues dont tous ses doigls étaient chargés, ce qui risquait pourtant de les rendre moins agiles, et la pomme d'or de sa canne. Volontiers aurait-il mis une clochette d'or à son chapeau. Ainsi paré comme un roi de comédie, ce robuste quinquagénaire était si beau, que souvent de vieilles Laisimi, tristement, cheminaient par les rues dans leur maigre fourreau d'indienne, s'arrêtaient à le voir passer, et ne pouvaient se défendre d'un soupir en se disant : «Il fut notre ami. » Marseillette, d'ailleurs, se prodiguait; on le voyait partout, presque à toute heure; quelques esprits chagrins affectaient seuls de s'informer du lieu où Marseillette pouvait être quand on ne le voyait pas. Son inexplicable oisiveté ii(3 laissait pas que d'inquiéter un peu ceux qui l'avaient connu jadis, avant qu'il n'eût eu la pensée de s'embarquer pour le nouveau monde.

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