‹ Dame FortuneChapitre 50 sur 137 · PREMIERE PARTIE. \2'S · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE. \2'S

pâleur d'ivoire, on était tenté de se demander si ce cœur battait encore comme les autres cœurs, et le docteur trouva en effet que. chez sa malade, la vie était si lente et si lourde, que cela ne pouvait plus s'appeler vivre. Cependant il vint a penser que ces quarante mille livres de rente lui donnaient bien des ressources, car la fortune est un plus grand médecin que toute la médecine; mais, comme il s'aperçut que Madeleine épiait sa pensée, il se mit à hocher la tète d'un air fort triste.

« Eh quoi ! murmura Madeleine, retenant un cri sur ses lèvres, y a-t-il donc lieu d'avoir quelque crainte ?

— Je irai pas dit cela, répliqua-t-ii vivement, mais on a toujours raison de craindre pour ceux qu'on aime. Yoilà une pauvre tète bien malade et des nerfs bien ébranlés. 11 est vrai que ces affections-là sont capricieuses autant que barbares, et que souvent il suffit d'un rien, d'une distraction offerte à temps, d'un changement d'air ou de climat, d'un voyage, en Italie, par exemple

—Un voyage en Italie ! s'écria Madeleine. Y songez-vous ?

—Vraiment ! riposta le bon docteur étonné, y aurait-il donc un obstacle? Encore une fois, mademoiselle, je ne veux pas être indiscret. Mon Dieu ! je ne sais que ce que toute la ville a pu ap-

prendre, et ce n'est ni mon goût ni ma coutume de m'immiscer dans les affaires de famille. Mais enfin, depuis quelque temps, s'il faut en croire la fumeur publique, votre situation, votre fortune.... ont bien changé, et c'est pourquoi je proposais ce voyage

—L'Italie ! répéta Madeleine, se parlant à ellemême; et pourquoi pas? Grand Dieu! pensa-

t-elle, je ne peux pourtant pousser l'honnêteté jusqu'à la fureur, jusqu'au crime, jusqu'à laisser mourir ma mère !.... Maman, s'écria-t-elle, entendez-vous ? Le docteur vous recommande un voyage en Italie. Pourquoi ne partirions-nous pas?

—Je ne sais si j'ai bien entendu, répondit la veuve du major en se réveillant tout à coup. Ma fille, ne venez-vous pas de me parler d'un voyage en Italie ?

— Oui, fit Madeleine en tremblant.

—Alors, vous êtes folle. Où voulez-vous que nous prenions les frais de ce voyage, si ce n'est dans un bien qui ne nous appartient pas ? Monsieur, ma fille a parlé comme un enfant. Elle ne songeait plus que nous étions pauvres.

— Pauvres ! s'écria étourdiment le docteur. Cet

héritage.

—Cet héritage a existé, poursuivit madame Maiseillette de ce même air insensible et mort, tvec le même accent de dignité impassible. Nous

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