‹ Dame FortuneChapitre 53 sur 137 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

naissance : c'était en son nom que Juliette la conjurait de demeurer et d'attendre. Madeleine y consentit aisément.

On n'était encore qu'au milieu de l'après-midi, quand revint Louis Marjolier* il avait fait grande diligence pour ne point manquer la visiteuse, qu'il supposait être au logis. Dès le premier pas, il hésita : le jardinet était si exigu que Madeleine se trouvait là devant lui, et la vit en entrant d'aussi près que s'il l'eût touchée. Le portrait que sa mère et sa jeune sœur lui avaient fait cent fois de leur bienfaitrice ne l'avait jusqu'alors persuadé qu'à demi. Mais en la voyant, il lui vint la pensée des anges, de ces anges gardiens auxquels on lui avait appris à croire dans son enfance. C'était là le protecteur invisible, se cachant sous la blonde chevelure et les traits mignons de cette jeune fille, qui veillait sur lui depuis sa naissance, et qui l'avait sauvé de l'opprobre et des tentations du malheur. 11 ne la salua qu'en tremblant.

Madeleine le regardait venir ; Juliette lui serrait le bras, lui donnait de petits coups et se mordait les lèvres pour ne point rire de l'embarras de ce pauvre frère. Madeleine aussi retenait mal sa gaieté; mais son regard vint à tomber sur les grosses mains encore noires et calleuses du jeune

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