‹ Dame FortuneChapitre 54 sur 137 · D A M E F 0 II T U X E · texte numérisé non relu

D A M E F 0 II T U X E

homme, et, devant ces stigmates de la peine et de la pauvreté, elle sentit que ses paupières se mouillaient. Louis était un grand garçon, sans beauté, mais non point sans grâce, avec une physionomie ouverte et les mêmes yeux noirs que Juliette. En ce moment, le trouble de ces yeux-là peignait bien des sentiments contraires ; par bonheur, il n'était plus en son pouvoir de prendre la fuite, car, si elle lui avait été permise, il y eût encore songé. Et cependant, si le courage lui faisait défaut pour aborder mademoiselle Marseillette, le désir ne lui manquait point, et le désir est brave. Il brûlait d'entendre la voix de l'ange gardien; mais il ne pouvait avancer, il n'aurait pu parler, il ne pouvait se vaincre. Lange eut pitié de lui, se leva, fit quelques pas vers le jeune homme, et, n'étant guère moins embarrassée que lui-même de ce qu'elle pouvait dire, prit le parti de lui tendre la main; alors il passa de la crainîe à une folle audace; il s'empara de cette petite main et se mit à la baiser. Ce baiser reconnaissance remua délicieusement le cœur de Madeleine. La sensation fut si douce qu'elle ne put s'empêcher de penser qu'autrefois Bernard aurait eu le droit d'en être jaloux.

Lorsqu'ils eurent pris place tous les deux sous les pampres à côté de Juliette qui les avait attendus, il y eut encore un moment de silence, carie jeune

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