‹ Dame FortuneChapitre 71 sur 137 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

dre par un soupir de colère et le même feu qui brillait dans les yeux de Madeleine avait passé dans les siens. Mais Madeleine n'avait rien vu.

Tout le jour et le lendemain, elle continua de s'emporter, de se débattre, de se répandre en malédictions comme un ange rebelle. L'esprit de vengeance lui soufflait de cruelles pensées à l'oreille ; elle se souvint de ces reines outragées, dont parle l'histoire, qui faisaient tuer sans merci un amant perfide et menteur et se dit qu'elles faisaient bien. Parfois elle se prenait à méditer sérieusement des projets insensés comme sa colère ; elle songeait à mettre sa fortune, sa personne, son âme aux enchères, à se donner sans réserve, avec le bien volé, avec l'héritage, à celui qui promettrait de punir Bernard comme on punit les lâches. D'autres fois elle retrouvait le calme pour un instant; il lui semblait alors que son cœur voguait sur un océan de mépris et elle se louait de son impuissance à se venger d'une lâcheté qui ne méritait que son indifférence. Mais le sentiment de l'outrage reçu revenait bientôt plus violent, plus acre, plus exigeant que jamais; et dans ces terribles moments, elle sentait qu'elle ne devait point vivre sous le poids d'une si grande honte et qu'il ne lui restait plus qu'à mourir si elle ne pouvait être vengée.

— Madeleine, lui dit tout a coup sa mère assise

auprès de la croisée, prenez garde à vous, voici le docteur.

Madeleine, depuis trois mois s'était si bien désaccoutumée jour par jour de la tendresse de sa mère, que cette fois, au plus fort de sa détresse, de son désespoir, elle n'avait pas même songé à se tourner vers elle. En ce moment encore, elle ne la comprit point; elle crut plutôt à quelqu'une de ces affreuses ironies dont madame Marseillette lui avait si souvent écrasé le cœur.

— Pourquoi prendrais-je garde à cet homme? répondit-elle.

— Madeleine, reprit la veuve du major, il est arrivé une fois que cet homme m'a visitée pendant votre absence, et que je lui ai raconté toute l'histoire de votre oncle et de s©n héritage. Je n'ai parlé qu'afin que toute la ville sût ce que je venais de dire, car je n'ai jamais cru comme vous qu'il fallût cacher nos malheurs... Ah! je n'ai que trop réussi ! Dieu m'est témoin, ma fille, que j'étais bien loin de croire que vous aimiez encore Bernard Lecour, et maintenant...

— Maintenant!... » s'écria Madeleine.

Le docteur Desglins entrait. Madame Marseiiiette serra la main de sa fille.

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