‹ Dame FortuneChapitre 74 sur 137 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

—Laissons cela, reprit madame Marseillette. Vous me parliez, il n'y a qu'un instant, de l'énergie de rame réagissant contre la faiblesse du corps. Comment ne voyez-vous pas que c'est mon à me qui est debout aujourd'hui? Comment n'avez-vous pas compris que je ne me trouve mieux que parce que ma fille souffre davantage? C'est à mon tour de veiller sur elle et d'essayer de la guérir.

—Ce qui veut dire que ce mieux-Là n'est pas du tout mon ouvrage, riposta le bon docteur en s'efforçant toujours de sourire, bien que ce ne fût plus que du bout des lèvres. Eh.! vraiment, vous avez raison, madame ! Les rôles sont changés ici, et puisque je ne le voyais pas, je ne sais plus faire mon métier. C'est mademoiselle qui est malade. Grand Dieu ! se pourrait-il donc qu'elle connût déjà la vilaine histoire dont la ville est pleine ce matin? »

Madeleine se réveilla en sursaut. « Quelle histoire? s'écria-t-elle.

—Enfin, monsieur? dit la veuve du major, ne nous avez-vous point rendu visite seulement pour nous la conter, cette histoire-là ? Parlez, maintenant. »

Madeleine s'était levée. Elle était devant lui, respirant à peine, les yeux plongés dans irs siens. Elle \ \it passer quelque chose de si clair et de si

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expressif que la lumière se fit en elle. A présent, elle comprenait les paroles de sa mère. Non-seulement cet homme savait pourquoi Bernard n'était point venu, mais" il devait n'être pas pour rien dans le dénoùment de cette lâche comédie ; il y avait pris une part qu'elle croyait définir ; il y avait travaillé d'une façon qu'elle était près de deviner !

« Monsieur, murmura-t-elle, je vous avais autrefois prié de ne pas prononcer ici le nom de M. Bernard Lecour, mais aujourd'hui... aujourd'hui ne m'épargnez pas.

—Mademoiselle, repartit impétueusement le docteur, je me souviens à merveille de la défense que vous m'avez faite; mais, si vous ne laviez point levée, je crois que j'aurais eu le courage de n'en plus tenir compte. Il ne sera pas dit que vous ne trouviez pas, dans vos malheurs et votre isolement, un homme de cœur pour mettre ses respects à vos pieds, sa vie entière à vos ordres, si» vous daignez vous en servir, et qui tienne à honneur de vous faire voir que tous les hommes ne sont pas des fourbes et des lâches. Eh bien ! oui, je vous parlerai de Bernard Lecour, si le mépris, plus fort que ma volonté, ne vient pas me fermer la bouche. La voici donc, cette laide histoire que vous ne savez point, et, celles, j'aurais mieux

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aimé qie c<- ne fut pas ; moi qu'échût le devoir douloireir; de vous er ms'ruire. Mais ici, vous le voytv.. malgré nvA je m'arrête

^-Ne m'épargnez pa| ! oéta Madeleine, vous v<;ycz V.t que je e.

— S : .-il eu pren. A air sombre et résolu, vx.ts le voulez! Voilà donc pourquoi celui que vous attendiez, celui qui devait venir vous demander pardon de son ingratitude, n'est pas venu! C'est que la vérité a éclaté enfin. Oui, mademoiselle, nous connaissons la source de votre héritage, nous avons le secret de votre conduite, et,- chacun s'incline devant l'héroïque probité qui l'inspire. Dès lors, que ferait ici Bernard Lecour? Vous êtes riche ; il faudrait qu'il vous épousât pauvre, comme si réellement vous l'étiez ; il faudrait qu'il se fît votre associé dans l'expiation, dans les aumônes, et non point dans les jouissances de la fortune. Il ne saurait plus rêver désormais de vous faire revenir sur vos belles résolutions, ce que sans doute il n'eût point manqué de tenter après le mariage ; il ne saurait plus vous abuser impunément par des promesses mensongères, se flattant de ne point les tenir. Fût-il votre mari, il ne pourrait plus, même de \otre aveu, s'il avait su nous l'arracher, porter la main sur cet héritage sans en être déshonoré pour jamais. L'opinion ne

le souffrirait pas, et il le sait Voiïà, jt vous le

répète, pourquoi Bernard Leeour n'e^t pa^ venu.

— C'est bien, lui dit Madeleine en se tovdcnt les mains, quoiqu'elle voulût paraître calme...; si je ne savais point cela, je l'avais deviné, monsieur. Vous

ne pouvez dire que j'en sois surprise Est-ce

que j'en ai l'air affligé ?

—Il est juste que vous ressentiez bien plus de mépris que de colère, répliqua-t-il avec chaleur. Madame votre mère m'assurait tout à l'heure que vous étiez malade; pour moi, je vous crois guérie. Ah ! mademoiselle, bénissez le hasard qui, en révélant l'origine de votre fortune, a mis la vérité entre vous et ceux qui vous trompaient. Et si ce n'était point l'œuvre du hasard, si c'était, par exemple, un ami inconnu qui eût tout découvert et qui eût parlé, et qu'il ne l'eut fait que pour vous servir, pour vous arracher des mains cupides où vous étiez si près de tomber, pour vous sauver

enfin si ce n'était là que le commencement de

son dévouement, et que

— Oh ! alors, je vous remercie, s'écria-t-elle en \c regardant. Mais a\ez-vous bien fait tout ce qu'il faut pour me prouver que je vous dois de la reconnaissance ? Celte vilaine lnstoire est -elle bien finie? N'avez-\ous rien de plus a m'apprendre ? Est-ce tout? o

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