PREMIERE PARTIE
car on se partageait sur Ta question de savoir si c'était du chocolat ou de la dentelle,— mais on n'ignorait pas du tout qu'il avait vendu quelque chose, et qu'à ce jeu innocent du commerce ou de l'industrie il avait gagné son million. Après quoi, il n'avait pas négligé de s'enrichir encore du nom le plus ridicule qu'il eût pu rencontrer, et Gaucheron s'étantmis au coules clochettes du Saint- Sorlin, s'était senti plus grand d'une coudée et tout à fait propre à jouer un nouveau rôle dans le monde. À cette époque, on n'avait pas encore imaginé contre les faux nobles de loi démocratique ayant pour but de relever les droits de la noblesse,' toute résignée à les laisser tomber en oubli ; il ne se trouva point de magistrats pour disputer le Saint-Sorlin à Gaucheron, qui ne songea plus qu'à mener jusqu'au bout son œuvre ambitieuse, en faisant acquisition du domaine qui lui était nécessaire pour achever de devenir un millionnaire comme irTaut.
.. avait alors a vendre à Saint-Denis, a l'extrémité d'un faubourg, une fort grande maison, entourée d'un fort grand parc. Quelqu'un affirma à M. de Saint-Sorlin que cela était la campagne; il le crut, puisque enfin cela n'était point Paris, et il acheta. Sans cet ami bien avise, qui s'était plu à démontrer au millionnaire que Saint-Denis, ville
d'usines, de pensionnats et de casernes, était une résidence champêtre, Bernard Leçon r aurait grandement couru le risque de ne jamais rencontrer la belle Laure de Saint-Sorlin sur le chemin de sa vie. La belle Laure était grande, brune, toute pleine de grâces cavalières, avec une taille qui faisait rêver, avec des yeux de velours qui ne laissaient point que de donner à réfléchir. Son éducation était parfaite. Ce qu'elle en tenait de monsieur son père n'aurait assurément pas été peu de chose, si, dans le cours de sa laborieuse existence, ce grand homme eût eu jamais le loisir d'apprendre quoi que ce fût au monde; mais le temps lui avait toujours manqué. Quant à ce qui en venait à cette belle personnede madame de Saint-Sorlin, samère, une anecdote qui courait la ville, disait là-dessus des choses fort plaisantes. — M. de Saint-Sorlin sachant que sa femme, née dans le Jura, était restée fort curieuse de ce qui lui rappelait son pays, avait eu un jour la galante pensée de faire venir dans son parc de belles vaches suisses avec un vacher de la montagne. Le cortège arriva en grande pompe et déboucha dans le parc avec un horrible tapage; les bêtes mugissaient, le montagnard soufflait à pleins poi niions dans son cornet, M. de Saint-Sorlin malmenait en tète ; on ne l'arrêta que sur la grande pelouse en lace de la ma son, et bien