‹ Dame FortuneChapitre 77 sur 137 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

que fort souffrante, madame de Saint-Sorlin, ranimée par les harmonies de la terre natale, ne manqua point d'accourir, mais, du plus loin qu'il avait aperçu cette dame si bien parée, le pâtre avait laissé tomber son cornet et s'était mis à rire de toutes ses forces ; puis se ravisant, marchant tout droit à la belle dame et se campant devant elle, les deux mains dans ses larges poches, il lui avait dit : « C'est-y donc bien toi, Marion? »

Cette parfaite éducation delà belle Laure n'avait pas été l'affaire de moins de dix ans et de vingt personnes du plus grand mérite qu'il y eût alors. Institutrices, gouvernantes, professeurs de langues et d'équitation, maître à danser, maître à chanter, maître à peindre ; non, la maison de M. Jourdain lui-même ne vit jamais un pareil concours de sauvantes gens. On les rencontrait à toute heure, venant à la file, le matin, à midi, dans la soirée. Et comme ils brûlaient tous à l'envi d'un zèle ardent et bien rétribué ! Quel dévouement à l'héritière leur élève! quel empressement à lui former l'esprit et le cœur ! Le succès ne leur manqua point. Ce jeune cœur se forma très-vite : mademoiselle de Saint-Sorlin n'avait encore que dixsept ans et quelques mois, lorsque son maître à chanter, qui chantait comme les anges, l'ayant invitée à faire avec lui une petite promenade sen-

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