PREMIÈRE PARTIE
ni la belte Laure elle-même, ne songèrent un seul instant à le repousser ou à le faire languir. Il y avait longtemps, bien longtemps, que M. de Saint- Sorlin contenait mal son impatience devoir arriver enfin à quelque chose de net un homme qui ne quittait point le logis depuis trois mois. Cet excellent millionnaire était si content de la famille accomplie que le sort et le ciel lui avaient donnée, (|u'i! n'aspirait qu'à la voir s'accroître. Cependant, ayant entendu dire que Bernard avait revu mademoiselle Marseillette, sa première fiancée, le bonhomme ne laissait point que d'en être un peu piqué contre celui qu'il regardait déjà comme son bien et sa chose, la chose et le bien de sa fille, son gendre, enfin, pour tout dire, et il s'en serait volontiers expliqué avec lui ; mais la belle Laure, en s'y opposant, s'était montrée bien plus sage. Ce n'était pas que la belle Laure ne fût aussi fière que toutes les autres jolies femmes qui s'épanouissent sous le soleil; ce n'était pas qu'elle ne connut à merveille le pourquoi de la longue hésitatioir*que Bernard avait mise à faire sa demande, le secret de ses incertitudes, ses constantes manœuvres auprès de Madeleine, ses espérances subitement ranimées de ce -là et la fin de l'aventure; ce n'était pas qu'au fond du cœur elle n'en voulût à la mort a sa rivale et a l'infidèle : mais c'était qu'elle pensait beau-
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coup et soirvent à sa promenade d'autrefois, au bord du lac Majeur, avec le maître à chanter. Voilà pourquoi, lorsqu'en présence de M. de Saint - Sorlin, qui ramenait en le tenant par le bras, de peur qu'il ne prît la clef des champs, Bernard lui dit : « Mademoiselle, je viens de supplier monsieur votre père de nr accorder votre main, » elle ne répondit que par une aimable rougeur et un sourire. Elle n'en gardait pas moins ses ressentiments contre le mari futur, mais elle souriait au mariage. Ambitieux, faible, vaniteux, jeune d'ailleurs, bien l'ait, beau de visage, Bernard lui plaisait, elle ne pouvait souhaiter mieux. Il est vrai que madame Lecour menaçait d'être une terrible belle-mère ; mais la belle Laure n'en avait jamais eu peur. Elle se sentait bien d'autres craintes.
C'est qu'en vérité l'hymen d'à présent est une sotte et bourgeoise chose ; la belle Laure ne s'en apercevait que trop bien. Elle aurait aimé ces mariages du temps jadis, qui se débattaient, s'arrangeaient, se concluaient en une heure. Les parents disaient oui; le notaire était dans. l'antichambre, on signait le contrat ; on se rendait à l'église, le vieux prêtre marmottait une messe : on en avait pour la vie. Oh! le bon vieux temps pour les jeunespersonnes qui s'étaient allées promener avec un maître à chanter! A présent, il y a les affiches, les