PREMIERE PARTIE
elle jeta vers sa rivale le regard le plus assuré du monde ; puis elle rougit alors, ne put se défendre d'une sourde exclamation de dépit, et involontairement recula.
Mademoiselle Marseillette n'avait, pourtant qu'une robe blanche ; mais elle était en point de Bruxelles. Elle n'avait aussi, pour toute coiffure, qu'un bandeau de turquoises et de perles, dont les douces couleurs se fondaient à merveille avec l'or pale de ses cheveux; elle n'avait mis ni bracelets ni collier, mais ses bras, ses épaules étaient nus, et des frissons lumineux glissaient sur cette peau vermeille et fraîche comme le cœur des roses. Qui ne se fût trompé à l'insolente simplicité de cette riche toilette? Vraiment, elle la portait comme une riche héritière; il y en avait bien pour dix mille livres. Madeleine prit le bras que lui offrait M. Évariste de Saint-Sorlin : madame Marseillette marchait de l'autre côté de sa fille, grave, roide et vêtue de noir; elle avait retrouvé son visage sévère et sa démarche belliqueuse : les spectateurs de cet étrange coup de théâtre revoyaient Bellone. La foule s'ou,vrit; on chuchotait, on s'interrogeait à demi-voix, on ne comprenait rien, mais on supposait tout et l'on se pâmait d'aise. Les hommes se formèrent en cercle au milieu du salon que traiversait l'héritière; les femmes, assises en galerie
le long de [a muraille, se levèrent d'un commua accord, dévorant dos yeux la robe de Madeleine, la fabuleuse robe, tandis que la partie masculine de
rassemblée se poussait des coudes en se montrant la mine atterrée de M. de Saint-Sorlin, le maître de la maison, le regard sombre de madame Lecour, la pâleur de Bernard et les joues enflammées de la belle Laure. Et cependant M. Évariste de Saint-Sorlin. le fils, conduisait mademoiselle Marseillette, d'un air de si belle humeur et le sourire aux livres !
Dieu, que la belle Laure s'en voulait cruellement, depuis une minute, d'avoir envoyé cette lettre ! Le trait qu'elle avait lancé contre mademoiselle Marseillette se retournait contre elle-même. Elle ne savait point que la petite Madeleine eût ce charme de fée, ce teint eu fleur, et ces grâces légères/et qu'elle viendrait ainsi, tout enveloppée de ces impertinentes dentelles. « Trois cents francs le mètre! dit-elle à sa belle-mère, la croyant à ses cotés. Il parait que le bien de l'usurier ne s'en est point allé tout entier dans les mains des pauvres. » Ni madame Lecour ni Bernard n'étaient plus là ; il n'y avait que M. de Saint-Sorlin, qui saluait comme un automate, car \t-< dames Marseillette passaient. Le> deux rivales échangèrent aussi un silul. et Lequel! puis un regard. M. Évariste, ar-