PREMIÈRE PARTIE
« Soyez sage, Madeleine, murmura madame Marseillette. Approchez votre fauteuil et rendezmoi votre main. Je vous répète que je suis mieux. »
Dans le transport de sa douleur, Madeleine saisit cette pauvre main décharnée qui s'ouvrait pour recevoir la sienne ; puis elle appuya de nouveau son front au bord du lit et continua de pleurer en silence. De temps en temps, elle relevait la tête et considérait sa mère avec une inexprimable angoisse. La malade semblait en effet reposer, comme elle l'avait dit. Elle dormait, car on entendait le bruit saccadé de son haleine; ce n'était bien que du sommeil. L'heure s'avançait; Madeleine sentait que ses paupières vides de pleurs s'appesantissaient malgré elle ; après cette horrible veille de trois nuits, la fatigue la vainquit enfin, elle s'assoupit à son tour.
La mourante rouvrit les yeux. Elle sourit une dernière fois du succès de sa feinte héroïque et de la pensée que sa fille ne la verrait pas mourir. Elle fit un grand effort pour se pencher vers ces beaux cheveux blonds qu'elle aimait tant et y colla sa bouche glacée; puis elle dégagea lentement sa main de celles de Madeleine, pendant un moment encore la regarda dormir, et le reste de sa vie s'échappa dans une larme.
L'aube blanchissait alors les vitres de la chambre. La veuve du major reconnut qu'il était temps. Elle croisa ses bras sur sa poitrine et mourut comme un soldat.