JOUR DE DEUIL
Les lis avaient des pleurs dans leur corolle ouverte, Les fleurs de nénuphars se mouraient en Veau verte, Et tout disait le deuil dans le parc endormi. Les nacelles voguaient sur le lac olivâtre, Et la douleur joignait le Cupidon d'albâtre, Qui semblait s'attrister à la mort de l'ami.
Dans le salon doré, les portraits des ancêtres,
— Vieux seigneurs chamarrés, jeunes marquises, prêtres, Avaient abandonné le sourire éternel.
Les glaces reflétaient la tristesse des choses,
— Canapés Louis quinze et tentures à roses, Se recueillant en un silence solennel.
Les volets étaient clos, les portes ogivales Closes aussi. — Le bruit assourdi des sandales Ne faisait plus vibrer les escaliers déserts. Un chèvrefeuille blanc, tout le long des murailles Grimpait, insouciant des tristes funérailles, Et, vivace, poussait ses glauques rameaux verts.
Et j'eus en mon esprit la morne souvenance
De cet ami défunt, connu depuis l'enfance,
Qui ne reverrait plus le château des aïeux -,
Je me souvins alors de son visage blême,
Et, tel qu'Hamlet, songeant à l'Eternel Problème
Je m'enfuis loin du parc, des larmes dans les yeux.