‹ Dames d'autrefoisChapitre 13 sur 57 · MARIE DE MÉDICIS · texte numérisé non relu

MARIE DE MÉDICIS

Tout arrive. On nous promet le rétablissement du Cours-la- Reine. Cette promenade, naguère admirable, est affligeante à voir dans l'état où l'Exposition de 1900 nous l'a laissée. On ne dira jamais des expositions universelles ni assez de bien ni assez de mal. De la dernière en date, le paysage parisien est sorti magnifiquement embelli. Quelques enlaidissements en sont résultés par compensation. Ils étaient, devons-nous penser, nécessaires, et d'ailleurs éminemment provisoires. Ce fut ainsi que le Cours-la- Reine se trouva transformé en une sorte de succursale des jortifs. On va ainsi le délivrer de toutes constructions parasites et lui rendre son souriant aspect de jadis. Il y a huit ans que les vieux Parisiens attendent patiemment ce petit bonheur. Hâtons-nous de dire que dans le Paris moderne un provisoire de huit ans n'est pas une affaire.

Le Cours-la- Reine, c'est le berceau de notre Paris des arbres. Nous sommes si ingrats que nous oublierions volontiers de quelle reine de France il était le « cours ». Les occasions de s'attendrir sur le souvenir de Marie de Médicis sont extrêmement rares. Saisissons celle-ci au passage. Cette personnalité si peu parisienne doit être vénérée, en tant que marraine des Haussmann et des Alphand. Dans les premières années du dix-septième siècle, la pleine campagne, la campagne utilitaire et laborieuse commen

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çait aussitôt après les Tuileries. Au delà du jardin royal, des prés et des labours s'étendaient jusqu'aux vignes de Chaillot. La veuve de Henri IV acheta tout un lot de terrains en bordure de la Seine ; elle en fit démolir tes masures paysannes. Trois allées, formées par quatre rangs d'ormes, remplacèrent les cabanes et les cultures. Cela fit une majestueuse promenade, fermée à ses deux extrémités par des grilles, où la reine et ses dames se rendaient en carrosse pour prendre le frais. Le cours, long de plus de sept cents toises, allait de l'Abreuvoirl'Evêque, hors la fausse porte des Tuileries, jusqu'à la Savonnerie de Chaillot. Cette allée était la première promenade plantée d'arbres que l'on voyait à Paris. Les ormes de la reine durèrent plus d'un siècle. Ils ne furent arrachés qu'en 1723, sous la surintendance du duc d'Antin. Le surintendant vint lui-même présider solennellement aux plantations nouvelles. Le Dictionnaire historique de la ville de Paris et de ses environs rend hommage à son activité : « Le duc d'Antin, pour lors surintendant des bâtiments du roi, fit la cérémonie de planter lui-même le premier de ses arbres et attendit que tous les autres le fussent. Ce qui fut exécuté en trois heures. » Cette solennité mit la surintendance en goût de planter. Auprès du Cours-la- Reine, on traça des allées nouvelles parmi les terres labourables et les garennes. Et les Champs-Elysées se créèrent. Nous les devons, sachons le reconnaître, à un caprice de Marie de Médicis.

Cetk petite réparation était due à la mémoire d'une personne qui n'est pas habituée à avoir une bonne presse. Une des découvertes de l'érudition moderne a été la réhabilitation morale et intellectuelle de Louis XIII. Nos anciens manuels scolaires s'accordaient à le présenter comme un malade et un pauvre d'esprit. Le moindre bachelier sait aujourd'hui qu'il f tt un grand roi, épris de justice, sévère, appliqué, scru-

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