‹ Dames d'autrefoisChapitre 14 sur 57 · MARIE DE MÉDICIS M · texte numérisé non relu

MARIE DE MÉDICIS M

puleux, et le plus magnifique soldat qui ait régné sur la France des lys. En revanche, sa mère est sortie en assez piètre état des mains des historiens. Toutes leurs enquêtes aboutissent à confirmer ce jugement de Saint- Simon : « Impérieuse, jalouse, bornée à l'excès, toujours gouvernée par la lie de la cour et de ce qu elle avait amené d'Italie, elle a fait le malheur continuel d'Henri IV et de son fils et le sien même, pouvant être la plus heureuse lemme de l'Europe, sans qu'il lui en coûtât quoi que ce soit que de ne s'abandonner pas à son humeur et à ses valets. » Marie de Médicis fut une dame d'une épaisse stupidité. M. Hanotaux a prononcé ce verdict équitable : « Henri IV était un bien mauvais mari, mais Marie de Médicis avait un bien mauvais caractère. » Les témoignages contemporains nous la présentent comme le type parfait de la femme qui fait des scènes. Mme d'Arconville a publié un manuscrit de Béthune sur les Principaux sujets de la mauvaise intelligence d'entre le feu roy Henri IV et de la reyne mère du roy. Ce document est un plaidoyer sans réplique en faveur de Henri IV, considéré au point de vue conjugal. Sully assistait à de lamentables scènes de ménage ; il vit la reine s'emporter contre son mari jusqu'à lever la main. Le veuvage ne la calma point. En 1615, Arnauld d'Andilly notait dans son journal: « La reyne s'étoit trouvée fort mal la nuit du 27, d'un grand flux de ventre qui la mène vingt-cinq ou trente fois avec du sang. On en attribue la cause à une colère qu'elle avoit eue le jour précédent.» Une personne de ce tempérament avait évidemment besoin de faire de fréquentes promenades au grand air. D'où le Coursla-Reine.

« Vous êtes entière, disait Henri IV à sa femme, pour ne pas dire têtue. » Les ambassadeurs vénitiens, ces merveilleux espions psychologues, si habiles à déshabiller les âmes, furent stupéfaits de la nullité de

la régente : « Le roi, dit l'un d'eux, a voulu souvent la faire entrer au conseil pour qu'elle se mette au courant des affaires et des intérêts du royaume. Mais, indifférence ou incapacité, la reine n'a nullement répondu à ses intentions. Elle est d'ailleurs d'un caractère peu sympathique. » Rubens fit les plus louables efforts pour présenter en beauté cette lourde masse de chair. Il ne détestait point l'obésité. D'ailleurs, ayant accepté la commande d'une apothéose, il consentit sans efforts à induire la postérité en erreur. C'était une des clauses de son contrat. Il observa toutefois, lorsque la reine venait lui rendre visite à son atelier parisien, « qu'elle n'entendait rien à la peinture. » Le portraitiste véridique de Marie de Médicis a été Guillaume Dupré. L'art de la médaille est une école incomparable de probité. Le maître français, fidèle aux traditions de sincérité des vieux imagiers, nous a livré toute la morgue et toute la sottise de son royal modèle. Devant ce profil d'orgueil maussade, une exclamation vous échappe : « Ah ! que cette femme devait être bête. »

Pauvre dame ! Nous lui devons tout de même quelques-uns des plus resplendissants chefs-d'œuvre de Rubens et la conception première des Champs- Elysées. Paix à sa grosse âme !

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