‹ Dames d'autrefoisChapitre 3 sur 57 · HÉLOISE · texte numérisé non relu

HÉLOISE

« Quand on a lu cette première lettre d' Héloïse, a écrit Rémusat, il est impossible de l'oublier. » Toute sa folie d'abnégation, son ivresse de sacrifice, son abdication agenouillée devant l'amant, son impénitenco amoureuse, la captive peut enfin exhaler tout cela. Elle se montre savante malgré tout, et dogmatique, et subtile raisonneuse, mais de temps en temps elle trouve d'humbles mots, comme en diront les grisettes abandonnées : « Comment as-tu pu me laisser si longtemps sans une lettre de toi ? » Abélard fit à cet hymne de tendresse et d'humilité une sèche réponse de moine dont le cœur est mort. Ce conceptuahste a été n'importe quel homme, lorsqu'il ne philosophait point.

« L'amour, avoue Mme Bertheroy, ne fut qu'un accident dans sa vie. » Et c'est cela précisément qui le rend petit, et quelconque, auprès de cette incorrigible adorable qu'était Héloïse. Elle resta jusqu'à son dernier soupir désespérée et ravie. « Je t'ai fait bien du mal », lui écrivait-elle. Elle s'humiliait, elle s'abîmait à ses pieds. Elle ne se repentait point.

L'instinct du peuple no s'y trompe pas. On dit « Roméo et Juliette », en nommant Roméo le premier, parce que les amants créés par Shakespeare ont été égaux dans la passion. Mais on dit « Héloïse et Abélard ». C'est Héloïse qu'on honore d'abord, parce qu'elle fut une humble femme, et femme uniquement, jusqu'au bonheur dans le martyre. Nous en voulons secrètement à Pierre Abélard, de n'avoir été, après tout, qu'un homme de génie.

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