‹ Dames d'autrefoisChapitre 35 sur 57 · LADY HAMILTON · texte numérisé non relu

LADY HAMILTON

Faut-il croire qu'elle resta absolument étrangère au marché dont elle était l'objet ? M. Fauchier-Magnan exige cela de nous. Il a dépouillé la volumineuse correspondance de son héroïne, terrible écrivassière, s'il en fut. A Naples, logée chez l'ambassadeur d'Angleterre, — avec sa mère, bien entendu, — Emma écrivait à Charles Gréville pour le supplier de la rappeler à Londres. Quelques-unes de ses lettres sont émouvantes. Une des dernières suppliques se termine ainsi : « Je ne serai jamais la maîtresse de sir William. Si vous me poussez à bout, je me ferai épouser par lui. » Ces lignes semblent indiquer de la désillusion.

Le mariage se fit et l'affreux Gréville fut châtié. Sir W. Hamilton connut alors le « bonheur domestique » dans sa plénitude. L'entrée en scène du vainqueur d'Aboukir changea ce duo d'amour conjugal en trio. Quelle fut l'attitude de sir William entre Emma et Nelson? Nous nous bornions à penser qu'elle avait été diplomatiquement correcte. M. Fauchier- Magnan veut en outre que nous y admirions de l'ingénuité. C'est là, qu'il nous permette de le lui dire, la plus dure de ses exigences. L'Angleterre n'a jamais eu l'habitude de recruter son personnel diplomatique aux paradis de la candeur.

J'imagine que M. Fauchier-Magnan dissimule l'ironie du sage sous des dehors miséricordieux. Il se méfie des grands mots et des gros mots. Il a l'air de nous dire à chaque page de son aimable livre : « N'oubliez point que je vous raconte là une histoire comique ! a Et en effet, à part quelques massacres auxquels la séduisante Emma ne fut pas absolument étrangère, tous ces gens-là et leurs aventures sont à mourir de rire. M. Fauchier-Magnan ne se moque jamais d'eux ; toutefois il laisse volontiers la parole à de joyeux témoins. Deux surtout, une certaine

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Mrs. Trench et Hugh Elliot, *n Anglais pince-sans-

rirc, se chargent de fournir la note ga

Tous deux assistèrent à des scènes héroï-comiques qu'ils ont su conserver à l'histoire. En 1800, le trio Nelson-Emma-William quitta l'Italie pour regagner l'Angleterre à petites journées. Il est Buperflu de dire que la « signora madré » était du voyage. Toute la famille fit halte à Dresde ; l'archiduc Charles, électeur de Saxe, réservait une réception triomphale au héros d'Aboukir. On resta huit joui> dans la capitale saxonne. Mrs. Trench se donna le plaisir d'observer les hôtes de l'électeur. Elle remarqua que lady Hannlton avait fâcheusement épaissi, qu'elle buvait sec, et que ses pieds étaient hideux. Pour la maman, elle a cette phrase elliptique : «Onnepeut s'attendre àla trouver autrement qu'elle n'est . » Mrs. Trench entendit chant. -r Emma : « Sa voix est bonne et très fort.', mais elle détonne fréquemment. » A un dîner chez les Elliot, la malicieuse mémorialiste fit encore diverses observations. La conversation étant venue sur la rareté des réceptions officielles à la cour de Saxe, lady Hamilton crut devoir s'écrier : « Alors, jamais de gueuletons ? » A en croire Mrs. Trench, l'assistance fut choquée. Aussitôt après, l'ambassadeur, cédant à cite contagion de volupté qu'Emma semait autour d'elle, imagina « de sautiller tout autour de la table, assis sur le coccyx, ses décorations, rubans, bras et jambes voltigeant de toutes parts». M. Fauchier-Magnan ajoute : « En somme, les Hamilton n'avaient eu à Dresde qu'un demi-succès. » Que voulait donc la Saxe ?

Hugh Elliot accompagna la caravane jusqu'à Hambourg. Au dernier moment, Emma, constatant que sa femme de chambre avait oublié certaines provisions se répandit en propos énergiques. Malgré son mépris pour tout ce qui était français, elle daigna se

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