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lesquels demandent à la postérité trop de ses loisirs. Il n'est rien de plus dangereux que d'avoir écrit cent volumes. N'empêche qu'en cherchant bien, l'on trouverait dans le fatras de Mme de Genhs, plus' d'une page digne d'être relue. Certains de ses Contes de la veillée ne manquent point d'émotion ; ses Mémoires ont une grâce venimeuse. « C'est toujours bien », disait Sainte-Beuve. Mais il ajoutait : « Ce n'est jamais mieux. » Concédons que ce n'était jamais mal. Ceci dit, je reste quand même en désaccord avec mon correspondant. Je l'ai contristé en traitant Mme de Genlis de « cabotine ». Je retire le mot qui n'est pas dans la langue du temps. Disons « comédienne » tout simplement.
S'il y eut au monde une créature de faux semblant, une âme fardée, ce fut Stéphanie-Félicité. Tout est mensonge chez cette ensorceleuse. De qui donc Barbey d'Aurevilly écrivit-il un jour : « Qu'on ne me parle jamais do* cette coquinette ! » Cette exclamation vous vient aux lèvres toutes les fois que rentre en scène le personnage maquillé de Mme de Genlis. Est-ce une raison, parce qu'elle a « roulé » son siècle pour que la postérité demeure sa dupe ? Ah! par exemple, elle a triomphalement joué ses contemporains, Pétion compris, et ce qui devait être plus difficile. Napoléon par-dessus le marché. L'empereur, qui n'aimait pas les pédantes, accorda sa confiance à cellelà. On dit, il est vrai, que c'était une confiance de fonds secrets et que Napoléon l'apprécia surtout pour ses qualités de fine mouche. La prêtresse de la pédagogie aurait joué un rôle dans la troupe policière ; l'emploi lui convenait à ravir.
Ouant aux bonnes âmes, elles en voudront toujours à Mme de Genlis du long martyre qu'elle infligea à l'exquise et douce duchesse d'Orléans. Feuilletons encore le charmant recueil d'images, si éloquemment
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commenté par M. Anatole Gruyer: [a. Jeunesse du roi. Louis-Philippe. Voici la reproduction d'un tableau <lu musée Condé, la Fête de la Sauvinière. Il n'est rien <le plus complètement genlis dans les fastes de la genlis-
serie. L'œuvre déborde de sentimentalité Louis- Seize. Si Jean-Jacques avail assez vécu pour connaître cette peinture, il eût exigé d'Emile et de Sophie qu'ils vinssent la baigner de leurs pleurs.
Mme de Genlis a longuement raconté dans ses Mémoires comment elle organisa cette pompe domestique. La duchesse d'Orléans, toujours languissante, était allée aux eaux de Spa. La source de la Sauvinière , dont la renommée quasi-miraculeuse remontait à Pline, lui rendit la santé. Mme de Genlis excellait dans les tableaux vivants. Toute fillette, elle avait si joliment figuré l'Amour qu'on n'avait pu se résoudre à lui enlever ses poétiques oripeaux ; elle avait continué à porter, dans la vie quotidienne, son arc, son carquois et une paire d'ailes couleur bleu d'azur. Elle enlevait seulement ses ailerons le dimanche, pour aller à la messe. Aux processions, l'Eros païen se métamorphosait en angelot de missel. Depuis fors, Stéphanie-Félicité vécut perpétuellement en ce double costume de mascarade. A la Sauvinière, elle organisa tout un petit carnaval larmoyant. Sur son ordre, on éleva, sur un tertre de gazon, un autel à la Reconnaissance, en marbre blanc. Les quatre enfants d'Orléans, ses élèves, travaillèrent, pendant trois semaines, à l'édification de ce monument. Au jour dit, toutes les jolies personnes sensibles de Spa furent priées de se rendre à la fontaine, « vêtues de blanc, rvec des plumes blanches, des bouquets, des écharpes de fleurs de bruyères et des rubans violets ». Tandis que la musique du Vaux-Hall remplissait les bois d'harmonie, la duchesse d'Orléans parut, tendrement soutenue par Mme de Genlis. Ses quatre enfants,
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Chartres, Mofâtpensier, Beaujolais, Adélaïde, étaien groupés autour de l'autel, selon toutes les lois de la composition. Le roi Louis-Philippe, coiffé en catogan, avec un soupçon de poudre, culotte chamois, habit bleu et bas blancs, était armé d'un stylet et semblait graver lui-même cette inscription : « Les eaux de la Sauvinière ayant rétabli la santé de Mme la duchesse d'Orléans, ses enfants ont voulu embellir les environs de cette fontaine. Ils ont eux-mêmes tracé les routes, enlevé les pierres, planté les fleurs et les arbustes, et ils ont défriché ce bois avec plus d'ardeur et d'assiduité que les ouvriers qui travaillèrent sous leurs ordres. » Telle est l'églogue qu'a reproduite le peintre du musée Condé. Auprès des disciples princiers de la perle des institutrices, on voit encore les jeunes amies de Mme de Genlis, Henriette de Sercey, et ce chef-d'œuvre vivant de pédagogie, Paméla, la divine Paméla qui « savait courir comme Atalante ». L'effet produit, les enfants de la duchesse abandonnèrent la pose et vinrent se réfugier dans le sein maternel. Mme de Genlis se rappelait avec attendrissement, trente-huit ans après, cet épisode de son roman scolaire. C'était le temps où, plus que septuagénaire, elle posait pour la vestale du pot-au-feu ; les visiteurs qui venaient lui rendre hommage la trouvaient épluchant des poireaux et écumant le bouillon. Elle enlevait son tablier de cuisine, et la muse apparaissait soudain sous la ménagère. Après tant d'années et tant de fortunes diverses, elle pleurnichait encore au souvenir de la fête de la Sauvinière. Et elle écrivait : « Tout ce qui était là fondait en larmes. Ce qui prouve que les émotions les plus vives sont souvent produites par les choses les plus simples. »
Voilà ce qu'on voit dans le tableau, d'ailleurs délicieux, de Chantflty. Ce qui ne se voit pas, c'est
le dessous cruel, affreux, saignant, de cette impude comédie. Et le mot de cabotinage s'écrit de lui-même. L'organisatrice de cette cérémonie de famille est, ne l'oublions point, ta maltresse en Fonction du papa. Ouvrons un volume de notre ami Lenotre; nous y trouvons une lettre de la dui he 3e d'Orléans qui va commenter lamentablement la cérémonie de la Sauviniêre : « Mon cher ami, écrit-elle à son mari, vous avez déjà fait beaucoup pour mon bonheur en m'accordant mes enfants un certain nombre de fois par semaine. Je ne veux plus revenir sur le passé, ainsi que l'ai déjà dit. Les torts que je reproche à Mme de ' lis existent et ne peuvent être détruits, ni par son Journal, ni par tout ce qu'elle pourra vous dire : c'est rtioi qui ai vu et entendu tout ce qui m'a déplu. »
Entr'ouvrons encore certain dossier de documents inédits. Nous y lisons une lettre, non datée, où la mère, seA fée de tendresse filiale, exhale moins discrètement sa plainte. Fut-elle envoyé* cette lettre ? NoUë l'ignorons. En tout cas, elle l'ut destinée on ne sait auquel de ces quatre enfants qui, autour de l'autel de la Reconnaissance, faisaient si élégamment les gestes de l'amour fdial :
« Il n'y a pas de réponse à faire à votre lettre, mon enfant. Aussi ai-je laissé partir votre courrier sans lui en donner une. Que vous dirai-je, d'ailleurs ? Que je suis malheureuse, vous le savez ; que je suis I rês souffrante, vous ne l'ignorez pas ; mais vous vous y êtes montrés bien indifférents, car mes enfants sont les seuls qui n'ont pas seulement envoyé prendre de mes nouvelles. Les personnes que je connaissais le moins m'ont donné cette marque d'intérêt. Cette différence m'a été au cœur. Je vous ai mandé à tous que j'étais dans un état affreux. Pas un de vous ne m'a témoigné la moindre sensibilité à cet égard. Tous vos sentiments, toutes vos pensées avaient un autre objet que