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GLAIRE DE DURAS

Quelqu'un osera-t-il jamais écrire cet ouvrage encyclopédique : les Femmes de Chateaubriand ? Nous ne sommes plus au temps où la librairie savait consacrer une vingtaine de volumes à un seul sujet.

Bornon3 ici cette matière,

Les longs ouvrages me font peur.

Nos historiens, à l'exemple de La Fontaine, se méfient des vastes entreprises. Le répertoire des victimes du grand Vicomte, si on s'avisait de l'établir avec la rigueur des méthodes modernes, prendrait l'ampleur et la majesté d'un Corpus. « Toutes ces femmes qui ont passé devant moi ! » disait insolemment René vieilli. Elles sont trop. Le parti le plus sage est de renoncer à les convoquer pour une revue d'ensemble. Peu à peu d'ailleurs, chacune d'elles trouve son biographe particulier. C'est presque un département de la Bibliothèque nationale qui se constitue avec les monographies de ces personnes que Mme de Chateaubriand appelait « les belles madames », et qui furent aussi nombreuses que charmantes. Il devient facile au premier venu de choisir, au gré de ses sympathies, dans ce harem d'ombres. Oserai-je dire que mon choix est fait ?

Un respect attendri est dû au souvenir de Claire

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de Kersaint, duchesse de Duras. De toul mes

dont l'ennui de Chateaubriand B'est amusé, celle-là fut la plus douce et la plus vraie. Le dernier om rage du regretté abbé Pailhès nous raconte » « - 1 1 •- desti mélani olique e1 tnde pitié aux co in i hari-

tables. Peut être le zèle de l'historien confesseur l'at-il entraîné .1 écrire un ti re.La mémoire de

Mme de Duras esl quelque chose de fané et d'exquis comme une fleurette d'herbier. Cinq cent de

documents 1 ommentés pèsent d'un poids un peu lourd . fragile. Mais quoi ! Allons-nous reprocher .1 un biographe d'avoir voulu être complet ?

I . 1 tout un moment de la socii * ■ d'autrefois que M. Pailhi 9 a évoqué en no mt de I ilaire de Dura.-. 11 nous montre cette aimable femme environnée de toutes les amitiés qui 1

latrices. Le monde de la lù-tauration lait -• autour d'elle. Et pourtant un seul individu accapare l'intérêt 'lu livre, comme il absorba tout ce qu'il y avait chef ctitte créature exceptionnelle de puissance de tendresse et d'aptitude a souffrir. L'aventure de Mme de Duras, l'abdication d»' son être aux pieds de Chateaubriand, c'est un conb- de sorcellerie, l'histoire d'un envoûtement au siècle de M. deTalleyr La triste «dame d'Ussé >< prend place avec les Aissé, les Lespinasse, les Marceline Valmore, aui limbes des amoureuses victimi 1

M. Pailhès indique discrètement qu'au point de vue du septième commandement, il croit à l'innocence parfaite de ses rapports avec Chateaubriand.

II est toujours préférable en principe de conclure ainsi sur un sujet à ce point délicat. La tendance de la postérité serait de se prononcer plutôt en sens contraire, pour deux raisons : d'abord parce que la postérité ne vaut pas cher, et aussi parce que la réputation de René s'associe mal à l'idée de continence. Mais il

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