LA HAINE DANS L’AMOUR
Il est affreux de penser que celte lettre où je vais mettre à nu mon cœur puisse un jour servir à témoigner des souffrances que, depuis dix ans, j’endure, et qui sait? expliquer, sinon justifier, un événement que, de toutes les forces de ma volonté, je retarde, mais qui, tôt ou tard, n’en doit pas moins fatalement arriver.
Cet événement auquel, en te confiant ce testament de ma vie, cher et vieil ami, je me défends de penser, si ce n’est comme à une chose imprécise et toutefois inconjurable, je le sens se mouvoir entre mes tempes, dans cette région de l’intellectua* lilé où, par avance, prennent corps les
DAMES DE VOLDPTÉ
fatalités latentes, même inconsenties par les défenses de ce qui, chez l’homme sain, épargné par les impulsions morbides, dérisoirement se dénomme le libre arbitre.
Je crois fermement que la destinée est le déroulement des anneaux d’une chaîne que nous portons en nous comme un inexorable et monstrueux ténia. Nos actes, soumis à l’usuelle loi des organismes, s’apparient à des dédoublements de notre être qui germent, croissent et mûrissent jusqu’au moment de s’extérioriser dans l’irréparable, en sorte que virtuellement notre vie est accomplie dès l’instant où le libertinage de nos géniteurs la verse en nos veines. C’est pourquoi, sachant que nul sursis, quand l’heure aura sonné, ne pourra différer, même malgré les résistances de ma volonté, l’obscur à la fois et lucide Fait que m’enjoint un Ordre inéludable, je te fais juge, — afin que quelqu’un puisse se lever et avérer les mystérieuses prémonitions auxquelles je cède