LES PAQUES DU CŒUR
A Léon ûuvauchel.
C’était tout à coup, après cette rupture, un grand vide en elle^ une paix morte de sa chair et de son cœur, un tel silence de tout sou être qu’elle se semblait lentement expirer, par des plaies ouvertes et égouttant un reste de sang, aux ténèbres d’une crypte.
Il y avait huit jours que la lettre lui était arrivée de Venise, l’affreuse lettre où Rénier, à travers d’ambiguës préparations, un leurre de bonne affection succédant aux troubles de l’amour, lui annonçait que le mauvais état de sa fortune l’obligeait à terminer leur roman par un mariage d’affaires. « Nous nous
sommes aimés dans la joie et la douleur, de toute la passion de nos âmes. Ne pouvant apporter à la triste sacrifiée qui accepte d’être ma femme que la ruine d’un cœur sans reverdissement possible, je tâcherai de me racheter par l’acceptation résignée de mon nouveau devoir. »
Emilie d’Orlanges, sans un cri, sans une larme, avait relu la lettre, ne comprenant pas, ne voulant pas comprendre, les yeux fixés sur cette écriture des billets où il se mettait à ses genoux et l’adonisait de ses folies d’amant heureux. Mais tout à coup un grand frisson froid lui charriait la mort par les veines, un spasme nerveux montait à ses lèvres en un rire qui ensuite, sur la bouche violette, entre .«es dents serrées, se mourait dans les affres muettes; elle s’abattait sur le tapis , la lettre froissée dans le crispement de sa main. Et après un assez long temps, sa femme de chambre, en entrant, la trouvait là, écroulée de toute sa taille, les membres