‹ Dames de voluptéChapitre 7 sur 19 · LES PAQUES DU C(EUR · texte numérisé non relu

LES PAQUES DU C(EUR

rigides, la fatale lettre toujours au bout de ses doigts. Elle perdait la tête, se mettait à appeler, et enfin la baronne revenait à elle, s’apercevait dans son lit, ne se souvenait pas tout de suite du désastre où sa vie avait manqué sombrer... Mais son regard rencontrait la lettre chiffonnée, lacérée par ses ongles. Alors elle se passait les mains sur le front.

— Mon Dieu! Mais ce n’est donc pas un rêve! Tout est fini! Oh! le lâche! Il ne sait pas même se parjurer avec franchise! Et j’ai pu l’aimer! Pendant trois longues années j’ai pu croire à ses mensonges !

La puissance du mépris pour l’homme qui l’avait possédée toute et maintenant la quittait comme la première venue des maîtresses, un peu de temps lui donnait l’illusion de l’oublier. Puis la chair, de tout le déchirement de ses fibres, de toute l’exaspération d’une blessure imméritée, l’abandonna à des alternatives de colère et de désespoir. — Le lâche ! se répétait-

elle en des crises où, sous l’injure, elle se reconquérait jusqu’à la haine, oh! oui, lâche et fourbe! Ce cœur qu’il a prisa mon mari et à mon enfant, il me le rejette comme un fruit consumé après en avoir tari la sève et la vie! Il saura, du moins, qu’en me le restituant, c"est la force qu’il me rend pour l’abhorrer!

Elle se mettait à son pupitre; du papier où couraient ses doigts les mots jaillissaient, tout chauds de sou sang extravasé, une fureur de phrases qui la détendait et où se vidait la rancune de son vieil amour conculqué. Mais de nouveau, ensuite, les larmes, par jets impétueux, lui fusaient des paupières; l’encre de colère se délayait sous leurs humides effaçures; la tête dans ses mains, elle s’accablait en gémissant de la pensée de n’avoir pu le retenir, et sa folie d’amour, renée en ces reproches qui le justifiaient presque, s’exaltait jusqu’à lui mettre à la main une plume dont elle le rappelait, lui demandait pardon pour

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l’avoir mal aimé. — « Non, non, s’écriaitelle tout à coup en se débattant contre le mauvais conseil, son orgueil s’en délecterait trop! Pas un mot! Le silence seul est capable de lui attester mon mépris. Dusséje en râler, il faudra bien que je le torde, ce faible cœur, et que, même au prix de la vie, j’en extraie la dernière parcelle où remue encore son souvenir! »

Après une semaine^ c’était à présent comme la sensation de n’être plus qu’une chose morte, un instrument aux musiques expirées, un pauvre fantôme de corps sans âme errant aux ténèbres d’une crypte.

Justement les jours de pénitence et de contrition, annonciateurs des souffrances de la Semaine Sainte, amortissaient, pour un pieux devoir cérémonial, les effrénées soifs de perdition d’un monde qui, voué au péché, a besoin de la matérielle présence des clous et de la croix pour se rédimer dans l’adoration du grand Sacrifié.

Une fois l’an, pendant le chômage obéi

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de la diabolique usine qui, chez l’homme et chez la femme, s’active au feu de la luxure et de l’envie, la bête tentaculaire desserre ses anneaux et ses ventouses, une langueur de regrets et de soupirs amollit le vent de charnalité qui souffle sur l’humanité.

La baronne d’Orlanges, pour mieux verrouiller la solitude sur elle, prétexta une retraite; elle se retira, en effet, dans la maison vide de son cœur, dans le couvent de son dénûment et de sa misère d’amour, et elle en fît l’oratoire d’où, revenue à Dieu par le désabusement terrestre, elle éleva sa prière vers les divines consolations. Tout un passé d’enfance religieuse, sous l’eau lustrale de la douleur, ressuscita de sa vie de dissipation et de mauvaise conscience. Elle revécut dans sa propre calamité, après le mensonge des jours heureux, l’avilissement du martyre d’un Dieu démentant les rameaux en fête qui naguère s’inclinaient sur le front dont

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