SA « GRANDE PLAGE ». SENSIBILITE DE
Mme DE LA FAYETTE
La relation de la mort de Madame n'est pas le fruit de la sensibilité de Mme de la Fayette. Se trouvant présente à cette soudaine catastrophe, il était immanquable qu'elle eût la pensée d'en décrire la marche. Mais la perfection du récit, c'est-à-dire sa sobriété et sa sûreté, est la conséquence de l'affection très vive qu'elle avait pour la princesse.
On ne brode pas sur les derniers moments de ceux qu'on aime, mais on dit tout, et tel détail, mesquin en lui-même, emprunte une valeur singulière à l'incident caractéristique auquel il est associé. Ainsi, les « carreaux » sur lesquels Madame s'étendit après son diner en cette chaude journée de juin, sont inséparables du prélude de la tragédie. Elle s'y endort, et change de visage au point de devenir peu agréable à voir. Sur ces « carreaux » Henriette a laissé son charme qui était sa beauté : Madame n'est déjà plus Madame.
Et comment se termine-t-elle cette relation de la mort de Madame? Par un gémissement de la fidèle amie? par le tableau du deuil qui assombrit la cour, de la stupeur qui se répandit sur la ville et la France? Point du tout. « Madame expira à deux heures et demie du matin et neuf heures après avoir commencé à se trouver mal. » Avec le dernier soupir de Madame, tout est dit : on peut deviner le reste ; l'exprimer serait affaiblir le spectacle qui doit uniquement nous occuper ; le rideau tombe sur lui seul.
Habileté d'artiste, peut-être, et plutôt instinct du cœur. Bossuet a tiré de la mort de Madame des avertissements sublimes. Cette mission n'incombait pas à Mme de la Fayette ; mais, grâce à elle, nous avons la vision réelle du drame qu'elle raconte ; nous ne songeons même pas à en apprécier le récit puisque nous y assistons.
Henriette dont l'alliance avait été suggérée au Roi en aurait été dédaignée parce qu'elle paraissait trop « petite fille ». La jeune princesse se réjouit de gagner de l'agrément avec les années, mais se refusa à prendre du sérieux; ce fut son seul tort, comme aussi le seul tort de Marie-Antoinette. Toutes deux eurent des velléités de sortir du devoir ; ni l'une ni l'autre ne
passa outre. Toutes deux montrèrent trop tard ce quelles valaient et ce qu'elles auraient pu être.
Madame fut épargnée par les hommes ; elle n'a connu ni les humiliations ni le martyre : nous n'avons point de devoirs envers sa mémoire; mais Madame s'est crue empoisonnée, et, dès le premier moment, elle accepta la mort avec simplicité et si résolument qu'elle défendait qu'on la flattât d'y pouvoir échapper. Gela est d'une grande âme et mérite de l'admiration.
Mme de la Fayette ne s'est pas prononcée sur la question de l'empoisonnement. Ce passage : « on fit prendre à Madame plusieurs drogues dans cette pensée de poison et peut-être plus propres à lui faire du mal qu'à la soulager », n'implique pas nécessairement qu'elle n'a pas cru au poison. Cet autre : «j'étais désespérée de ce que les médecins ne lui donnaient point de remède, et surtout Fémétique », ne prouve pas qu'elle y ait ajouté foi.
Très sagement, Mme de la Fayette s'en est tenue au fait, sans s'arrêter à rechercher ses causes. Le fait indiscutable, c'est que le siège de la maladie était dans les voies digestives; que, « sans entendre la médecine, on jugeait néanmoins que Madame ne pourrait sortir de cet état que par une évacuation ». Or, « la
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nature tendant à sa fin par en haut », l'émétique, que les médecins ne lui donnèrent point, paraissait en effet mieux approprié à son cas que tout autre remède.
Mme de la Fayette dut conserver toute sa vi e la pensée ou l'arrière-pensée que Madame aurait pu être sauvée si on « lui avait aidé à vomir ». En quoi elle se trompait; mais elle se trompait avec bon sens; et, de leur côté, les docteurs, qui traitèrent Madame par l'expectative, avaient raison sans le savoir. La membrane de l'estomac s'était, par l'action d'un ulcère, amincie graduellement, puis trouée dans le moment que Madame but le fameux verre d'eau de chicorée; une petite quantité du liquide, au lieu de descendre dans les intestins, passa par le trou et se répandit dans la cavité abdominale causant d'horribles coliques qui « redoublèrent quand Madame prit un bouillon, et devinrent aussi violentes qu'elles l'avaient été lorsqu'elle avait pris l'eau de chicorée ». Du bouillon aussi avait passé par le trou, et de tout ce que Madame aurait avalé, partie s'en serait allée par là. Les médecins furent donc bien inspirés de n'user, en outre de finévitable saignée, que du traitement par « en bas » qui, n'introduisant rien dans l'estomac, épargnait à la malade de cruelles souffrances.
Assurément des gens étaient morts avant Madame du même accident sans que l'on criât au poison; mais ils n'étaient pas de sang royal et n'avaient pas comme Madame des ennemis jusque dans leur maison. Toutefois, si l'on avait pris garde à ce petit fait matériel que l'absorption du bouillon, lequel, très certainement, n'était pas empoisonné, fut accompagnée de symptômes identiques à ceux qui avaient marqué l'absorption de l'eau de chicorée, le soupçon d'empoisonnement serait tombé de luimême.
Ce détail, Mme de la Fayette l'a noté ; elle n'en a pas tiré de conclusion; mais, rapproché du procès-verbal d'autopsie, heureusement conservé, il a servi de nos jours à établir avec une vraisemblance confinant à la certitude les conditions très naturelles de la catastrophe (1).
(1) On en trouvera tout le détail dans l'ouvrage de Fr. Funck- Brentano: Le drame des poisons, p. 250-280. — A l'autopsie, le trou fut remarqué par les médecins français et le chirurgien du roi d'Angleterre. On l'attribua à un coup de ciseau de l'opérateur. Cependant, à en juger par un passage du journal d'Olivier d'Ormesson, la perforation de l'estomac passait alors pourêtre l'indice d'un empoisonnement. Si le dire d'Olivierd'Ormesson avait quelque valeur, le chirurgien et le médecin anglais amenés parl'ambassadeur (présent lui-même à l'autopsie et disposé à croire au poison, vu la parole imprudente que Madame lui avait dite dans ton agonie) auraient soulevé une discussion au sujet de ce trou, et ils ne le firent point. La manière dont Madame avait changé avant que d'avoir bu l'eau de chicorée aurait dû suffire à écarter toute idée de poison, outre que depuis quelques jours la mauvaise mine de Madame avait été fort remarquée (Mémoires de
Au dix-septième siècle et même au dix-huitième, le public ne pouvait avoir en cette affaire qu'une conviction morale, et elle fut généralement favorable, tant en Angleterre qu'en France, à la thèse de l'empoisonnement. Monsieur, ce triste personnage, fut tout de suite mis hors de cause devant le tribunal de l'opinion. Sa tenue au chevet de sa femme avait été irréprochable ; il fait une excellente figure tout du long de la relation de Mme delà Fayette ; quant à son indigne familier, le chevalier de Lorraine, écarté de la cour par le crédit de Madame sur le Roi, on s'étonna qu'il eût en permission de revenir à Versailles malgré le bruit qui lui attribuait la préparation du crime.
Les premiers médecins de son royaume ayant opiné que la mort de Madame avait été naturelle, le Roi les crut, et ne songea pas à se conduire comme s'il ne les croyait pas. Les éclaircissements modernes donnent une singulière autorité à la sagesse de Louis XIV, à la demi-
Mademoiselle, tome IV). Néanmoins, cette mort si rapide était bien faite pour égarer l'opinion encline de tout temps à se plaire aux explications dramatiques. — Mme de la Fayette observa une réserve très louabledans sa relation delà mort de laprîncesse; mais, trois ou quatre ans après l'avoir écrite, apprenant la mort de la reine d'Espagne, fille de Madame, mort attribuée très faussement aussi, sans doute, au poison, Mme de la Fayette ne put se tenir d'écrire dans ses Mémoires de la cour de France que Madame était morte de la même mort.
clairvoyance, honorable pour le temps, des médecins, à la réserve de Mme de la Fayette, et font cruellement ressortir l'extravagance des moyens employés par la seconde femme de Monsieur, la « peste » palatine, et par Saint- Simon, dans un mauvais jour, pour soutenir la thèse du crime.
11 faut rendre à chacun ce qui lui revient. L'idée que l'eau de chicorée était inofFensive, mais que la porcelaine de la tasse avait été empoisonnée, est du cru de la Palatine. Saint-Simon n'est pas en reste; il nous corse un mélodrame dontla moindre invraisemblance git dans ce fait, déjà peu ordinaire, que le scénario lui en avait été fourni par un procureur général du parlement, Joly de Fleury — ■ lequel s'était laissé mystifier avec candeur (1).
Littré, le premier, a démontré que Madame succomba à une péritonite suraiguë, conséquence inévitable et immédiate d'une perforation par ulcère simple de l'estomac. Reportant tout le mérite de sa consultation rétrospective sur la science moderne qu'il loue magnifiquement, Littré va un peu loin en supposant que cette science « aurait peut-être sauvé Madame » . Gruveilhier, le praticien fameux qui a décrit
(1) Saint-Simon. Edition Chéruel. Tome III, p. 44-47.
l'ulcère simple de l'estomac, ne semble pas admettre qu'il y ait remède à la perforation s'il arrive que l'ulcère la détermine. «Les accidents rapidement mortels, écrit-il, qui sont la suite de la perforation de l'estomac survenant brusquement et, quelquefois, immédiatement après l'ingestion d'aliments oude boissons, la question d'empoisonnement a été soulevée un assez grand nombre de fois. » Il cite le cas d'un vigoureux charbonnier de vingt-trois ans qui mourut en quelques heures d'une péritonite par perforation de l'estomac, tout comme la débile princesse de vingt-six ans, sans que lui-même, Cruveilhier, eût tenté de le guérir ou laissé entendre que la chose fût faisable. L'autopsie démontra que c'était un cas de perforation spontanée par ulcère simple de l'estomac (I).
« Je pus savoir, ajoute Cruveilhier, que cet homme souffrait habituellement de l'estomac et que ses digestions étaient laborieuses. » Ainsi en était-il de Madame; ainsi en est-il de milliers et de milliers de personnes qu'on ne soigne pas pour cela comme si elles avaient un ulcère à l'estomac, ce qui est heureux, car la plupart n'en ont point. Donc, tout sujet
(1) Voir Le drame des poisons, p. 275-276.
atteint d'un ulcère simple de l'estomac dont le développement n'a pas présenté de symptômes caractéristiques (ce qui doit arriver souvent), et qui provoque (complication rare) la perforation de la membrane stomacale, est, nonobstant la Science Moderne, condamné à mourir dans les vingt-quatre heures ainsi qu'il arriva à l'auguste malade de MM. Esprit, Yvelin et Vallot — et au charbonnier, patient du docteur Cruveilhier.
« La science moderne aurait peut-être conservé Madame dans cette grande place qu'elle remplissait si bien». Telle est la phrase exacte de Littré. De la question médicale, il passe à la question historique, et son jugement sur la personnalité de Madame ne risque guère d'être contesté. Madame, sans beauté, chétive, à demi contrefaite, a été, par sa grâce et son intelligence, la parure des premières années d'un règne dont le déclin fut réjoui par la duchesse de Bourgogne, cette autre laide. Toutes deux sont encore en possession de faire des conquêtes; leur sourire est plus persuasif qu'aucun papier d'archives; il peut défier les restrictions des rigoristes.
Henriette, toute française, nousest plus chère
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qu'Adélaïde de Savoie sur laquelle pèse un soupçon d'incivisme. Henriette a négocié le traité de Douvres, entente superficielle, nullement «cordiale », qui n'en fut pas moins avantageuse pour la France, et les arguments extra-moraux qu'elle se chargea de faire valoir auprès du roi d'Angleterre, son frère, ne lui sont pas imputés : on les passe au compte de la politique qui n'en est pas à un scandale près.
Henriette était médiocrement instruite ; la plupart des femmes, et surtout les princesses, n'ont que faire de l'érudition; mais elle avait le goût des choses de l'esprit et le sens du beau ; elle savait discerner les talents; son patronage était stimulant, délicat et affable. Et cependant, combien « cette grande place qu'elle remplissait si bien » était fausse !
Madame faisait figure de reine, ce qui n'eût pas dû être, même si le Roi avait été veuf; et puisque Marie-Thérèse tenait mal son rang, il aurait fallu que Madame s'appliquât à tempérer l'éclat du sien; ni les lettres ni les arts n'en auraient souffert, mais Madame se serait moins divertie.
Son immixtion dans la politique est le côté le plus faux de sa « grande place ». Madame travaillait seule avec le Roi, et ne s'ouvrait de rien à Monsieur, l'homme de France le plus mal
entouré et le moins « secret». Louis XIV était dans son rôle en mettant à profit la fine intelligence de sa belle-sœur et ses liens de famille; Madame était hors du sien en se mêlant d'affaires dont son mari était exclu, de quoi celuici enrageait comme époux et comme prince. Monsieur était très sensible au ridicule; et, quelque mépris qu'il inspire, on doit reconnaître que sa femme, par sa participation aux affaires de l'Etat, plus encore que par ses inconséquences, lui donnait largement sujet d'appréhender les moqueries.
Une preuve indéniable du trouble supplémentaire que la «politique »de Madame apportait dans ce mauvais ménage, nous est fournie par l'ambassadeur d'Angleterre lui-même, lord Montaigu. Quinze jours après la mort de Madame, il écrivait ceci au roi son maître : « J'eus l'honneur d'entretenir Madame assez longtemps le samedi, jour précédent de celui de sa mort. Elle me dit qu'elle voyait bien qu'il était impossible qu'elle pût jamais être heureuse avec Monsieur, lequel s'était emporté contre elle plus que jamais, deux jours auparavant à Versailles, où il l'avait trouvée dans une conférence secrète avec le Roi sur des affaires qu'il n'était pas à propos de lui communiquer. »
Les légèretés de Madame auraient passé avec
le temps; au contraire, son esprit se faisant plus mûr, le goût des négociations diplomatiques, renforcé par un désir sincère de servir à la fois son pays d'origine et son pays d'adoption, ne pouvait que se développer; et Madame, il est aisé d'en juger, n'était pas d'humeur à sacrifier ses « conférences secrètes avec le Roi » à la dignité de Monsieur. Aucun mari n'aurait patiemment supportéde telles façons de faire chez sa femme — sauf le comte de la Fayette. Ainsi, la division du ménage s'accentuait en proportion de la grandeur de la place. Mme de la Fayette avait quelques raisons personnelles de ne s'en point scandaliser; et qui donc y eût songé parmi les fidèles que Madame s'était acquis à jamais par la douceur de son commerce?
Mme de la Fayette, attentive dans la relation de la mort de Madame à reléguer au second plan l'expression de sa propre douleur, pleura très sincèrement et très simplement, à ce qu'il semble, sa princesse. Le 30 juin 1673, troisième anniversaire du jour fatal, elle ne laisse pas d'écrire une lettre à Mme de Sévigné qui l'attendait depuis longtemps, et une lettre enjouée ; à la fin seulement, cet épanchement contenu :
« Il y a aujourd'hui trois ans que je vis mourir Madame ; je relus hier plusieurs de ses lettres; je suis toute pleine d'elle. » (1) Hors cela, il semble aussi que la sensibilité de Mme de la Fayette dont on lui fait généralement un mérite n'était pas exempte de maniérisme ou de calcul.
Lorsque Mme de Sévigné, à la veille de se mettre en route pour la Provence, au début de juillet 1673, alla visiter Mme de la Fayette dans la maison de campagne si indiscrètement empruntée à Gourville, elle prit garde de rien
(1) De la préface de la Vie d'Henriette d'Angleterre, il résulte que Mlle de la Vergne ne fit la connaissance de cette princesse qu'à l'époque où, étant devenue Mme de la Fayette, elle allait souvent à la Visitation de Chaillot, fondée en 1651 par la reine d'Angleterre qui y faisait en compagnie de sa fille de fréquents séjours. L'auteur de l'étude citée plus haut sur Renaud de Sévigné, ayant établi que Mlle de la Vergne figura au nombre des filles d'honneur de la reine régente de 1650 à 1655, estime que la liaison entre Henriette et celle qui devait être son biographe, se noua dès cette époque. Mais, remarquons qu'au début de 1653, Mlle de la Vergne alla avec sa mère retrouver en Anjou Renaud de Sévigné, enragé frondeur, qui y avait été exilé en décembre 1652. Elle se maria en février 1655 et partit pour l'Auvergne où elle passa à peu près cinq années. Elle put assurément voir la jeune Henriette au temps de la Fronde à Paris puisque la reine d'Angleterre continua d'y vivre tandis que la cour vagabondait en province au hasard des guerres civiles; mais alors, nulle relation d'amitié n était possible entre Mlle de la Vergne et la princesse, sa cadette de plus de dix années, et âgée seulement de six à huit ans. C'est donc bien, ainsi que l'écrit l'intéressée elle-même, la « connaissance faite au cloître de Chaillot » vers 1660, qui donna à Mme de la Fayette « l'honneur de la familiarité de la princesse, et quand celle-ci se fut mariée (1661), toutes les entrées particulières chez elle ».
spécifier quant à la date de son départ pour ne pas « porter un coup » comme on dit vulgairement, à sa sensible amie. « J'ai été à Saint- Maur faire mes adieux, sans les faire pourtant, car, sans vanité, la délicatesse dé Mme de la Fayette ne peut souffrir sans émotion la perte d'une amie comme moi : je vous dis ce qu'elle dit. J'y fus avec M. de la Rochefoucauld qui me montra la lettre que vous lui écrivez. . . » Mme de Grignan dont l'humeur était fort contraire aux enfantillages dut sourire de l'équivoque où se complaisait Mme de la Fayette et à laquelle ses amis se prêtaient avec indulgence.
Le voyage de Mme de Sévigné était décidé depuis plusieurs mois; le départ avait été retardé de semaine en semaine par l'état de santé de Mme de la Trousse, tante de Mme de Sévigné. Mme de la Trousse était morte le 30juin; Mme de la Fayette qui résidait à deux lieues de Paris et recevait compagnie chaque jour, en fut certainement instruite, de sorte que voyant arriver Mme de Sévigné le 7 ou le 8 juillet, elle ne pouvait prendre le change sur le but de la visite. Cette séparation n'était point compensée pour Mme delà Fayette comme elle l'était pour Mme de Sévigné qui s'en allait retrouver sa fille; le chagrin de la première est donc naturel et sympathique; mais il apparaît que l'émotion
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de l'adieu était ce qu'en cette circonstance, et en toute autre analogue, sans doute, elle redoutait le plus. Le mot lui était plus pénible nue la chose, ce qui n'est pas d'un brave cœur, les larmes accusant moins de faiblesse quelessoins qu'on prend d'éviter les occasions d'en verser. En revanche, quand il s'agissait d'un prince du sang, Mme de la Fayette pleurait, même par provision. M. le Duc devantaller faire la guerre en Hollande, elle versa des larmes avec tendresse, dit Charles de Sévigné, pour le péril qu'il pouvait courir cinq ou six mois plus tard (1) C'était excessif et un peu courtisanesque Pareillement, on n'aime guère les effusions et les génuflexions qui caractérisaient ses remerciements au roi lorsqu'elle avait reçu de lui quelque bienfait. Dans un siècle facilement prosterné devant la majesté royale, Mme de la Fayette forçait la note jusqu'à se faire parfois moquer d'elle.
la Bruyère, tenait beaucoup de lui.