‹ Dames du grand siècleChapitre 17 sur 24 · NOBLESSE DE ROBE · texte numérisé non relu

NOBLESSE DE ROBE

Le dictionnaire de noblesse de la Chenave- Desbois (1773) consacre une assez longue notice à la famillede Fréauville. « C'est l'une des plus anciennes de la province de Normandie, au

(1) La Nouvelle Biographie générale fait naître Jean Bertaut en 1570. Cette date, supposée exacte, diminuerait beaucoup l'écart d'âge entre les deux frères; mais elle ne peut l'être, les détails mêmes fournis par ce dictionnaire la contredisent: Jean Bertaut conseiller au parlement de Grenoble sous Henri III, serait donc entré dans cette charge (dont il se démit pur la suite; ù peine adolescent ? — Et c'est un enfant qui aurait été secrétaire de la chambre d'Henri III et secrétaire payé: (Bibl. nat. Fonds français, roi. 7856, p. 138 t.) La chose est impossible.

pays de Caux ; elle est éteinte depuis longtemps. Dans le catalogue des seigneurs normands renommés en 1012, se trouve Robert de Fréauville, et dans celui des seigneurs normands qui furent à la conquête de Jérusalem avec leur duc Robert de Courteheuse en 1097, est compris le sire de Fréauville. » La nomenclature des Fréauville donnée par la Chenaye-Desbois, commence au douzième siècle et se termine en 1340, ce qui ne prouve pas péremptoirement qu'ils se soient éteints au quatorzième siècle; toutefois, s'il fallait voir en François Bertaut sieur de Fréauville, frère de Mme de Motteville, et mort en 1713, un descendant de Robert de Fréauville qui faisait grande figure en 1012, et du croisé de 1097,1a Chenaye-Desbois n'aurait pas écrit : « cette famille est éteinte depuis longtemps».

Il est évident que les Bertaut de Fréauville n'ont rien de commun avec les Fréauville du onzième siècle lesquels, d'ailleurs, n'étaient point Bertaut. Mais les Bertaut sont Normands ; il est présumable que Pierre Bertaut, aidé par son frère, acheta un bien détaché de l'ancien domaine de Fréauville et en ayant conservé le nom dont son fils François fit un constant usage sans laisser tomber celui de Bertaut. Nos Bertaut-Fréauvillesontdes bourgeois.

Ils avaient des homonymes : des Bertaut (point Fréauville) établis dans la vicomte de Nantes, mais originaires de Normandie. D'Hozier adressé leur généalogie (1); le troisième Bertaut qu'il relève se maria en 1520, et le huitième, François Bertaut seigneur de Pontpierre, fut déclaré noble d'extraction par un arrêt du 7 novembre 1670; il était contemporain de François Bertaut seigneur de Fréauville et, certainement, son parent, bien que la susdite généalogie ne renferme rien touchant l'évéque de Séez et son frère Pierre. On remarque d'abord que les armoiries de ces Bertaut de Pontpierre sont presque semblables à celles que le nobiliaire universel donne pour appartenir à François Bertaut de Fréauville. Autre preuve de cousinage: les Bertaut de Bretagne (qui existaient encore en 1789) héritèrent « aux propres anciens » de la fille et unique héritière de François Bertaut de Fréauville.

Ainsi, le frère de Mme de Motteville aurait pu, tout aussi bien que François Bertaut de Pontpierre, se faire déclarer noble d'extraction. Peut-être qu'il n'y manqua point, mais l'indication n'en est pas venue jusqu'à nous. Au reste, il se tenait pour noble. Magistrat, il avait

(1) Bibl. nat. Nouveau d'Uozier, toI. 39.

dans la robe des ascendants : son oncle, Jean Bertaut, pourvu sur la fin du règne d'Henri III d'une charge de conseiller au parlement de Grenoble dont il se défit après l'assassinat du roi, et quelque autre parent sans doute ; enfin, de quoi justifier par des sentiments hérités autant que personnels, son exposition des Prérogatives de la robe, qu'il publia en 1701. Il y égalait la noblesse de robe à celle d'épée, « toutes deux tirant leur origine de la vertu ». Si cette définition était admise, tout homme sorti d'une honnête lignée de marchands, d'artisans ou de laboureurs, pourrait prétendre à la noblesse. Or, rien n'est moins vérifiable que les « quartiers » de vertu ; là, des présomptions seraient tenues pour preuves, des défaillances avérées pourchosessans conséquence puisque aussi bien iln'en manque pas dans les familles de robe ou d'épée, ettout le monde pouvant se dire noble, la noblessedisparaitrait.Gar,si lanoblesse est, en effet, « peu de chose lorsqu'elle n'est pas vertu », elle est inexistante dès qu'elle n'est plus une caste, aussi libérale et accessible qu'on le voudra (t).

(1) Il est curieux de rapprocher les conclusions de 1 écrit de François Bertaut des passages suivants de la Bruyère : « Si la noblesse est vertu, elle se perd par tout ce qui n'est pas vertueux, •t bî elle n'est pas vertu, c'est peu de chose... La noblesse expose sa vie pour le salut de l'Etat et pour la gloire du souverain ; le

Nos Bertaut sont des bourgeois, mais de grands bourgeois. François Bertaut ne méprisait pas la noblesse d'épée puisqu'il l'estimait égale à la noblesse de robe dont il avait une haute idée, et il n'en était pas méprisé non plus. Lorsque mourut sa sœur, Mme de Motteviile, Mme de Grignan fut aussitôt informée de l'événement par Mme de Sévigné, et amicalement avisée de ne point négliger d'écrire à M. Bertaut.

Cette bourgeoisie-là, pourvu que sa position lui permît détenir un certain rang, frayait aisément avec la noblesse. Pierre Bertaut, au dire de sa fille, avait été riche ; pour avoir mal administré sa fortune, il ne l'était plus. vers 1630, et mourut sans l'être redevenu. Mme de Motteviile, veuve, peu fortunée, mais ayant gagné à son établissement l'assiette sociale que procure le mariage, demeura Tunique appui de son frère et de sa sœur; elle était tout au plus majeure.

magistrat décharge le prince d'une partie du soin de juger les peuples: voilà, de part et d'autre, deg fonctions bien sublimes et d'une merveilleuse utilité ; les hommes ne sont guère capables de plus grandes choses, et je ne sais d'où la robe et l'épée ont puisé de quoi se mépriser réciproquement. » François Bertaut avait assurément lu les Caractères, et s'en est peut-être inspiré, bien que le moraliste en semblant admettre l'égalité dei services n'ait point abordé la question de l'égalité de noblesse.

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