IV
(2) Le mot est de Bussy lui-même: lavcdovafelice. —On doit louer Mme de Sévigné d'avoir chaudement pris la défense de Bussy et de sa fille lorsqu'ils engagèrent contre M. Rivière le scandaleux procès qu'ils perdirent par un très juste arrêt, « tout du long et tout du lé ». Ce n'était pas l'occasion de les lâcher ; mais dans le fond de son âme, elle ne les approuvait point : « si j'avais fait une sottise, je n'y saurais pas d'autre invention que de la boire, comme on faisait du temps de nos pères ; il faut que je vous dise lei raisons de celte pauvre Goligny pour n'en pas user de même.. .» (lettre à Guitaut du 23 janvier 1682). Mme de Grignan soutint aussi ses cousins par sentiment de famille et de caste; toutefois, au moment du procès, elle se garda bien d'aller voir Bussy. Installée à Paris depuis dix-huit mois, elle s'excusa sur sa santé qui ne lui permettait pas de faire le voyage du Marais au faubourg Saint-Germain. Pour ce procès, voir les lettres de Mme de Sévigné ; tome VII.
dulong séjour qu'elle fit à Paris en 1678 et 1679, reprocha à sa mère quelques indiscrétions dont Mme de Sévigné se défendit avec véhémence. Elle écrit à sa fille (car, vivant ensemble, elles en étaient à s'écrire) : « Vous m'accusez de parler à des personnes auxquelles je n'ai jamais rien dit de ce qu'il ne faut point dire ; vous me faites sur cela une injustice trop criante; vous donnez trop à vos préventions: quand elles sont établies, la raison et la vérité n'entrent plus chez vous. » (1) Elle n'a parlé qu'au chevalier de Grignan, à lui, uniquement; et si elle n'avait jamais parlé qu'au chevalier de Grignan ou à tout autre membre de cette famille, cela équivalait à ne point parler du tout. Mais, dans ses lettres, Mme de Sévigué a fourni ellemême, au moins deux fois, la preuve que Mme de Grignan n'avait pas tout à fait tort de suspecter le tact et la discrétion de sa mère.
Bussy détestait le comte de Grignan et ne pardonnait pas à Mme de Grignan sa dévotion pour son mari. Bussy était spirituel et méchant; c'était donc le dernier homme qu'il fallait entretenir de ce qui les touchait et qui pouvait prêter à la critique, et Mme de Sévigné va lui narrer les dessous de la vocation de Mlle de
Grigaan et de la donation qui s'ensuivit ! Bussy en profita pour dauber les Grignans : la malice de sa réponse le prouve(l).
En août 1675, Mme de Sévigné, désespérée que sa fille l'eût quittée pour aller retrouver en Provence son mari, ses enfants, son ménage, après quinze mois d'absence, commence ainsi une lettre à son cousin : « Je ne vous parle plus du départ de ma fille... » (Il était pourtant assez naturel, ce départ.) Mais, à la fin de la lettre, elle n'y tient plus : « La pauvre Madelonne est dans son château de Provence. Quelle destinée! Providence! Providence ! » Il n'en fallait pas tant pour donner à Bussy l'occasion de mal parler du comte. Aussi le fit-il par retour du courrier, et Mme de Sévigné se trouva, malgré elle, mais cependant par sa faute, associée à un vilain procédé dont ceux qu'elle aimait le plus au monde étaient les victimes (2).
(1) Le persiflage de Bussy était audacieux : il avait trois filles religieuses, et la grâce ne fait guère tant de recrues dans une même famille sans y être un peu aidée. C'est ce que Mme de Sévigné aurait pu, en manière de réplique, insinuer à son cousin, si elle n'en eût d'abord fait le jeu par ses imprudentes confidences.
(2) IV. 43 M. de Grignan avait-il dans le privé, le caractère désagréable? Bussy le laisse entendre et, de telle façon, qu'on pourrait croire qu'il tient le fait de Mme de Sévigné. Si tout autre que Bussy avait écrit le passage visé, on eu déduirait que le bonheur conjugal de Mme de Grignan fut médiocre, et l'on se tromperait, très probablement. — Voir les lettres de Mme de Grignan à son mari : v. 431-438 etvin-146.
Mme de Grignan prenait, à ce qu'il semble, ses précautions contre la pente qu'avait sa mère à s'épancher en paroles ou par écrit; sinon, pourquoi lui aurait-elle fait mystère de ce qu'elle confiait à d'autres? « Je suis quelquefois blessée, ma fille, du peu de part que j'ai à votre confiance, j'accorde avec peine l'amitié que vous avez pour moi avec cette séparation de toute sorte de confidences. Je sais que vos amis sont traités autrement. » (1) Mme de Sévigné a dû se forger souvent des imaginations qui n'avaient d'autre fondement que ses exigences et sa jalousie maternelles; cependant, ces lignes, rapprochées de celles-ci écrites dans le même moment : « Vous m'accusez de parler à des personnes auxquelles je ne dis jamais rien de ce qu'il ne faut pas dire », prennent un sens sur lequel on ne peut guère hésiter.
QUERELLE AVEC LE CARDINAL DE RETZ. LES GRI- GNANS SAUVÉS DE LA RUINE. Mme DE SEVIGNE