‹ DAMIENS Étude de psycho-pathologie historiqueChapitre 13 sur 27 · ENT RS · texte numérisé non relu

ENT RS

des Lits de Justice pour ordonner l'enregistrement.

Le.5 mai 1753, Louis XV refuse d'écouter les remontrances. Les magistrats décident que. les Chambres demeureront assemblées, tout service cessant jusqu'à ce qu’il ait plu au roi d'écouter favorablément les remontrances (158 magistrats sont unanimes pour cesser toutes fonctions pour les affaires publiques).

Le roi adressé à son Parlement des lettres de jussion portant injonction de reprendre les fonctions. L'assemblée persévère dans son arrêté. « Elle ne pouvait obtempérer aux dites lettres sans manquer à son devoir et trahir ses serments. »

La nouvelle se répand dans le public qui afflue dans da grande salle du Palais. Quand les présidents sortent, on a peine à leur frayer un passage et on crie : « Vive le Parlement! »

Le 9 mai, les magistrats sont exilés, la plupart dans des villes de province.

Quatre sont sévèrement punis. On leur donne un quart d'heure pour s'habiller, dire adieu à leur femme et donner leurs ordres dans leur maison.

Des carosses à 6 chevaux les condüisent Comme prisonniers d'Etat dans des forteresses. M. Frémont de Mazy à l'île Sainte-Marguerite. M: Gautier de Bésigny à la tour de Ham, en Picardie. M. l'abbé Chauvelin au Mont Saint-Michel. M. de Bèze de Lys à Piere-en-Cice, forteresse de Lyon.

Däimiens assiste au départ de son maître, Sa colère

Ro Tan

est portée à son comble et dès ce moment il a l’idée d'assassiner le roi. ô

Le 1% octobre suivant, il passe au service du sieur de la Bourdonnaye. Les affaires du Parlement restent l’objet de ses plus vives préoccupations.

Si l’on parle de nouvelles à table, Damiens paraît instruit de l’heure où commencent et finissent les assemblées du Parlement et passe dans la maison pour le premier nouvelliste du quartier.

Damiens va presque tous les jours sur la terrasse du Luxembourg pour demander des nouvelles ou en dire.

I1 passe des nuits dans les salles du Palais à attendre la fin des délibérations qui s’y font et part furieux du peu d’égards que le roi a pour les représentations du Parlement.

On apprend que des prêtres refusent d’administrer des sacrements. Partout on entend parler de la misère du peuple qu’on accable d'impôts.

Damiens en rend responsable le roi, qui ne tient pas compte des remontrances et ne soutient pas le Parlement contre les ecclésiastiques.

Tout contribue à renforcer son opinion et à donner plus de force à son idée qui, de jour en jour, devient plus obsédante. Elle influe sur son humeur. Son caractère, déjà si ombrageux, devient de plus en plus difficile.

Au début de l’année 1756, il sert Mme de Sainte- Rheuse, qui lui trouve « une physionomie sinistre et même il lui paraît fou. On lui donne le choix

Érgair

entre plusieurs chambres bien fermées et choisit un galetas dans le grenier de la maison, dans lequel il neige et il pleut. Il n’a aucune suite dans ses raisonnements. Il se regarde dans les glaces de lappartement et-il parle tout seul. »

ll ne peut s’entendre avec la femme de chambre et menace publiquement de l’assassiner. Celle-ci lui prédit qu'il sera « rompu vif ». « Il avait, dit un témoin, un service vif, pétulant, à pouvoir juger de lui comme d’un crâne (sic), l'ayant rencontré nombre de fois dans les rues, gesticulant, parlant seul et même si haut qu’on aurait pour ainsi dire, pu entendresce qu'il disait. »

Il effraie tellement sa patronne qu’elle le renvoie et Damiens devenu persécuteur, jette à plusieurs reprises des pierres dans les carreaux du cabinet de toilette de Mme de Sainte-Rheuse et brise une glace de son carrosse.

Damiens continue ses pérégrinations. Les changements deviennent de plus en plus fréquents. Il ne peut s'entendre avec personne. Susceptible, il s’en va « à propos de rien, quelquefois sans demander ses gages ».

Vaniteux, il n'admet pas les reproches et veut être mieux mis que les autres, pour cela il commet des indélicatesses. On le soupçonne d’avoir dérobé 40 louis d’or chez le sieur de la Bourdonnaye et on l’a renvoyé de chez le sieur Lepaige parce qu’on la surpris la main dans un sac rempli d'argent. Peu à peu, la vie lui devient de plus en plus difficile. Il

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est obligé de cacher son nom pour qu'on acceple ses services Sans pouvoir néanmoins rester longtemps dans les mêmes places.

A cette situation difficile s'ajoute une obsession qui lui est de plus en plus pénible. L'idée d’assassiner le roi s'impose à son esprit avec de plus en plus de force. 11 dira plus tard : « J'aurais voulu que cette idée m’évade de la tête et j’ai fait des voyages dans cette intention. » Une autre raison le pousse à partir; il est en procès avec sa famille à propos de hiens qui doivent lui revenir en Artois.

Si bien que le 6 juillet 1756, deux jours après son arrivée chez le sieur Michel, il ne peut résister à la tentation de s'emparer d’une grosse somme d'argent avec laquelle il disparaît.

Après son vol, Damiens prend un fiacre jusqu’à Bondy, empreinte la poste et arrive à Arras le même jour. Il descend à l’auberge des Rosettes sur la Grande Place et après avoir rendu visite à Réant, son parent, prend un cheval de louage pour se rendre à Hermanville, chez une de ses'tantes. Il veut

donner un écu aux pauvres, en présence de Réant, en montrant ostensiblement sa bourse bien garnie.

Chez sa tante, il discute de son procès et faute de place couche chez son cousin Lefebvre. Il parle des affaires du temps et se montre « fort attaché au Parlement ».

D’Hermauville, il va au village de Manin voir deux tantes maternelles, y dispute ses intérêts sans arriver à un accord.

Damiens se rend alors à Arras, chez le notaire pour faire une requête contre ses parents.

Ensuite, il passe à Béthune, y voit une belle-fille de son grand-oncle Guiïllemant et lui dit: « toutes sortes de fanfaronnades et qu'il lui fera bien perdre son procès ».

De Béthune, il gagne Saint-Omer et va voir son frère, Antoine-Joseph. H ne l’a pas vu depuis 25 ans. Il se montre très large et lui dit de prendre « hardiment » l’argent qu'il lui donne, car son frère hésite à prendre cette somme dont il ignore la provenance.

Damiens tient à paraître généreux. Il achète pour son frère, 292 livres de. laine et l’engage à prendre un métier où il travaillera pour son compte.

Il voyait pour la première fois sa sœur Catherine. Il lui donne 54 livres pour augmenter son ordi-

naire.

Ses prodigalités continuent, il achète deux couteaux de corne noirâtre, en donne à un à son frère avec six couteaux de table : « Tu n’as rien, je veux te nipper », et il lui achète encore 15 livres de faïence.

« À quoi bon tout cela à de pauvres gens? » lui dit son frère. I le regarde « d'un très mauvais regard de côté parce qu’il est blessé dans sa vanité ».

Quelques jours après, il offre encore un matelas, un traversin et une robe à sa nièce âgée de 15 ans.

Le dimanche, il accompagne sa famille à la messe, mais il pétille de sortir de Péglise et se moque de leur dévotion. II raconte, au cours d’une promenade,

que plusieurs refus de sacrements ont eu lieu à Paris. « Si le roi faisait bien il ferait pendre quelques ecclésiastiques pour en imposer aux autres. »

Cette nouvelle vie plaît à Damiens, il est libre, vit en vagabond, sa vanité est satisfaite puisqu'il paraît riche.

.… Malheureusement, le vol a été découvert. Le frère de Paris envoie une lettre à sa famille pour lui apprendre la vérité.

Le lendemain, Antoine-Joseph annonce à son frère, qu'il sait d’où vient l’argent, sans lui dire de quelle façon parce qu’on craint « qu’il ne fasse un mauvais coup contre son frère de Paris ».

A cette nouvelle, Damiens est d’abord profondément déprimé, puis son esprit vindicatif reprend le dessus. Il entre en fureur et se défend en disant que la somme indiquée est trop forte. Lu

Cependant, son dépit est si marqué qu’il essaie dé se suicider en absorbant de l’arsenic. Le médecin lui trouva « le pouls embarrassé, et irrégulier, les yeux fort égarés, l'air taciturne, ne parlant que par monosyllabes; n'ayant pu vérifier s’il avait pris du . poison, il ne lui ordonna qu’une grande quantité d’eau tiède pendant sa maladie qui dura 4 ou 5 jours ».

Pendant ce temps, « il pleurait quelquefois, il ne craignait pas la mort, mais le déshonneur de sa famille ». Aussitôt rétabli, sa famille essaie de le ramener à de bons sentiments, l’engage à restituer la somme volée et à se faire admettre dans une mai- :

PROS A NL

son de force à Saint-Venant. Mais Robert-François est irrésolu. Il accepte, puis il ne veut plus. En dedans de lui-même se livre une lutte pénible. Il est repris de ce besoin irrésistible de se déplacer.

Il part pour Dunkerque accompagné de son frère et de sa sœur qui croient que son intention était de se jeter dans la mer.

« Il paraissait triste et rêveur, faisait des grimaces et grinçait des dents, comme un homme qui serait fort en colère, néanmoins sans rien dire. »

Craignant d’être arrêté, il gagne Poperinghe. Il s’y révèle « inquiet et fort agité, se plaint beaucoup de ne pas dormir et achète des drogues pour cela ».

Il partage sa chambre, à un moment donné, avec un nommé Playoult. Une nuit, Damiens se lève, à une heure du matin, en chemise et sans soulier et descend dans la cave, d’où on le ramène dans sa chambre, tandis qu’il gesticule. « Il parlait jour et nuit seul. » He

Et toujours la même idée obsédante lui revient à l'esprit : « Si je retourne en France, oui, j’y retournerai, dit-il, et si je meurs, le plus grand de la terre mourra aussi, et vous en entendrez parler. »

. Damiens passe par des périodes de dépression. Il se fait saigner et laisse couler son sang pour se détruire. Il écrit à son frère de venir le trouver parce qu’il se trouve dans une « grande désolation ». « Il est touché de repentir et pleure beaucoup en lisant une lettre de son frère Louis disant que sa femme est allée se jeter aux pieds son maître volé. »

Mais si on lui propose de venir travailler la terre, sa vanité l’en empêche.

Le 10 septembre, il est obligé de fuir de Poperinghe et arrive le 12 à Saint-Omer. Il réclame à sa sœur 14 louis, et 100 écus à son frère, en prétendant qu’il leur avait confiés, ce qui prouve combien sa générosité dissimulait d’orgueil et de vanité.

Ilse cache dans les villages aux environs de Saint- Omer. Il est plus taciturne que jamais, « c’est un caractère qui ne s'ouvre à personne ». Il passe son temps à jouer et à dormir et vit aux dépens de sa famille. De temps à autre il parle des affaires du temps et paraît toujours « n'être pas pour les ecclésiastiques et plutôt porter pour le Parlement. Il parle seul et si on lui demande ce qui le préoccupe, répond : « Oh! j'ai des idées dans la tête. » La femme d’un de ses cousins est si effrayée de son air qu’elle se fait saigner.

Au début de 1756, il termine son procès par une transaction dont il est très mécontent, il prétend « avoir été trompé et qu’on s’en repentira ».

Le 20 décembre, il loge chez l’aubergiste Saguet, paraît de plus en plus préoccupé et se fait Saigner parce qu’il ne dormait pas depuis quatre jours. Il dit au chirurgien de faire l'ouverture plus grande pour que le « mauvais sang sortit ».

Très agité, il demande quelque chose pour de faire dormir, on lui donne trois grains d’opium qui ne font pas d’effet et on lui fait prendre du thé de pavot. |

Il part alors pour un voyage de deux jours, à pied,

et revient le troisième jour payer le chirurgien. % 4%

Pendant ce temps, à Paris, le Parlement lutte contre archevêque de Paris et les évêques.

Les hauts dignitaires de l'Eglise sont intransiveants contre ceux qui n’acceptent pas la bulle Unigenitus. Ils ordonnent des refus de sacrements, prononcent des excommunications. Le Parlement riposte en faisant arrêter ses-adversaires et brûler leurs mandements par la main du bourreau.

Le 18 novembre, arrive un bref du Pape, qui tout en adoucissant la bulle Unigenitus et les rigueurs du clergé français, les autorisait pourtant.

Le 8 décembre, le Parlement le supprime.

Le 14 décembre, le roi tient un lit de justice pour faire enregistrer : x

1. Une transcription modifiée du bref du pape touchant la bulle Unigenitus.

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