‹ DAMIENS Étude de psycho-pathologie historiqueChapitre 14 sur 27 · Une ordonnance pour la discipline du Parlement · texte numérisé non relu

Une ordonnance pour la discipline du Parlement

Le 15 décembre, la plupart des membres de la Grand’ Chambre donnent leur démission.

Damiens apprend ces nouvelles et vers le 23 décembre dit à Nicolas Breuvart : « Tout est perdu, voilà le royaume culbuté, pour moi, je suis perdu

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à tout jamais, voilà une mauvaise affaire que j'ai sur mon compte et on parlera de moi. »

A partir de ce moment, sa décision semble définitivement prise et il affirme que bien « qu’il eût une mauvaise affaire sur les bras à Paris, il fallait absolument qu’il y retournât ».

On l'entend parler seul et dire : « Voilà ma pauvre femme perdue, ma pauvre fille est f... »

Le 25 décembre, il va loger à l’'Ecu de France, d’où partent les carrosses. Damiens hésite pendant trois Jours. Il couche à l’auberge jusqu’au 28, se lève tard, est taciturne, ne sort que pour boire à l’estaminet, sans parler, le 27 il se lève si tard qu’il manque la messe.

Enfin, le 28, il se fait inscrire pour partir à Paris, sous le nom de Breuvart. Il n’a pas de paquet et voyage avec trois personnes.

Tout le long du trajet, ceux qui sont avec lui remarquent ses yeux égarés et son air taciturne.

Dans la voiture, il ferme les yeux et fait semblant de dormir. Quand on le réveille, il referme aussitôt les yeux et se tourne de l’autre côté.

En cours de route, en passant à Roye, il se fait lire les nouvelles de la Gazette.

Le 31 décembre, les voyageurs arrivent à Paris à la Porte Saint-Martin. Damiens se fait conduire en fiacre dans un cabaret de la rue Beaubourg et fait demander son frère.

Robert-François explique qu’il est revenu à cause de la démission du Parlement et demande l’adresse

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de sa femme. Il s’y rend, est introduit par la femme de chambre et reste trois jours à l’insu de la maïtresse de maison. Il ne sort que le soir, le 31 décembre et le 2 janvier. Le 3, il se décide à partir, sa femme et sa fille Paccompagnent jusqu’auprès de l'église Saint-Merri et il leur dit qu’il va retenir sa place pour partir le lendemain en Artois. En réalité son intention est tout autre. À 11 heures du soir, il arrive au bureau des voitures, demande une chaise et se fait conduire aussitôt à Versailles.

Au cocher, qui s'étonne de le voir partir à une heure si tardive, il raconte une histoire et dit qu’il se rend dans une île où il arrivera dans 24 heures.

A 11 heures 1/2 à Versailles, toutes les auberges sont fermées. Damiens en est réduit à passer la nuit au bureau des voitures, avec le portier. Il dort profondément jusqu’au lendemain matin sept heures.

Il se fait accompagner jusqu’à une auberge, demande un morceau de pain, une demie bouteille de vin et se couche jusqu’à trois heures de Paprèsmidi.

Il sort sans déjeuner, se promène toute la journée dans les cours et le parc du château et dans la salle des marchands. Il va se chauffer dans un cabaret.

Damiens rentre à l’auberge à 11 heures 1/2 du soir et semble furieux.

IT demande un poulet, on ne peut lui donner qu’un morceau de mouton. Il s’emporte et crie : « Dans ce f.. Versailles on ne peut y finir ses affaires. Voilà le roi qui va à Trianon jusqu’à samedi! »

La femme de l’aubergiste est si effrayée de son air qu’elle le fait enfermer dans sa chambre, mais Damiens fait rouvrir la porte.

Le lendemain matin, à 8 heures, elle croit l'avoir entendu frapper, elle monte dans sa chambre.

Damiens se plaint d’être incommodé et lui demande à être saigné, Elle eroit qu’il badine et n’en fait rien.

A 10 heures, il sort de sa chambre, rencontre le garçon dans le corridor, lui remet sa clef sans riei dire et on ne le revoit plus de la journée.

Le

Damiens est retourné dans la cour du château. Il se renseigne auprès des postillons et des gardes sur ce que fera le roi. À 5 heures, celui-ci est arrivé au château pour voir Mme Adélaïde, qui est un peu enrhumée, il doit retourner à Trianon dans la soiré: pour tirer les rois. Damiens l’a vu et est toujours là. Entre 5 heures et 5 heures et demie, il est aperçu par une sentinelle, marchant de long en large sous l’arcade de la chapelle. Il a Pair inquiet. Un individu linterpelle et lui dit: « Eh! bien. » Il lui répond : « Eh! bien j'attends. »

À 17 h. 45, le carrosse du roi vient se ranger près de l’esçalier de la cour de Marbre du château. Les valets de pied et les gardes du corps forment la haie. Damiens se glisse vers l'arrière du carrosse avec la foule, attirée par l’arrivée des voitures. Il n'y a que deux flambeaux, l'obscurité le favorise, il s’approche près de l’un des petits valets de pied du roi qui

doit monter derrière le carrosse. Le roi venant de ses appartements, descend l’escalier. Il s'appuie de sa main droite sur le bras gauche de son premier écuyer, devant lui se trouve le marquis de Montmirail, derrière lui le duc d’Ayen et à sa gauche de Brionne, grand écuyer de France, un peu plus en arrière le dauphin.

Le roi descend la dernière marche de l'escalier et franchit l’espace qui le sépare du carrosse ‘dont la porte est ouverte, 1

Damiens juge l'instant favorable, il saisit son couteau, se précipite en bousculant un garde du corps, arrive derrière le roi, pose la main gauche sur son épaule et frappe de l’autre main dans le côté droit.

Le geste a été si rapide que personne n’a vu porter le coup. Damiens a le temps d’essuyer et de refermer son couteau tout en reprenant la place qu’il vient de quitter, tandis qu’il regarde le roi fixement comme un homme « ivre furieux ». La violence du choc a été telle que le roi croit n'avoir reçu qu’un coup de poing. La lame a traversé les : « surtout, habit, veste et trois plis de chemise de Sa Majesté ».

Grâce à l’épaisseur des vêtements, la blessure est superficielle et la vie du roi n’est pas en danger,

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