MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE, ÎOOCTORRE 1779-9 MAI
De B&squiat, baron de la Houze, conseiller d'État, avait été longtemps ministre de France à Hambourg. Il avait servi d'intermédiaire, quelquefois inconscient, à M. de Vergennes pour faire passer à M. de Blosset, à Stockholm, les fonds français destinés à procurer la révolution de 1772. (V. nos Instructions de Suède, p. 431.)
On renvoie le nouveau ministre de France près le roi de Danemark aux Instructions données en septembre 1775 à son prédécesseur le marquis de Vérac, puisqu'il n'y a pas eu, depuis cette date, d'importantes modifications dans la politique générale. Les efforts de Sa Majesté pour liguer les puissances contre les excès de l'Angleterre au point de vue delà liberté maritime ont obtenu des résultats. Le Danemark a fini par s'y porter, et il entend qu'on lui en fasse un grand mérite comme d'un mouvement tout personnel. Ne pas y contredire. La persistance de l'animosité entre le Danemark et la Suède est tout à fait fâcheuse : il faut la combattre. La liaison du Danemark avec la Russie persiste. Les rapports de la France avec cette dernière puissance se sont modifiés depuis la paix d'Allemagne et la paix entre la Russie et les Turcs. Se rapprocher des ministres de ces deux dernières puissances : un tel rapprochement entre dans les plans actuels de Sa Majesté. S'unir avec le ministre d'Espagne pour surveiller les menées maritimes de l'Angleterre. Combattre l'influence de l'Angleterre sur le ministère danois. Observer les moyens de procurer un traité de commerce analogue aux engagements qui ont subsisté jusqu'en 1757.
MÉMOIRE POUR SERVIR D INSTRUCTION AD SIEUR BARON DE LA DOUZE ALLANT A COPENHAGUE POUR Y RÉSIDER EN QUALITÉ DE MINISTRE PLÉNIPOTENTIAIRE DU ROT AUPRÈS DU ROT DE DANEMARCK
Versailles, 10 octobre 1779 '.
Ule-
Le Roy, ayant à cœur de donner à ceux qui le servent ul ment dans la partie des affaires étrangères la perspective de passer graduellement à des missions plus importantes et plus distinguées, a considéré que le sieur baron dolaHouze a été employé depuis un grand nombre d'années, par son ordre, dans différentes cours et Etats, et que partout il adonné des preuves d'un zelc et d'une capacité qui ont mérité l'approbation de Sa Majesté. Elle a voulu lui donner une récompense de ses anciens services et l'encourager par un nouveau bienfait, en le nommantson ministre plénipotentiaire auprès du roi de Danemarck.
8a Majesté ne doute pas que le sieur baron de la Honze ne cherche a justifier le choix qu'Elle a daigné faire de lui par son application à remplir ce poste avec toute la sagesse et la vigilance qu'il exige, et, pour le mettre à portée de connoitre la nature et l'étendue de ses devoirs, Elle a ordonné qu'il lui fût remis un mémoire pour lui servir d'Instructions, dans lequel loul ce qui peut contribuer à sa direction fût exposé avec clarté.
Le long séjour que le sieur baron de la Hou/e a t';til 1 Hambourg l'a mis à portée d'acquérir des connoissanecs exactes sur les forces du royaume de Danemarck, la nature de son gouvernement actuel, et même sur le personnel des princes et des ministres qui régnent aujourd'hui sous le nom d'un mi incapable de rien faire par lui-même. Il sait combien ces circonstances ajoutent à la foiblesse naturelle de ces Etals, et au peu de ressort des peuples qui le composent.
Sa Majesté, affligée du tableau qu'offre maintenant le marck, ne croit pas que cette décadence d'une des puis:
t. Danemark, CLX.
du Nord soi! peu digne de son attention. Elle recommande au sieur baron de la Houze de porter des regards attentifs sur tous les objets qui peuvent servir à fixer l'idée qu'on doit avoir de la richesse de ce royaume, de ses ressources, du poids dont il pourroit être dans l'Europe, supposé qu'il fût entraîné à figurer dans quelque grande affaire.
Le sieur baron de la Houze s'appliquera aussi a discerner parmi les personnes qui s'agitent pour avoir de l'influence en Danemarck quelles sont celles qu'on peut croire qui sont le plus à portée de prendre un crédit permanent, quels talents elles annoncent, quel penchant elles montrent pour l'une ou l'autre des grandes puissances de l'Europe.
Si les intérêts du Danemarck avoient changé depuis le mois de septembre 1775 que le sieur marquis de Vérac a reçu des Instructions de Sa Majesté en partant pour Copenhague, s'il s'étoil fait quelque révolution marquée dans le système politique de l'Europe, il seroit nécessaire de tracer au sieur baron de la Houze le tableau actuel des objets politiques dans lesquels le Danemarck pourroit entrer. Mais hors la guerre entre la France et l'Angleterre, il ne s'est rien passé qui ait obligé la cour de Copenhague à aucune démarche remarquable. Les Instructions du sieur marquis de Vérac embrassant tout ce qui pouvi'il, à cette époque, servir a la direction du ministre du Roi sur les rapports de cette cour avec les puissances du Nord cl sa position à l'égard de la France, et n'y ayant eu depuis aucune négociation importante, il a paru convenable de ne pas traiter de nouveau ces objets, puisque le sieur baron de la Houze doit trouver à Copenhague les Instructions de son prédécesseur. Le Roi lui ordonne de s'y conformer, pour les articles auxquels les circonstances n'ont apporté aucun changement, comme s'ils étoienl inscrits dans le présent mémoire.
Dans le premier moment des divisions entre l'Angleterre et ses colonies de l'Amérique septentrionale, le Danemarck a paru former des vœux pour le succès des vues de la cour de Londres. Son penchant pour cette cour s'est même manifesté de plus d'une manière à cette occasion. Depuis, la conduite tyrannique des Anglais sur la mer ayant causé quelque dom-