LA LIBERTE DES MERS
mage aux navigateurs danois, cette puissance a paru faire cause commune avec celles qui se montraient disposées a ne pas soudïii d'injustice de la part de la marine angloisc. Le sieur baron de la Houzc trouvera dans la correspondance du sieur Caillai ' b suite des négociations pour former une association entre les puissances du Nord à l'effet de faire respecter leur pavillon. Il y verra que M. le comte de Bernsdorff'qui a la principale dirci lion des affaires, plus occupé de faire montrer les forces du Danemarck que d'en imposer aux Anglois, après avoir paru disposé a s'entendre avec la cour de Suéde pour l'emploi des escadres respectives, s'est rabattu à faire agir séparément l'escadre danoise ; que cette explosion n'a servi qu'à prouver la répugnance des Danois à entrer dans aucune mesure commune avec la Suède, et que le roi de Dancmarck a dépensé beaucoup d'argent pour laisser en doute s'il éloil résolu à repousser unt insulte, et prouver seulement que sa belle marine est capable de très peu de chose.
Le Roi avoit cru travailler au bien général en ameutant les puissances du Nord contre le système politique des Anglois sur la liberté de la mer. Sa Majesté avoit espéré un moment d'y opposer une masse de résistance capable de faire sentir à l'Europe, si elle en eût douté, que le vœu général étoil pool l'abaissement de ses ennemis. Les passions et les préjugés des princes et des ministres n'ont pas permis que ce projet s'effectuât avec tout l'éclat qu'il comportait ; mais Sa Majesté o'tai pas moins obtenu au fond ce qu'Elle désiroit. La cour de Russie a désapprouvé la conduite de l'Angleterre; la Suède a armé une escadre et fait cesser les vexations des Anglois contre ses navigateurs; enlin le Danemarck a paru vouloir soutenir II système de la liberté des mers, et, dans l'opinion publique, il
1. Antoine-Bernard Gaillard, ne 1137, mort 1K01, commença par ti- . de Turgot, intondant do Limoges. A partir do l'année 1718, Ù est dan» Us poswdiplomatiques, à Parme, à Caasel, a Copenhague (1775), où il est chargé d'afliiw jusqu'en 17H0 ; puis » Péterabourg et en Hollanda. De retour on France en I7ÏÏ, ■'■ fut nommé ministre plénipotentiaire à Rulisbonnc et finalement i Berlin, i7K. t l'ut ensuite nommé garde dos Archives diplomatique! à Paris.
2. Andréas Pierre, comte BemslorlT, ne»ea de Jouait Hariïie; Ernst. ministr* a Danemark de 1751 & 1770, avait 6lé appelé on 1773 ù la direction des affaira M " gérei.
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cause que le Roi regarde comme celle des nations ' . Celle démonstration a même eu l'air d'être faite avec courage, cl le sieur baron de la Houze doit s'attendre qu'on la lui représentera souvent comme la plus grande marque de déférence qu'on ait pu donner à Sa Majesté. 11 ne cherchera pas a affaiblir l'idée qu'on voudra lui donner à cet égard ; au contraire il tachera de persuader au ministre danois que Sa Majesté conserve le souvenir de la conduite de la cour de Danemarck pendant l'été qui vient de finir, comme glorieuse pour celte cour, avantageuse pour le bien de l'Europe, et favorable au système généreux de la France.
Il seroit inutile que le sieur baron de la Uouze fit des efforts pour vaincre l'éloignemcnt qui règne entre les cours de Suède et de Danemarck *. Le feu Roi s'en étoit occupé, et avoit même pu se flatter de les avoir rapprochées ;mais l'antipathie nationale s'esl réveillée, et on peut dire que les derniers armements ont contribué à la consolider. La répugnance extrême que le Danemarck a apportée à faire agir les deux escadres de concert, le mépris qu'on a montré à Copenhague pour la marine suédoise, quoiqu'on ne voyc pas sur quoi il peut être fondé après le résultat de la campagne de l'escadre danoise, tout fait croire que, pour avoir soutenu cette année la même cause, les deux cours n'en sont pas plus disposées à se rapprocher pour leur bien réciproque. Le sieur baron de la Houze s'attachera à prévenir, dans l'occasion, l'effet de ces dispositions. Il représentera au ministère danois que, tout espoir de se pouvoir unir devant être éteint entre les deux peuples, la bonne politique leur conseille de s'unir pour n'être dans la dépendance de personne; que, tenant la clef de la mer Baltique, ils sont sûrs d'être respectés lorsqu'ils agiront de concert pour de justes raisons, et que leurs forces navales qui, séparées, n'iuquiéteroient per-
1. Le 28 septembre 1 718, Bernstorll avait proposé une ultimes onlre 1» Russie et le Danemark pour la protection dos neutres. Les doui puissances devaient armer un Certain nombre de navires pour les envoyer en. croisière. Mais la Russie refusa ■l publia de son câté le manifeste du 10 mars 1780, auquel le Danemark dul accéder (traité du 9 juillet).
2. Cette hostilité s'expliquait par le résultat de la révolution suédoise de I77S, 'avait préparé la politique danoise.