‹ DanemarkChapitre 4 sur 147 · I. V. Al us, Hislolredu Dantmark · texte numérisé non relu

I. V. Al us, Hislolredu Dantmark

% PAIX DE BROMSEBRO

fut un grand préjudice'. La France, par un traité particulier en date du 15 novembre 1643, avait, à la vérité, promis au roi de Danemark de le faire participer à la pacification générale, et de s'employer à faire restituer à son fils, le duc Frédéric ', l'archevêché de Brème ou un équivalent 1 ; mais le temps était passé pour le Danemark de songer aux intérêts continentaux; il lut fallait pourvoir à sa propre sûreté, à son existence. Vainement, sous prétexte de neutralité, il avait offert sa médiation avec la république de Venise; il resta étranger aux négociations et n'y fut pas compté. C'est à la Suéde que fut donné l'archevêché de Brème, et cette puissance devint seule, avec la France, garante de la paix de Wcstphalie.

Le roi de Danemark Christian IV était mort au commencement de l'année 1648, à soixante et onze ans. Les premières années de son règne avaient eu un éclat qui protège encore sa mémoire; mais il avait été témoin, dans la seconde partie de sa longue domination, de tous ces revers extérieurs, tandis qu'au dedans l'aristocratie avait repris un ascendant égoïste et excessif, germe de révolutions nouvelles. Il avait eu seize enfants, six de la reine Anne-Catherine de Brandebourg, et dix de Christine Munk, son épouse morganatique. Il ne laissait pourtant pas un héritier reconnu, puisque son fils aîné, élu dès 1608 par les États pour lui succéder, venait de mourir peu de temps avant lui. Deux mois d'inlerrègne laissèrent toute liberté aux intrigues du sénat ; il finit par élire, mais au prix d'une capitulation humiliante et rigoureuse, le second fils de Christian IV, qui fut le roi Frédéric III (1648-1670).

Nous n'avons pas à rappeler les guerres dangereuses auxquelles le Danemark, malgré la faiblesse de ses finances et de ses armées, s'exposa non sans imprudence pendant le nouveau règne, sinon pour marquer combien ces agitations troublaient,

1. V. 1. A. Fhidebii;ii, Danmarks yilrc politiske Historié i liilen fra freden i LObeck lil freden i Kiùbenhaon, 1629-1660; seconde partie, depuis la paii do Prague jusqu'à celle de Bromsebro, 1881, 534 p. io-8".

3. H. C. de Rebdtz, Répertoire historique et chronologique des traité» conclus par la couronne de Dannemarc depuis Canut le Grand jusqu'à 1800, avec un extrait des principaux articles. GûttLnguo, 1820, iu-8", p. ili.

SIEGE DE COPENHAGUE xi

non plus .sans doute l'équilibre du Nord, désormais disparu, mais du moias une tranquillité relative, dont la diplomatie française allait plus que jamais souhaiter le maintien quand il s'agirait pour elle de faire servir à ses projets les deux monarchies Scandinaves. Ces luttes menacèrent plus d'une fois d'anéantir entièrement le Danemark et de donner à la Suède une puissance excessive. Pendant, par exemple, que Charles X Gustave, successeur de la reine Christine, guerroie en Pologne, le roi de Danemark, sur quelques vagues promesses de secours étranger, attaque tout à coup : il met la main sur le duché de IIolstein-Gottorp, qui appartient au duc Frédéric, beau-père du monarque suédois. Charles X Gustave répond à cette agression par le célèbre passage de son armée sur le petit Belt glacé, où s'engloutissent un régiment d'infanterie et deux compagnies de cavaliers, puis par le passage sur le grand Belt ; et il est en février 4658 devant Copenhague. Au milieu de ce péril la France intervient, d'abord avec l'Angleterre seule comme médiatrice, puis avec l'Angleterre et la Hollande. La paix de Roeskilde, du 26 févricr-8 mars 1638, sauve l'existence du Danemark, mais en le mutilant. C'est alors en effet qu'il doit céder à la Suède pour toujours les trois provinces de Si-unie, de Halland et de Bleking, désignées, à vrai dire, par leur situation dans la partie méridionale de la péninsule Scandinave comme des possessions naturellement suédoises. Le Danemark perd en même temps l'île de Bornholm, le district norvégien de Drontheim, la province de Bohus, 12 vaisseaux de ligne, et 2,000 hommes de cavalerie. Enfin le duc de Holslein-Gotlorp est dégagé de ses obligations féodales et reconnu souverain. Cela ne suffisait pas. Cinq mois plus tard, le roi de Suède, rompant tout à coup et sans la moindre justification le traité conclu, annonce le projet de conquérir le Danemark. Refusant le duel auquel le provoque Frédéric III indigné, il s'avance rapidement vers Copenhague, pendant que le duc de Holstetn attaque de son côté. La résistance héroïque des assiégés, du 1 1 août au 29 octobre 1658, donne heureusement à la flotte hollandaise le loisir d'arriver, sous les ordres de l'amiral Opdam ; car nulle puissance, la Hollande moins que toutes

xil SIEGE DE COPENHAGUE

les autres, n'est intéressée à laisser la suprématie de la tîque entre les mains de la Suéde. La paix de Copenhague, du 27 mai-6 juin 1660, conclue grâce à la Hollande, à l'Angleterre et à la France, consacre sans les aggraver les conditions de la paix de Roeskilde : les trois provinces méridionales de la péninsule Scandinave demeurent, et pour toujours, à la Suède'; mais te Danemark ne périt pas, et même le courage personnel que son roi Frédéric III a montré lors du siège de Copenhague va lui rendre assez de force morale pour que, pendant cette même année 1660, il puisse rétablir la monarchie héréditaire et modifier toute la constitution intérieure dans le sens d'une centralisation redoutable à la noblesse.

Le succès de cette révolution de 1660 permit & la monarchie danoise de reprendre un certain rôle dans la politique générale. Le pays avait besoin tout d'abord d'être assuré du côté de la mer. Frédéric III rechercha donc de préférence l'alliance de l'Angleterre parmi celles que pouvaient lui offrir les puissances maritimes. Le traité qu'il conclut avec Charles H, en date du 23 février 1661, fut avantageux au Danemark; car, pendant que chacune des deux parties s'engageait à refuser aux ennemis de l'autre tout secours en hommes, en argent, en armes ou en vaisseaux, le roi de la Grande-Bretagne promettait de comprendre le roi de Danemark dans tous les traités qu'il ferait avec d'autres puissances ; et si quelqu'un attaquait la monarchie danoise, non content de donner les secours stipulés par les traités antérieurs, il agirait de toutes ses forces contre l'agresseur. Nul des doux souverains ne donnerait asile aux ennemis de l'autre. Le roi de Danemark, de son côté, promettait * de faire délivrer à Sa Majesté britannique tous les trésors de la couronne d'Angleterre qui pourraient se trouver en Danemark », et il s'engageait surtout à faire arrêter toutes les personnes ayant pris part au meurtre de Charles I". Les Anglais acquitteraient les droits du Sund sur le même pied que les Hollandais et les antres nations favorisées, la Suède mise à part.

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PREMIERES RELATIONS xm

Quant aux alliances continentales, Frédéric III voyait n'offrir à lui celle de la France ou bien celle de l'Empire, il préféra la première, avec l'espoir de priver la Suéde de ce même avantage.

Les relations diplomatiques directes avaient été rares jusqu'alors entre la France et le Danemark. Pendant tout un siècle, de 1541 à 1645, on ne rencontre pas de négociations importantes et suivies entre les deux couronnes. Nous avons dit comment, pendant toute la période de la guerre de Trente ans. la monarchie danoise s'était isolée de la politique générale pour obéir à des jalousies et à des rancunes traditionnelles. Cependant elle s'apercevait bien dés lors que l'alliance française donnait contre elle une force considérable à la Suéde, et elle comprit aussi que, dans le même moment où elle essayait de rentrer sur la scène, les circonstances redevenucs favorables semblaient lui offrir l'occasion de ravir cet appoint à sa rivale. L'agent diplomatique suédois, comte Claes Toit, avait conclu avec le gouvernement français, le 19 septembre 1661, à Fontainebleau, un traité d'alliance. Les articles publics de ce traité proclamaient le maintien de la paix de Westphalie et prolongeaient L'existence de la Ligue du Rhin de 1637, où la Suède était entrée; mais les articles secrets stipulaient une intervention, même armée, des Suédois en Pologne pour aider à l'élection du duc d'Enghien comme roi. A cette condition, la France s'engageait à un énorme subside, 480,000 rigsdales par an. L'élection n'eut pas lieu cependant, par suite sans doute de l'inaction suédoise. Mécontent de cette déconvenue, peu satisfait d'ailleurs de l'attitude médiocrement bienveillante que montrait une partie du conseil de régence pendant la minorité de Charles IX, le gouvernement français envoya à Stockholm le chevalier de Terlon pour dénoncer un traité si onéreux, et le ministère suédois dut se résigner à voir substituer à la convention de 1061 un autre traité, du 3 janvier 1663, qui réduisait les subsides à une somme annuelle de 100,000 rigsdales pendant quatre ans. Naturellement la France devait être lenlée de remplacer par l'alliance du Danemark cette alliance suédoise fort ébranlée, et de faire voir à son ancienne amie qu'on pour-

Xiv PREMIERES RELATIONS

rail, au besoin, se passer d'elle. Elle eût cependant préféré commun accord, et plus d'une fois notre diplomatie essaya de faire accepter des deux puissances Scandinaves la pensée d'une étroite union entre elles sous l'égide de la France. L'accomplissement de ce vœu eût changé les destinées du Nord et peut-être de l'Europe.

D'autre part une grave révolution intérieure était survenue, avons-nous dit, en Danemark, de nature à délivrer la royauté danoise des liens qui avaient enchaîné saliberléd'action au dehors. Les misères dont ou souffrait, perte de trois belles provinces, anéantissement de la flotte, interruption du commerce, mauvais état des finances, étaient attribuées par l'opinion à l'influence fâcheuse, à l'égoïsine et aux privilèges de l'aristocratie. La bourgeoisie et le clergé — ce dernier ordre composé de roturiers depuis la réforme — sentant s'accroître leur instruction et leur richesse, et naître leur ambition, se firent les organes de l'esprit public, et se trouvèrent bientôt unis contre l'adversaire commun. La lutte s'engagea ouvertement dans les séances des Etats que le roi convoqua pour le 8 septembre 1660 après une très longue interruption. Les récriminations s'engagèrent sur la question des impôts. Les deux ordres inférieurs proclamaient le principe de l'égalitéquant aux charges publiques que l'aristocratie repoussait avec indignation. La pensée vînt naturellement d'opposer à la noblesse, pour triompher d'elle, une royauté héréditaire et absolue. L'acte du 10 janvier 1661 annula donc la capitulation du roi ; il l'autorisa à fixer la constitution du royaume et la succession au tronc. La constitution elle-même fut rédigée et signée par le roi le 11 novembre 1665, mais pour être publiée ultérieurement. On comprend sans peine que la révolution monarchique du Danemark ait été saluée avec une vive satisfaction, à sa date, et en Angleterre et en France'.

Quelque instigation de la France, où s'inaugurait au même temps un règnequi devait être si absolu, fut-elle pour quelque

1. V. La muse historique de Lobci, P»ri», 1818, HI, p. Ï79. Fifth Report of tk* Royat commission oftâitoricat tnanatcrîpli , London, 1876, paraît P- !*»•

TRAITE DE COMMERCE xv

chose dans la transformation monarchique du Danemark? On eut alors cette pensée, et l'ambassadeur anglais à Copenhague Molesworlh, l'insinue quelques années après : « Le roi de Danemark, écrit-il, aime l'alliance de la France, et entrelient avec cette couronne une correspondance plus étroite qu'avec aucune autre. Le roi de France, par ses flatteries, par de grandes promesses, par un peu d'argent donné à propos, a trouvé le moyen d'amuser cette cour, et de la faire agir comme il lui plait. >

Un traité 1 d'amitié et de commerce fut d'abord conclu à la date du-14-24 février i 663', â Paris même, entre Frédéric III et Louis XIV, aux termes duquel les vaisseaux français ne subiraient les droits du Sund que d'après le tarif du 25 septembre (645.

■ Ce traité tirait une grande importance des plans de Colbert, qui voulait assurer à la France un grand empire commercial. Sa correspondance témoigne à chaque page de l'importance particulière qu'il attachait aux relations commerciales avec les pays du Nord. Il écrit aux échevins de Rouen le 25 octobre 1662 (P. Clément, Lettres de Colbert, II, 417) : « Il y a ici à la cour un ambassadeur extraordinaire de Danemark qui propose, au nom de son maistre, de faire avec le Roy un traité de commerce qui soit à l'avantage et à l'utilité particulière des sujets des deux couronnes. Comme la principale vue que Sa Majesté a dans cette négociation est de procurer le bien de ceux qui s'appliquent au commerce des pays étrangers, et de profiter de cette ouverture pour rétablir le trafic dans nos porls où il avoit été presque anéanti par la longueur do la guerre, je vous prie de conférer avec les principaux marchands de Rouen, qui ont plus de connoîssanec du trafic du Nord, sur ce que l'on pourroit stipuler par ce traité dont les négocians reçussent plus de profil et qui leur donnast une plus grande liberté pour trafiquer, et de m'envoyer un mémoire le plus tost que vous pourrez. » Le Roi désigna au commencement de 1663

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