‹ DanemarkChapitre 10 sur 32 · OLAUS · texte numérisé non relu

OLAUS

A la mort de Valdemar, la ligne masculine des Estrithiens s'éteignit.

Si le droit de succession eût alors été établi d'une manière fixe, la couronne appartenait à Albert de Mecklen bourg, fils d'Ingeborge, fille atnée de Valdemar ; on a vu plus haut que ce monarque avait reconnu ce prince pour son successeur. Albert avait pour concurrent Olaùs, âgé de quatre ans, (ils de Marguerite et de Haquin, roi de Norvège, qualité qui lui donnait un grand avantage dans l'esprit des Danois, par l'espoir de la réunion de la Norvège à leur pays.

Les états convoqués à Odensé, pour prononcer sur les droits des deux prétendants , ne décidèrent rien , parce qu'il se forma dans leur sein un troisième parti qui, se fondant sur l'extinciion de la race des Estrithiens, prétendait que la nation rentrait dans ses droits, et qu'en conséquence il fallait donner l'exclusion à Albert et à Olaùs, puisqu'en choisissant l'un ou l'autre on semblerait regarder la royauté comme héréditaire, et gu'amsi il fallait élire parmi tant de familles

illustres l'homme le plus digne de gouverner.

Néanmoins, Albert prit le titre de roi ; mais ses efforts pour se créer un

Krti échouèrent. Marguerite, plus hae, sut se concilier les états de chaque province séparément : d'abord ceux ae Jutkmd, ensuite ceux de Scnnie, de Halland et de Blekingie, et finalement tous les autres; de sorte que, le 13 mai 1376, Olaùs fut proclamé à Slagelse roi de Danemark, en présence de son père et de sa mère, qui préalablement jurèrent, en son nom, une capitulation qui restreignait encore plus que celle de Christophe II l'autorité royale. Lu régence fut confiée à Marguerite.

Le premier soin de cette princesse fut de s'attacher pat des traités les ducs de Poméranie et le duc de Saxe- Lauenbourg, les plus proches voisins d'Albert en Allemagne , afin d'être assurée qu'elle en recevrait des secours contre lui ; malgré cette sage précaution, elle aurait eu peut-être une lutte difficile à soutenir si un coup de vent n'eût pas détruit la flotte éguipée par le duc Mecklenbourg , aïeul d'Albert. Après cet échec, le duc vint à Copenhague, et le 2 1 septembre, il fut convenu, entre lui et le gouvernement danois, que, sans préjudice du droit des états d'élire le roi, la décision du différend actuel serait soumise à des arbitres, et qu'en attendant les hostilités cesseraient.

On ignore si l'arbitrage eut lieu, ou si Marguerite eut l'art de l'éluder; mais elle profita du repos que cet accord lui laissait, pour renouveler le traité avec les villes hanséatiques, et réitéra aux états de Danemark la promesse d'observer la capitulation royale et de respecter tous leurs privilèges, déclarant d'ailleurs qu'elle convoquerait un danehof aussitôt que ce serait nécessaire. De même que son père, elle flatta le clergé, et le combla de marques de confiance, de distinctions, de bienfaits; c'était un moyen efficace de se ménager l'appui de ce corps puissant.

La mort de Haquin, son époux, le

1 er mai 1380, fit échoir la couronne de Norvège a Olaùs. Les états de Danemark , d'autres , disent les grands de Norvège, auraient désiré que l'union des deux royaumes fût prononcée. Une différence essentielle dans la loi fondamentale des deux pays, puisque la couronne était élective dans l'un et héréditaire dans l'autre, fit pour le moment échouer le projet.

Cependant le roi de Suède, craignant qu'un si grand accroissement de puissance n'inspirât a Olaùs l'idée de faire valoir son titre d'héritier de Suède, attaqua la Scan ie en 138! et en 1383.

Ces tentatives manquèrent par la fermeté des habitants et les secours que la reine leur amena, et lui prouvèrent aussi la nécessité de retirer cette province des mains de la Hanse ; car cette confédération, voyant approcher le moment où cette possession temporaire allait lui échapper, ne faisait probablement pas des efforts bien vigoureux pour la conserver à ses propriétaires.

En conséquence, Marguerite assista, en 1384 et 1385, aux assemblées générales de la Hanse à Lubeck, et accéda à une association que ces villes formèrent contre les pirates; elle ac-

8uit ainsi la confiance, et gagna la ienveillance de ce corps de marchands allemands, et le terme fixé pour la restitution arriva, en 1385, sans qu'aucun obstacle en entravât l'exécution.

Des que Marguerite fut en possession de la Scanie, elle y conduisit Olaùs. En recevant l'hommage des états du pays, le jeune roi leur promit le maintien de leurs privilèges, et (it de grandes libéralités au clergé.

Marguerite s'occupa ensuite du duché de Slesvig. A la mort du dernier duc, le roi Valdemar III, qui regardait cette province comme un fief dévolu à la couronne, prit des mesures pour se l'assurer; le temps lui manqua pour les mettre à exécution. De leur côté, les comtes de Holstein- Rendsbourg élevèrent des prétentions sur ce duché, en vertu du traité de 1330. Espérant qu'Albert de Mecklenbourg les favoriserait, ils se decla-

rèrent ses partisans. Marguerite se montra donc également équitable et politique, lorsqu'au danehof de Viborg, en juin 1886, elle conféra le duché de Slesvig, à titre de fief de la couronne de Danemark, à Gérard VI, comte de Holstein. Il était puissant, et avait déjà en son pouvoir une partie du pays. Les habitants lui témoi-

Snaient de rattachement, et les nobles u Jutland favorisaient ses intérêts.

L'année suivante, Olaus, oui annonçait les plus heureuses dispositions, mourut inopinément, le 3 août, au château de Ealsterbo en Scanie, dans la dix-huitième année de son âge Sa mère le Ht ensevelir sans aucune pompe à Sorôe, et cacha quelques jours ce triste événement, afin d'avoir le temps de gagner les principaux seigneurs de Norvège pour être nommée reine de ce pays; mais le secret fut bientôt divulgué; et, le 10 août, les états de Scanie assemblés à Lund proclamèrent, de concert avec I l'archevêque <le Drontheim et d'autres Norvégiens qui se trouvaient au milieu d'eux, «l'illustre princesse et dame « Marguerite, reine de Norvège et de « Suède, régente de Danemark, d'a- « boni, parce qu'elle e«t la fille du roi « Valdemar, et la mère d'Olaùs; en- » suite, parce qu'ils sont satisfaits de « la douceur de son administration.

« Pendant sa vie, et sans sa demande « expresse, il ne sera pas ëlu de roi ; « ils l'engagent enfin à lui obéir comme « à leur dame légitime et régente du « royaume de Danemark. »

Cet acte sans exemple dans les annales des royaumes du Nord, et peutêtre sous cette forme dans celies de toutes les monarchies, était une distinction flatteuse que Marguerite devait à la prudence de sou administration depuis douze ans, à l'affabilité de ses manières, à sa générosité, aux grâces de sa personne, a l'affection du clergé.

Les états de Seeland, de Fionie et de Jutland ne tardèrent pas à exprimer leurs résolutions dans les mêmes termes que les Scaniens. Vers la fin de l'année, Albert, le seul qui aurait pu

troubler Marguerite dans la possession

du trône, mourut : il n'avait qu'une sœur mariée à Vratislas, duc de Poméranie.

Assurée de la couronne de Danemark, Marguerite passa en Norvège pour y recueillir le fruit d'une négociation conduite depuis douze ans avec autant de secret que d'habîleté.

Les députés de ce royaume étaient, comme on vient de le voir, présents aux états de Lund, quand elle y fut élue; ils avaient probablement la mission de lui offrir l'autre couronne que son (ils avait portée. Dès qu'elle parut en Norvège, le sénat déclara, au nom des états, qu'il lui conférait le pouvoir de gouverner ce royaume, sa vie durant. Elle se proposait de travailler à l'union des déux pays, elle y procéda avec une circonspection extrême.

Les états ayant été assemblés, au commencement de 1388, à A garniras, elle les invita à désigner son successeur, toutefois en recommandant à leur bienveillance Albert de Mecklenbourg. On ignorait encore son décès; les états refusèrent ce prince. Alors la succession fut transférée a sa sœur, la princesse Marie, et par droit de représentation à Éric, son fils. I's consentirent à ce que du vivant de Mar-

Suerite Éric portât le titre de roi e Norvège, à condition cependant que seule elle gouvernerait. Kilo fit venir auprès d'elle ce petit-neveu, alors âgé de cinq ans, et Catherine, sa sœur, pour les élever sous ses yeux. En 1389, elle régla l'ordre de succession. Après Éric, la couronne devait passer à ses fils, et à défaut de ceux-ci à ses agnats de la maison de Poméranie.

Albert, roi de Suède, quoique peu affermi sur son trône, ne balança pas, en apprenant la mort de son neveu, à s'intituler roi de Danemark et de Norvège. Malheureusement pour lui les Suédois n'étaient pas disposés à soutenir ses prétentions. Par une imprudence extrême, il leur laissait voir, en toute occasion, qu'il leur préferait les Allemands ses compatriotes. Les impôts, dont il accablait la Suède pour assouvir l'avidité des étrangers, ache-

vèrent de soulever les hommes qui avaient encore quelque chose à perdre. Albert exaspéra complètement tous les esprits en exigeant que le tiers des métairies, soit des ecclé-

On a raconté qu'Albert fut d'abord conduit devant Marguerite qui était à Bonus, et que par dérision elle lui Gt donner un grand bonnet, pour lui rappeler le voeu qu'il avait prononcé, et

siastiques, soit des laïques, fût annexé en même temps le pria d'être le pareu domaine de la couronne, sous pré- raiti des enfants qu'il l'accusait d'avoir texte qu'il ne pouvait sans cette au g- eus de l'abbé de Sorôe. Cette anecdote mentâtion de revenu tenir sa cour a paru peu vraisemblable, parce que avec la magnificence qui convient à un* Marguerite mettait beaucoup de meroi. Les remontrances qui lui furent sure dans toutes ses actions et dans

adressées à ce sujet ne produisirent aucun effet- Alors une partie de la noblesse s'étant assemblée, lui signifia qu'elle renonçait à l'obéissance qu'elle lui avait jurée, et alla chercher un asile et des secours auprès de Marguerite.

Douze des premiers seigneurs du royaume vinrent la trouver à Bohus, et lui offrirent la couronne. Elle leur promit de maintenir les libertés et les privilèges de chaque ordre. L'acte fut scellé le dimanche des Rameaux, et le mercredi qui suivit là Pentecôte, le sénat de Suède y accéda.

Albert leva une armée en Suède et en Allemagne. Pour la soudoyer, il engagea l'Ile de Gotland au grand maltrede l'ordre Teutonique de Prusse; et fier de la bonne tenue et de la discipline de ses troupes, il s'imagina qu'il allait conquérir tout le Nord. Il avait la sotte habitude de se permettre de mauvaises plaisanteries sur Marguerite, qu'il appelait la servante des moines et le roi sans hauts de cha liant . Un jour, il lui envoya une pierre à aiguiser ses ciseaux et ses aiguilles.

Cette fois, il jura de ne pointWttre son bonnet qu'il ne l'eût vaincue.

Marguerite , qui ne plaisantait pas , envoya contre lui deux armées; l'une suédoise, commandée par Eric Kettilson - Vasa , maréchal du royaume; l'autre danoise, sous les ordres d'Iver Lykke. Le 21 septembre J389, Albert fut complètement battu à Nyckelâng , près de Falkôping en Vestrogothic; lui-même et son ïils èric, enfoncés dans un marais, tombèrent entre les mains de leurs ennemis. On les enferma dans le château de Lindholm en Scanie, où ils restèrent sept ans prisonniers.

tous ses discours, et qu'elle aurait montré peu de générosité en se raillant d'un ennemi qui ne pouvait plus nuire.

La victoire des armées de Marguerite assura l'exécution de ses desseins.

En Suéde tout teconnut ses lois, à l'exception de quelques places que les partisans d'Albert tenaient encore. Les troupes envo)ées 'pur les ducs de Mec»

klenbourg ravagèrent une partie du royaume, et Stockholm, la capitale, souffrit toutes les fureurs et les atrocités des guerres civiles.

En général, la plupart des places fortes étaient gardées par des troupes allemandes. A Stockholm, les bourgeois de cette nation étant en minorité avaient à craindre que les Suédois, se trouvant les plus nombreux, ne prissent le parti de se soulever contre eux pour les chasser. Cette appréhension leur suggéra l'idée de contenir les Suédois par la terreur. Ils firent donc courir le bruit que les Suédois conspiraient pour livrer la ville à Marguerite, formèrent pour leur sûreté une association armée sous la dénomination de frères du Chapeau, et commencèrent a exercer des violences. En vain, les magistrats s'efforcèrent de les apaiser; les factieux dressèrent une liste de toutes les personnes qui leur étaient suspectes, et en appliquèrent quelques-unes aux plus cruelles tortures ; en ayant rassemblé deux cents autres, ils les garrottèrent, les jetèrent dans une maison de bois à laquelle ils mirent le frit, et brûlèrent tout vifs ces malheureux.

C'était cette troupe de gens sanguinaires que les princes de Mecklenbourg, avec les villes de Wismor et de Rostoek, tentèrent de secourir.Celies-

L'UNI VERâ.

ci leur avaient envoyé une flotte que la tempête dissipa ; elles promirent de plus leur assistance à tous les corsaires qui voudraient courir sus aux navires des trois royaumes du Nord indistinctement, et leur permirent de vendre leurs prises dans les ports du Mecklenbourg. Il s'était forme des associations de pirates qui furent connus sous le nom de frères ^italiens (frères des vivres), parce qu'ils fournissaient des moyens de subsistance à la garnison de Stockholm. Bientôt leurs vaisseaux couvrirent non-seulement la Baltique, mais aussi la mer du Nord.

Ils s'emparaient de tous les bâtiments suédois, norvégiens et danois, ainsi que de ceux des villes hanséatiques; car les deux villes mecklenbourgeoises n'avaient pas exclu la Hanse de la proscription générale, parce qu'elle n'avait pas voulu armer pour délivrer Albert. Les frères Vitaliensne se contentaient pas du butin qu'ils trouvaient en mer, ils faisaient de fréquentes descentes sur les côtes, pillaient les campagnes et portaient partout les ravages et la désolation. Plusieurs villes furent réduites en cendres par les troupes allemandes, notamment dans ruplaude, la Sudermanie et la Vestmanie, provinces qui s'étaient déclarées pour Marguerite; on compte dans le nombre Enkôping, Vesteros et Linkôping. En même temps les flottes des Meck le n bourgeois inquiétaient les côtes de Suède par des attaques souvent répétées.

Marguerite parvint par sa prudence à faire cesser ces maux; elle desarma ses ennemis du dehors, et traita sé-

Sarément avec chacun de ses voisins :

'abord , # avec le duc de Pomeranie, oncle d'Eric, qui déjà s'était engagé à lui porter des secours; ensuite, elle s'assura de la neutralité du duc de Slesvig et des comtes de Holstein; enfin, elle amena même les ducs de Mecklenbourg et les habitants de Rostock et de Wismar au point de souhaiter la fin d'une guerre qui les épuisait, et n'était utile ni à eux-mêmes ni au roi prisonnier. Enfin, les villes de Stralsund , GreifswaJde , Thorn ,

Elbing, Dantzig etReval,qui n'avaient pris aucune part à ces hostilités, et qui cependant n'en souffraient pas moins que les autres, parce que les Vitalieos n'épargnaient ni amis ni ennemis, souhaitaient aussi la paix ; elles interposèrent leurs bons offices, et offrirent leur médiation. Des députés de tous les partis tinrent des conférences en Scanie, à Falsterbo, à Skanôr, à Lindholm. Un traité fut conclu, le 1 er novembre 1395, à Helsingborg : il stipulait que le roi Albert et son fils seraient mis en liberté, à condition que si dans trois ans, à dater du jour de leur élargissement, ils ne pouvaient en venir a un accord final avec la reine, ils se constitueraient de nouveau prisonniers, ou payeraient une rançon de quatre-vingt mille marcs d'argent.

Stockholm devait rester comme gage entre les mains des villes médiatrices.

Marguerite consentit à cet accord , bien persuadée qu'Albert ne serait pas en état d'acquitter la rançon, qu'il ne rentrerait pas en captivité, et qu'ainsi dans trois ans elle posséderait Stockholm.

La ligue hanséatique ayant alors tourné ses forces contre les Vitaliens, auxquels WiMnar et Rostock retirèrent leur protection , ces pirates furent entièrement chassés de la Baltique.

Albert, revenu dans le duché de Mecklenbourg qui lui était échu, en 1379, par la mort de son père, s'occupa de préparatifs pour reconquérir son royaume. Éric, son fils, fixé dans l'Ile de Gotland, inquiétait sans cesse les côtes de Suède. Marguerite profita de la paix conclue avec ses voisins pour assembler les états de ce pays dans la plaineet aux pierres de Mora, près d'Upsal, le 23 juillet 1396. Éric de Pomeranie, déjà roi de Norvège, fut élu roi de Suéde, sous la tutelle et la régence de Marguerite. Peu de temps après, une diète, convoquée a Nykôping, le 20 septembre, rendit le décret suivant :

La couronne rentrera dans tous les domaines aliénés par Albert, à quelque titre que ce puisse être; tous les anoblissements faits par Albert

seront nnnulés; les forts construits par ce prince seront rasés; toutes les mines appartiendront à la couronne; la reine en jouira à titre de douaire.

Les états lui accordèrent de plus une somme de dix mille marcs d'argent, dont elle pourrait disposer à son gré.

Enfin, il fut convenu d'une réunion de députés des trois royaumes pour discuter et régler les lois fondamentales d'après lesquelles ils seraient désormais gouvernés, et pour reconnaître Éric.

Retournée avec lui en Danemark, où il fut proclamé roi, peu de temps après, Marguerite en visita les diverses provinces, établissant partout de sages ordonnances, l'ordre, la justice et la tranquillité. Enfin, voyant le calme renaître autour d'elle, il ne lui restait plus qu'à exécuter le grand dessein qu'elle méditait depuis longtemps, et qui a illustré son nom. Elle convoqua les états des trois royaumes à Calmar, au printemps de l'année I3D7. Le dimanche 17 juin, fête de la Trinité, Eric fut couronné roi de Danemark, de Suède et de Norvège, par l'archevêque de Lund, assi>té de l'évêque de Skara. La pompe de cette cérémonie fut relevée par la création de cent trente-trois chevaliers des trois nations. Mais l'ouvrage du génie de Marguerite n'était pas encore achevé.

Elle représenta donc aux états que l'union des trois royaumes sous un même monarque était indispensable à leur prospérité mutueile, puisqu'ils pourraient alors mettre dans l'intérieur un terme aux funestes divisions qui les avaient trop souvent armés les uns contre les autres, et tourner l'ensemble de leurs forces contre les ennemis du dehors. Ces motifs, exposés par une princesse éloquente, et appuyés par un concours de circonstances favorables, ne pouvaient masquer d'entraîner les suffrages de l'assemblée. Pas une voix , d'après le témoignage des historiens contemporains, ne s'éleva pour combattre le projet d'acte qu'elle présenta; pas une protestation ne se fit entendre ensuite.

^ 7* Livraison. (Danemabk.)

Cet acte célèbre, sous le nom d'ànion de Calmar, fut signé le 20 juillet, veille de la fétede sainte Marguerite. Le préambule de cette loi fondamentale rappelle l'élection d'Éric sous les auspices de Marguerite, et déclare que de leur avis et de leur consentement les députés des trois royaumes ont unanimement résolu une paix, une union et une alliance perpétuelle entre eux. Ils reconnaissent Éric pour leur roi légitime; après lui, ils ne choisiront qu'un seul et mt''ine roi ; jamais les royaumes ne seront séparés; l'un des trois royaumes ne pourra se donner un roi que d'un entier et plein accord avec les trois royaumes réunis. Si Dieu accorde au toi plusieurs fils un seul sera élu ; si le roi ne laisse que des filles, un fils de l'aînée sera élu ; a défaut de celui-ci, les états nommeront le personnage qualifié qu'ils croiront le plus digne; ils n'abandonneront pas un prince ainsi élu, sinon d'après une résolution prise en commun. Le roi gouvernera chacun des trois royaumes, conformément à ses lois particulières et d'après l'avis du sénat de chacun. Si un des trois royaumes est attaqué par l'étranger, les deux autres le soutiendront avec toutes leurs forces; le roi fournira la solde des troupes et l'argent nécessaire pour la rançon des prisonniers; l'entretien de ces troupes sera à la charge du royaume attaqué. Chaque alliance avec des puissances étrangères, conclue de l'avis du sénat de chaque royaume , engagera les trois royaumes. Tout individu banni de l'un des royaumes, le sera aussi des deux autres.' Les frères du roi auront des apanages à vie à titre de fief. La reine Marguerite continuera à gouverner sa vie durant; tous ses actes sont confirmés ; ils ne seront jamais attaqués ; elle conservera son douaire dans chaque royaume.

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