VALDEMAR
Valdemar était alors à la cour de
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l'empereur Louis de Bavière, qui cette fois put lui donner des marques de sa bienveillance. Il lui permit de lever, en Bavière et en Souabe, une armée, et le nouveau roi marcha vers le Danemark ; il s'arrêta chez le margrave de Brandebourg, fils de Louis, et entama des négociations avec les deux fils de Gérard et avec Valdemar, duc de Slesvig. Le 22 avril 1340, un traité fut signé à Spandau; Valdemar iii était reconnu roi de Danemark ; son frère Otton devait recouvrer sa liberté et renoncer à la couronne; le duc de Slesvig devait donner sa sœur Hedvige en mariage au roi, et payer aux fils de Gérard, avec la dot stipulée, une partie des sommes dues à leur père ; le roi s'engageait à ne pas couvrir de sa protection les assassins de Gérard. Une autre réunion eut lieu la même année à Lubeck, pour confirmer le traité et donner satisfaction au comte Jean.
Arrivé en Danemark, Valdemar se fit proclamer roi a Viborg, où il signa une capitulation semblable à celle que son père avait souscrite, et publia une amnistie générale en faveur de tous ceux qui s'étaient révoltés contre ce monarque. Valdemar était doué de tous les talents politiques et militaires que devait posséder un prince appelé à régner dans des circonstances aussi difficiles que celles où se trouvait alors le Danemark. Instruit a i'ecole du malheur, il avait acquis cette expérience et cette connaissance des hommes qui étaient nécessaires à un roi décidé à devenir le restaurateur du Danemark. Durant les six ans qu'il avait passés à la eour de l'Empereur, il saisit, quand elle se présenta, l'occasion de se familiariser avec l'art de la guerre, qui avait fait de grands progrès en Allemagne, grâce aux fréquentes communications entre ce pays et l'Italie.
Valdemar en commençant à régner était sans puissance et sans argent; il montra par sa conduite ce qu'un roi peut faire avec de la patience, de l'économie et de rhahiletc Ii passa d'abord en Seeland, et lit son entrée dans
Rôskild, capitale du royaume. Dès ce moment, il s'occupa des moyens de retirer d'entre les mains des eomtes de Molstein des deux lignes les domaines qui leur avaient été engagés, et commença par la Seeland , la possession de cette île lui étant nécessaire pour faire la conquête des territoires dont la Suède s'était emparée.
L'observation des lois avait été négligée: il leur rendit la force qui doit toujours leur apparte <ir. Il présidait lui-même les cours de justice pendant des semaines et des mois entiers, et profitait de ses voyages dans les provinces pour rechercher soigneusement les titres sur lesquels les seigneurs possédaient la plupart des terres du royaume. Ces investigations finissaient par des sentences qui enrichissaient le prince, et lui attiraient la haine de ceux qu'elles dépouillaient. Le procès qui fut intenté à Ingeborue, veuve du duc Porse, fut plaidé en grande partie les armes à la main, à cause du se* cours que les comtes deHolstein four* nirent à cette princesse. Il se termina par la cession du domaine en litige faite au roi; Ingeborge conserva la possession du Halland septentrional; la famille de son mari était éteinte.
A mesure que les Danois voyaient le parti du roi reprendre le dessus, leur animosité contre les Allemands se montrait à découvert. Delà desquerelles, des incursions, et dans tout Is Danemark une petite guerre plus féconde peut-être qu'une autre en atrocités. Dans une rencontre, JNils Ehbesen, meurtrier de Gérard, fut tué; dans une autre, les Holstenois furent encore battus près de Copenhague; l'année suivante, ils remportèrent ài+ vers avantages sur les Danois.
Au milieu de ces troubles, Valdemar conclut avec Magnus , roi de Suède, un traité par lequel il renonçait à la possession du Halland, de la Scanie et de la Blekingie, contre une somme de quarante-neuf mille marcs d'argent, et la cession du château deCo* penhague. Les Suédois avaient réussi à acheter ce château qui appartenait à l'evêchede Rôskild, Valdemar le garda
pour lui en payant une indemnité à l'évêque; il octroya ensuite au village voisin du château les privilèges d'une ville : c'est aujourd'hui, comme chacun sait, la capitale du Danemark.
Les sommes reçues par Valdemar furent employées a racheter Falster, SÔborg , Vordingborg et d'autres places , en Seeland , avec leurs territoires, et toute l'île de Laaland. Ce prince réduisit aussi les Frisons sur la cote occidentale du Slesvig; enfin, il rentra dans la possession du Jutland par des arrangements pris avec le duc de Slesvig, et conclut même un traité d'alliance avec lui. Les comtes de Holstein en prirent un tel ombrage, qu'ils le firent prisonnier en 1343, et l'enfermèrent à Nyborg, où ils le retinrent jusqu'à ce qu'il eût rompu avec Valdemar.
L'Estonie était réduite aux plus fâcheuses extrémités par une révolte des paysans, excédés de la tyrannie de leurs seigneurs, presque tous Allemand d'origine, et auxquels Christophe avait engagé ou vendu les terres qu'ils possédaient. Les paysans égorgèrent la plupart de ces étrangers et favorisèrent les incursions des païens leurs voisins. Le grand maître de l'ordre Teuton Ique, dont les malheureux échappés au massacre avaient imploré le secours, défit les révoltés et leurs alliés ; mais tandis qu'il faisait élever dans l'île d'OEsel la forteresse de Sonnenbourg pour les tenir en respect, les Lithuaniens, idolâtres, ravagèrent tout le pays jusqu'à Riga.
Valdemar n'eut pas plutôt appris ces fâcheuses nouvelles qu'il partit, arec une petite armée, du mois d'avril 1345, et passa de Lubeck à Reval pour aider à combattre les païens. A son arrivée, une trêve venait d'être conclue avec eux. Ayant manqué l'occasion de leur faire la guerre, comme peut-être il s'y était engagé par un *œu, il pensa* probablement qu'il le satisferait en allant en pèlerinage à Jérusalem. Il partit donc de Reval le 26 juin, et voyagea avec Une vitesse presque incroyable pour le temps $ car le 22 juillet, if était dans la ville sainte,
où il se fit recevoir, ainsi que plusieurs de ses officiers, chevalier du Saint-Sépulcre, et promit de se croiser contre le* infidèles. Au commencement de l'hiver, il était de retour à Reval. Ce qui doit bien plus surprendre, est que le pape Clément VI , bien loin d'applaudir à l'action de Valdemar, le blâma, parce qu'il ne s'était pas préalablement muni de sa permission, et poussa son mécontentement jusqu'à prononcer contre ce prince les censures ecclésiastiques.
En 1346, Valdemar fit un second et un troisième voyage en Estonie. Le motif de ces courses fréquentes était de se libérer des obligations contrac* tées par son père, qui avait engagé la plus grande partie de cette province pour diverses sommes d'argent. Valdemar avait autorisé le margrave de Brandebourg, son beau frère et sou créancier, à vendre la portion de l'Es* thonie qui était son gage; cette vente éprouva des difficultés, les Estoniens s'y opposèrent. Le seul acheteur qui se présentât, le grand maître de l'ordre Teutonique, voulait l'Estonie tout entière. Valdemar, ayant satisfait ses autres créanciers, pressé d'ailleurs par le malheureux état de l'Estonie et de son propre rovaume, conclut, le 24 juin 1347, cette' affaire à Marienbourg en Prusse. L'ordre Teutonique devint ainsi acquéreur de toute la province.
Otton, frère de Valdemar, qui, depuis sa sortie de prison, avait déclaré son intention d'embrasser la vie religieuse, signa l'acte, puis entra dans l'ordre.
L'argent que Valdemar reçut pour cette cession fut employé à dégager plusieurs châteaux de Seeland et de Jutland, et eurtout l'île de Fionie qui tout entière était encore entre les mains des fils de Gérard; l'acte de ce rachat fut signé le 22 juillet 1348.
Une guerre, qui s'était allumée en Allem igne, vint interrompre les utiles et pacifiques Occupations de Valdemar.
Charles IV, élu empereur, avait commencé des hostilités contre Louis, margrave de Brandebourg, beau frère et ami intime de Valdemar. Celui-ci se mit à la téte d'une armée, et vola au
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secours de Louis. Il se disposait à faire lever le siège de Berlin, quand, sous les murs de cette ville, on convint d'une suspension d'armes : elle fut suivie de la paix; et Valdemar contribua beaucoup à la réconciliation du margrave avec l'Empereur. Il visita ce monarque à Prague en 1350, et gagna tellement sa confiance que cel uici le nomma arbitre de tous les différends qui pourraient naître par la suite entre lui et le margrave. Il convint aussi que des dédommagements lui étaient dus pour les frais de la guerre, et le remboursa par une dé égation sur la contribution annuelle que Lubeck, ainsi que les autres villes impériales, payait au cbef de l'Empire.
Vers ce temps là, en 134S, l'Europe fut ravagée par un terrible fléau , connu sous le nom de pente noire.
D'après les détails que l'histoire nous a transmis, on présume que cette maladie ressemblait au choléra qui nous affligea si cruellement en 1832. On prétend que des cantons du Jutland et d'autres contrées plus septentrionales, auparavant très-peuplés, le sont moins depuis cette fatale époque.
L'activité de Valdemar ne pouvait être ralentie par des calamités passagères; toujours occupé de rendre au Danemark la puissance et la considération dont il avait joui , il conclut des traités avec le duc de Mecklenhourg et le roi de Pologne, termina les différends qui s'étaient élevés entre le duc de Pomeranie et le seigneur de Ver le, et punit, mais avec trop de rigueur, les sujets de celui ci qui les premiers avaient rompu 1a paix rétablie avec beaucoup de peine.
Plusieurs des vassaux de Valdemar et presque toute la noblesse du Jutland n'avaient pas attendu l'exemple de cette sévérité pour se révolter. Ils prévoyaient que le roi ne tarderait pas a les dépouiller des privilèges qu'ils s'étaient arrogés aux dépens de la prérogative royale; ils voyaient avec déplaisir qu'il réprimait tout abus de pouvoir, toute négligence de ses officiers, toute désobéissance des particuliers. Les usages étrangers qu'il intro-
duisait, notamment dans l'armée, a laquelle il Ht connaître l'emploi de la poudre à canon ; enfin des impôts qu'il établit pour racheter les domaines de la couronne engagés, causèrent une fermentation qui, fomentée par les comtes de Holstein, produisit un sou- * lèvement. Ceux-ci accusaient le roi de n'avoir pas fidèlement rempli l'arrangement de 13-18, relatif à la moitié de Fionie.
Valdemar était alors dans le Brandebourg pour aider son beau-frère, le margrave, à exterminer de vieux germes de troubles. Ceux du Jutland le rappelèrent dans cette presqu'île. Pour y mettre fin, il fut équitable. Il consentit à ce que la décision de son différend avec les comtes de Holstein- Rendsbourg, lis de Gérard, fdt remise à la décision d'un arbitre; le comte de Holstein-Kiel, qui fut nommé, ayant prononcé contre lui, il signa, le 24 mars 1353, une nouvelle convention avec les comtes, et, le 2 juillet, au sein des états tenus à Nyborg, un acte par lequel il accordait une pleine amnistie aux rebelles, et le redressement des griefs qu'il trouva fondés.
En 1356, il ouvrit à Lubeck une conférence à laquelle la plupart des princes assistèrent ; tous se piquèrent de déployer à l'envi de la magnificence.
Valdemar y donna des tournois, des courses de bagues, des danses, des festins. Mais des soins plus sérieux occupèrent aussi cette reunion a laquelle se trouvaient les comtes de Holstein :
chaque prince s'engagea solennellement à employer son pouvoir à l'extirpation des brigands qui infestaient ces contrées, notamment dans le voisinage des villes commerçantes.
Ou avait espéré vainement que la concorde rétablie entre Valdemar, sa noblesse et les comtes de Holstein, serait consolidée par les résultats de cette conférence. Les rebelles du Jutland s'étaient trompés sur les motifs de la conduite du roi; ils avaient pris sa condescendance pour de la faiblesse; la révolte éclata de nouveau.
Le roi, défait près de Randers, et poursuivi jusqu'en Fionie, y fut vain-
Îueur à son tour. Le comte Adolphe e Holstein fut tué dans cette bataille décisive, livrée à Glambrrg. Valdemar soumit ensuite les îles de Femern, Langenland et Alsen.
La guerre devint plus vive en 1358, Éric, duc de Saxe-Lauenbourg, et les
I «rinces de Mecklenbourg , ayant pris e parti des comtes de Holstein ; mais les mesures vigoureuses de Valdemar amenèrent une trêve, qui fut signée le 18 octobre. A la vérité, les hostilités recommencèrent, mais à la diète de Kallnndborg , en 1360, le roi s'arrangea avec les mécontents, et, le 10 août de la même année, conclut la paix avec les ennemis du dehors.
Ces guerres étrangères et domestiques suspendaient depuis longtemps le projet conçu par Valdemar de reconquérir la Scanie, la Blekingie et le Halland. Ces provinces étaient possédées par Magnus, ancien roi de Suéde, auquel il les avait cédées, et formaient la plus grande partie de ses domaines, depuis que les Suédois l'avaient expulse du trône, où ils avaient placé son (ils Éric. Magnus demanda du secours à Valdemar, et n'en obtint la promesse que moyennant la cession des trois provinces ; Éric essaya de les défendre. Il fut empoisonné" par sa mère qui voulait venger la déposition de Magnus.
Valdemar envahit les trois provinces en 1359, et ne négligea aucun moyen d'y consolider son autorité. Il se fit restituer tous les actes publics qui pouvaient nuire à ses droits, et accorda aux habitants de Lund et de Malmô la faculté de commercer librement dans tout le Danemark.
Cependant la haine des Suédois contre Magnus, augmentée encore par la mort tragique d'Éric, par la cession de la Scanie et par de nouveaux impôts, éclata par le refus que firent les habitants de Visby de les payer. Cette capitale de l'île" de Gotlahd était l'entrepôt de tout le commerce que les villes hanséatiques faisaient dans la mer Baltique, et appartenait à cette association. Les habitantsde l'île d'OEland se soulevèrent aussi. Magnus,
dénué des movens de réduire les rebelles, eut encore recours à l'assistance de Valdemar. Celui-ci passa aussitôt dans l'île de Gotland, et assiégea Visby; cette ville fut prise de force le 28 juillet 1360, après que dix-huit cents de ses citoyens y eurent péri les armes à la main. Les Dai.ois y firent un butin immense. Valdemar conquit aussi OEIand, déclara ces deux îles réunies à la couronne de Danemark, et ajouta à ses autres titres celui de roi de Gothie que ses successeurs ont constamment porté depuis.
Cette conquête attira au Danemark une guerre avec la Suède, la Norvège, le comte de Holstein Rendsbourg, le duc de Mecklcnbourg , et les villes hanséatiques de Lubeck, Hambourg, Wismar, Rostock, Stralsund, Stettin et Colbe-g. Les progrès de la puissance de Valdi mar menaçaient d'une ruine totale le commerce exclusif de la Baltique qu'elles étaient parvenues à se faire accorder au grand préjudice des habitants des pays baignés par cette mer. Jean Wittenberg, bourgmestre de Lubeck, magistrat habile et très-actif, fut l'âme de cette ligue; conjointement avec Henri de Holstein, il commanda les nombreuses escadres des confédérés qui reprirent Gotland et Ofiland, s'emparèrent du château et de la ville de Copenhague qu'ils pillèrent, et assiégèrent Helsingborg en Scanie. Valdemar délivra cette place, battit, dans le Sund, la flotte des alliés, leur prit six de leurs meilleurs vaisseaux, et dissipa le reste. Jean de Wittenberg, poursuivi jusqu'à Travemùnde, encourut la disgrâce de ses concitoyens. Deux ans après, il subit le sort qui attend ordinairement, dans les gouvernements populaires, les généraux malheureux. Accusé d'avoir mal fait son devoir, il eut la tête tranchée.
Les confédérés avaient mis le siège devant Vordingborg, il ne leur réussit pas; bientôt rebutes par ces mauvais succès, ils ne montraient plus autant d'animosité contre Valdemar. Ce prince, qui s'en aperçut, réussit bientôt à dissoudre la ligue: il conclut d'abord ,
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au mois de novembre 1 362 , une trêve
d'un an avec les députés de Lubeck, Hambourg , Rostock , Stralsund et Greifswakie. Ensuite, il profita du repos que lui laissait la cessation des hostilités pour gagner Haquin, roi d« Norvège, élu récemment roi de Suède.
Il lui accorda la main de sa tille Marguerite, qui, seulement âgée de onze ans, était déjà remarquable par sa beauté et son esprit. Ce mariage, qui fait une époque mémorable dans l'histoire du Nord, puisqu'il prépara la réunion des trois couronnes de la Scandinavie sur utie même tête, fut célébré avec beaucoup de pompe. La joie qu'il causa en Danemark fut quelques jours après mêlé de deuil par la mort de Christophe, seul fils du roi ; ce jeune prince fut emporté par une fièvre elwude.
La paix ayant été rétablie entre Valdemar et les villes hanséatiques, par un traité conclu le 30 septembre 1363, il quitta le Danemark, et alla chez son parent Bogislas, duc de Poméranie, et avec d'autres princes y travailla à l'union projetée entre l'empereur Charles IV et Élisabeth, fiile de ce duc. Il passa ensuite à Cracovie, où il renouvela son alliance avec Casimir le Grand, roi de Pologne; puis à Prague, où ce mariage fut célébré avec une magnificence extraordinaire.
Valdemar 'ne s'était pas éloigné do ses États par le seul motif d'assister à des fêtes. Il profita de son séjour à Prague pour obtenir de l'Empereur un ordre enjoignant aux Lubeckois de lui payer les sommes qu'ils lui devaient pour le tribut annuel que Charles lui avait engagé et qu'ils refusaient d'acquitter.
Valdemar se rendit ensuite à Avignon. Il adressa au pape Urbain V des plaintes très-vives et très-fondées sur la négligence des évéques à pré* cher et recommander l'obéissance aux lois. Le pape, touché de ces plaintes, écrivit aux évêques selon le désir du roi, et preseriv t d'employer les foudres ecclésiastiques lorsque les circonstances les rendraient nécessaires.
Valdemar partit comblé des dons du
souverain pontife, et retourna par Cologne dans ses États. Dans cettft longue tournée, s'il ne vint pas à Paris, c'est qu'il en fut probablement détourné par les scènes affreuses qui venaient de s'y passer après la captivité du roi Jean.
Valdemar, rentré en Danemark au milieu de l'été de 1364, conclut, l'année suivante, avec les comtes de Holstein un traité de neutralité qui, en assurant le repos du royaume, laissait à chacune des parties contractantes la liberté de prendre tel parti qu'elle jugerait convenable, relativement aux affaires de Suède qui chaque jour s'embrouillaient davantage.
Les villes hanséatiques, qui prétendaient n'avoir pas été suffisamment dédommagées du pillage de Visby, tinrent une assemblée générale à Cologne, et, avec un accord jusqu'alors sans exemple dans leurs délibérations, elles résolurent de recommencer les hostilités contre Valdemar II reçut à la fois soixante-dix-sept défis ou déclarations de guerre d'autant de villes; le nom de plusieurs lui était absolument inconnu. Il rompit cette ligue en signant, en juin 1364, à Stralsund, avec Lubeck, Wismar, Rostock, Stralsund, Oreifswalde, Colberg, Stettin, Anclam et Kiel, une paix particul ère qui accordait à ces villes des avantages et de* privilèges pour leur commerce.
Sollicité par son gendre Haquin, roi de Norvège, Valdemar prit part à la guerre civile de Suède, se déclara contre Albert de Melcklenbourg, nommé roi par les états, entra, en 1366, dan# ce royaume, et y prit plusieurs villes.
Albert envoya en Danemark son père et ses frères, qui, après plusieurs conférences, obtinrent que Valdemar retirerait ses troupes de Suède, et signèrent avec lui, à Alhom, en Laaland, un traité, portant qu'Albert renoncerait à tontes les provinces anciennement démembrées du Danemark. Valdemar s'engageait, de son côté, à assurer la couronne à Albert, même contre Haquin. Les parents d'Albert avaient promis la garantie des états; mais
contents d'avoir conjuré l'orage, ils ne se mirent plus en peine de tenir leur parole. Albert et les élats ne ratifièrent pas le traité.
Valdemar, de Son coté, se maintint dans ses conquêtes, et il était sur le point de les pousser plus loin, lorsqu'une nouvelle vicissitude de la fortune le précipita dans des malheurs plus cruels que tous ceux qu'il avait éprouvés. Les principaux seigneurs danois, qui voulaient satisfaire à la fois leur vengeance et leur ambition, tr m. lient une conspiration contre Valdemar, tandis que, se flattant d'avoir assuré le repos de ses États en terminant k) guerre de Suède, il licenciait les troupes allemandes. Les mécontents conclurent à Wismar, le 25 janvier 1368, une ligue avec le duc de Mecklenbourg , les comtes de Holstein-Rendsbourg, Henri, nouveau duc de Siesvig, et les villes hanséatiques.
Le roi de Suède se hâta d'accéder à • ce traité qui avait pour objet de démembrer le Danemark.
Les hostilités commencèrent bientôt. Dans cette extrémité, Valdemar embrassa un parti qui peut paraître étrange; cependant, on est disposé à croire que voyant l'imminence d'un dange r ext rême, la prudence I u i con se i 1 1 a de s'y soustraire. Il quitta le royaume, le 6 avril 1368. avec une somme d'argent considérable, et alla en Brandebourg, en Misnie, en Bavière, où il rendit aux ducs de ce pays le service de les réconcilier avec leurs ennemis les ducs d'Autriche. Quant à ce qui le concernait, il n'obtint guère que des promesses qui ne purent être exécutées, et ne put avoir satisfaction des chefs de bandes qui, dans ce temps-là, louaient des soldats aux princes, et auxquels il avait fait de grosses avait* ces. Enfin, il vit à Prague l'Empereur qui revenait d'une expédition en Italie.
Charles IV montra un vif intérêt à la cause du roi; il cita les Danois rebelles devant son tribunal impérial, et ordonna à Adolphe, comte de Holstein- Riel, et aux ducs de Poméranie-Stettin< de ramener Valdemar dans son royaume.
Pendant son absence , ses États avaient été administrés par Henning de Podebusk, assisté de l'archevêque de Lund, des évéques d'Odensé et de Rôskild, et de vingt-trois seigneurs.
Les villes hanséatiques s'étaient montrées les plus actives à piller les côtes du Danemark. En 1369, elles prirent Copenhague, Klsenenr, Nyekiôbing, et
f plusieurs places en Scame, ce qui mit .
e Sund en leur pouvoir. Henning Podebusk sentit que, dans des circonstances aussi critiques, une prompte paix était absolument nécessaire au salut de la patrie; elle ne fut cependant conclue qu'après deux ans de négociations par un traité conclu, au mois de mai 1370, à Stralsund. Il garantissait aux villes hanséatiques la jouissance de tous leurs anciens privilèges; la meilleure partie delà Scanie leur fut abandonnée pour quinze ans, avec les deux tiers de ses revenus, comme indemnité du pillage de Visby.
Les administrateurs du royaume, prévoyant que Valdemar rejetterait le traité, s'engagèrent, dit on, à ne pas le laisser rentrer dans son royaume, ou du moins y régner paisiblement tant qu'il n'aurait pas ratifié des conditions si dures. Son consentement ne fut en effet obtenu que le 28 octobre 1371, après de longues négociations.
Une clause du traité prouve à la fois la considération et la puissance de la Hanse à cette époque, et la méfiance de ces marchands parvenus à jouer un rôle dans la politique et enlles de leur succès. Si un prince étranger enlève aux villes hanséatiques les places de la Seanie qui leur étaient engagées pour quinze ans, Valdemar est tenu, pour les leur faire restituer, d'employer ses armées. Si, pour se soustraire à l'obligation d'exécuter le traité, il veut abdiquer la couronne, les états et les sénateurs du royaume sont autorisés à s'y opposer. Personne ne pourra parvenir au trône de Danemark sans l'avis et le consentement de la Hanse, ni reconnu pour roi légitime avant que d'avoir confirmé les droits et privilèges dont elle jouit, ainsi que le traite de 1370 avec la ratification.
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Cette pnix rendit enfin au Danemark le calme après lequel il soupirait, et ses autres ennemis, en perdant l'alliance des villes hanséatiques, furent moins ardents à continuer la guerre, parce que leurs moyens nVtaient pas suffisants. Quelques mois av.mt la ratification du traité de Stralsund, sacrifice qui, sans doute, coûta beaucoup à la fierté naturelle de Valdemar, mais que le salut de l'État et le sien exigeaient, il en avait conclu un, le 14 août 1371, avec son gendre Henri de Mecklenbourï, frère cadet d'Albert, roi de Suède. En v»rtu de cet acte, Henri rendit à son beau-père les villes dont il s'était emparé, et Valdemar reconnut Albert, fils de Henri, pour son successeur au trône de Danemark.
Valdemar rentra dans ses États en 1372. Il se disposait, en 1375, à se mettre en possession du ducbé de Slesvig, laissé vacant par le décès de Henri sans héritiers, lorsqu'il mourut, le 23 octobre, au château de Gurr en Seeland. Il était âgé de soixante ans.
A de grandes qualités il joignait des défauts qui lui nuisirent beaucoup; capable de commander, il ne savait pas plier à propos; il était brave, mais emporté; actif, mais impétueux; politique habile, mais trop peu scrupuleux. Entier dans ses volontés, il exigeait l'obéissance la plus prompte; il eût souhaité d'établir partout la justice, l'ordre, la subordination; tache toujours difficile pour un roi, et surtout dans un temps où il doit lutter contre l'esprit de sédition au dedans et contre d'ambitieux voisins au dehors. A une époque plus tranquille, il eût été admiré, loué, servi mieux qu'un autre; il fut, au contraire, haï, persécuté, traversé dans ses projets.
Cette haine, que lui portèrent des sujets factieux , ne doit rien ôter à sa gloire, puisqu'il ne se l'attira généralement qu'en rendant à son royaume les services les plus signalés. Il le sauva deux fois d'une dissolution complète ; la première au commencement, la seconde vers la fin de son règne ; il le fit jouir d'un bienfait inconnu auparavant, la sûreté des propriétés. Le
Danemark lui dut l'abondance que donne le commerce, et la tranquillité
fmblique qui ne peut exister sans que es lois soient strictement observées.
Il était très-charitable envers les pauvres, généreux envers le clergé; et toutefois si économe que, malgré ses grandes dépenses, il laissa un trésor considérable; il aimait les- sciences, surtout l'histoire, les antiquités classiques et la poésie.
Malgré ses belles qualités et lè bien qu'il fit à son royaume, Valdemar n'a pas laissé un nom cher au peuple. La violence de son caractère et sa passion pour les femmes ont donné naissance a une foule de fables absurdes inventées sur son compte et répétées par le vulgaire. Il ne vécut pas bien avec son épouse, qui mourut peu de temps avant lui. L'objet de sa tendresse était Tove Lille (Tove la Gentille), native de Rugen, dont la tradition a conservé le souvenir.