REMARQUES SUR CETTE PERIODE
On a vu que, depuis l'époque où commença cette période, le Slesvig forma uîi duché particulier, appartenant aux descendants du roi Abel, jus-
3u'à l'extinction de cette maison. Ces ucs travaillèrent constamment à maintenir leur puissance en cherchant l'appui des comtes de Jlolstein. A la mort de Henri, le dernier duc, en 1375, ses domaines furent, en vertu d'anciens traités , donnés en fief à ces mêmes comtes de Holstein qui les réunirent à ceux qu'ils possédaient.
Depuis cette 'époque, la dénomination de Jutland méridional cessa d'être en usage.
Jean et Gérard, fils d'Adolphe IV, comte de Holstein, avaient fondé deux lignes : celle de Holstein -Kiel ou de Vagrie, et celle de Holstein-Rendsbourg*, celle de Kiel se subdivisa en cinq rameaux, savoir : Plôen , Oldes- Ioe, Segebenj, Femern et Kiel; tous s'éteignirenC à l'exception de celui de Femern. La ligne de Rendsbourg se partagea en deux : celle de Pinnebèrg, gui possédait en même temps le cointé de Schquenbourg, en Vestphalie, domaine primitif de cette maison, et qui subsista jus<|u'en 1640, et celle de Bendsbourg. Celle de Pinnebèrg hérita, à la mort de Jean I er , en 1318, de la partie la |>lus considérable des possessions de la ligne de Kiel. Adol-
Ehe VII , comte de Holstein-Pinneerg, étant mort sans enfants, en 1 390, ses possessions et celles qui avaient appartenu précédemment à la ligne de Kiel, échurent <i Gérard le Grand, de la ligne de Rendsbourg, à son fils Nicolas, et, après ta mort de ce dernier, à ses neveux , fils de son frère.
Gérard VII, un de ceux-ci , hérita de tout, et après la mort de Henri, dernier duc de Shsvig, de la descendance çVAbel, obtint de la reine Marguerite, en 1386, le duché de Slesvig en fief.
' Durant cette période la prérogative royale fut de plus en plus restreinte, Depuis Christophe III les rois furent obligés, à leur avènement au trône, de signer une capitulation qui mettait toujours des bornes plus étroites à leur pouvoir et plaçait le gouvernement dans les mains du clergé et de la noblesse. Aux assemblées du peuple, qui auparavant se tenaient annuellement dans chaque province, succédé-
L'UNIVERS
rent des diètes ou danehof , qui s'assemblaient tantôt dans une ville et tantôt dans une autre; enfin il fut réglé, sous Christophe II, que ce serait a Nyborg, tous les ans.
Sous Eric Glipping, et longtemps après, les communes siégeaient encore aux diètes, qui différaient des assemblées de seigneurs en ce que tous les étuts étaient convoqués aux premières, tandis que les seigneurs, c'est-à-dire le clergé et les nobles, étaient appelés seuls aux dernières; mais lorsque les diètes finirent par être entièrement sous l'influence de ces deux états , on les nomma aussi des assemblées de seigneurs , dans l'intervalle entre les diètes ou les assemblées de seigneurs.
Le conseil du roi gouvernait avec lui ; c'est-à-dire que le monarque ne pouvait entreprendre rien d'important sans le consentement de ce corps, ainsi qu'on le voit par la capitulai ion de Christophe II. Le clergé ne voulait ni payer des impôts, ni rendre aucun service au royaume. Néanmoins, il cherchait à traduire des laïques devant sa juridiction ; et l'arrogance des évêques allait si loin, qu'ils déposèrent les rois et disposèrent de leur existence.
Le bien-être et la considération des bourgeois s'accrurent; et il en résulta que beaucoup de villes, tant en Danemark que dans le duché de Slesvig , obtinrent les droits de villes dVtape.
Sous le roi A bel. les bourgeois étaient admis à rendre toi et hommage: mais l'influence de cet état dans les affaires publiques était encore bien peu consi»
dérable. Les paysans déchurent beaucoup de leur ancienne et honorable condition, et devinrent presque esclaves.
Le Danemark continuait à être un royaume électif; manmois l'élection était presque exclusivement faite psr le clergé et la noblesse. Le roi était ordina rement couronné à Lund; en cas de minorité, sa mere exerçait la tutelle conjointement a\ecles parents les plus pro lies. Ainsi, Albert, duc de Brunswick, fut tuteur d'Éric Glipping, et Valdemar, duc de Slesvig,
d'Éric Mendved. Les princes de la maison royale portaient le titre de duc, qui fut aussi donné quelquefois à d'autres personnes. Le nom et la dignité de comte devinrent également en usage.
Les grands officiers du rovaume prirent naissance dans cette période; c'étaient: le drots (sénéchal), qui présidait à l'administration intérieure de la cour et du rovaume; le maréchal, qui commandait les armées; le chancelier, presque toujours un ecclésiastique d'un rang éininenl , qui expédiait toutes les lettres et les ordonnances royales, et avait la direction de la justice. Les désordres qui régnaient dans tous les états exigèrent fa promulgation de beaucoup de lois nouvelles, parce que les anciennes ne suflisaient pas. Krie Glipping donna un code général pour les villes : ce que l'on nomme les articles deTord- Deyn, qui contiennent, soit des explications de la loi du Jutland, soit des additions à cette même loi, sont du temps de Yaldemar III.
La religion consistait principalement eu pratiques extérieures; l'instruction était médiocre; néanmoins on voit de temps en temps des évoques instruits et vertueux. Les églises etlescouvents recevaient des dons considérables tant en argent qu'en terres.
Truid Torsben , sous le règne d'Éric Glippîn«x , passe pour avoir été le premier archevêque de Lund qui soit allé chercher le pallium à Home. 11 le pava iOOO ducats, s'engagea pour ses successeurs à compter la même somme lorsqu'ils recevraient cette marque de leur (lignite ; mais plus tard le pape Martin V leur lit grûce de la moitié.
Ou cultivait encore la poésie; ce- )e»dant on commençait à négliger la ecturedes skaldes islandais. On s'habituait a écrire des chroniques de Danemark, surtout en latin, quelquefois aussi en danois. Éric Mendved passe pour avoir favorisé ces sortes de tra- Valdeinar III, ainsi qu'on l'a dit plus haut, était un prince lettré; il in- JJJto une uouvelle écriture runique fut nommée d'après lui , et dans
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laquelle il fit copier d'anciennes inscriptions sur pirrredont les originaux furent ensuite effacés à coups de marteau. Sous le règne d'Éric Glipping, on faisait déjà des observations astronomiques à Kôskild. Sous celui d'Olaûs on fit pour la première fois usage du danois, au lieu du latin, dans les actes publics.
Christophe I er fut le premier roi de Danemark qui prit formellement des troupes allemandes à sa solde; et depuis, cet usage acquit constamment une nouvelle force. Les princes allemands s'obligeaient, pour une somme déterminée, a tenir au service des rois une certaine quantité de troupes.
Il en résulta que le royaume s'appauvrit beaucoup , fut dépouillé d'argent comptant, et d'un autre côté les denrées tombèrent à très-bas prix.
Plusieurs motifs décidèrent les rois à recourir à ce parti; ils craignaient d'armer leurs propres sujets dont ils connaissaient I esprit factieux ; d'ailleurs les Allemands avaient plus d'expérience de la guerre que les Danois.
A lin d'empêcher que l'argent sortit du rovaume pour la solde des troupes auxiliaires, et de ne pas laisser dépendre entièrement des étrangers un objet aussi important que la défense de l'État , Valdeinar III chercha à ranimer l'ancien esprit belliqueux des Danois ; il exerça donc assidûment le peuple aux évolutions militaires, bien qu'il continuât à entretenir des troupes allemandes. L'armée navale n'était pas en meilleur état que celle de terre, la décadence de la navigation et du commerce ayant entraîné celle de la marine militaire, de sorte qu'à la fin de cette période, le Danemark était à peu près sans flotte.
Au lieu de plusieurs milliers de paysans propriétaires , le pavs n'avait plus qu'un certain uombre d'evéques, d'abbes, de prieurs, et quelques centaines de seigneurs qui avaient réduit tous les laboureurs à l'état de servitude. Durant cette période elle fut réellement établie en Scelaud et dans les petites îles qui eu dépendent. Mais les mauvais traitements que les
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paysans, tombés si bas, end liraient de leurs seigneurs, lassaient parfois leur patience; alors ceux-ci, de crainte d'attaque , furent obligés de fortifier leurs métairies; toutefois, il y en eut beaucoup, notamment en Scanie, de pillées et de détruites par les paysans, sous le règnedeChrisfophe l* r . Durant les démêlés entre Éric Glipping et Bang , évêque de Ilôskild . les paysans se rangèrent du parti du roi : dix mille furent tués au combat de Nestved, où Jarimar. duc de Kugen, commandait l'armée épiseopale. Sous Éric Mendved, la noblesse souleva deux fois les paysans contre le roi , la première en Jutland, la seconde en Seeland.
Au milieu d'une telle anarchie , l'agriculture ne pouvait que souffrir extrêmement ; aussi était-elle dans un état pitoyable.
Cependant on ne doit pas croire que tous les paysans eussent été réduits par la contrainte ou la violence à la condition d'esclaves et de serfs.
Depuis un temps immémorial , les paysans propriétaires de terres avaient possédé des esclaves; or, plusieurs d'entre eux étant devenus seigneurs territoriaux, conservèrent leurs esclaves sur le même pied qu'auparavant, toutefois avec celte différence qu'ils ne jouirent plus du pouvoir de leur ôter la vie, et que ceux-ci ne furent plus appelés esclaves. La dureté des temps et la misère furent également cause que beaucoup de pauvres gens vendirent pour une somme d'argent et pour leur nourriture et leur entretien , leurs terres et leurs métairies, et même, en quelque sorte, leur personne aux riches; ce qui agrandit graduellement les domaines ruraux.
Dans le malheureux état où la forme du gouvernement avait plongé le royaume , les monarques avaient été obligés d'accorder aux villes hanséatiques des privilèges si considérables,
3u'elles avaient tout le commerce ans leurs mains , et que leurs navires seuls transportaient presque toutes les productions du Danemark dans les pays étrangers. Quelques-unes de ces villes , entre autres Lubeck et Kiel ,
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obtinrent finalement la faculté exclusive du commerce en Danemark et le droit de pécher le hareng sur les côtes de Scanie. On a une preuve de la diminution du commerce et de la richesse, dans la dépréciation de la monnaie en quantité et en qualité; les espèces d'argent, quoique pesant moins , conservaient la même valeur qu'auparavant. On abandonna aussi l'ancienne manière de compter par Ore t pour adopter la division des villes hauséatiques, par mark, et celle des Flamands, par groie. 11 en résulta que h s monnaies de Scanie, de Seeland et de Jutland avaient intrinsèquement une valeur dissemblable; car un mark de Scanie était double de celui de Seeland, et ce dernier plus fort que celui de Jutland.
Des historiens danois ont remarqué
Sue vers la lin de cette période, il cesse 'être fait mention du Grônland, dans les documents relatifs au commerce dani is. Une sentence rendue en 1:JS9 contre des capitaines de Copenhague qui étaient ailes dans ce pays, sans la permission du gouvernement, montre que cette navigation n'avait pas encore cessé. Mais il fallait pour faire le commerce du Grônland ainsi que celui de l'Islande , du Finmark et des Ferrôer, être autorisé par le roi, parce que c'était une partie de son domaine.
En 1385 , Henri de Garde, évêque de Grônland, assista en personne à une diète tenue a Mborg.
De même que dans le reste de l'Europe, les moeurs étaient extrêmement corrompues. La superstition , le défaut complet de connaissances et d'instruction, l'oppression exercée par le clergé et la noulesse , la continuité des troubles et des dissensions dans l'intérieur, et la licence qui en était résultée, jointes aux restes des mœurs sauvages des anciens temps, ne pouvaient que produire l'influence la plus pernicieuse sur la morale publique et sur le caractère national. Le respect des lois et de la justice s'affaiblit et s'éteignit; l'ordre et la sûreté disparurent, le droit de la force domina.
Les nobles, renfermés dans leurs châ-
teaux forts, cttettaient les voyageurs, notamment les marchands ; plusieurs manoirs seigneuriaux pouvaient passer pour de véritables repaires de vo- IiMirs. Le noble attaquait même et faisait prisonniers des évéques et . d'autres personnages considérables avec les gens de leur Mi te, les conduisait dans sa forteresse, et les y tenait enfermés jusqu'à ce qu'ils se fussent rachetés par une grosse rançon. J.e cVrgé, les bourgeois, les paysans ne se comportaient pas mieux envers ceux qui étaient plus faibles qu'eux, et partout le droit était foulé aux pieds.