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CINQUIÈME PÉRIODE

De 1397 à i536, ou de l'union de Calmar à l'introduction de la doctrine de Luther en Dam-mark et en Ifonége.

L'union de Calmar donna naissance à un des plus vastes empires dont les annales du monde fassent mention. Le Danemark, borne au sud par l'Allemagne, comprenait la plus grande partie de la péninsule Cimbnque, toutes les îles situées entre le Cattcgatet la Ba. tique, et sur le continent la Scania et quelques cantons voisins.

Il dominait le Sund . détroit si important, des cette époque, pour le commerce et la navigation entre le Nord et le Midi. La Suède renfermait dans la vaste étendue de son domaine primitif, la Suéde proprement dite, la Gothie, plusieurs Mes de la Baltique, le Nonland, grand territoire auquel des relations intimes et journalières et la conquête avaient joint une partie considérable de laÉ-'Laponie et la Finlande, depuis le golfe de ce nom jusqu'aux rivages de la mer Blanche. La Norvège, y compris le Fimnaik , s étendait depuis le Cattcgat jusqu'au cap Nord , sur un* développement de plus de trois cents lieues de cotes. Au delà de mers, la Nonege Possédait les Iles Oreades et S lellaiid au nord de l' finisse, l'archipel des Kerf ôer, l'Islande, enfin le Grônland, qui était encore ireuueute a cette époque.

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Si Ton cherche les motifs secrets de l'union de Calmar, on trouvera, chez les rois de Danemark , le désir de rendre leur pouvoir absolu; chez la noblesse suédoise, l'espoir de remplacer la monarchie par une aristocratie. Les Norvégiens seuls paraissent avoir agi de bonne fol et par un sentiment patiiotique,x)u s'éire abandonné aux eircon>tances qui ne leur permettaient pas de rester isolés, quand leurs deux voisins s'unissaient.

Certes, si les tro s nations avaient été jointes par les liens de l'affection et de la confiance, l'État qu'elles formaient par leur pacte aurait pu tenir un des premiers rangs parmi ceux de l'Europe; mais la jalousie que la diversité de leurs intérêts habituels avait produite depuis longtemps entre elles, quoiqu'elles lussent trois tribus ayant une origine commune, parlant trois dialectes de la mime langue, et eussent des mœurs semblables, engendra des préventions qui ne pouvaient être éteintes que par le temps.

D'ailleurs leurs lois différaient sur divers points, et la forme du gouvernement, en Danemark , s'éloignait surtout de ceile de ÎSprvége et de Suède. Les communications intérieures étaient difficiles, et les ordres des chefs* devaient rencontrer, dans leur exécution, de grands obstacles par l'eloignement des lieux.

La puissance la | lus redoutable pour Jes trois royaumes unis, était la ligue hanséatique, forte par ses richesses et les ressorts de la politique.

Kile ne vovait pas avec indifférence s'établir entre l'Océan et la Baltique un grand * mpire qui pouvait profiter de ses ies>ourses naturelles pour commercer par lui même, sans le secours des étrangers.

Toutes ces difficultés auraient pu être vaincues par l'ascendant d'un monarque éclaire, juste, terme; disparaître peu a peu par le progrès des lumières, par de sages prec.iution>, par les IrÇuus de lYxnerii nce. Marguerite réussit n sou enir f édifice qu'elle a\; it éle^é. L» a*» d>« soi. gouvernement repara les imperfections de la loi lon-

damentale qu'elle n'avait pas prévues, ou n'avait pas pu prévenir; elle étouffa les germes des insurrections, elie prépara des rapprochements, et songea aux mesures qui pouvaient devenir nécessaires. Mais racontons la suite des événements.

Après que l'assemblée de Calmar se fut séparée , le jeune roi , suivant un usage ancien et cher aux Suédois , fit le tour de leurs provinces au milieu des acclamations dont la multitude est prodigue dans les premiers jours d'un gouvernement nouveau. Pour mériter ces témoignages d'affection, on abolit un impôt récemment établi, qui avait excité de grandes plaintes, quoiqu'il eût eu pour objet la délivrance de Stockholm.

Lorsque le moment approcha où Albert, conformément au traité de Linlholm, devait rentrer en prison, ou payer soixante mille marcs, les villes hanséatiques lui firent demander quelles étaient ses intentions. Il se content;! de répondre vaguement qu'il comptait bien sur l'appui de ses amis dans une circonstance aussi critique, et mit Stockholm à leur disposition, en dégageant les habitants du serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté.

Les Hanséates délibérèrent s'il valait mieux payer les soixante, mille marcs et garder Stockholm, ou remettre cette ville à Marguerite. La difficulté de s'y maintenir contre les forces réunies des trois royaumes les décida à se montrer justes. Ainsi les portes de la capitale de la Suède s'ouvrirent, en 1398 , à la reine. Alors les habitants du nord du royaume, qui jusqu'alors avaient tenu pour Albert, se soumirent à elle sans difficulté.

L'ile de Gotland était encore dans la possession d'Albert qui l'avait vendue à l'ordre Teutonique. Marguerite envoya une flotte et une armée pour occuper l'île; Visby força les assiégeants à retourner dans leur pays.

Alors Marguerite entama des négociations avec WS chevaliers , et il fut convenu qu'elle rachèterait l'île. Néanmoins Albert ne renonça formellement à ses prétentions à la couronne de

Suède que dans une entrevue qu'il eut à Flensborg, le 25 novembre 1406, avec Marguerite et trie, en se réservant le titre de roi pour le reste de ses jours.

Quoique tous les germes de troubles parussent étouffés, il en renaissait de temps en temps. Les Suédois particulièrement commençaient à murmurer hautement. Un fourbe, aposté par les ennemis de Marguerite , osa se dire le roi Olaùs, mort depuis quinze ans; déjà un parti se formait pour le soutenir, car toujours les malveillants qui ont de l'audace et de l'effronterie réussissent à persuader aux niais les absurdités les plus grossières. Le décès d'Olaùs avait suscité , dans différentes provinces , et surtout en Norvège, des suppositions injurieuses à la reine. Ce qui contribuait encore a accréditer l'imposteur, c'est qu'étant fils de la nourrice d'Olaùs, il en avait appris des particularités généralement ignorées. Il fut arrêté, et quand sa fourberie eut été juridiquement prouvée, ce qui était facile, puisque l'on ne trouva pas sur son corps une verrue qu'Olaùs avait entre les deux épaules , les juges le condamnèrent à être brûlé vif.

Malgré tous les avantages que Marguerite avait accordés aux comtes de Hol-tein en donnant, en 1386, l'investiture du duché de Slesvig au comte Gérard,et en le lui assurant par un nouveau traité, en 1 392, à lui et à eux, à condition qu'ils ne se mêleraient jamais des affaires du royaume, ils refusèrent, quand Éric monta sur le trône de Danemark,^ lui rendre un nouvel hommage, et de se reconnaître tenus à aucun service pour ce duché. Marguerite dissimula son indignation et son ressentiment; mais, dès l'année 1400, elle commença à acheter des terres d'une étendue considérable dans le duché de Slesvig, et les incorpora, moyennant une somme d'argent, au diocèse de Ribé, situé en Jutland; puis, en 1404, à la mort du duc Gérard et du comte Albeit, tués dans un combat livré aux Ditmarses révoltes, elle profita des troubles qui s'élevèrent au

sujet de la tutelle des fils mineurs du premier, pour préparer la réunion future du duché, en employant divérs moyens pour se faire remettre une •ville' après l'autre; l'une à titre d'engagement, l'autre comme pince de sûreté pour servir d'appui aux jeunes princes contre l'ambition de leur oncle paternel, l'évêque d'Osnabruck.

Ce prélat, sous le prétexte de ne prétendre qu'à leur tutelle, agissait de manière à faire penser qu'il voulait s'emparer de leur héritage. Sa conduite avait obligé Élisubeih, duchesse douairière, à recourir à la protection du seigneur suzerain , et Marguerite la lui avait accordée au nom d'Éric.

Knl409, Marguerite était maîtresse de tout le pays, et il ne lui manquait plus que Slesvig et Gottorp, pour tenir les comtes de Ilolstein dans une étroite dépendance; déjà même ces deux places allaient être remises, par ordre de la duchesse, quand tout à coup ces deux princesses s'accusèrent mutuellement de méfiance et de mauvaise foi, et devinrent ennemies irréconciliables. On a expliqué diversement les causes de cette brouillerie soudaine; la plus vraisemblable est que les conseillers d'Élisabeth lui montrèrent de quelle conséquence serait pour ses enfants la remise à Marguerite des deux places emportantes qui leur restaient encore. Alors elle s'unit avec l'évêque d'Osnabruck, et avec Adolphe, comte de Sehauenbourg, et introduisit les troupes de Holstein dans différentes villes dont elle s'empara.

Marguerite retourna en Danemark très-irritée. Dès l'année 1405 elle avait abandonné à Éric le gouvernement du Danemark et de la Norvège, en se réservant cependant la direction générale des affaires de l'Union et l'administration de la Suède. Éric se conduisit d'abord d'après les principes de la reine; mais bientôt, cédant à son caractère dur et capricieux, il commit de grandes fautes. En apprenant Tinjuré faile par la duchesse de Slesvig a Marguerite, il résolut de la venger.

Il s'empara d'abord des îles d'Alsen et

envoya des troupes pour s'emparer da district de Toudern, où elles firent un grand butin ; mais, h leur retour, elles furent battues à Soldorp. Éric avait, â ce qu'il paraît, dirigé cette in dheureuse entreprise, il cherchait déjà à tenir les rênes du gouvernement, qui eussent du rester longtemps encore dans les mains de la reine. Il avait fait décapiter, en 1409, Abraham Broderson , Seigneur suédois , accusé de plusieurs actes de violence envers des femmes. La faveur de Marguerite avait élevé Abraham Broderson audessus de la noblesse des trois royau* mes, et l'avait rendu si riche et si puissant qu'Éric fut soupçonné de lui avoir imputé à crime cette fortune prodigieuse.

Cet ncte om>u< de violence dut porter un coup terrible à Marguerite. Jamais personnage quelconque, tenu de lui obéir, ne s'était opposé à ses volontés, et le premier qui osait la braver si indignement, était le prince à qui elle avait, depuis son enfance, prodigué ses soins et ses bienfaits. On avait pu, dès ce moment, augurer que le grand édifice élevé par elle avec tant de peines ne pourrait se soutenir quand elle ne serait plus.

Les Holstenois furent assistés par Hambourg et d'autres villes hanséati-

aues, enfin par la plupart des États e l'Allemagne septentrionale; ils ne voulurent prêter l'oreille à aucune espèce d'accommodement. Éric, ayant réuni de nouvelles troupes, rentra dans le Slesvig, assiégea Flensborg, reprit cette ville, et fit mettre à mort le magistrat et les principaux bourgeois; acte de cruauté atroce, impolitique et injuste, puisque la duchesse de Slesvig leur avait en quelque sorte extorqué par force le serment de fidélité qu'ils lui av lient prêté.

Le prise de Flensborg fit souhaiter à la duchesse que les négociations, rompues une fois par elle , fussent renouées. Des conférences furent donc ouvertes à Colding. L**4 octobre 1412, une convention statua que Flensborg serait rendu à Marguerite et à Éric, que douze arbitres prononceraient sur

L'UNIVERS

tous les objets en contestation, et que si ces juges ne pouvaient s'accorder, l'Empereur déciderait, mais conformément aux lois danoises.

Habituée à remplir ses devoirs de souveraine, Alarguer te s'étnit rapprochée du lieu des conférences. Satisfaite d'avoir vu la paix rétablie, elle s'embarqua a Flen>borg pour retourner en Danemark. Elle mourut subitement, le 23 octobre , dans le port, sur le navire qui devait la ramener dans sa patrie qu'elle avait glorieusement gouvernée pendant trente sept ans; elle en avait vécu soixante, et porté le titre de reine pendant près de cinquante. Elle fut enterrée à Sorô; plus tard, Eric fit transporter son corps à RÔskild, où le tombeau en albâtre qu'il lui consacra existe encore.

Marguerite de Vaîdemar, surnommée la Sémiramls du Nord, et appelée par Voltaire une héroïne, mérite une place remarquable dans les annales du monde. Douée d'un génie vaste, d'une volonté ferme et persévérante, elle unissait à la conception de grands projets, la résolution et la prudence nécessaires pour les faire réussir. Son caractère a été jugé trèsdiversement par les Danois et les Suédois; les premiers révèrent Je souvenir de Marguerite comme celui d'une grande reine qui a sigement gouverné leur pays et l'a élevé à un degré de gloire èt de considération politique inconnu du temps des anciens rois. Les Suédois , au contraire, l'ont peinte des couleurs les plus noires; mais ces écrivains passionnés n'étaient pas contemporains de Marguerite ; ces derniers se sont plaints avec moins d'amertume que les modernes, et cependant ils lui reprochent d'avoir sacrifié la Suède à l'intérêt du Danemark , d'y avoir levé des impôts bien plus considérables que ceux qu'on y payait sous le règne d'Albert, de n'y avoir pas dépensé les sommes qui en provenaient , d'avoir aspiré à s'y rendre absolue, d'y avoir introduit et recompensé par des emplois importants, non-seulement des Danois,

mais aussi des Italiens, des Anglais, et, ce qui choquait le plus, des 'Allemands ; pourtant, deux nobles suédois, Alud Mogensen et Abraham Broderson , eurent le plus de part ii sa confiance , et tous deux obtinrent d'elle des terres en Danemark. Il est probable, du reste, que Marguerite voulait, par le moyen des étrangers, répandre des éléments de civilisation parmi les Suédois, encore barbares à cette époque; et que pour fixer ces hommes de pays plus méridionaux que la Suède , sous le climat glacial de cette contrée, il fallait leur accorder des avantages qui pussent leur faire oublier, s'il était possible, une patrie dont la température était moins rigoureuse. Les Danois, méprisant l'ignorance et la grossièreté de leurs voisins , montrèrent de l'arrogance :

elle produisit chez les Suédois un redoublement de haine contre eux. Une partie en rejaillit sur Marguerite. Plus d'une fois les Suédois furent près de se révolter : l'adresse de la reine sut toujours réprimer ces mouvements, tantôt en cédant de bonne grâce, quand elle le pouvait sans compromettre son autorité, tantôt en imposant aux mutins par sa fermeté, et sa vigueur. De nos jours, Sven Lagerbring, excellent historien suédois, a rendu justice aux grandes qualité de Marguerite, il dit que « depuis le moment où elle prit les réues du gouvernement en Danemark et en Suède, un de ses principaux soins fut de diminuer le pouvoir encore trop considérable de la n. blesse, qui avait causé tant de troubles et de désordres dans les deux royaumes. Elle gouvernait ainsi à peu près suivant sa propre volonté, et n'éprouvait de résistance que de la part de l'ingrat Éric. La mort qui la frappa , mit un terme à sa vie et non à sa renommée qui est immortelle. »

Ou a prétendu que Marguerite mourut à temps, parce que le roi Éric qui avait déjà montré qu'il était las d'être pour ainsi «lire tenu en tutelle, l'aurait peut-être fait enfermer dans un couvent , si elle eût vécu davantage.

Mais une tentative semblable eût été

très-périlleuse peur lui ; car bien que cette princesse fût âgée, son autonté n'avait diminué dans aucun îles trois royaumes, et si Éric eût hasardé d'en venir à cette extrémité, il aurait été plus facile à Marguerite de le renvoyer en Poméranie qu'à lui de renvoyer dans un couvent.

Quant à sa personne, il paraît que Marguerite avait le teint brun , mais la physionomie agréable et expressive, la taille élevée, le corps robuste, ce qui, joint à son esprit brillant et solide, et à sa limite intelligence, avait fait dire à son père que la nature lui avait donné la forme d'une femme, mais qu'elle aurait dû être un homme.

Elle fut plein pp du peuple danois qui l'aimait comme unemèie à cause de sa douceur et de son affabilité; le clergé, qu'elle avait comblé de bienfaits, la regretta aussi; la noblesse, dont elle avait su contenir l'ambition et prévenir les mouvements turbulents, ne se montra pas aussi sensible à la perte irréparable que faisait le royaume.

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