‹ DanemarkChapitre 14 sur 32 · CJ · texte numérisé non relu

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les états, non moins persévérants que lui, ayant allégué qu'une pareille élection était illégale tant qu'il vivrait un prince qui, étant issu de sang royal, serait par sa naissance destiné au trône.

Au printemps, Éri<* mit à la voile pour l'île de Gotland, afin, disait-il, d'être plus à portée de négocier avec les Suédois, mais en effet dans la ferme résolution d'ahandonner à jamais le royaume, puisqu'il emportait avec lui tous ses trésors, les effets les plus précieux de la couronne, et une bonne partie des chartes déposées dans les archives de l'État. A son arrivée en Gotland il se retira au château de Visborg qu'il avait fait bâtir près de Visby : un chroniqueur a prétendu que c'était afin de satisfaire plus à son aise sa passion pour les femmes.

Par un acte de 1438 , il déclara rompu le lien de féodalité qui, depuis plu* de trois siècles, attachait au royaume de Danemark la principauté de Rtiiien. propriété de sa maison, savoir, celle de Pomeranie-Wolgast. Lorsque l'époque d'aller à Calmar, suivant sa promesse, fut arrivée, il envoya dire aux états qu'il ne consentirait à traiter avec eux que lorsqu'ils lui auraient remis les forteresses de Stockholm , de Nykôping et de Calmar.

Depuis son départ du Danemark, des troubles s'étaient élevés dans le Vend-Syssel , canton le plus septentrional du Jutland , soit que le ressentiment d'Éric les eut excités ou fomentés, comme on l'en accusa, soit qu'il en fût innocent, ainsi qu'il le déclara plus tard, attribuant cette imputation à la haine que l'on avait conçue contre lui. Ces troubles avaient une* cause assez extraordinaire. Le peuple du Vend-Svssel était persuadé que le concile de Bâle , alors assemblé, s'occupait de réformer les dé>ordres déjà reprochés généralement aux gens d'église; croyant que ces désordres venaient des trop grandes richesses du clergé, les Jutlandais pensèrent que le concile se proposait d* les leur retrancher, et qu'en conséquence on n'était tenu de leur payer aucune espèce de tribut , jusqu'à ce que Ton sfll

ce qui avait été décidé par le concile.

C était sans doute une vision bien digne (j'un peuple simple et ignorent, ke concile de fiale ne songeait pas aux choses qui leur passaient par la tète. Cependant il y fut fait mention des pays du Nord pour maintenir la vérité des révélations de sainte Brigite, pour confirmer les libertés du clergé de Suède, pour dispenser les archevêques d'Upsal de recevoir le pallunn des mains de l'évèque de Lund, pour permettre aux évêques de permuter leurs sièges.

L,es autres cantons du Jutland se soulevèrent aussi non contre le clergé, mais contre la noblesse, dont ils prétendaient avoir de beaucoup plus justes sujets de se plaindre. La révolte fut bientôt générale et donna lieu à tant de violences , qu'une partie de ce corps, la vide de Haderslebcn et l'ile d'Arrôe, c'est-à-dire toutes les par lies du J ut Lnd qui restaient a la couronne, furent obligées de se mettre sous la protection d'Adolphe, comte de Holstein, duc de Slesvig.

alqlgré l'absence d'Eric et celle des députes norvégiens, les états prirent plusieurs résolutions importantes; on continua de reconnaître Éric pour roi pendant sa vie; on se promit d'entretenir à perpétuité la paix entre les trois royaumes. Quant a l'Union , on se contenta de statuer qu'elle durerait quand ils auraient un seul et même roi, ou en éliraient plusieurs : c'était à peu près avouer que l'on ne s'intéressait plus à l'Union.

Indignés de la conduite d'Éric, les députés de Danemark quittèrent Calmar, et les états, réunis à Corsôr, prononcèrent, le 28 octobre 1438, la déchéance de ce prince : en même temps ils offrirent la couronne à Christophe, de Bavière, Ppur justifier cette démarche décisive, les états publièrent un manifeste, dans lequel ils reprochaient à Éric d'avoir voulu les forcer d accepter pour roi son cousin Bogislas, d'avoir confié les places fortes à des étrangers, d'avoir manqué à ses engagements, déserté le royaume et emporté le trésor, de n'avoir pas protégé

la noblesse et le clergé contre la populace, d'avoir par sa négligence causé la perte d'Arrôe et de Hadersleben.

On est obligé de convenir que la plupart de ces imputations étaient mal fondées; Éric les réfuta parfaitement dans la répons* 1 <]u'il adressa aux états, pu effet, on ne pouvait articuler équitablement contre lui que deux griefs :

son inconduite qui le rendait méprisable, et son incapacité nour gouverner dans des temps difficiles.

Christophe accepta les offres des états, et vint à Lubeck, où il reçut les premiers hommages des sénateurs et des principaux' de la noblesse danoise.

Mais comme, d'après le pacte d'union, aucun des trois royaumes ne pouvait se donner un roi sans le consentement des deux autres, on ne fui accorda que le titre d'administrateur.

Eu Suède, la diète de Sôderkôping prononça, le 6 janvier, la déchéance d'Éric; le crédit de quelques prélats obtint cependant qu'on lui accorderait un nouveau délai. Nicolas Stènson, beau-frère de Charles Knutson et son ennemi, se déclara pour Éric et passa dans 1 île de Gotland. Éric, pour l'encourager dans ces dispositions, le créa maréchal du royaume, et lui confia quelques troupes; Nicolas entra en Ostrogothie, dévasta le pays et causa quelques embarras à Charles, parce oue les Norvégiens, excités par Eric, firent une diversion ; bientôt défait, il fut pris et décapité, et neuf des principaux chefs de sa petite armée furent punis par le supplice de la roue.

Éric venait de faire un nouvel effort pour se rétablir en Suède, au moyen d'une négociation entamée par Kropelin avec Padministrateur, lorsqu'il reçut les lettres par lesquelles les Danois lui déclaraient qu'ils renonçaient à son obéissance. Il était même sorti de Gotland et s'était avancé jusqu'à Stegeborg, où il invita vainement Charles à venir le trouver. Ce dernier, trop rusé pour tomber dans un piège qu'il avait souvent employé, se contenta de s'aboucher avec Kropelin et d'autres commissaires du roi. Les conférences se terminèrent sans produire rien d'un-

portant, et, sans doute, Éric donna lieu à ce résultat par son prompt retour en Gotland.

Enfin la lecture des lettres que les Danois avaient adressées à ce prince détermina les Suédois à suivre leur exemple. Au mois de septembre 1439, ils confirmèrent à Telge la résolution prise précédemment, et la signifièrent a Éric. Au mois de novembre suivant, des députés des deux royaumes se réunirent à Jôntkôping en OstrogothiV; les Norvégiens, qui n'avaient pas les mêmes sujets de mécontentement que faisaient valoir les deux autres nations, ne parurent pas à la diète; on y convint de maintenir l'Union et de s'assembler de nouveau à Calmar, le 24 »uin 1440, quand même les Norvégiens n'y coopéreraient pas, afin d'élire un roi, et de travailler à rétablir l'ordre et affermir la paix dans le Nord.

CHRISTOPHE Iir.

Ce fut, sans doute, pour hâter la décision des Suédois et prévenir les menées secrètes de Charles, que le sénat de Danemark élut roi à Viborg, le 9 janvier 440, Christophe, comte palatin du Rhin, ou, comme les historiens rappellent, duc de Bavière (*), qui dans sa jeunesse avait fait un assez long séjour dans le royaume. Avant de lui expédier un message pour l'instruire de son élection, les sénateurs partirent pour Lubeck, où ils l'attendirent, et lui firent signer une capitulation. Cette élection était, suivant les historiens suédois modernes, une infraction du pacte de Calmar; les états des trois royaumes auraient dd être convoqués à Halmstad pour procéder au choix d'un roi. Les Danois répondent que l'urgence des circonstances força leur sénat à ne pas observer les clauses du pacte d'union, le Danemark et la Suède étant en proie à des troubles qui ne permettaient aucun retard.

D'ailleurs, le sénat de Danemark avait

(*) Christophe tenait son droit à la couronne de Dauemiirk , du chef de <a mère Catherine de Pomérauie, sieur d Éric et marke à Jeau de JUavière, coiuie palatin.

VERS

envoyé plusieurs messages en Suède pour engager les états de ce royaume a élire Christophe. Celui-ci ne prit que le titre d'administrateur. Un historien du temps convient que son couronnement en Danemark fut différé pendant trois ans, jusqu'à ce que les Suédois et les Norvégiens l'eussent agréé. Ces derniers, qui étaient les moins irrités contre Éric, n'auraient pas eu de répugnance pour son cousin Bojislas.

Les intnguesde Charles empêchèrent qu'un nombre suffisant de députés suédois vînt à Calmar. Jean Laxman, archevêque de Lund, Claude Ronov, beau-frère de Charles, qui étaient arrivés a*ec les autres députés danois, gagnèrent si bien les esprits , que Charles , prévoyant que la pluralité des suffrages ne lui serait pas favorable, ajourna l'élection a la prochaine diète, convoquée à Arboga pour le 29 septembre. Dans l'intervalle, il écouta les propositions de Christophe, qui lui promit l'investiture de la Finlande, sa vie durant, et celle de l'île d'OEIand à perpétuité, en se réservant cependant la faculté de reprendre ce lief pour une somme «le 40,000 marcs d'argent.

Les états d' Arboga s'ouvrirent au jour fixé; ils confirmèrent les cessions faites à l'administrateur, et, au mois de novembre, élurent Christophe roi, en l'invitant à venir prendre possession du trône à Calmar, le 24 juin 1441.

L'élection fut notifiée aux Norvégiens, que Ton pria d'envoyer des députés à Lôdese, le 2 février 1441, pour terminer complètement une affaire si importante.

Cependant Christophe, pour se ménager l'amitié d'Adoiphe de Holstein, duc de Sli svig, lui donna l'investiture du duché a perpétuité , sacrifice que les cireou>tanees exigeaient. En effet, les menées sourdes d'Éric fomentaient en Jutland des mouvements qui éclatèrent par une révolte des paysans; ces rebelles refusaient d'acquitter toute espèce d'impôt et de redevance; ils s'attroupèrent même au nombre de 25,000.

Leurs chefs étaient un sénateur et quelques nobles restés attachés au parti d'Éric, qu'ils parlèrent de re-

mettre sur le trône; ils défirent, près d'Angord dans le diocèse d'Aalborg, les troupes royales, dont les principaux officiers eurent la tête tranchée.

Christophe, ayant marché à la tête de sou armée, mit en déroute les rebelles, après un combat long et sanglant; leurs chefs furent pris et condamnés à la roue; on fit grâce aux paysans.

Afin de répondre à l'invitation des états et d'achever de gagner Charles à ses intérêts, Christophe était venu pendant, l'hiver à Halmstad; il y eut avec lui une entrevue, dans laquelle ils se prodiguèrent les démonstrations d'amitié et de bienveillance. Peu de temps après, les Suédois et les Norvégiens, réunis à Lôdese, consommèrent l'élection de Christophe Je 25 avril 1441, après lecture faite de la capitulation qui augmentait le pouvoir du sénat.

Les troubles du Jutland n'avaient pas permis à ce prince d'assister à l'ouverture de la diète de Calmar : il y parut le 8 septembre, et tout le monde y sembla d'accord ; peu de temps après, il ût son entrée publique à Stockholm, et le 15 il fut couronné à Upsal.

li employa une partie de l'hiver à parcourir les provinces de la Suède, donnant partout des marques de sa libéralité et de sa bienveillance, et prenant soin de rétablir le bon ordre si longtemps troublé par les querelles perpétuel/es de la noblesse et par les factions. Comme les Norvégiens avaient renouvelé, à Lôdese, leur union intime avec les Suédois, ils suivirent leur exemple, et, le 1 1 juin 1442, élurent également Christophe; il fut couronné, peu de temps après, à Opslo, par l'archevêque de Drontheim.

A son retour en Danemark, il reçut à Ribè la couronne des mains de l'archevêque de Lund,le 1 er janvier 1443; plusieurs princes allemands ajoutèrent par leur présence à l'éclat de cette solennité. Les historiens conviennent que Christophe employa tous ses soins à établir des bonnes* lois et à fonder des institutions utiles. Il publia en Danemark un code de droit municipal. Un arrangement conclu avec l'éveque de Rôskild, auquel il donna des terres en

8" Livraison. (Danemark.)

échange, le rendit maître de Copenhague qui était déjà une ville très-florissante, et il y transporta sa résidence.

Son désir de rendre le commerce avantageux à ses trois royaumes fut contrarié par les privilèges que les villes hanséatiques avaient obtenus de ses prédécesseurs dans des temps de troubles. Afin de délivrer plus sûrement la Scandinavie du monopole de ces républiques marchandes , il voulut s'assurer le concours de plusieurs princes allemands, qu'il invita à se rendre à Wiîsnach, petite ville du Brandebourg, où les dévots de tout le Nord accouraient en foule pour adorer une hostie miraculeuse; il y vint en habit de pèlerin. La conférence fut infructueuse à cause du refus du duc de Slesvig de prendre partà l'entreprise. Christophe n'en persista pas moins dans son dessein; il renouvela, en faveur des villes de Prusse et de Livonie, les immunités qui leur avaient été accordées dans les trois royaumes, et encouragea le négoce des Néerlandais; mais les Hanséates, jaloux de ce qu'il faisait pour d'autres, se vengèrent de lui en soutenant les incursions d'Éric sur les côtes de Suède et de Danemark. Un accord mit fin à ces brouilleries, et les Néerlandais purent jouir pour la première fois du droit de commerce avec Bergen qui s'était relevé de ses cendres; cependant les anciennes concessions faites aux Hanséates, ayant été confirmées après de longues négociations, la convention conclue avec les Néerlandais resta sans effet.

En 1447, Christophe avait combiné avec les princes de Brunswick , de Mecklenbourg et de Brandebourg, un projet pour s'emparer de Lubeck par un coup de main. Déjà leurs soldats s'étaient glissés dans la ville, et Christophe était avec sa flotte à l'embouchure de la Trave. La tentative échoua

f>arce qu'un incendie fortuit, qui éclata a nuit dans Lubeck, occasionna un malentendu.

Ce mauvais succès ne découragea pas Christophe, et il s'occupa de réunir des vaisseaux et des trésors pour effectuer son entreprise contre Lubeck

L'univers.

et la Hanse. Il avait, à cet effet, convoqué les états de Suède à JÔnkoping, lorsque In mort le surprit à Helsingborg, le G janvier 1448. On dit que, • prêt à rendre le dernier soupir, il exprima le regret de n'avoir pu détruire la ligue banséatique, et qu'il conseilla aux grands du royaume de ne pas perdre de vue ses projets. Il avait épousé, en 1445, Dorothée de Brandebourg, iillede Jean P Alchimiste ;elle ne lui donna pas d'enfants et ne put jamais fixer son cœur inconstant. Quand il mou rut , elle n'était âgée que de 1 8 ans. L'esprit turbulent des peuples qu'il eut l'ambition de gouverner, et l'ingratitude dont ils payèrent ses efforts pour assurer leur bien-être, ingratitude qu'il leur reprocha plus d'une fois, empoisonnèrent ses jours. Le chagrin qu'il en ressentit altéra complètement son caractère; il était enjoué, il devint triste et taciturne. On a beaucoup exagéré les désordres de sa vie privée.

La Suède fut malheureuse sous son règne; la famine et la peste la ravagèrent. Les pirateries d'Éric augmentaient le mai en interceptant les grains oui venaient des pays étrangers. Les Suédois, quelquefois réduits, de même que de nos jours dans les temps de disette, à mêler à la farine de Pécore* d'arhre pulvérisée* rendaient, comme îl arrive toujours au peuple dans son ignorance, Christophe responsable des calamités qui les accablaient; ils le surnommèrent donc barke'konung (roi aux écorces).

Ils auraient peut-être été plus fondés à lui imputer l'audace avec laquelle Éric continuait à ravager les mers et les côtes de leur pays. Les vives représentations qui lui furent adressées à ce sujet, le décidèrent à conduire, avec Charles KnUtson, une flotte contre l'île de Gotland; on s'attendait à la voir tomber au pouvoir du roi; on apprit avec surprise qu'après une conférence très-paisible les deux princes s'étaient promis de vivre en bonne intelligence. Le Seul motif qui puisse expliquer pourquoi Christophe ne chassa pas Éric de Gotland, comme il l'aurait pu, est que, d'après sa capitula-

tion, il aurait été obligé de réunir cette île à la Suède : alors il se serait attiré la haine des Danois qui prétendaient aussi à la possession de Gotland.

En 1446, Christophe fit rédiger la coutume provinciale de Laaland ; il confirma en Suède le code publié sous Magnus II, en déclarant que cette nouvelle législation ne devait préjudicier en rien aux privilèges de la noblesse et du clergé. Ce code, cité ordinairement sous le titre de Codex chlrhtophorianus , est divisé en lois provinciales et urbaines. Plusieurs autres règlements et ordonnances montrent qu'il désirait le soulagement des peuples. On peut donc à bon droit se défier de la véracité de l'ancienne chronique suédoise en rimes, qui représente ce prince comme avare, fourbe et débauché. Les historiens suédois ne le peignent pas avec des couleurs si noires, et les Danois parlent de lui comme d'un monarque qui , durant un règne de huit ans, avait donne des preuves non équivoques de modération et d'un désir sincère de faire le bonheur de ses peuples.

C HRIS? (AH t**.

A la mort de Christophe, le* trois royaumes devaient, conformément à l'union de Calmar, envoyer des députés à Halmstad pour y élire un roi en commun; mais aucun des trois ne < semble avoir pris ce pacte en considération ; les états de Suède , réunis à Jônkôping, ayant reçu de ceux de Danemark l'invitation de se joindre à eux au lieu indiqué , confièrent le gouvernement de leur pays à Bengt Jônson Oxenstierna et à'iN'ils Christianson Vasa; ils éludèrent oinsi de faire une réponse positive, et s'ajournèrent à Stockholm. Excitée par les intrigues de Charles Knutson, l'antagoniste le plus actif de l'union, la diète décida qu'elle élirait un roi de Suède, et, le 20 juin 1448, elle fixa son choix sor Charles*

Il ne restait plus en Danemark une seule personne de la lignée de Valdemarlll; alors il s'éleva, comme eu

ira

Suède, un prétendant à la royauté parmi les seigneurs du royaume : ce fut Canut Gyllenstierne. On a dit qu'il se croyait d'autant plus sûr de réussir que, jeune et bienfait, il avait su plaire à In reine douairière, qu'elle lui était dévouée et même voulait l'épouser. Peut-être que, semblable aux ambitieux de tous les genres, il prit les rêves de sa présomption pour des réalités. Le sénat danois, qui avait une influence décisive, ne voulut pas entendre parler d'une transaction contraire aux usages du pays; appuyé par la grande majorité des nobles, il offrit la couronne à Adolphe VIII , duc de Slesvig et comte de Holstein , de l'ancienne maison des comtes de Schauenbourg ; il était connu pas ses talents, descendait d'une fille d'Éric Glippins, était âgé de quarante-sept ans et n'avait pas d'enfants. Il préféra donc très-sagement sa position peu brillante, mais tranquille, à l'ambition de régner sur les trois royaumes du Nord , et proposa aux députés du Danemark de porter leur choix sur son neveu Christian,comte d'Oldenbourg etde Delmen* borst,qui était dans la force de l'âge et devait un jour être son héritier (*).

Pour donner plus de poids à ce conseil, H vint à Copenhague prendre dans le sénat la place qui lui appartenait comme duc de Slesvig.

Le comte d'Oldenbourg signa le 1 er

Stembre, à Hndersleben, une capituon qui confirmait plusieurs préro-

0 On a vu plus haut que Rirhizza *po»sa Nicolas de Verlc , prince de Meckkabourg ; leur fille Sophie fut mariée à Gérard le Grand , comte de Holslein. De ce «ariape naquit Henri de Fer, comte de Holslein, en i38i. Il fut père de Gérard, «omte de Holstein , duc de Slesvig en 1404.

Le fils de celui-ci fut Adolphe VIII, dont *a sœur Hedvigc devint l'épouse de Diderik (Thierry) l'Heureux, comte d'Oldenbourg.

Les historiens suédois observent que Hecf- *îge était petite-fille de Henri de Fer, époux d'Ingf borge de Mecklenbourg , fille d'Enphêmie, sonir de Magnus Éricson , roi de Suède, de sorte que Christian descendait JgaiemeM des maisons royales de Suède et w Danemark.

Satives que le sénat s'était attribuées epuis l'élection de Christophe, au détriment de l'autorité royale; il jura aussi, conformément à la capitulation de Valdemar III, en 1326, de ne jamais réunir le Slesvig à la couronne. Ces formalités remplies, il fut proclamé roi le 29 septembre 1448, sous le nom de Christian I er , et reçut à Lund les hommages et le serment de fidélité des divers ordres du royaume; bientôt il épousa Dorothée, veuve de Christophe.

Les Norvégiens suivirent l'exemple des Danois, bien qu'un parti penchât pour Charles ; la portion des états où dominaient les amis de Christian, s'étant assemblée à Opslo, examina la demande qu'il leur avait adressée d'être élu roi; il la fondait sur l'ancienne confraternité et union des royaumes. Après une mûre délibération, il fut déclaré que Christian étant proche parent de Marguerite (*) et le plus proche héritier du trône de Norvège, suivant la loi de ce royaume, et que de plus, l'avantage et la sûreté des deux m* tions étant pour les états des motifs qu'ils devaient prendre en considération, ils reconnaissaient ce prince en qualité de légitime roi de Norvège.

Cependant les partisans de Charles déclaraient que, « convaincus que « Dieu et la nature voulaient que leur « patrie et la Suède fussent gouvernés « par un même roi, » ils avaient résolu de déférer la couronne à celui que les Suédois avaient choisi ; néanmoins Christian fut élu à Marstrand, le 3 juillet, parles uns; Charles à Hammer, le 21 octobre, par les autres : chacun .

d'eux signa une capitulation. Les deux

(*) Il n'est pas aisé de comprendre comment Christian était proche parent de Marguerite. Il eût été plus facile aux états de Norvège de prouver qu'il descendait de leurs anciens rois et plus naturel de s'appuyer sur celte consanguinité. HaquinV, roi en 1299; lngeburge , sa fille, épouse d'Éric, duc d'Upland en Suède , 1)12. Leur fille Fuphétnie épousa Albert, duc de Mecklenbourg, t336; leur fille lngeburge devint femme de Henri de Fer, comte de Holstein et père de Gérard , duc de Slesvig , aïeul de Christian , comme on l'a vu plus haut.

Eartis convinrent, après de longs déats, que les états des trois royaumes,

3 ni devaient se réunir à Haïmstad,*écideraient entre les deux rois. Ils décrétèrent, le 12 mai 14.50, que, dans le cas de décès de l'un dps deux, ses sujets auraient le. choix ou de reconnaître l'autre monarque , ou , s'ils s'y refusaient^ de nommer des régents pour gouverner jusqu'à la mort de celui qu'ils auraient rejeté : alors on élirait en commun un roi qui devait nécessairement être un indigène. Comme Christian descendait de Haquin, roi de Norvège, mort en 1319, la couronne lui fut déférée par droit héréditaire.

C'était déjà heaucoup que d'avoir obtenu deux des trônes du Nord en si peu de temps; mais Christian ne perdait pas de vue le troisième, occupé par un rival actif et belliqueux. Déjà Christian avait envoyé des troupes pour chasser de Gotiand Éric, le roi détrôné. Les Suédois, arrivés les premiers, prirent Visby : la forteresse de Visborg ne pouvait éviter un sort pareil. Éric, qui craignait surtout de tomber entre les mains de Charles, son ennemi personnel, obtint des généraux suédois une suspension d'armes, durant laquelle il devait proposer divers arrangements propres à satisfaire les Suédois; un des généraux alla porter ces propositions à Charles. Éric profita du temps pour se ravitailler et pour ouvrir des négociations avec Christian ; il en reçut des promesses positives de secours* Lorsque l'armée danoise se présenta, Éric remit le rhâteau de Visborg à Olaùs Axelson Tott, qui la commandait, et qui le conduisit à Bornholm avec ses trésors et Cécile sa maîtresse. Éric passa ensuite à Rùgenwaldeen Poméranie, où il vécut encore neuf ans dans une obscurité dont il n'aurait jamais du sortir. Il y mourut en 1459, et en lui s'éteignit la postérité de Valdemar III. On l'a regardé, mais à tort, comme l'auteur d'une chronique de Danemark, écrite en latin, qui commence au roi Dan et finit a l'année 1288; on voit clairement, en lisant cet ouvrage, qu'il est d'un moine danois du treizième siècle.

f ERS.

Les Danois étaient à peine en possession de Visborg, que les Suédois, maîtres de l'île, les y investirent. Instruit du danger que courait la garnison, Christian expédia de nouveau Tott en Gotland, et le suivit bientôt avec une flotte de cent cinquante voiles.

Magnus Green, le général suédois, se voyant à son tour en danger, proposa une trêve, pendant laquelle des arbitres examineraient auquel des deux pays l'île devait appartenir. Tott accepta cette offre; mais de nouvelles hostilités éclatèrent. Enfin, une seconde suspension d'armes fut conclue pour les trois royaumes : elle devait durer jusqu'au 11 novembre de Tannée 1451; les Suédois s'engagèrent à évacuer l'île; un congrès, composé de douze sénateurs de chaque pays , devait se tenir à Hahnstad et décider à qui elle appartiendrait.

Charles, contrarié de ce côté, passa en Norvège avec cinq cents cavaliers; ses partisans l'y rejoignirent, et, comme si le trône eût été vacant, l'élurent roi; l'assemblée déclarant que c'était l'acte qui lui semblait le plus utile au pays. Peu de temps après, Charles fut couronné à Drontheim par l'archevêque, et signa une capitulation semblable à celle de Christian. Ensuite les états écrivirent à ce dernier pour lui signifier qu'ils avaient résolu de le déposer, parce que son élection était illégale, qu'ils étaient attachés à la Suède par affection et par intérêt, et qu'ils ne voulaient prendre aucune part à la guerre qu'il avait l'intention de faire a ce pays. Cette lettre curieuse prouve que les Norvégiens , naturellement belliqueux et auparavant si redoutables, maintenant affaiblis par leurs désunions, par le défaut de commerce, par la grande et épouvantable contagion du siècle précédent, se sentaient hors d'état de lutter, avec quelque espoir de succès, contre leurs voisins ; il était donc tout simple qu'ils penchassent pour les Suédois.

Le congrès, convoqué à Hahnstad, s'ouvrit le l* r mai 1450; ses décisions, prises sous l'influence de l'archevêque d'Upsal, ennemi de Charles, furent

favorables à Christian; elles annulèrent la dernière élection faite en Norvège : chacun des deux rois fut maintenu sur le trône; celui qui survivrait à l'autre lui succéderait, du moins si la diète d'élection ne le désapprouvait pas ; l'union de Calmar et le pacte de 1436 furent confirmés; enfin, on décréta qu'il y aurait à l'avenir paix et union constante entre les deux rois, et que, si la Norvège voulait entrer dans cette alliance, elle y serait admise; de plus, les députés suédois promirent, au nom de leur roi , que les droits et les prétentions qu'il pouvait avoir eus sur la Norvège seraient remis et cédés à l'amiable par lui a Christian, en sorte que dès ce jour il ne mettrait aucun obstacle aux desseins de ce prince sur ce royaume; ils s'engagèrent de plus à remettre à Christian un acte formel de cette renonciation à la couronne de Norvège, et cela dans l'espace de moins de trois mois, faute de quoi ils se soumettraient à venir se constituer prisonniers de Christian à Helsingborg, et à ne sortir de ce lieu que du consentement de ce monarque. Quant à l'île de Gotland , son sort devait être réglé dans une assemblée indiquée à Rônneby en Blékingie pour la Saint-Jean de l'année suivante.

Charles, irrité et indigné, ne se méprit pas sur la main qui avait travaillé contre lui, et, dans sa colère, il eut recours, pour parer le coup, à un moyen qui nous semble extraordinaire, mais qui était conforme aux idées du temps. Il se plaignit au pape de la conduite des évéques suédois, le sollicita de prononcer sur cette affaire et promit de se conformer à sa décision.

Nicolas V nomma des chanoines de Halmstad pour en informer. Christian, qui avait une trop haute idée de l'importance d'un tel différend pour le soumettre aux enquêtes de tels commissaires, refusa de reconnaître leurs pouvoirs. Alors le pape envoya un légat. La sentence qui devait résulter de la procédure ne pouvait être rendue qu'après un long délai , ce qui ne convenait pas à Christian que les circonstances favorisaient. Autorisé par le

traité de Halmstad et secondé par de nombreux partisans secrets, en Suède et en Norvège, il passa dans ce dernier royaume, lit annuler l'élection de Charles, et, le 29 juillet 1450, fut couronné à Drontheim; ensuite, les sénats de Norvège et de Danemark renouvelèrent à Bergen l'union des deux royaumes.

Les états de Suède, assemblés à Arboga et dirigés par les mêmes sentiments que les députés au congrès de Halmstad , déclarèrent qu'ils se conformaient au traité conclu dans cette ville; il en fut dressé acte, en présence même de Charles, qui fut ainsi obligé d'envoyer à Christian sa renonciation à la couronne de Norvège. Toutefois, cette démarche n'établit pas entre les deux rois la bonne intelligence dont leurs députés s'étaient flattés. L'un et l'autre espéraient des avantages de la guerre; elle fut résolue dans le sénat de Danemark; cependant, avant de la commencer, on voulut attendre le résultat des conférences de Rônneby. Elles eurent lieu le 24 juin 1453. On se sépara sans avoir rien conclu, el le voisinage des deux rois manqua plus d'une fois d'occasionner des hostilités. La maladresse du légat affermit Christian dans sa résolution ; et les circonstances lui promettaient le succès, car Charles, incapable de plier sa fierté à ce qu'elles exigeaient, avait, par de nouvelles imprudences, aigri les esprits des grands de la Suède. On l'a accusé d'avoir été ingrat envers ceux qui lui avaient rendu des services, et d'avoir réuni à la couronne les châteaux et les domaines que ses partisans avaient espéré de recevoir; d'avoir été avide d'argent et d'avoir toléré les exactions commises par les receveurs des impôts. Peutêtre ces plaintes n'avaient d'autre fondement que les efforts de Charles pour détruire la faction oligarchique qui travaillait à anéantir l'autorité royale, en transférant au sénat le droit de disposer des fiefs vacants. Il s'était réconcilié avec l'archevêque d'Upsal.

Comme il lui sembla que ce prélat et d'autres évéques avaient mal arrangé ses intérêts au congrès de Halmstad,

il ordonna aux tribunaux, vers la fin de 1453, d'informer sur la nature des possessions du clergé; par là il augmenta le nombre des partisans de Christian, parmi lesquels on compte Magnus Green, qui avait commandé en Gotland.

La guerre recommença. Tott partit de cette île par l'ordre du roi, et ravagea les côtes de Suède. Charles, profitant de l'hiver qui empêchait de porter des secours en Scanie, la dévasta, mais ne put réussir à s'emparer de Lund, défendu par son archevêque. S^s tentatives sur la Blékingie et le Halland ne furent pas plus heureuses. Au printemps, Christian, revenu du Brandebourg où les princes allemands lui promirent des secours contre son ennemi, reprit la Scanie, et s'empara de la Vestrogothie; sa flotte, commandée par Tott et Grèn. fit une descente près de Stockholm et força Charles d'aceourir au secours de sa capitale.

Les Danois, obligés de se retirer, pillèrent les côtes et brillèrent Vestervik.

D'un autre côté, la défaite de l'avantgarde de leur armée dans la forêt de Holaveden, et les maladies, les contraignirent d'évacuer la Vestrogothie. Une tentative d'un général suédois pour pénétrer en Norvège échoua. ïl fut ensuite question de rapprochement; on conclut plusieurs fois des trêves qui furent prolongées : jamais on ne put en venir a un traité de paix.

Christian profita de cette espèce de calme pour obtenir du sénat de Danemark un décret qui l'autorisait à réunir aux domaines de la couronne toutes les terres dont il pourrait prouver que les engagistes avaient tire un revenu plus grand que la somme pour laquelle elles leur avaient été concédées. L'exécution de ce déen t lit beaucoup de mécontents. Parmi eux figurèrent les frères de Tott, ils passèrent en Suède où ils faisaient courir des bruits calomnieux sur le compte du roi; ils tâchèrent d'entraîner tous les Suédois dans leur parti.

Ciirist an se contenta d'abord de combattre ces imputations par des apologies de sa conduite, et attendit

une occasion favorable pour joindre des démonstrations efficaces h ces préliminaires : elle se présenta bientôt.

Pendant que Charles était occupé de négociations infructueuses avec les mécontents , et de combats aussi peu décisifs , le clergé de Suède et Christian avaient travaillé avec succès à faire déclarer le pape contre lui. Le douaire que les états de Suède avaient promis à la reine Dorothée, à l'époque de son mariage avec Christophe III, et que Charles avait saisi , leur servit de prétexte. Il faut observer à ce sujet que, dans ces ttmps-là, les veuves conservaient leur douaire toute leur vie, quoique remariées; les exemples en sont fréquents dans l'histoire du Nord.

Au moment où Charles s'y attendait peut-être le moins, une bulle fulminée par Calixte III lui enjoignit, sous peine d'excommunication, de restituer le douaire réclamé, qui comprenait les provinces de Néricie et de Vermeland. I^a publication de cette bulle fut un véritable coup de foudre pour te parti de Charles. La perte qu'il fit en même temps de Thord Bonde, excellent général, lui fut encore plus sen-.

sible. Ce brave homme fut assassiné lâchement par un des officiers de sa maison, qui, sans doute, crut avoir rendu parce crime un service immense aux Danois ou au clergé de Suède.

Christian (it répandre la bulle du pape dans toute la Suède, puis en 14.56 il y entra avec une armée , prit ElftboVg, place importante qui assurait ses communications avec la Norvège, et Borkholm dans l'île d'OEIand. Un autre corps danois fit une descente en Finlande, où il brilla Viborg. L'archevêque d'Upsal , attentif aux progrès fie son allié secret, commença aussitôt à garder moins de ménagements avec Charles : il lui demanda un dédommagement pour des navires qu'il prétendait avoir perdus l'été précédent au service de I État , et surtout pour les biens dont on l'avait dépouillé. Charles essaya vainement d'éluder cette réclamation ; le sénat, au jugement duquel il remit l'affaire, décida qu'il devait

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