DANE
satisfaire le prélat. Bientôt une rupture ouverte éclata entre eux. Pendant que Charles tente de reprendre OKland , l'archevêque fait mettre en prison quelques-uns de ses officiers, et atïieher aux portes de la cathédrale d'Upsal un manifeste, par lequel il dé»
clare qu'il renonce au serment de fidélité qu'il avait prêté à Charles, et à l'obéissance qu'il lui avait jurée, parce qu'il avait violé la liberté de ses sujets , tant ecclésiastiques que séculiers, était tombé dans l'hérésie, n'accordait les emplois qu'à des hommes corrompus et dangereux, engageait le royaume dans des guerres perpétuelles et l'accablait d'impôts, enfin ravis»
sait le bien d'autrui avec une avidité insatiable, et méprisait quiconque lui donnait de bons conseils.
Ensuite le prélat entre dans l'église où le chapitre est assemblé, dépose sa soutane sur l'autel, sa crosse et sa mitre devant la châsse de saint Éric, se revêt d'une cuirasse et s'arme d'une epée, qu'il jure de ne quitter que lorsqu'il aura délivré le royaume; puis dans cet équipage guerrier, se met à la' tète de ses vassaux , court avec eux piller les domaines de Charles et s'assurer avec sa troupe de la soumission des Daléearliens,
Instruit de cette révolte, Charles revient sur ses pas avec un corps de cavalerie , et , au lieu de poursuivre vivement l'audacieux archevêque, il s'arrête à Stregnas , y est surpris par ses ennemis; son armée se débande, et lui-même blessé ne peut qu'avec peine s'enfuir à Stockholm. Il y assembla les bourgeois, dans la fidélité desquels , suivant les expressions de Daim , historien suédois , il plaçait son espérance ; mais quoiqu'ils lui eussent fait les plus belles promesses, et lui eussent juré sur des reliques qu'ils ne l'abandonneraient jamais, il ne put jamais les engager à prendre sa défense quand l'archevêque eut investi la ville.
Il eut même des motifs de penser
au'il n'était pas en sûreté au milieu 'eux : alors il voulut négocier avec son ennemi. Celui-ci répondit que son devoir envers Christian ne lui permet-
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tait pas de rien conclure sans avoir pris l'avis d'Axelson et Grèn, généraux danois qu'il attendait à toute heure, Charles comprit le sens de cette réponse; il fit embarquer secrètement , pendant la nuit, tout ce qu'il possédait en argent comptant et en choses précieusps, et le lendemain, c'était au mois de février 1457, partit avec un vent favorable pour Dantzig, où il arriva dans trois jours. Il expédia aussitôt à toutes les cours étrangères un manifeste, dans lequel il justifiait sar conduite, et s'offrait.de prendre le roi de Pologne, conjointement avec quelques sénateurs de Suède, pour jugtr entre lui et ses antagonistes (*)•
A peine les bourgeois de Stochholm furent informés du départ de Charles, qu'ils ouvrirent les portes de leur ville à l'archevêque d'Upsai et à son armée. X^a citadelle étroitement serne ne capitula qu'un mois après. Charles y avait laissé ses deux filles encore très-jeunes. 1 n hevéque les fit mener, dans cette saison rigoureuse, sur un navire qui les conduisit aux côtes de la Prusse, pour y chercher leur père. Bientôt le sénat convoqué approuva tout ce que le prélat avait fait, lui garant^ le payement de toutes les sommes qu'il avait dépensées pour le jîien du rovaume, enfin, le remercia du zèle qu'il avait déployé pour délivrer la patrie de l'esclavage ou Charles l'avait réduite.
L'archevêque n'osa pas an noncer tout de suite aux Suédois, haïssant singulièrement la domination danoise, qu'il travaillait pour Christian } il se concerta secrètement avec plusieurs grands personnages revenus de l'exil , et envoya des émissaires en Danemark. Cependant il gouvernait arbitrairement sous le titre de prince et d'administrateur de la Suéde ; il s'empara de toutes les places fortes, à l'exception de Calmar; et afin d'en imposer aux gens simples il fit élire Érik Axelson administrateur j il ne tarda pas à le charger du gouvernement de la Finlande.
(*)Dalin, Svea Rihes llhtoria , l. Il, p. 73o.
L'UNIVERS
Guidé par cet homme artificieux , Christian employa les moyens qui pouvaient agir le plus efficacement sur l'esprit des peuples. Il répandit dans le royaume deux déclarations qui se suivirent de près : il promettait de confirmer tous leurs privilèges s'ils voulaient l'élire; de fortifier les anciens liens entre les deux pays ; d'assurer aux habitants de chacun la jouissance des biens qu'ils possédaient dans l'autre; de restituer l'île d'OEIand, avec le château de Borgholm et celui d'Elfsborg en Vestrogothie.
En même temps il s'avança avec une flotte considérable jusque dans l'archipel rocailleux qui entoure Stockholm, et fit courir le bruit que Charles avait rassemblé en Prusse une grosse armée pour le détriment de la Suède. Il écrivit aux états que, bien loin de vouloir les obliger à reconnaître sa souveraineté, il n'était venu que pour défendre la Suède contre Charles et le roi de Pologne. Il manda aussi à ce dernier de ne pas soutenir Charles , le menaçant, dans le cas contraire, de le traiter en ennemi , ainsi que la ville de Dantzig ; et effectivement on arrêta dans le Sund , par ses ordres ,
. quelques navires de cette ville.
\ L'archevêque d'Upsal et ses partisans, préparés à élever Christian sur le trône, entrèrent ouvertement en négociation avec lui, et dressèrent une capitulation qu'il se hâta de signer : il promettait et jurait de maintenir les privilèges des états et toutes les conventions précédentes, à l'exception de celle de Halmstad qui était annulée; de ne pas s'emparer pour la couronne des biens allodiaux ; de ne pas diminuer les propriétés de la couronne ; de n'établir aucun impôt que d'après les lois; de restituer Gotland à la Suède; que toutefois cette affaire ainsi arrêtée, celle du péage de Bohus serait différée jusqu'après le couronnement.
Cet acte ayant été scellé par le roi , les clefs de la citadelle de Stockholm lui furent aussitôt remises. Le 24 juin , Christian fut élu roi de Suède dans la plaine et près des pierres de Mora, suivant l'antique usage; le 29,
il fut couronné dans l'église cathédrale d'Upsal. Les fêtes données à cette occasion furent magnifiques : des tournois magnifiques fournirent au nouveau roi l'occasion de faire briller son adresse et sa bonne mine; il fut couvert d'applaudissements.
Il prit ensuite toutes les mesures nécessaires pour exclure à jamais Charles du trône, et rendre l'union des trois royaumes perpétuelle. Il instruisit de son succès les monarques étrangers ses alliés ; il flatta le pape de l'espoir qu'il fournirait aux rois de Pologne et de Hongrie des secours contre' les Turcs; confirma bientôt à trois reprises différentes, dans un court espace de temps , les privilèges et les immunités du clergé, fit des libéralités à plusieurs églises, exempta l'archevêque et ses héritiers de toute réclamation pour emploi de l'argent de l'État dans la.guerre qui venait de finir, lui permit de construire et d'employer à sa volonté le château de Stâké, comme une propriété ecclésiastique.
Calixte III déclara par une bulle que le roi fugitif avait été un tyran, et que le primat de Suède n'avait fait que remplir son devoir en recourant à la force contre cet ennemi du clergé; une procédure juridique fut même instruite contre Charles. Un procureur fiscal se présenta devant le sénat de Suède, au nom de la reine Dorothée, et demanda la restitution du douaire de cette princesse. Charles fut donc cité à comparaître à Stockholm , à la Pentecôte de l'année suivante, pour avoir violé l'union de Calmar, s'être approprié le douaire de la reine Dorothée, avoir envahi la Norvège, opprimé le clergé, dépouillé l'Église, violenté plusieurs chapitres au sujet de l'élection des évéques, emporté avec soi les joyaux et autres effets précieux de la couronne.
Cette citation fut signifiée aux hôtels de ville de Stockholm , Lubeck , Wismar, Rostock, Stralsund, Colberg, Dantzig et Kônigsberg. On pense bien que Charles ne reconnut pas la compétence d'un pareil tribunal ; mais, malgré ses protestations, le sénat de
Suède rendit, au jour fixé de l'année 1458, une sentence qui le condamnait à perdre tous ses biens , de quelque nature qu'ils fussent, et les adjugeait à Christian et à la couronne de Suède. Toutefois la voix de l'équité se fit entendre dans lesénat, car on excepta de la confiscation les biens que les Allés de Charles avaient à réclamer pour le douaire de leur mère, et ceux qu'il avait acquis avant d'être élevé à la royauté.
Christian , après l'augmentation du domaine royal que lui avait procurée la sentence du sénat de Suède , s'occupa, comme il avait précédemment fait en Danemark , de se remettre en possession des biens engagés , dans des temps critiques, pour des sommes modiques. Les documents historiques prouvent que les évéques et plusieurs grands personnages apposèrent leurs sceaux aux décisions prises dans ces occasions. On peut donc induire de cette circonstance que Christian n'avait rien fait que de l'aveu du sénat , puisque sa conduite n'excita aucune de ces plaintes amères qui s'élevaient de toutes parts lorsqu'un monarque étranger y donnait le moindre sujet, et que, au contraire, il reçut des témoignages de la satisfaction des Suédois.
Lorsqu'il parcourut le royaume, en faisant ce que l'on appelait la tournée de saint Éric, le sénat de Norvège vint nu-devant de lui à Skara, et reconnut le prince Jean, son fils, pour son successeur au trône. L'archevêque d'Upsal et d'autres grands du royaume de Suède , qui se trouvaient alors dans cette v ille, firent la même démarche, et en instruisirent le sénat par une dépêche. L'acte qu'ils venaient de souscrire fut ratifié, et il fut délibéré que l'on allait travailler efficacement a cimenter et perpétuer l'alliance nouvellement rétablie entre les trois royaumes du Nord, afin de prévenir 'des troubles semblables à ceux que Charles avait suscités.
Instruit des succès de son ennemi, Charles ne négligeait aucun moyen de le renverser à son tour du trône où il semblait si bien assis. Il s'assura de
l'appui des villes hanséatiques, notamment de Dantzig, et de celui des chevaliers teutoniques de Prusse; il s'adressa, mais avec peu de fruit, au roi d'Angleterre, qui avait assez à faire chez lui au milieu des dissensions civiles ; le duc de Bourgogne , l'égal des rois les plus puissants, ne lui prêta pas non plus une oreille secourable. Casimir IV, roi de Pologne, fut le seul qui prit une part sincère à ses disgrâces.
Christian , retourné en Danemark , n'y manqua pas d'occupation : la mort d'Adolphe, son oncle maternel , duc de Slesvig et comte de Holstein, arrivée en 1459, laissait une succession composée de deux Etats d'une nature très-différente. Le Slesvig était un fief du Danemark; Adolphe en avait fait hommage au roi son neveu, et comme dans ce royaume la succession des femmes était usitée, on pouvait supposer que celle des fiefs l'était aussi.
Quant au Holstein, rien n'indiquait qu'il fût un fief féminin; aussi le comte de Schauenbourg-Pinneberg en réclama-t-il la succession, et ses prétentions paraissent fondées , d'après les principes que l'on suit actuellement; mais cette branche avait toujours été regardée comme étrangère à la maison dont la ligne masculine s'était éteinte dans la personne de Gérard. A l'époque où nous nous trouvons, les idées sur l'hérédité des fiefs n'étaient pas aussi claires que de nos jours , et on opposait à la ligne de Schauenbourg, que le partage qu'elle avait fait anciennement avec les autres lignes n'avait pas été un de ceux par lesquels la succession réciproque est réservée aux partageants. D'un autre côté, en admettant que le duché et le comté tussent des fiefs féminins, les deux frères de Christian demandaient d'y prendre part, puisque rien n'établissait l'indivisibilité de ces deux fiefs.
Christian n'avait pas manqué de chercher à se faire des partisans parmi les états des deux pays, auxquels il avait été d'ailleurs puissamment" recommandé par son oncle; il ne l'était pas moins par la crainte que pouvait
L'UNIVERS
leur causer le ressentiment qui résulterait chez lui d'un refus de leur part.
Ces états, agissant de concert, se déclarèrent pour Christian , dans une assemblée solennelle tenue à Rihé au mois de mars 1460. Ce prince avait
f>romis préalablement de s'arranger à 'amiable, tant avec ses frères qu'avec les comtes de Schauenbourg , et de confirmer les privilèges des deux pays ; il fut proclamé duc de Slesvig et comte de Holstein ; ensuite il conclut une convention avec le comte de Schauenbourg, qui lui céda ses droits et reçut une somme de 43,000 florins du RÏiin et l'assurance de in possession paisible de trois bailliages dans le Holstein.
L'Empereur donna son agrément à cette transaction, et Christian reçut l'investiture des mains de Pévéque de Lubeck , parce que Sigismond avait accordé en 1434,- à l'église cathédrale de cette ville, le privilège de la conférer en son nom. Dans cette occasion, le roi confirma les immunités de la ville de Lubeck. Au commencement de 1461, il alla recevoir l'hommage de la ville de Hambourg : il y fit son entrée , suivi de l'évéque de Lubeck et de plusieurs membres de la noblesse du Holstein. Ses frères avaient renoncé à tous leurs droits pour une somme de 40,000 florins.
Ainsi Christian acquit, sans recourir aux armes et sans troubler le repos de ses peuples et de ses voisins , deux provinces importantes qui avaient été pour ses prédécesseurs une source continuelle d'embarras et d'événements fâcheux.
Vers le même temps arriva en Danemark Marin de Fregeno , légat du pape. Sa mission était, disait-on , de régler le différend relatif au douaire de la reine Dorothée ; mais il est plus probable qu'il venait dans les pays du Nord pour la vente des indulgences.
Celle qu'il fit dut être considérable , car, lorsqu'il passa par Copenhague, il n'obtint de Christian la permission de s'avancer plus loin vers le nord qu'en lui comptant 8,000 marcs d'argent et lui promettant une forte portion de sa récolte future. On raconte qu'il es-
saya de s'esquiver à la sourdine, et qu'il fut arrêté à Lubeck.
Les commencements du règne de Christian en Suèdeavaientété heureux :
son gouvernement n'était pas désagréable aux Suédois. Des imprudences atténuèrent ces bons-sentiments. Voici les griefs. Il avait enlevé aux dominicains de Stockholm un dépôt d'argenterie et d'argent monnoyé, remis à ces religieux par Charles au moment de sa fuite; il avait publié à Copenhague des ordonnances et des règlements très-sages et très-utiles à la Suède : il aurait dû les faire rédiger et promulguer à Stockholm ; divers seigneurs et autres personnages distingués de Suède, innocents du crime dont les accusait un scélérat aposté par l'archevêque d'Upsal , avaient été appliqués à la question ; enfin, et c'était le fait le plus grave aux yeux de la multitude, il avait établi île nouveaux impôts. La faute réelle de Christian avait été d'accorder trop de confiance au prélat.
En 1463 il partit pour la Finlande, afin de faire la guerre soit aux Russes, soit aux indigènes encore attachés à Charles. Avant de s'embarquer, il remit entre les mains du primat l'administration du royaumede Suède, et le chargea du recouvrement des contributions. A son retour, au lieu des sommes sur lesquelles il avait compté, il apprit que pendant son absence la levée d'un nouvel impôt avait occasionné parmi les paysans de l'Upland un soulèvement que le prélat n'avait pu apaiser, à ce qu'il disait, qu'en leur en promettant l'abolition. Cette faiblesse très-coupable indigna Christian : il adressa à l'archevêque des reproches , peut- être fondés, l'accusa de trahison, lui ôta la forteresse de Stake , et le fit arrêter. Aussitôt ses ennemis , auxquels la crainte avait imposé silence jusqu'à ce moment, se déchaînèrent contre lui. Des placards afGchés dans les rues et jusque dans les églises de Stockholm, i'accusaient d'être un traître et un perfide, et de travailler àfaire tomber Christian dans les mêmes pièges qui .avaient causé la ruine de son pré-
déresseur. Mais les paysans de l'Upland, excités par le clergé, se révoltèrentetmarchèrentcommedes furieux sur Stockholm, qu'ils furent sur le point de surprendre. Le roi employa contre eux la ruse , obtint un armistice, en profita pour effectuer des opérations qui forcèrent les factieux de lever le siège, après la mort d'un grand nombre des leurs.
Christian venait de perdre la Suède par la môme faute qui l'avait arrachée a Charles : il avait offensé le clergé. Il crut faire tout rentrer dans l'ordre pn convoquant une diète; ensuite il écri- Tit au pope Pie II une lettre pleine de soumission , pour justifier la détention du primat de Suède. Le souverain pontife, instruit déjà de ce qui s'était passé dans ce royaume, avait mandé aux archevêques de Magdebourg et de Riga, et à Pévêque de Stregnàs, d'excommunier le roi ; le service divin avait même cessé dans divers lieux ; Christian avait commandé qu'on le continuât : ce fut un nouveau sujet de discorde. Les ecclésiastiques dociles à ses ordres n'échappèrent qu'avec peine aux reproches des autres.
Cependant la diète s'assembla au mois de septembre, dans la capitale.
Le primat y comparut et se défendit assez bien , surtout au gré des membres du clergé; mais if ne recouvra pas la liberté et le roi résolut de l'emmener en Danemark. Alors le clergé exaspéré menaça de lancer la bulle d'excommunication. Rettil Carison Vasa, évéque de Linkôp : ng , et cousu du captif, offrit inutilement de remettre au roi vingt-quatre cautions pour la personne du primat ; Christian s'embarqua pour Copenhague avec son prisonnier.
Aussitôt Rettil prit Tépée, souleva le peuple dans l'O^trogothieJa Ncricie et ia Sudermanie ; partout où il passait, il déliait les Suédois, an nom de la patrie, du serinent d'obéissance juré au roi. Les griefs qu'il alléguait contre ce prince étaient ceux qui ont été énoncés précédemment, et il y joignait le refus de rendre l'île de Gotland. Bientôt il reprit le fort de Stàke , oté à
l'archevêque, et le donna aux frères de ce prélat; s'empara du château de Vesteros et d'autres places, et mit le siège devant Stockholm. Du reste il agissait en roi et supprimait une partie des impôts ; enfin, pour entraîner les Suédois dans sa révolte, ou, suivant son langage, leur faire secouer un joug odieux, il semait sur le compte du roi les bruits les plus injurieux et les plus absurdes : il prétendait que ce prince exigerait du chaque paysan une contribution énorme. On sait que de pareils propos exercent toujours, en tout pays, une influence incroyable sur la multitude.
Christian secontenta d'abord de combattre ces imputations par des manifestes, puis quand il vit que ses forces de terre et de mer étaient suffisantes pour agir, il fit voile , débarqua des troupes sur la côte deSmoland, marcha droit à Stockholm, défit Kettil, reprit Slaké et d'autres places, manda au clergé de faire rentrer les révoltés dans le devoir par son exemple et ses exhortations , et poursuivit à marches forcées le prélat. Celui-ci, qui s'était retiré en Dalécarlie, ou il avait renforcé son armée , venait au-devant du roi ; les deux armées se rencontrèrent à Haraker en Vestmanie. Christian fut battu et obligé de se renfermer dans Stockholm ; assiégé , pressé par l'approche de la mauvaise saison . il laisse une forte garnison dans la citadelle, et retourne par mer en Danemark.
Charles est rappelé, il revient avec des troupes allemandes. Le 13 septembre 1464, Stockholm lui ouvre ses portes; quinze jours après, la garnison danoise, qui manquait de vivres, promet de capituler, si, dans une semaine, elle ne reçoit pas de seeours.
Christian, prenant conseil de la nécessité, se réconcilia avec l'archevêque, qui, fidèle à sa vieille hoine contre Charles , ne fut pas plutôt revenu en Suède qu'il souleva le pays contre lui, et l'accusa d'être l'auteur des malheurs publics. Charles abandonné se retira dans Stockholm ; les Dalécarliens nui venaient à son secours ayant été défaits ou eugagés à la neutralité , il ca-
L'UNIVERS
pitula ; l'archevêque exigea qu'il fît publiquement amende honorable de ses crimes prétendus et déliât la nation du serment de fidélité qu'elle lui avait prêté. Charles fut donc privé une seconde fois de la couronne, toutefois en conservant pendant sa vie le titre de roi et le domaine, de Raseborg avec une partie de la Finlande.
Le prélat, maître de la citadelle de Stockholm, ne se hâta pas de rétablir Christian, agit en souverain et chargea Kettil de la direction des affaires, l a noblesse, choquée de la conduite despotique du clergé, murmurait hautement. Nicolas Sturé, qui s'était exprimé plus hardiment que les autres, fut obligé (le fuir en Finlande auprès d'Éric Tott, gouverneur de Viborg.
Dans une diète tenue à Vndsténa , en
1466, la noblesse parla d'élire Éric administrateur du royaume, de le nommer commandant de la citadelle de Stockholm, et de réduire l'archevêque à sa forteresse de Stâtoé. Alarmé de ces démonstrations, le prélat se tourna de nouveau du côté de Christian. Au mois de février 1466, des ambassadeurs danois vinrent à Tônkôping, et conclurent avec les Suédois un traité qui rétablissait la paix entre les trois royaumes. Tout ce qui concernait l'union fut renvoyé à une diète générale qui devait se tenir à Halmstad le 29 juillet. Elle n'eut pas lieu; l'évéque Kettil mourut ; l'archevêque le remplaça comme administrateur du royaume* mais la citadelle de Stockholm lui fut ôtée et donnée à Éric Tott, qui lui fut également substitué dans sa dignité et qui , pour se venger de lui , souleva les Dalecarliens, et, avec leur aide, envahit et pilla les biens du prélat et ceux de ses adhérents.
La guerre civile se renouvela; l'archevêque alla chercher du secours en Danemark et assiégea la capitale de la Suède : elle fut débloquée par le frère d'Éric; le prélat, battu dans plusieurs combats, chercha une retraite dans l'île d'OEIand , où bientôt il mourut.
Charles, rappelé en Suède, Ut son entrée à Stockholm le 12 novembre
1467. Christian, pendant ce temps-là,
travaillait à terminer un ancien différend avec le roi d'Écosse, au sujet des îles Orcades et Shetland : elles appartenaient à la Norvège; l'Écosse devait depuis longtemps à ce royaume les arrérages d'une renie annuelle stipulée, en 126fi, entre les deux pays pour la cession des Hébrides au dernier. Ces arrérages furent l'objet de diverses négociations entre Christian et Jacques II, et causèrent tant d'animosités qu'ils se seraient fait la guerre sans l'intervention de Charles VII, roi de France, ami de tous les deux.
Dès l'année 1456, le 28 août, ce monarque avait conclu avec Christian le premier traité d'alliance entre les deux royaumes. Dans le commencement de son règne, Christian avait eu des démêlés très-vifs avec les Anglais ; bien qu'assoupies en 1450 par un traité, ces dissensions avaient laissé dans les esprits en Danemark des idées qui les portèrent à se rapprocher de la France. Dans le traité de 1456, les deux rois s'engagent à se donner mutuellement des secQiirs contre leurs ennemis communs. Charles, voyant que Jacques et Christian étaient sur le point de se 'brouiller, les convia d'envoyer des plénipotentiaires à un congrès qui se tint à Paris en 1457 et n'eut pas de résultat. Trois ans après , il eu indiqua un autre à Bourges. Il fut convenu que Christian mariera t sa fille M irrite à Jacques, fils du roi d'Écosse, à qui elle apporterait pour une portion de sa dot les prétentions relatives à la redevance annuelle. L'âge des contractants et d'autres difficultés suspendirent l'exécution de cet arrangement jusqu'en 1468 : alors le contrat de mariage devint un traité de paix entre les deux nations. La dot fut complétée avec une somme d'argent. Une partie devait être payée avant le départ de la princesse; le reste était hypothèque sur les Orcades et les Slietlnnd.
Les états de Norvège furent peu satisfaits de cette clause; en effet, la somme due n'a jamais été payée , et ces deux archipels ont depuis cette époque appartenu à l'Écosse.
Quelque temps auparavant, le Dane-
mark avait eu des démêlés avec l'Angleterre .L'exemple des villes hanséatiques avait excité les Anglais à participer au commerce lucratif qu'elles faisaient avec le Danemark, la Norvège et leurs dépendances. Les rois qui avaient exclu les étrangers du négoce avec le Finmark et l'Islande , furent très-mécontents de ce que les Anglais enfreignaient souvent cette prohibition. Des arrangements , conclus fréquemment pour mettre un terme à ces empiétements, étaient continuellement violés par de nouvelles entreprises des Anglais. Un traité plus formel , signé en 1465, leur interdit derechef le commerce avec le Finmark et l'Islande, sans une permission expresse du roi de Danemark comme roi de Norvège.
Le gouverneur de l'Islande ayant voulu, en 1467, empêcher des marchands anglais de contrevenir aux conditions du traité, ils le tuèrent, pillèrent des objets appartenant au roi, et enlevèrent la caisse contenant le produit des impôts.
A la nouvelle de ces violences , Christian fit arrêter quatre navires anglais dans le Sund. On prétendit à Londres que c'était à l'instigation des villes hanséatiques qu'il en avait agi ainsi, et on arrêta leurs vaisseaux qui se trouvaient dans le port. Justement irritées, ces villes voulaient faire la guerre aux Anglais et tâchaient d'y entraîner le Danemark. Christian , toujours modéré, ménagea leur réconciliation avec le roi d'Angleterre, et lui-même signa en 1473 avec ce prince une trêve de deux ans , qui fut prolongée à diverses reprises.
Les troubles de la Suède continuaient. Un nouveau chef de parti se présenta : c'était Éric Carlson Vasa , frère de Kettil ; il employa le nom de Christian , et fut appuyé par le nonce du pape. Des propositions de tenir des congrès à Calmar et à Halmstad n'eurent aucune suite ; les hostilités recommencèrent. Éric leva des troupes et déclara Charles déchu du trône; Charles tenta deux fois sans succès de s'emparer d'Axavali, forteresse importantede Vestrogothie. Christian vint
assez à temps pour la dégager. Charles, battu, s'enfuit à Vndsténa. Éric défit ses troupes près d'Arboga, souleva la Vestmanie en faveur de Christian, envahit l'Upland , répandit des manifestes contre Charles, dispersa le reste de ses troupes, et, en 1470, accrut sa propre armée jusqu'à 30,000 hommes. Ses antagonistes Sten Store et Nils Sturé appelèrent aux armes les Dalécarliens, et remportèrent près de Hedémora une victoire si complète, qu'il n'échappa qu'avec peine pour se réfugier en Danemark.
Éric réussit, en cachant à Christian le véritable état des choses , à lui persuader d'entrer en Suède avec une armée, quoique Ton fût au cœur de l'hiver. Christian eut d'ahord des succès en Vestrogothie et assiégea OErestén, forteresse voisine de Bonus ; ses généraux furent battus, lui-même ne fut pas plus heureux avec un corps qu'il commandait; et le défaut de vivres, joint à la rigueur de la saison, le força de retourner en Danemark.
Les* Sturé venaient de s'emparer de Calmar, lorsque Charles termina sa vie orageuse le 13 mai 1470. Sa mort ne mit pas fin aux agitations intestines de sa patrie. Charles avait nommé Sten Sturé administrateur du royaume ; mais Éric, arrivé devant Stockholm avec une flotte, et réuni à ses partisans, déclara qu'il n'y avait pas de vacance du trône, puisq/ie Christian régnait encore. Le parti de Sturé se renforça; une diète réunie à Arboga le confirma dans la dignité d'administrateur. Les adhérents de Christian tentèrent inutilement de parer ce coup en convoquant aussi une diète à Jônkôping. Sturé, revêtu de l'autorité , soutenu par l'opinion publique, appuvé de forces suffisantes , marcha sur Calmar et Stégéborg. Christian parut avec une flotte nombreuse sur les côtes de Suède voisines de Stockholm ; de longues conférences amenèrent une trêve qui devait durer depuis le 11 mai jusqu'au 1 er juillet 1471 , et qui fut prolongée jusqu'au 8 septembre :
toutefois le roi continua sa route jusqu'à Stockholm. Toutes ses démarches
L'UNIVERS
pour effectuer un accommodement échouèrent. Enfin il débarqua et marcha droit à Upsal , où il se fit rendre hommage. L'approche de Sturé lui fit connaître qu'il avait perdu un temps précieux : il revint dans son camp.
Sturé, qui avait réuni toutes ses forces et remporté divers avantages dans les provinces, attaqua Christian du côté du Brunkeberg, butte très-haute et aujourd'hui renfermée dans l'enceinte de Stockholm. Là se livra une bataille décisive : Christian blessé fut contraint de s'éloigner. La victoire avait favorisé les Suédois ; Sturé fut proclamé solennellement administrateur du royaume.
Christian, trop sage pour ne pas renoncer à l'espoir de conquérir la Suède | consentit à entamer des négociations. Le 2 juillet 1472 , des députés des deux nations réunis à Calmar signèrent une convention qui établissait une paix perpétuelle entre les trois royaumes. Douze sénateurs danois ou norvégiens et autant de suédois devaient s'assembler le 8 juillet 1473 ,
f)0ur décider à qui devaient appartenir es provinces, telles que la Scanie, la Blckingie, le Halland , l'île de Gotland , dont la possession était depuis longtemps litigieuse. La conférence n'eut pas de résultat : une autre fut indiquée pour 147 1 ; Christian devait se trouver en personne à Calmar; un grand voyage qu'il entreprit l'en empêcha.
( Pendant que les affaires de la Suède l'occupaient , d'autres avaient aussi attiré son attention. On a vu plus haut que pour satisfaire ses frères sur leur part a la succession de leur père, et encore plus de leur oncle, il avait
f)Hs avec eux des arrangements qui eur étaient avantageux. Ils n'en lurent que plus divisés entre eux, et se firent la guerre : la paix conclue en 14C3 donna le comté d'Oldenbourg à Gérard, et celui de Delmenhorst à Maurice, qui mourut l'année suivante laissant un fils mineur. La tutelle de l'enfant et l'administration du comté échurent à Gérard. Son caractère turbulent le porta aussitôt à profiter des
moyens qu'il avait à sa disposition pour réclamer le reste de la somme que Christian lui avait promise; les garants n'ayant pu acquitter la dette, il s'empara de quelques châteaux dans le Holstein. Christian, forcé par les circonstances, ne put que lui faire de nouvelles promesses : on convint de nouveaux termes et de nouvelles sûretés pour l'entier payement. Bientôt la nécessité contraignit le roi à recourir à un expédient très-onéreux :
ce fut.de donner à son frère l'Investiture , pour quatre ans, du duché de Slesvig et du comté de Holstein, et de lui en céder les revenus erï déduction de la somme qui lui était due. Gérard opprima les habitants. Christian, instruit de ces vexations, vint en Holstein, attira son frère à Ségéberg, et s'assura de sa personne; ayant ensuite trouvé des fonds suffisants il lui paya ce qu'il lui devait encore; puis il "le remit en liberté, en exigeant seulement de lui une promesse par écrit , de ne jamais rien entreprendre contre le roi, ses alliés et ses sujets, et dans le cas où de nouveaux différends éclateraient entre eux, de s'en remettre à la décision d'arbitres dont on conviendrait.
Gérard se soumettait, dans le cas où il enfreindrait ses engagements, à payer une somme de mille marcs d'or, dont une moitié reviendrait à l'Empereur, l'autre au roi ou à ses alliés. Il renouvela en même temps sa renonciation à la succession du Siesvig-Holstein.
A peine en liberté, Gérard recommença ses intrigues, et plus tard, en 1473, rentra à main armée dans le Slesvig. î.e roi accourut, et son approche seule dissipa tous les complots; leurs fauteurs furent punis sévèrement.
Gérard , ennemi jure du repos , mais qui ne pouvait satisfaire son humeur turbulente dans l'Empire où il était proscrit, alla chercher de nouvelles aventures au service de Charles le Téméraire, duc de Bourgogne; il porta ensuite les armes dans les guerres de l'Angleterre contre la France, entreprit un pèlerinage a Saint Jacques de Compostelle, et mourut en chemin.
Christian avait fait vœu, en 1454,
d'entreprendre le voyage de la terre
sainte. A cette époque, le pape, effrayé de la prise de Constantlnople par les Turcs, arrivée 16 29 mai 1453, avait écrit à tous les monarques de la chrétienté , pour les inviter à se liguer contre les infidèles , dont les succès menaçaient l'Europe. Mais ces exhortations n'avaient plus le pouvoir, comme aux siècles précédents, de mettre en mouvement des masses prodigieuses de guerriers; une triste expérience ayant appris que les croisades n'avaient produit nulle compensation réelle pour les multitudes d'hommes tombés victimes de leur zèle. Christian s'excusa auprès de l'empereur Frédéric Itl, par une lettre de 1454, datée de Rôskiid, de ne pouvoir faire partie de l'union qui devait être formée contre les Turcs , d'abord parce n'il n'avait pas reçu à temps la lettre ece monarque, ensuite parce que ses troupes lui étaient nécessaires pour la défense de son royaume. IL termine Sa dépêche en disant qu'il déplore la chute de l'empire grec et les victoires des musulmans , et que, suivant son opinion, les prières adressées a Dieu seront plus efficaces que I epée pour empêcher de nouveaux malheurs. On a beaucoup blâmé le ton calme de cette lettre; on a prétendu qu'il prouvait l'indifférence de Christian pour les malheurs des chrétiens. Ces reproches seraient fondés, si d'autres monarques de l'Europe chrétienne s'étaient montrés plus empressés que lui de marcher contre les Turcs.
Cependant, il paraît que Christian s'engagea par serment h visiter en personne les lieux saints de la Palestine; tous les hiS'oriens le disent. Les circonstances ne lui permettant pas d'accomplir sa promesse, il partit le 8
ianvier 1474 pour Rome, afin de s'en aire relever par le pape : il était accompagné d'un grand nombre de personnages de distinction , vêtus comme lui de l'habit du pèlerin. On comptait dans sa suite cent cinquante cavaliers, parmi lesquels figuraient trois prélats, trois docteurs et deux hérauts dermes.
Lé duc de Saxe-Lauenbourg , le comte
de Mùhlingen et de Barbv, le comte de H Ifenstein, qui faisaient partie de son cortège, menaient aussi avec eux une suite nombreuse : tous portaient un habit noir, sur lequel était brodé un b3ton de pèlerin.
L'empereur Frédéric ÎII , qui était alors à Rothenhuurg sur le Tauber, et au Service duquel Christian avnit passé ses plus jeunes années, f accueillit avec magnificence et cordialité. Le 18 février . Frédéric signa un acte par lequel Il réunit le comté de Holstejn et la Stormarie en un seul corps d'État, .en y joignant la Ditmarsie , dont les habitants excitaient par leurs brigandages continuels les plaintes de leurs voisins. Ces trois pavs furent érigés en un duché, fief de l'Empire; les ducs devaient toujours recevoir l'investiture, au nom de l'Empereur, des mains de l'évêque de Lubeek. Par un autre diplôme, antérieur de cinq jours, Frédéric avait accordé à Christian pour ses comtés le droit de rendre sentence en dernier ressort, et d'être exempt de tous les péages qui seraient établis par la suite en Allemagne.
Une réception brillante attendait également Christian à Inspruck chez Sigismond , archiduc d'Autrkhe ; à Milan, chez le duc Galéas Visconti ; enfin chez son beau-frère Louis de Gonzague,» marquis de Mantoue. Le pape Sixte IV ne se montra pas moins magnifique envers le successeur des anciens conquérants de Rome, nom que le peuple donnait au roi de Danemark.
Les particularités de son séjour dans cette ville ont été racontées par le cardinal de Pavie, qui en fut un témoin oculaire. Deux cardinaux étaient venus à sa rencontre jusqu'à Aquapendente ; presque toute la population de Rome sortit pour aller au-devant de Christian, dont elle avait entendu vanter les grandes qualités et la puissance. Les présents que Christian offrit au saint- père consistaient en productions de son pays et n'avaient rien d'éblouissant : c'étaient des harengs salés , des morues sèches , des peaux d'hermine. Sixte IV, charmé des pieux sentiments de ce monarque du sep-
L'UNIVERS
tentrion, le combla de dons superbes, le défraya pendant tout le temps qu'il passa dans ses États , le dispensa du voyage à Jérusalem , moyennant une aumône considérable à un hôpital de Rome, lui donna des reliques, lui accorda plusieurs bulles renfermant des privilèges pour des églises de Suède, et pour lui-même le droit de patronage de tous les bénéfices de Danemark et de Suède, rétablissement d'une université : enfin il confirma une association fondée par Christian en 1462, sous le titre de Confraternité de la sainte Trinité y de la passion de Jésus-Christ et de la Vierge Marie. Cette fondation , consacrée à la défense de la religion chrétienne, devint Porigine de l'ordre de l'Éléphant; les membres portaient au cou une chaîne d'or , à laquelle pendait une médaille représentant d'un côté un éléphant.
Le cardinal de Pavie nous apprend que le pape fut extrêmement surpris de ce qu'un roi aussi grand et aussi sage ne savait pas le latin; il était donc obligé d'avoir recours à un interprète pour converser avec le saintpère. Il partit de Rome le 27 avril pour retourner dans ses États.
Il alla d'abord à Florence, où il créa chevaliers deux personnages considérables de cette république , le 6 mai il était à Bologne , où deux personnes de sa suite reçurent le diplôme de docteurs. Des historiens ont observé que dans ce temps-là c'était un grand honneur : on peut dire qu'il en est encore de même de nos jours, car des rois, des ministres, enfin des guerriers, peut-être très-peu lettrés, ont été, eux présents, promus au gracie de docteurs d'une université célèbre.
Quand Christian approcha de Sienne, cette république lui envoya des députés : Augustin Dati , l'un d'eux , lui adressa un discours de félicitation en latin. Celte harangue se trouve dans une histoire manuscrite de ce prince.
Christian passa de nouveau parîUantoue et par Milan. Le 3 juin, il vit l'Empereur à Augsbourg : ii prit place à la diète parmi les princes , et par sa
médiation en réconcilia plusieurs avec le chef de l'Empire.
Henri, évêque de Munster et administrateur de l'archevêché de Brème, avait , dans l'absence du roi , assiégé le château d'Oldenbourg où son frère résidait, ce qui était une infraction à la convention arrêtée précédemment.
Christian s'en plaignit à l'Empereur et aux électeurs; Frédéric manda aussitôt à l'évêque de lever le siège : l'ordre fut exécuté aussitôt.
Il était à peine retourné en Danemark, que l'Empereur l'invita de venir à Cologne, pour servir d'arbitre entre l'archevêque et le chapitre, dont les démêlés étaient sur le point d'allumer la guerre entre l'Empire et Charles le Téméraire.
On peut juger par cette invitation que Christian jouissait d'une grande considération parmi les potentats de l'Europe. L'archevêque avait appelé a son aide Charles, qui ne demandait pas mieux que de guerroyer. 11 assembla bientôt une armée nombreuse j our assiéger la ville de Neuss qui appartenait au chapitre. L'Empereur prit Neuss sous la protection de l'Empire. Christian partit sur ces entrefaites avec cent vingt chevaux, trois ducs et plusieurs personnages considérables. Quand il approchait de Soest, il apprit qu'un corps de quelques centaines de cavaliers de Cologne et de Westphalie l'attendait sur le chemin pour le surprendre lui et son escorte : alors il changea de route, prit celle de Lippe, et, quoique poursuivi par les gens qui le guettaient, il arriva heureusement dans cette ville. Le danser qu'il venait de courir le força de s'arranger avec une troupe de cavaliers allemands qui le conduisirent à Hessen , et le remirent à d'autres sous la çarde desquels il gagna Dusseidorf, qui est situé sur le Rhin vjs-à-vis de Neuss. Il fit immédiatement annoncer son arrivée au duc de Bourgogne; mais huit jours se passèrent avant que ces deux princes eussent une conférence. Cependant le duc fit dresser en honneur du roi une tente superbe , et sortit de son camp avec une troupe de mille chevaux bien
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dressés; douze grands bateaux conduits par des rameurs traversèrent le Rhin, pour aller prendre le roi qui était à bord d'un navire appartenant au duc de Juliers et de Berg. Charles vint en personne au-devant du roi sur un très-beau bateau , et dans un équipage éblouissant de magnificence : sa masse d'armes , toute garnie de perles, était évaluée à 100,000 florins d'or; la couronne de son casque valait plus de 100,000 florins du Rhin.
Ce faste n'a rien qui puisse surprendre, puisque le duc de Bourgogne était un des plus opulents potentats du temps et régnait sur la Neerlande, où le commerce avait concentré une très-grande partie de la richesse de l'Europe.
Il était déjà tard lorsqu'il arriva, de sorte que tout entretien fut remis au lendemain. Alors il régala le roi dans sa tente, et après le repas commença la négociation pour rétablir la paix entre l'archevêque et le chapitre ; les conférences durèrent longtemps et n'aboutirent à rien : toutefois le roi réussit à faire convenir les deux adversaires d'une trêve. Ensuite il s'achemina vers Cologne , où il resta jusqu'à l'octave de la fête des Rois de l'année 1475. Il offrit à leur châsse de riches présents; puis il partit pour Andernach , où l'Empereur et plusieurs princes se réunirent avec lui. On traita de nouveau de la paix entre les parties en désaccord. Christian était sur la route de Cologne afin de faire, dans cette ville, un rapport sur ce qui avait été décidé, quand du haut d'une tour trois coups d'une pièce d'artillerie furent tirés sur lui. Le quatrième venait de partir ; tout à coup le feu prit à la tour et trente hommes y perdirent la vie. Christian échappa sain et sauf à ce danger , et Charles , outré de colère, fit pendre le commandant du château. Les historiens imputent aux partisans de l'archevêque toutes ces attaques criminelles contre le roi de Danemark. Ce monarque voyant que le prélat ne voulait consentir à aucun arrangement raisonnable , et le regardait comme son
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ennemi, prit le parti de regagner le Danemark. Des chroniqueurs ont prétendu qu'il conclut un traité d'alliance avec Charles, qui devait l'aider à se rendre maître des villes venèdes. Charles arma chevalier Gérard , frère de .
Christian et comte d'Oldenbourg : il voulait même le prendre à son service.
Le roi dissuada Gérard d'accepter cette proposition , en lui représentant que le duc était d'un caractère inquiet, turbulent et orgueilleux , qui ne pouvait que lui attirer une fin désastreuse.
Ce second voyage coûta 40,000 florins d'or à Christian. La dépense de celui de Rome ne s'était élevée qu'à 25,000, parce qu'il avait été défrayé presque partout où il avait passé.
De retour une seconde fois dans ses États, des députés de Suède vinrent le trouver à Rouneby en Blekingie. Ses promesses , ses assurances de maintenir, et même d'augmenter leurs privilèges , ne purent les décider à le reconnaître pour roi, ni à consentir à la convocation d'une diète des trois royaumes pour l'année 1477; son refus de restituer l'île de Gotland exaspérait les Suédois. XTne déclaration qu'il présenta le 24 juin de cette année au sénat de Danemark, et dans laquelle il rappela tous les sains qu'il s'était donnés pour rétablir l'union et la tranquillité dans le nord, et conclut par rejeter sur quelques hommes remuants et ambitieux l'inutilité de ses efforts , fut accueillie très-froidement en Suède.
Désormais livré entièrement à des occupations pacifiques, Christian, profitant de la permission que lui en avait donnée le pape, fonda l'université de Copenhague, et ordonna au prince Jean , son fils aîné , de confirmer cet établissement et de promettre de le prendre sous sa protection.
Christian mourut à Copenhague le 22 mai 1481 : il était âgé de cinquantecinq ans, et en avait régné près de trente-trois ; son corps fut inhumé à Rôskilde. Il laissa deux fils, Jean et Frédéric, qui tous deux furent rois, et une fille Marguerite, épouse de Jacques III , roi d'Ecosse.
18Ô L'UNIVERS
Il est la souche de laquelle sont issus du poing et de la coutume, reste de tous les rois de Danemark qui ont ré- la férocité des mœurs anciennes , et gné depuis 1448 jusqu'à nos jours; qui ne put être entièrement anéanti des empereurs de Russie depuis 1762; en Allemagne que vers la fin de ce des rois de Suède depuis 1 751 jusqu'en siècle. » 1809; et de toutes les branches de la Quelque temps avant que l'ordonmâison de Holstein. nanre de Christian fût publiée dans Les écrivains contemporains ont ses duchés, Henning Pogvisk , gentilloué les Vertus de Christian l* p ; les homme puissant du Holstein , exerçait modernes lui ont également rendu jus- la tyrannie la plus cruelle dans Tcintiee : il fut humain , clément, équi- dern, ville du Slesvig, que le roi lui table; quoique pieux, il soutint ses avait engagée pour unesommede 25.000 droits et ceux de la nation contre les marcs. Les historiens racontent que entreprises des papes et la tyrannie Pogvisk opprimait impitoyablement les des ecclésiastiques. Sa prudence dégé- habitants de Tôndern , et qu'il pousnéra quelquefois en dissimulation et sait l'inhumanité jusqu'à faire couper sa libéralité en prodigalité , de sorte le nez et les oreilles à ceux qui avaient que le défaut d'argent gêna souvent voulu lui opposer quelque résistance, ses opérations militaires. Eminemment Le roi punit ses méfaits par l'exil et pacifique , il cherchait toujours à con- par la confiscation de ses biens, peine ciller les différends. assurément trop douce pour des cri mes Il anéantit par des mesures vigou- si atroces. Cependant, la noblesse du reuses une association que la noblesse Holstein osa se prévaloir de l'associadu Holstein avait formée à son insu , tiondont il vient d'être question, pour et qui ne tendait à rien moins qu'à travailler à le faire réintégrer dans ses perpétuer l'anarchie des siècles prêcé- biens et ses prérogatives. Cette dédents. Chaque gentilhomme pouvait, marche insensée avait indigné Chrisd'après les statuts de cette union, re- tian, qui , en conséquence, résolut quérir l'assistance des autres nobles, d'anéantir une ligue attentatoire aux lorsqu'il croirait avoir reçu quelque droits de l'humanité et de la royauté, sujet de plainte, et s'arroge'ait ainsi le On aura peine à le croire; c'est a l'ocdroit de se soustraire à la juridiction casion de ce fait si honorable pour ce de son prince et des tribunaux ordi- prince, que des historiens modernes naires. Christian, instruit d'une tenta- l'Ont taxe de rigueur et d'injustiee ! tive si audacieuse qui offensait autant Une autre loi eut pour but d'établir son autorité qu'elle était contraire aux la sûreté des grands chemins qui étaient règles d'une bonne police , somma la fréquemment le théâtre de violences, noblesse de lui livrer l'acte de cette tristes restes de la férocité des mœurs association , ordonna que les sceaux anciennes. On trouve dans les lettres, en fussent arrachés , et qu'il fût la- les ordonnances, les règlements et les céré dans l'assemblée des états de la rescrits de Christian , une preuve province. de sa vigilance continuelle pour main- Peu de temps après , il publia une tenir l'ordre par de sages lois et pour ordonnance par laquelle il défendait, prévenir les abus ; il assistait régulièsous les peines les plus sévères, d'user rement aux grandes assises des cours de voies de fait, d'emprisonner arbi- de justice, lorsque la guerre ou ses trairement, de maltraiter qui que ce voyages ne l'en empêchaient pas. fût, d'inquiéter les marchands et les La Norvège et l'Islande, qui étaient voyageurs, de s'envover des défis, ou regardées comme une dépendance du de' s'attaquer mutuellement , enfin de Danemark , furent , comme ce royause nuire de quelque manière ou sous me, l'objet de ses soins; il arcôrda quelque prétexte que ce pût être. En même des privilèges considérables à un mot, il abolit ce droit du plus fort, cette île , si maltraitée par la nature, connu sous la dénomination de droit Quant au commerce, on en connais-
sait mal les vrais principes à cette époque, de sorte que les mesures prises pour le soutenir et l'étendre étaient mauvaises» ou si , par hasard , ou en employait rie bonnes et de salutaires, que de difficultés on était obligé de surmonter pour les exécuter, tant la jalousie toujours active de la Hanse suscitait des obstacles ! Cette ligue qui s'était emparée de tout le commerce des pays du Nord, et enrichie en les épuisant, profitait soigneusement de tous les besoins et de toutes les fautes des princes pour augmenter ses immunités; elle était assez puissante pour les défendre : elle pouvait réunir les forces d'un grand nombre de villes considérables, peuplées et riches. Il lui était donc facile de s'affermir dans la possession de tous ses avantages sous un monarque oui , durant son règne entier, eut des démêlés continuels avec la Suède. Christian était forcé par le point d'honneur à ne pas renoncer à ses prétentions à la couronne de Suè
JEATt.
de : elles lui causaient de grosses dépenses. Obligé de recourir à la ligue nanséatique , elle lui fit payer cher les services qu'elle lui rendait. En diverses occasions on le voit confirmer et accroître les franchises de cette association, mais exigeant en revanche qu'elle soutînt ses intérêts, et que dans un cas de nécessité il eilt la faculté d'employer les vaisseaux de la Hanse , moyennant un dédommagement convenu.
Cependant il travaillait à corriger en partie les mauvais effets qui pouvaient résulter de cet état de choses ; il ne négligeait aucun moyen de favoriser le commerce des villes de ses États. Il en est bien peu en Danemark, en Norvège, ainsi que dans les duchés de Slesvig et de Holstein, qui n'aient pas des obligations à Christian , soit pour des lois et des règlements favorables à leur négoce, soit pourdes immunités avantageuses à la liberté des habitants, soit pour des dons de terres, de forêts, de prairies; au<si sa mort eausa-t-elle des regrets sincères aux Danois.
Jean , fils aîné de Christian , avait été déclaré successeur au trône peu de temps après sa naissance, et une seconde fois en 1478, à l'occasion de son mariage avec Christine, fille d'Ernest , électeur de Saxe. Il était âgé d'à peu près vingt-six ans quand il parvint à la couronne en 1481. Aussitôt qu'il eut reçu l'hommage du Danemark, il fit inviter les sénats de Suède et de Norvège à envoyer des députés à Halmstad, pour y élire un roi, conformément au pacte de Calmar.
Stén Sturé, auquel on peut trèsnaturellement supposer l'intention de vouloir entraver l'élection, qui le forcerait de se dessaisir du pouvoir dont on l'avait investi pour un temps, était déjà en chemin pour Halmstad , lorsqu il s'arrêta , sous prétexte de maladie. Ou peut donc croire qu'elle était feinte. Sa position le forçait à la dissimulation ; il devait se montrer toujours prêt à remettre les rênes du gouvernement au roi qui serait élu ; mais en même temps son intérêt le portait à éloigner le moment où elles lui seraient redemandées. Les autres députés suédois suivirent son exemple.
Quant aux Norvégiens, Stén Sturé se servit adroitement de l'archevêque de Drontheim, son parent, pour les irriter contre le nouveau roi. On les voit, dès le commencement d»* 1482, conclure avec les députés des Suédois une sorte de confédération particulière. Les deux nations s'engageaient à réunir leurs forces pour soutenir leur indépendance et leur liberté, et empêcher que les étrangers ne pussent à l'avenir les opprimer et les rabaisser, comme par le passé; enfin à ne s'unir avec aucun prince et aucune nation que d'un commun consentement. En vertu de cette convention , les états de Norvège requirent l'assistance de ceux de Suède à la prochaine diète d'élection, pour y obtenir du roi qui serait nommé un remède aux abus du règne précédent. 11 s'agissait principalement de l'archipel des Orcades , qui, ainsi qu'on Ta raconté précédemment,
avait été aliéné, des faveurs accordées aux étrangers , du commerce d'Islande , dont Tes Norvégiens demandaient à être seuls en possession, de remploi qui avait été fait des revenus du royaume, enfin d'autres griefs, soit réels , soit imaginaires.
Les Norvégiens refusèrent de paraître à une diète convoquée à Calmar en 1482, et où l'union des trois royaumes fut confirmée de nouveau; enûn, à l'instigation de Sturé, ils prirent les armes contre Jean, pour qu'il leur restituât le château et le territoire de Bonus, et tentèrent d'emporter de force cette place.
Ils écrivirent aux Suédois , et on reconnaît par leurs lettres combien cette affaire leur tenait à cœur. Ils déclarèrent qu'ils n'avaient voulu entamer aucune négociation avec les députés danois, parce que ceux-ci n'étaient pas munis de pouvoirs sufûsants pour leur restituer les pays démembrés de la couronne de Norvège ; ils prétendaient qu'ils n'avaient pas, comme on les en accusait, violé le pacte d'union, en réclamant ce (jui leur appartenait; enfin , ils terminaient leur dépêche par demander aux Suédois de les assister dans la défense d'une cause si juste.
Stén Sturé s'était rendu à la diète , parce qu'il savait bien que les Norvégiens n'y viendraient pas, et paralysa ainsi l'action de cette assemblée en alléguant l'absence des Norvégiens pour refuser toute participation à ses travaux, excepté pour confirmer la paix.
Alors les Danois résolurent de proclamer définitivement Jean comme roi.
Cette cérémonie eut lieu à Kallundborg : aussitôt il entra en négociation avec les Norvégiens , gagna l'archevêque par des présents, et leurs députés vinrent à la diète qui se tint à liai ni stad le 14 janvier 1483. Les Suédois ne s'y présentèrent que pour se retirer au bout de quelques jours , et un projet de capitulation fut présenté en leur nom. Stén Sturé l'avait concerté avec les Norvégiens, dans la persuasion que Jean ne la signerait pas. Indépendamment de toutes les conditions contenues dans les pactes précédents, le roi s'engageait a céder à la
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Suède l'île de Gotland et deux moindres domaines ; à procurer à la Norvège le péage de Bohus, hypothéqué aux Suédois ; à autoriser les trois royaumes à lui déclarer la guerre s" il ne faisait pas droit à leurs griefs; à établir pour chaque royaume une trésorerie particulière, savoir à Kallundborg, à Stockholm , à Bergen, placées chacune sous la surveillance de deux sénateurs, l'un ecclésiastique, l'autre laïque; à ne nommer sénateur aucun laïque roturier, ou non agréé parles autres; à passer alternativement une année dans chaque royaume, et à nommer dans les autres des régences temporaires composées de quatre sénateurs. Un évéque et deux sénateurs de chaque royaume devaient se réunir tous les ans, pour traiter des affaires communes aux trois pays de l'Union. La noblesse avait la faculté de construire des châteaux forts sur ses terres, et d'exercer sur ses sujets les mêmes droits que le roi. De plus, le roi promit aux Suédois que les droits d'entrée sur les marchandises ne seraient plus acquittés en nature comme auparavant, mais en argent seulement.
La capitulation fut jurée par Jean, à l'exception de l'article qui faisait des nobles de vrais souverains. En conséquence, les Danois et les Norvégiens le proclamèrent roi de l'Union le 1 er février 1483. Stén Sturé voyant que l'opinion publique, même en Suède, se prononçait pour l'Union, céda prudemment : il demanda que quelques articles relatifs à la Suède fussent ajoutés à la capitulation. Jean les accepta , et les états des trois royaumes signèrent le pacte de Calmar. Les clauses relatives à la Suède y consolidèrent l'oligarchie en réduisant à très-peu de chose le pouvoir du roi.
Il semblait que rien ne s'opposait plus à ce que Jean fût couronné roi de Suède, mais l'administrateur sut longtemps retarder cette cérémonie.
Il exigeait préalablement, au nom des Suédois, que Gotland leur fût remise.
C'était difficile , parce que Tott. à qui Christian I er l'avait conférée en fief, la possédait. Tott était également
maître d'OEIand , et il gouvernait en souverain indépendant ces deux îles; elles étaient entre ses mains de vrais repaires de pirates qui infestaient la mer Baltique. Jean , irrité contre Sturé , voulait prendre les armes ; la reine Dorothée, sa mère, lui représenta que le succès de la guerre était incertain, tandis que la jalousie de la noblesse suédoise contre l'administrateur pouvait produire une crise qui serait probablement utile sans effusion de sang.
Durant le cours de ses démêlés avec les Suédois, d'autres affaires importantes avaient occupé l'attention de Jean. Son père avait engagé à Dorothée le Holstein pour sûreté de son douaire, et à son lit de mort, cédant à ses instances, avait légué le Slesvig et le Holstein à Frédéric, son second fils. Durant la minorité de ce prince, à peine âgé de dix ans , Dorothée et le sénat du royaume exerçaient la tutelle et la régence.
Frédéric, peu satisfait de son lot, demandait encore la moitié de la Norvège, comme royaume patrimonial; Jean n'était pas même disposé à lui accorder l'apanage que leur père lui avait destiné, car il élevait des doutes sur la validité des dernières dispositions de ce prince : elles ne reposaient que sur le témoignage de Dorothée. Il voulut se faire reconnaître comme duc de Slesvig. Dorothée, qui avait de la prédilection pour Frédéric , alla en Holstein , afin d'engager les états à se prononcer pour lui. Le roi fit échouer ce dessein. Alors elle négocia un accommodement entre les d'eux frères : les deux duchés furent partagés par moitié. Dorothée agit dans le choix des lots pour son fils mineur ; les états prêtèrent serment aux deux frères en novembre 1482 ; il fut convenu que le roi exercerait la régence jusqu'en
Il paraît que Jean avait jeté un œil de convoitise sur le legs fait à son frère cadet, car, en 1483, il le fit partir pour Cologne, pour qu'il y suivît un cours d'études régulier , afin de pouvoir entrer dans les ordres sacrés
et occuper un canon ira t de l'église de cette ville dont il s'était assuré pour lui ; il projetait de le faire élever ensuite à un siège épiscopal. Ces mesures, si bien calculées pour garantir à Jean la possession des deux duchés, furent rompues par les amis du jeune duc : ils devinèrent bientôt les intentions secrètes du roi, et engagèrent Frédéric à résigner la prébende dont il jouissait d'avance. Il ne se le fit pas dire deux fois ; il abandonna l'université, sans la permission et à l'insu de son frère, et revint dans les duchés. Il résulta de cette démarche une froideur extrême entre Jean et Frédéric.
Plusieurs années se passèrent sans qu'ils pussent s'arranger pour leur part respective des duchés. Frédéric, parvenu à sa majorité, ayant témoigné qu'il était mécontent du partage, Jean, qui au fond était doux et équitable, consentit à en faire un autre, le 10 août 1490, et laissa à son frère le choix entre les deux parts et un terme de quatre ans pour se raviser. Ce partage était réglé de façon que les possessions des deux princes étaient fort entremêlées les unes avec les autres , et que, par la suite, des opérations semblables devinrent la source de troubles et de guerres.
Dès 1482, Jean avait confirmé eu son nom et en celui de son frère les privilèges de la noblesse et des villes du duché; puis, après avoir reçu leur hommage, ils allèrent ensemble demander celui de la ville de Hambourg, tel qu'elle l'avait rendu à Christian I" r ; mais le sénat et le peuple refusèrent cette fois, comme auparavant, de prêter un serment : ainsi la prestation de l'hommage eut lieu suivant l'ancien usage. Le 5 novembre , les deux frères et la reine douairière leur mère firent leur entrée solennelle : ils étaient accompagnés des évêques de Lubeck , d'Odensé, de Viborg, d'Adolphe, comte d'Oldenbourg et de Delmenhorst , de plusieurs personnages de distinction , et de six cents cavaliers. Le roi et le duc furent reconnus, en leur qualité de seigneurs du Holstein, comme sei-
gneurs suzerains de la ville ; ils confirmèrent ses privilèges , et cette cérémonie terminée, s'en allèrent.
Jean s'occupa ensuite de racheter plusieurs villes, des places fortes et des domaines que Christian avait engagés , particulièrement dans le Slesvig. Celte opération ne pouvait s'effectuer que par le moyen de subsides : les états , convoqués extraordinairement à Flensborg en 1483 , reconnurent la nécessité d'en accorder. Jean obtint sans beaucoup de difficultés que tout propriétaire payerait un impôt de deux florins par Charrue. Telle est l'origine de l'usage d'estimer les terres par le nombre de charrues qu'elles sont censées employer. Le produit de l'impôt fut considérable et sagement appliqué.
Le royaume rendu à la tranquillité fut en proie à de grands malheurs.
Une maladie contagieuse, jointe à une disette de blé, emporta près d'un tiers de la population. En 148/i, des pirates sortis des ports d'Angleterre, et auxquels s'associèrent des Français, se répandirent dans les mers du Nord. Les rois de France et d'Angleterre, qui furent sollicités d'arrêter ces désordres, ne savaient pas eux-mêmes comment ils réprimeraient l'audace de ces forbans. Enfin le gouvernement danois arma des vaisseaux, et invita les particuliers à courir sus à ces écumeursdemer; il arrêta même, par représailles, des navires marchands anglais , que l'on accusait de les protéger. Cette guerre, où les Danois se distinguèrent, dura près de cinq ans, et causa un préjudice immense au commerce de plusieurs peuples.
Tott s'était brouille avec Sturé :
celui-ci profita des glaces qui, au mois de février 1487, couvraient la mer Baltique, pour passer le détroit de Calmar, et aborder dans l'île d'OEIand où Tott se trouvait alors. Abandonnant sa femme dans Borgholm , que Sturé assiégea , Tott se sauva nuitamment en Gotland, et, par un traité du 9 juillet, céda cette île au roi de Danemark , contre des terres en Scanie.
-Jean vint aussitôt prendre possession
de Visborg, puis fit voile vers OEland, envoya des otages à Sturé et lui proposa une entrevue. Sturé manda au roi : « Remettez-moi OEland , et je vous réponds de la soumission des Suédois. » Jean lui accorda sa demande ; mais Sturé , au lieu de tenir sa parole , opposa continuellement des obstacles, qui retardèrent le renouvellement du pacte de Calmar pendant plusieurs années.
Jean ayant convoqué en 1487 les états de Danemark à Lund, son fils Christian, alors âgé de sept ans, fut désigné pour lui succéder ; deux ans après, les états de Norvège suivirent cet exemple; ce qui prouve que, malgré des dissentiments passagers, les Norvégiens ne voyaient pas les Danois d'un mauvais œil. Des troubles éclataient quelquefois chez eux, dans le port de Bergen , le plus fréquenté du royaume; les Hanséates, jaloux des Anglais, voulurent les en exclure par violence. Henri VII, roi d'Angleterre, se plaignit à Jean , qui promit de maintenir les privilèges des Anglais.
Ses efforts échouèrent contre les tracasseries continuelles des Hanséates.
Les Anglais, contraints de ne plus venir acheter le poisson à Bergen, prirent le parti de le pêcher eux-mêmes sur les côtes du royaume; détermination très-sage et extrêmement avantageuse par ses suites.
La bonne intelligence qui existait entre Jean et Henri produisit une paix solide entre les deux nations. Un traité d'alliance et de commerce, plus étendu et plus précis que les précédents, fut signé en 1490, à Copenhague , par des plénipotentiaires danois et anglais. La faculté de commercer et de pécher en Islande fut accordée aux Anglais; mais celle permission devait être renouvelée tous les sept ans. Ils s'engageaient à payer le péage du Sund avant d'entrer dans la Baltique, et à ne pénétrer dans cette mer que par ce seul détroit , à moins que la tempête ne les forçât de passer par un des deux Belts ; et, dans ce cas, ils devaient acquitter le péage à Nyborg. Ils pouvaient avoir dans les
villes maritimes de Danemark leurs retourna en Danemark; bientôt après propres juges, pour prononcer sur les il se décida à la guerre. Le 25. novemilifférends qui s'élevaient entre les bre, sa mère était morte à Kallundmarchands de leur nation. borg. On peut dire que toute pensée Du côté de la Suéde, Jean ne né- de paix fut ensevelie avec elle. Sans gligeait rien de ce qui pouvait amener cesse elle la recommandait à son fils, undénoûment des affaires. Il entre- Les historiens danois ont fait l'éloge tenait une correspondance assidue avec de cette princesse : ils ont vanté sa plusieurs grands personnages; il con- haute intelligence, sa piété, son caractractait une alliance avec le grand-duc tère pacifique; ils l'ont blâmée de sa de Russie, soit pour l'engager à faire trop grande affection pour ses enfants, en sa faveur une diversion du côté de Le désir de voir sa fille Marguerite la Finlande, comme les Suédois le reine d'Écosse lui fit employer tous ses croyaient, soit, comme le prétendent efforts pour déterminer Christian V T les historiens danois, qu'il ne s'agit à céder à ce pays les Iles que la Norque d'un règlement de limites entre le vége possédait dans la mer Calédo- Finmark et la Laponie russe. Sturé, nienne. Sa partialité pour Frédéric, de son côté, cherchait à captiver l'af- son second fils, la fit accuser par un fection du peuple de Suède auquel il chroniqueur d'avoir voulu attenter aux peignait le roi des plus noires couleurs, jours du premier; imputation telleet signait avec les villes hanséatiques ment absurde qu'aucun historien n'a un traité d'alliance. Jean , à son tour, pu y ajouter foi. en conclut un en 1493 avec Jacques IV, En 1488, animée d'une idée de déroi d'Écosse. votion , elle avait entrepris le vovage L'année suivante, le résultat des né- de Rome, pour visiter les tombeaux gociations avec la Suède, qui n'avaient des saints apôtres et gagner les indulpas cessé, fut défaire dérider qu'un gences; elle eut même la pensée de pouscongrès de députés des deux sénats se ser sa course jusqu'au saint sépulcre, réunirait à Lodese ; on y convint, au à Jérusalem, conformément à un vœu grand déplaisir de l'administrateur, qu'elle avait fait. Elle en fut relevée qu'il en serait tenu un autre à Calmar par le pape Innocent VIII, qui la repolir terminer l'affaire de l'Union. Il eut avec les plus grands honneurs et s'était formé contre Sturé un parti fa dispensa d'effectuer son pèlerinage puissant, qui avait à sa téte Jacques ultérieur, à condition qu'elle donne- Ulfson, archevêque d'Upsal, et qui rait une certaine somme d'argent à di s força Sturé à consentir à la convoca- hôpitaux. Elle revint en Danemark la tiori du congrès. même année,
Aux approches du terme, Jean équi- En 1496 , les Russes recommmcèpa une flotte et partit pour Calmar le rent les hostilités en Finlande; Sturé 24 juin 1495. Sturé prévoyant que les y accourut. Les Russes s'étnient reétats agiraient contre lui aussitôt que tirés chargés de butin ; ils reparurent, par sa présence il les aurait mis en et, après avoir désolé le pays, l'abanactivité, se fit attendre un mois entier, donnèrent de nouveau avant que Sturé prétexte que les vents contraires eût pu leur livrer bataille. Sa position
le retenaient. Ce délai fut très-préju- était fort embarrassante : il avait à
dieiable au roi : une tempête dispersa craindre en Finlande de nouvelles ir-
ses vaisseaux et en détruisit plusieurs ruptions; en Suède, l'anéantissement
des plus grands. Jean , qui prévit de son autorité. Le soin de son iuté-,
toutes les suites de ce désastre, essaya rét particulier l'emporta. Il laissa en
de rompre l'avantage que son ennemi Finlande quelques troupes sous les
tirait de son alliance avec les villes ordres de Svanté-Sturé et de deux au-
hanséatiques ; il lui offrit une trêve de très généraux. Mal pourvus de vivres
trente ans s'il abandonnait cette ligue, et hors d'état de résister à des années
Sturé se montra intraitable. Le roi bien ulus nombreuses que celles qu'ils
L'UNIVERS
commandaient, ils accusèrent hautement l'administrateur de les avoir sacrifiés.
Le sénat somma Stén Sturé de comparaître, au mois de janvier 1497, à Sigtuna, pour rendre compte de sa conduite. L'administrateur ne se présenta pas, et fut destitué. Loin de se laisser intimider, il publia un manifeste, dans lequel, après avoir reproché au sénat son ingratitude , il lui contesta le droit de lui retirer une autorité qu'il tenait des états , et en même temps envoya des émissaires dans toutes les provinces pour y presser des secours et soulever les habitants par des discours artificieux.
La promptitude lui était nécessaire, car sur ces entrefaites le roi et le sénat s'unissaient étroitement par une convention signée à Leckô ; le pacte de Calmar était solennellement renouvelé. L'archevêque agissait avec vigueur contre Sturé; de concert avec un légat du pape , il l'avait excommunié; le sénat prononça contre Sturé une sentence qui le déclarait déchu de ses fiefs et de ses dignités.
Jean , qui avait réuni en Blékingie une armée où se trouvaient des soldats allemands , fameux Sous le nom de grande garde saxonne, arma une flotte formidable, et au printemps de 1497 , envahit la Vestrogothie et le Smoland ; Elfsborg et Calmar furent - pris. Sturé assiégea l'archevêque dans son fort de Stâké , et s'empara d'OErebro. Les Dalécarliens qu'il avait rassemblés furent battus par les Danois sur le Brunkeberg, près de Stockholm. Sturé, qui s'était enfermé dans cette capitale , comprit qu'il lui serait impossible de résister : il écouta donc les propositions que lui fit un évêque* danois, secondé par des sénateurs suédois. Muni d'un sauf-conduit, il eut , dans un couvent voisin de Stockholm, deux entrevues avec le roi.
Jean confirma le pacte de Calmar, promit de protéger Stén Sturé contre toutes les poursuites que l'on voudrait commencer contre lui , au sujet de son administration , et lui conféra en Finlande Abo, Viborg, Tavastehus,
ainsi que d'autres place» et domaines, pour en jouir sa vie durant à titre de
Le 9 octobre 1497, Stockholm ouvrit ses portes à Jean; le 19 novembre il fut élu roi de Suède, et, le 26, couronné dans la grande église de Saint- Nicolas. Étranger à tout ressentiment, il observa avec loyauté ce qu'il avait promis. Sa tournée officielle de Saint- Éric fut terminée à PÉpiphanie de 1498; puis il prit le chemin du Danemark. Stén Suré l'accompagna jusqu'à Halmstad , et en le quittant fut comblé de faveurs. Jean lui donna des mines métalliques, et entre autres une d'argent récemment découverte en Dalécarlie. Sturé regagna la Finlande, et, avec l'aide de Pévéque d'Abo, recueillit des témoignages qui justifièrent sa conduite dans la guerre contre les Russes.
De retour en Danemark , Jean, qui savait par expérience combien il fallait d'art et de prévoyance pour se maintenir sur le trône de Suède, conclut, pour se mettre en état de n'être pas surpris, une alliance avec Louis XII, roi, de France, et avec Jacques IV, roi d'Ecosse. Ces princes s'engagèrent pour eux et leurs successeurs à lui fournir des secours de toute sorte en cas d'attaque. On verra plus tard que ce traité amena des Français dans le Nord.
Un voyage que Jean fit en Suède , au commencement de l'année 1499, lui fournit l'occasion de donner des marques de sa bonté naturelle et de sa prudence. Suivant le témoignage de Dalin, historien suédois déjà cité, « partout où il passait, il gagnait les « ecclésiastiques et les laïques, les court vents et les villes, par des paroles « bienveillantes et par la confirmation « de leurs privilèges; pensant que par « là il affermissait son parti et celui « de l'archevêque contre celui de Stén « Sturé. «>
Malgré les lettres d'abolition qu'il avait données à l'administrateur, l'archevêque poursuivit celui-ci en cour de Rome , et obtint du pape le pouvoir d'intenter une action contre lui, pour les dommages qu'il avait causés
à l'église dUpsal. Bien loin de 5e prévaloir de ers divisions pour humilier Sturé, Jean, persuadé que son intérêt lui commandait de le ménager, songea sérieusement à le raccommoder avec l'archevêque, et y réussit au moyen de quelques dédommagements que Sturé donna au prélat.
Christine, épouse de Jean, fut couronnée reine de Suède à Upsal , par l'archevêque, et au mois de juin le sénat et les états , convoqués à Stockholm, consentirent à lui assigner pour son entretien Œrebro, la Néricie, le Vermeland et la Dalie. Le prince Christian, alors âgé de dix-sept ans, fut déclaré successeur de Jean au trône, comme il l'était déjà en Danemark et en Norvège, ainsi que s'exprime l'acte de sa nomination. Le pacte de Calmar fut pleinement confirmé. Profitant de la bonne volonté des états, Jean se plaignit à eux de l'insuffisance de son revenu, et Stén Sturé fut obligé, pour le satisfaire , et sans se montrer trop mécontent , de lui céder Abo , Viborg et Nyslott en Finlande. Jean lui reprit aussi quelques fiefs, qui furent concédés à des officiers danois et allemands ; enfin il obligea les évéques à lui livrer les restes du trésor laissé par Éric de Poméranie dans le couvent de Vadsténa. L'archevêque et ses partisans, qui suggérèrent au roi une partie de ces résolutions, le servirent très-mal; d'un autre côté, des actes de violence commis par des employés danois et allemands irritèrent le peuple.
Sturé, dont quelques serviteurs avaient été maltraités, dissimula son ressentiment, et accompagna le roi jusqu'à la frontière des deux États. Jean avait à cette époque des affaires à régler à l'autre extrémité du Danemark.
On a vu plus haut que la Ditmarsie avait été cédée à Christian I ,r par l'empereur, comme fief dépendant du Holstein. Christian fit plusieurs fois sommer les Ditmarses de lui rendre nommage; loin de lui obéir, ils s'adressèrent au pape Sixte IV, qui confirma les droits que l'Église de Brème prétendait avoir sur leur pays. L'em- Dereur fut ainsi obligé de révoquer, jus-
?[u'à plus ample informé, la donation aite au roi. Satisfaits d'avoir maintenu leur indépendance réelle , quoiqu'un gouverneur nommé par l'archevêque de Brème résidAt au milieu d'eux , les Ditmarses avaient refusé positivement d'obéir à la sommation de Jean, à son avènement au trône. Quand il eut été débarrassé de la guerre de Suède, il réitéra sa sommation , en invitant les Ditmarses à v obtempérer de bonne grâce, afin d'éviter l'effusion du sang ; ils persistèrent dans leur résolution et jurèrent de défendre leur liberté. D'ailleurs ils avaient provoqué la colère du roi en assistant les villes de Hambourg , de Brème et de Stade dans un différend qu'elles avaient avec lui. Toute leur force consistait en 6,000 hommes en état de porter les armes, auxquels se réunissaient , dans l'occasion, à peu près autant de femmes habituées a la guerre; mais leur pays était naturellement défendu par des marais impraticables.
Jean comptait plusieurs alliés. Frédéric, son frère, duc de Holstein, courroucé de ce que les Ditmarses l'avaient peu ménage dans quelques démêlés particuliers, sollicita le roi d'unir ses intérêts aux siens, et la noblesse de Holstein, animée par l'espoir de retirer quelque avantage d'une conquête qu'elle regardait comme facile , marcha en excitant encore l'ardeur des deux princes. Jean prit de nouveau à sa solde la grande garde saxonne, forte de 6,000 hommes, commandés par George SIentz , natif de Cologne.
La totalité de l'armée que Jean menait contre les Ditmarses était de 34,000 hommes, nombre supérieur à celui de la population qu'ils allaient combattre ; aussi , d'après le récit d'un historien du temps, entra-t-on dans le pays avec la même sécurité et la même joie que des gens invités se rendent à une salle de festin.
On était au mois de février 1500. Le 13, le roi pritMeldorp, la principale et presque là seule ville du pays , que les Ditmarses avaient abandonnée , parce que sa défense eût exigé trop de monde ; le peu de troupes que l'on y trouva
L'UNIVERS
fut passé au fil de l'épée , soit par un effet de l'indiscipline de l'armée, soit afin d'effrayer le reste de la nation par cet exemple. Quelques-uns parlaient de recourir à la clémence du roi ; pour comble de maux, les Ditmarses, n'osant plus se fier à un corps d'auxiliaires allemands qu'ils avaient pris à leur service, crurent devoir les tenir à l'écart, affaiblissant ainsi leur petite armée dans le moment où l'ennemi la pressait plus vivement.
Le roi et le duc avant laissé une garnison dans Meldorp, résolurent de marcher en avant; des généraux pensaient qu'il valait mieux attendre quelques jours; mais les officiers de la garde saxonne engagèrent le roi à ne donner aucun relâche aux Ditmarses.
Leur avis fut suivi, et, le 17, on s'avança imprudemment vers Hemmingstadt, sur une digue étroite où à peine trois cavaliers pouvaient passer de front. L'armée arriva ainsi devant les retranchements des Ditmarses qui furent attaqués avec vigueur; mais il fut impossible aux différents corps de se déployer sur un terrain coupé de fossés, et de faire un usage efficace de leurs armes par un temps glacial et humide. Les Ditmarses firent de fréquentes sorties, et bien que repoussés les deux premières fois, ils réussirent enfin, à la troisième, à mettre leurs ennemis en déroute : ils percèrent les digues qui retenaient les eaux de la mer; la chaussée sur laquelle une partie de l'armée du foi se trouvait en fut couverte; le plus grand nombre , et notamment la fameuse garde saxonne , périrent dans les flots ; le roi et " son irère se sauvèrent avec beaucoup fie peine. La perte en hommes, en artillerie et munitions, en équipages, en chariots, en objets précieux d'or et d'argent, fut immense. Ce que les Danois regrettèrent le plus fut 'le danebrog, leur étendard sacré. Enfin les Ditmarses s'étant mis à la poursuite des Danois, tuèrent encore beaucoup de fuyards, rasèrent le fort de Tielenboùrg destiné à les tenir en bride, et détruisirent d'autres places dans le Holstein.
Le roi, inébranlable malgré cette catastrophe, menaça ses vainqueurs de rassembler de nouvelles forces contre eux : ceux-ci, que leur succès n'avait pas enivrés , se réconcilièrent avec le roi et le duc. Les villes hanséatiques hâtèrent ce rapprochement en offrant leur médiation. Leurs députés , ceux des princes et ceux des Ditmarses tinrent un congrès à Hambourg. Il avait été réglé que , dans le cas où les plénipotentiaires des villes hanséatiques et ceux de Holstein , chargés de décider entre les Ditmarses d'un côté , et le roi et le duc son frère de l'autre, ne s'accorderaient pas, ils prendraient pour arbitre Albert Crantz , théologien de Hambourg, et se conformeraient à ce qu'il aurait prononcé. Cette détermination prouve en quelle estime était alors tenu ce personnage , tant pour son savoir que pour sa vertu. Il était docteur en théologie et en droit, et doyen de la grande église de Hambourg. Il vivait dans la retraite, uniquement occupé des devoirs de son état et de l'étude. Il a laissé plusieurs ouvrages sur l'histoire ecclésiastique et civile des royaumes du Nord. Holberg, historien du Danemark , se fait gloire d'avouer qu'il a de grandes obligations aux ouvrages d'Albert Crantz.
Par le traité qui résulta des conférences tenues par les commissaires, les deux partis promirent de vivre en paix, et les choses furent rétablies dans le même état qu'avant la guerre.
Aussitôt que le bruit de Péehec éprouvé par le roi se fut répandu en Suède, il s'y manifesta des mécontentements, que les ennemis de ce prince, et notamment Stén Sturé , ne manquèrent pas de fomenter. Ce dernier écrivit à Jean , pour lui conseiller de venir en Suède, lui disant que sa présence y devenait plus nécessaire de jour en jour, à cause des troubles dont on était menacé. Jean partit aussitôt avec la reine et une suite peu nombreuse, afin de n'être pas à charge au pays qui avait assez souffert de Ja disette.
Stén Sturé et d'autres seigneurs suédois vinrent le recevoir à la frontière, et s'épuisèrent en quelque sorte à lui
donner des marques de respect et de dévouement. Bientôt un avis, vrai ou faux, apprit au roi que Stén Sturé avait fait assembler dans undefilé 8,000 paysans bien armés, qui devaient s'emparer de lui mort ou vif. Le roi , devenu méfiant , au lieu de prendre la route que Sturé lui indiquait, en suit à marche forcée une autre, arrive à Stockholm, y assemble une diète, promet d'écouter les plaintes que l'on a pu former contre son gouvernement, d'en remettre l'examen au sénat, et de se soumettre au jugement qu'il prononcera ; enfin il accuse Stén Sturé de trahison.
Le sénat demanda qu'il fût écouté?
le roi y consentit , et lui envoya deg otages pour sa sûreté. Sturé vint avec une suite de sept cents hommes bien armés. C'était réellement trop pour tout homme qui n'eut souhaité que de justifier de son innocence, et de plaider sa propre cause et celle de la nation, comme il le fit. Il protesta que les mauvais services qu'on lui avait rendus près du roi l'avaient forcé de le miitter en chemin , pour se mettre à labri de son ressentiment et lui prouver la pureté de ses intentions. Le roi lui avant demandé s'il avait quelques griefs à alléguer contre lui, Sturé y répondit par les anciennes plaintes dont on a déjà parlé, et ajouta que Ton avait privé des Suédois de divers emplois et de fiefs du royaume pour les donner à des étrangers. Mais le roi n'avait rien fait que du consentement du sénat , du moins pour la plus grande partie des liefs. Ce prince répondit avec beaucoup de modération à ces reproches v l'assemblée parut satisfaite, et presque tous les membres donnèrent au monarque de nouvelles assurances de leur reconnaissance et de leur fidélité.
Sturé et ceux de sa faction mettant a profit l'excès de confiance du roi , venu dans la' capitale avec si peu de monde, y firent entrer secrètement des hommes armés, s'emparèrent des positions voisines, et par le moyen de calomnies, qui réussissent toujours, accusèrent sourdement ce prince de ne
feindre la douceur que pour revenir au printemps avec une armée subjuguer les Suédois.
Jean, qui n'ignorait pas ces rumeurs, se tint sur ses gardes et ne sortit plus du château. Alors les mécontents se réunirent, le 24 janvier 1501 , à Vadsténa, et conclurent une confédération, dont l'objet était de défendre la patrie contre les abus d'autorité du roi. Ils unirent leurs intérêts avec ceux de Canut Alfson, seigneur norvégien, l'engagèrent à soulever le peuple de son pays, recherchèrent l'amitié des Lubeekois , et travaillèrent surtout à exciter les Dalécarliens à ia révolte. Le roi , après avoir essayé inutilement de conjurer cet orage, prit le parti de retourner en Danemark. Mais pour ne pas avoir l'air d'abandonner ses droits et ses espérances, il s'assura de nouveau de la fidélité de l'archevêque d'Upsal par des libéralités, se lit prêter un nouveau serment par les bourgeois de Stockholm, leur promit un prompt secours, et, pour gage de sa parole, laissa au milieu d'eux la reine, ainsi que deux mille hommes de garnison, et des provisions pour quelques mois.
Aussitôt qu'il fut parti, Stén-Sturé et ses partisans s'assemblèrent à Vadsténa , et au nom de la Suède renoncèrent au serment de fidélité qu'ils avaient prêté au roi et à ses successeurs; Sturé déclara en son nom particulier qu'il ne reconnaîtrait pas le roi Jean qui avait fait tant de tort au royaume en général , et à lui surtout , avant qu'il eût rendu Gotland et accompli les clauses de l'union de Calmar. Ensuite l'assemblée écrivit à la bourgeoisie de Stockholm, pour lui annoncer la résolution qu'elle venait de prendre, et lui demander si les habitants de la capitale voulaient encore obéir à un roi qui avait enfreint tous ses serments, et livré le pays aux attaques des Russes. Il n'est lias d'homme judicieux qui , à ia lecture du manifeste des insurgés, ne remarque que parmi les griefs qu'il énonce , plusieurs sont exagérés et quelquesuns calomnieux ; mais c'est toujours.
MO
L'UNIVERS
ainsi que s'exprime l'esprit de parti.
Le manifeste publié, les insurgés prirent OErebro; le commandant, coupable de tyrannie, fut livré aux parents d'une de ses victimes , et tué par eux; - la fureur aveugle de la multitude en sacrifia d'autres à des ressentiments imaginaires. Sturé investit Stockholm au nord et au sud, c'est-à-dire des deux côtés par lesquels cette ville est accessible par terre. Les magistrats et les membres du conseil de cette capitale vinrent à son camp pour traiter de la paix. Pendant que Ton conférait , un incendie éclata : les historiens danois accusent les partisans de Sturé de l'avoir allumé ; les Suédois en attribuent la cause aux soldats de la garnison.
A la suite du tumulte qui en résulta , les Danois se renfermèrent en désordre dans le château, tandis que les Suédois se hâtaient d'entrer par les portes de la ville; ils eurent bientôt éteint le feu. C'est donc à eux que l'incendie fut utile.
Les sénateurs se réunirent , confirmèrent tout ce qu'ils avaient fait à OErebro, et, le 1 1 novembre, élurent à l'unanimité Stén-Sturé administrateur du royaume. La reine, étroitement resserrée pendant tout l'hiver dans le château , fut obligée de capituler le 27 mai 1502, faute de vivres, après un siège de huit mois : la garnison était réduite à quatre-vingts hommes. Christine fut honorablement traitée par Sturé , qui lui laissa tout ce qui lui appartenait en propre ; et , accompagnée de ses aumôniers et de toute sa suite, elle passa quelques jours dans un couvent voisin, puis à sa demande fut conduite à Vadsténa.
Le roi n'avait pu partir de Copenhague
3ue lorsque le port eut été débarrassé es glaces; le 30 mai il parut avec sa (lotte devant Stockholm. Il lui était impossible de rien entreprendre ; il essaya vainementd'engager l'administrateur à recevoir un message. Dans son dépit, il pilla les côtes de Suède avant de retourner dans ses États.
Alors ce qui restait de son parti perdit tout crédit. Sturé prit une place forte après l'autre , excepté Calmar et
Borgholm. Il assiégea l'archevêque et d'autres partisans du roi dans la forteresse de Staké ; le prélat, pressé par son ennemi , fut obligé de demander une trêve , et en profita pour prier le roi de le dégager de son serment de fidélité ; Jean lui accorda sa demande.
Les villes hanséatiques avaient contribué à cette révolution en fournissant des secours aux Suédois. Le roi s'efforça inutilement de leur persuader de rester neutres. Les Lubeckois répondirent que leur commerce avec la Suède était trop important pour qu'ils pussent y renoncer. Alors Jean permit aux Danois de courir sus aux Hanséates ; les Lubeckois usèrent de représailles. Jean qui regardait toutes ces républiques commerçantes comme les sangsues de ses États, abolit en 1502 tous les privilèges dont elles jouissaient en Danemark et en Norvège. L'année suivante, un légat du pape- rétablit la paix entre Jean et Lubeck. Cette ville éluda habilement ce qui concernait son commerce avec les Suédois, en promettant d'employer tous ses efforts pour qu'ils rentrassent dans l'obéissance et rendissent la liberté à la reine: ils tinrent effectivement leur parole, et réussirent pour ce dernier point.
Les troubles excités précédemment en Norvège n'avaient pas été apaisés par la mort de Canut Alfson , chef de la révolte ; il avait été tué dans une bagarre survenue à bord des vaisseaux qui portaient les commissaires du roi.
Comme le mouvement devenait trèssérieux , Jean envoya dans ce royaume une petite armée sous les ordres de son fils Christian, âgé d'environ vingt ans. II lui avait recommandé de se conduire d'après les conseils de Charles, évêque de Hammer. Christian montra de la valeur et de l'activité, mais aussi une sévérité excessive. Les rebelles furent défaits, et les chefs traduits devant les tribunaux, qui leur appliquèrent toute la rigueur des lois.
La plus grande partie de la noblesse du royaume, accusée d'avoir participé à la révolte, fut condamnée au supplice.
La Norvège ainsi pacifiée, Christian
Ml
conduisit son armée en Suède , dévasta la Vestroeothie , battit les troupes que les Suédois lui opposèrent , prit d'assaut et rasa des forteresses, traita les garnisons avec cruauté.
Lorsque sa mère fut mise en liberté , il alla la recevoir à la frontière, où Stén-Sturé la conduisit avec une nombreuse escorte. Ce qui montre bien la simplicité de ces temps-là , est que Giristine crut nécessaire, avant son départ de Suède, de se munir d'attestations signées de plusieurs sénateurs de ce royaume , et affirmant qu'elle avait toujours tenu une conduite sage et honnête durant son séjour dans le pays. Christian retourna ensuite en Norvège, dont son père l'avait nommé vice-roi : il s'y comporta avec une prudence qui trop souvent était mêlée de dureté. Combien il eût été à souhaiter pour lui qu'il ne lut pas rentré dans ce pays, ainsi qu'on le verra plus tard !
Stén-Sturé revenait à Stockholm ; atteint soudainement par une maladie, il expira près de Jônkôping le 13 décembre 1505, sans laisser de postérité. Hemming Gadd, évéqne élu de Linkôping, et ses autres partisans, tinrent sa mort secrète aussi longtemps qu'ils le purent, et ne la déclarèrent qu'au commencement de l'année suivante^ l'ouverture de la diète, composée principalement de députés à leur dévotion. Tout s'y passa selon leurs vœux, et, avant que Jean eût pu faire aucune démarche, Svanté-Sture fut élu administrateur. On résolut de poursuivre la guerre contre Jean, et Gadd fut chargé de reprendre Calmar et Borgholm ; il s'empara de la ville de Calmar : le château lui résista. Jean accourut au secours de la place ; Gadd reparut et pressa vivement le siège de la forteresse. Dans cette conjoncture, les sénateurs suédois les plus modérés obtinrent que deux membres de leur corps fussent envoyés en Danemark avec des propositions d'accomroodement. Ils furent favorablement écoutés , et Jean conclut avec eux une trêve d'un an , pendant laquelle on aviserait aux moyens de tenir une
diète qui s'occuperait d'établir la paix sur des fondements solides.
Au terme fixé, le roi vint à Calmar; les Suédois n'y parurent pas. Les his-^ toriens de cette nation disent que ce fut parce qu'ils craignirent qu'un piège ne leur eût été tendu, le roi ayant avec lui une flotte nombreuse; et pour donner plus de poids à ces insinuations , ils ajoutent que ce prince se vengea de ce contre-temps en faisant décapiter les magistrats de Calmar. Les historiens danois objectent à cet exposé des faits , que les mots de flotte considérable ont un sens vague; que l'exécution des magistrats de Calmar avait eu lieu l'année précédente; enfin que le fort de Calmar était entre les mains d'un officier suédois , et que le roi , en le lui confiant, avait fait preuve de la droiture de ses intentions.
Les plénipotentiaires suédois s'étaient arrêtés dans un port voisin :
Jean leur envoya des députés pour les solliciter de venir à Calmar; voyant, que ses efforts étaient inutiles, il invita les sénats de Danemark et de Norvège, qui l'avaient suivi, à prononcer entre lui et les Suédois. Ces corps, si l'on fait attention aux mœurs de l'époque, pouvaient, sans danger, juger avec impartialité. Leur sentence, rendue le 10 juillet 1505, porte que Svanté-Sturé, les sénateurs de Suède , les héritiers de Stén-Sturé et tous leurs adhérents sont, comme rebelles, déchus de noblesse, et que leurs biens seront confisqués.
Afin de justifier la procédure aux yeux de toutes les nations et d'empêcher qu'il ne fût loisible aux villes hanséatiques d'assister les Suédois, les sénats de Danemark et de Norvège soumirent leur jugement à l'empereur Maximilien, en le priant de défendre aux Hanséates, sous peine du ban de l'Empire, de fournir des secours aux Suédois. L'Empereur renvoya le dossier de la procédure à la chambre impériale, qui , par jugement du 2 octobre 1506, mit les accusés au ban, et interdit aux membres de l'Empire tout commerce avec la Suède. Tout cela n'était pas régu-
L'UNIVERS
lier , car Maximilien n'avait aucun droit de citer devant son tribunal une nation indépendante , et de la traiter ^ar cette procédure comme un vassal rebelle ; il dérogeait même aux droits du roi sur cette nation. On peut penser que Jean avait seulement voulu que l'Empereur considérât les Suédois comme des ennemis, et que s'il souffrit que ce monarque agtt autrement, c'était pour gagner son amitié.
Les Suédois, non plus que les villes hanséatiques, ne tinrent aucun compte du décret de la chambre impériale :
alors Jean leur ferma tous les ports de Danemark et de Norvège. Les Danois armèrent une grande quantité de vaisseaux , coururent sus à ceux des Suédois, et pillèrent les côtes de leur pavs. L'Ile de Gotland leur était extrêmement commode pour ces expéditions. En peu de temps tout commerce
Çar mer avec la Suède fut intercepté.
I en résulta un si grand dommage 'pour les villes hanséatiques , que réglant, en gens prudents, leur politique sur leur intérêt, elles signèrent, le 2 juillet 1507, à Nykôbing, dans l'île de Falster, un traité, par lequel elles renonçaient au commerce avec la Suède.
La pénurie de plusieurs denrées de première nécessité que cette mesure y occasionna bientôt, et la géne qui en résulta, ne furent pas compensées par les incursions des Suédois en tlalland et en Scanie. Celles-ci avaient pour motif de venger l'injure de Hem- Ining-Gadd, l'ennemi juré des Danois. Le pape Jules II avait nommé son propre légat à Tévêché de Lmkôping; Gadd, assuré de l'appui du parti dominant, refusait de se laisser déposséder. Jules II, le moins endurant des hommes, menaça Gadd de l'excommunication s'il n obéissait pas. Le fougueux prélat entra en Blékingie et la ravagea; les Danois, à leur tour, firent irruption dans les provinces suédoises. La misère des peuples, des deux côtés, s'en agurava : celle des Suédois était au comble. A la persuasion du clergé ils adressèrent en 1508, au sénat de Danemark , des proposi-
tions d'accommodement, qui furent portées par Otton , évéque de Vesteros, et Éric Trollé, tous deux sénateurs. On convint qu'un congrès de douze sénateurs danois et d'autant de suédois s'assemblerait à Varberg , en Halland. Il y fut réglé que la trêve conclue à Copenhague serait prolongée jusqu'au 11 novembre; que Calmar et Borgholm , avec l'île d'OF.Iand, resteraient entre les mains du roi , et que l'on travaillerait à le rétablir sur le trône; ou que pendant sa vie, son fils serait reconnu roi de Suède; que sj ces clauses ne pouvaient s'effectuer, le pays payerait annuellement à Jean une somme déterminée. Une réunion de six sénateurs de chaque pays fut indiquée à Malmôe, pour convenir de celle de ces trois conditions que Ton devrait proposer au roi.
Svanté-Sturé et son parti s'opposèrent à ce que l'assemblée de Malmôe eût lieu. Cependant Éric Trollé et ceux qui avec lui avaient travaillé à la convention deVarberg, la confirmèrent au commencement de 1509, en s'engageant de nouveau , au nom du sénat de Suède, à faire accorder à Jean une des trois conditions dont il vient d'être parlé; et dans une nouvelle assemblée , tenue à Copenhague , on alla même plus loin, en fixant à 13,000 marcs suédois la somme annuelle à payer au roi en argent, en cuivre, en fer et en espèces monnayées , et une de 1,000 marcs à la reine, en attendant que dans une diète générale, qui se tiendrait Tannée suivante, le roi ou son fils eût été solennellement reconnu.
Svanté Sturé lit avorter ces projets.
Dans une diète tenue en mars 1510, d'abord à Vesteros, puis à Stockholm, il décida les états à poursuivre la guerre contre le roi. Ce changement inopiné avait pour cause l'habileté de l'administrateur, qui , par l'appât du gain, sut décider les villes hanséatiques à enfreindre le traité conclu avec le Danemark , et à expédier en Suède des armes, des munitions et tous les objets dont ce pays manquait. Le roi de Danemark fit arrêter leurs navires :
alors elles lui déclarèrent la guerre,
et leurs vaisseaux pillèrent Bornholm et Gotland ; Tannée suivante ils ravagèrent les côtes des petites Iles du Danemark, et tirent en divers lieux un butin considérable. Jean prit sa revanche, fit saisir toutes les propriétés des Lubeckois en Danemark , ét exia contre eux une flotte commanpar Severin Pïorby : elle occupa l'embouchure de la Trave , et une armée de terre saccagea les environs de Luberk La flotte du roi et celle de Lubeck furent dispersées par des coups de vent; les Lubeckois firent par terre des incursions en Holstein.
Svanté-Sturé profita des démêlés des Danois avec les Lubeckois : ceux-ci lui avaient avancé de l'argent ; après avoir publié un manifeste, dans lequel il cassait le traité de Copenhague du 19 avril 1508, sous prétexte que les plénipotentiaires suédois avaient outre-passé leurs pouvoirs, il assiégea Calmar et Boreholm. Ake-Johanson , uo de ses meilleurs généraux , tomba sur le Halland, et pénétra en Scanie; Tycho-Krabbé, gentilhomme de ce pays, ayant rassemblé à la hâte un petit corps de cavalerie , surprit les Suédois au défilé de Fantehol ; Ake- Johanson y fut tué avec la plus grande partie de son monde : le reste lut fait prisonnier et mené en triomphe à Copenhague avec trois drapeaux. La mort d'Ake-Johanson fut une grande perte pour la Suède.
Sur mer , les succès étaient également partagés : les Lubeckois avaient été obligés de se retirer de l'île de Môen, après avoir beaucoup souffert ; mais plus tard leurs efforts , joints à ceux des Suédois , ayant empêché les Danois de porter des secours à Calmar et à Borgholm, ces places furent forcées de capituler ; cependant Norby ravageait la Finlande.
En 1511, nouveaux ravages de part et d'autre, sur mer et sur terre. Jean avait pour alliés les rois d'Écosse et de Pologne et les villes de Néerland , dont il favorisait le commerce au. préjudice de celui des villes hanséatiques :
celles-ci, à l'exception de Hambourg et de Dantzig , prirent parti pour les
Suédois. Dès ce moment le commerce de Hambourg obtint sur celui de Lubeck une supériorité qu'il a toujours conservée. La guerre tourna au désavantage des autres ; les Danois leur enlevèrent un grand nombre de navires et dévastèrent les territoires de Wismar et de Stralsund ; et de plus, les Néerlandais formèrent beaucoup d'établissements en Danemark et en Norvège; enfin, les habitants de ces deux royaumes s'habituèrent de plus en plus à faire eux-mêmes le commerce.
Les villes hanséatiques ouvrirent les yeux sur le tort qui résultait pour elles de la prolongation des hostilités : elles firent inviter le roi à choisir un lieu où se tiendraient les conférences pour la paix. Il indiqua Flensborg , et y vint lui-même. Le 22 novembre 1511, elles signèrent avec lui une convention, qui fut confirmée le 23 avril 1512 par le traité de Malmôe : elles s'engagèrent à payer à Jean 30,000 florins du Rhin pour les frais de ia guerre , et à suspendre tout commerce avec la Suède jusqu'à ce qu'elle eût reconnu le roi ou son fils.
Lorsnue ce traité fut signé, Svnnté- Sturé n existait plus : il était mort le 2 janvier. Deux compétiteurs se présentèrent pour le remplacer : Stén- Sturé, fils de Svanté , et surnommé le jeune pour le distinguer de celui que nousavons vu tenir le gouvernement de la Suède jusqu'à sa mort en 1503 (*), avait pour rival Eric ïrollé, sénat teur, homme d'âge et d'expérience, mais que l'origne de sa maison , ainsi que son caractère pacifique et modéré,
(*) Stén-Sluré l'ancien était d'une famille différente de celle des deux autres administrateurs ; il eut un fils mort en 1498, et une fille qui prit le voile dans le couvent de Yadstéua. Sa race s'étant éteinte avant l'époque à laquelle les noms de famille commencèrent à être d'un usage habituel en Suéde, il n'est désigné que par l'appellation des seigneuries qu'il possédait
Svanlé Stureet son fils Slén appartenaient à la famille de Nat och Dag ( nuit et jour ) , laquelle existe encore , mais leur brandie ne subsiste plus.
L'UNIVERS
rendaient suspect d'incliner pour les Danois , et même de leur être dévoué.
Tous les prélats, et les plus âgés ainsi que les plus prudents du corps de la noblesse, penchaient pour lui. Stén-Sturé, qui portait un nom cher aux Suédois , avait pour lui les jeunes sénateurs, le reste de la noblesse , enfin la multitude. La lutte fut longue et animée ; enfin le parli de Sturé remporta, et le
firoclama administrateur. De leur côté, es amis de Trollé songèrent tout de suite aux moyens de faire exécuter l'article du traité de Malmôe, qui concernait la Suède. Ils se formèrent en confédération à cet effet. Il avait été convenu en 1512, qu'au milieu de Tannée suivante on tiendrait à Copenhague un congrès composé de huit sénateurs de chaque royaume , et chargé de rétablir Ja paix sur les bases posées par ce traité.
On pouvait espérer que la tranquillité allait enfin renaître, car le nombre des Suédois qui désiraient sincèrement de voir la fin des funestes querelles , sans cesse renaissantes entre les deux pays , s'accroissait beaucoup , lorsqu'un événement inattendu plongea de nouveau la Suède et le Danemark dans l'abîme dont ils se flattaient de sortir, et fit éclater de nouvelles révolutions plus désastreuses que les précédentes.
Depuis quelque temps le roi avait conçu des inquiétudes sur sa santé : il fit son testament, qui contenait des legs pour ses serviteurs, pour les personnes auxquelles il portait de l'affection, pour des églises et des couvents; puis , au commencement de l'année 1513, il se mit eu route pour un voyage, auquel il employait habituellement plusieurs mois , quand le pays jouissait de la paix , afin de veiller au maintien du bon ordre et à l'exécution des lois. Ayant terminé sa tournée dans l'île de Seeland, il voulut passer dans celle de Fionie : il avait avec lui la reine , son fils Christian et plusieurs nobles danois. Une tempête fit courir des risques au navire qui le portait : cet incident produisit une vive impression sur son esprit ; il l'exprima aussitôt qu'il eut
débarqué à Nyborg:.« Adieu, Belt, « s'écria-t il; tu m'as traité d'une telle « manière , que je ne me soucie pas « beaucoup de te traverser une autre «fois. » Arrivé en Jutland, il était depuis quelques jours à Kibé, ville voisine de la cote occidentale , lorsqu'un débordement de la mer du Nord empêcha toute communication avec les environs. Cet incident augmenta la tristesse du roi , forcé de ne pas sortir de la maison où il logeait. Enfin l'inondation ayant cessé , il cheminait vers Aalborg, quand son cheval fit une chute et l'entraîna avec lui dans un marais. Rudement froissé, meurtri même, Jean sentit qu'il avait besoin de repos, en entrant dans Aalborg le 24 janvier. Huit jours après, il devint sérieusement malade , à chaque instant son état empira , et bientôt ne laissa plus d'espoir. Persuadé que sa dernière heure s'approchait, Jean fit venir Christian , et, en présence de plusieui» sénateurs, lui donna les conseils les plus sages sur la conduite qu'il devait tenir quand il serait roi.
Il l'exhorta à avoir toujours la crainte de Dieu devant les yeux; à consulter, à écouter les gens de bien, dont il est si facile à un prince d'être entouré, quand lui-même chérit la vertu ; car il avait, à son grand chagrin, remarqué que son fils fréquentait de préférence les gens d'une extraction basse, et montrait de l'éloignement pour les hommes distingués par leur naissance et leur bonne éducation. Il l'invita à vivre en paix avec ses voisins, surtout avec les villes hanséatiques ; à se fier plus, pour l'exécution de ses projets, sur ses propres forces que sur des alliances et des relations de famille avec des souverains étrangers, relations dont lui-même avait eu lieu de reconnaître la vanité ; il lui conseilla de travailler à gagner l'affection de tous les ordres de ses sujets, en rendant exac* tement la justice, sans acception de personnes, en employant de préférence les naturels de chaque pays , et en s'abstenant de tout acte de violence et d'autorité arbitraire. Il lui recommanda ses anciens et fidèles serviteurs, et
notamment l'évéque Ove Bilde , son chaucelier, par les avis duquel il le priait de se conduire , et adressa des adieux affectueux à tous ceux qui l'entouraient. Il mourut avec beaucoup de tranquillité et de résignation ie 21 février; il était alors dans la cinquantehuitième année de son âge et la trentedeuxième de son règne. Son corps fut porté d'Aalborg à Odensé , et déposé dans l'église des Franciscains.
Les Danois le regrettèrent comme un prince modéré, clément, pieux.
Dans sa vie. privée il se montra toujours ennemi du faste; peut-être poussa-t-il trop loin ce goût de la simplicité qui lui fit commettre une grave erreur dans l'éducation de son fils Christian, flous aurons bientôt l'occasion de revenir sur ce sujet. Cependant il savait, quand les circonstances l'exigeaient , étaler la magnificence convenable à son rang.
Naturellement ami de la paix, on peut dire que ce fut presque toujours la nécessité seule qui lui mit les armes à la main. Il déploya beaucoup de sagesse et d'habileté dans ses derniers démêlés avec les villes hanséatiques.
Peu de temps avant sa mort , l'empereur Maximi lien et Louis XII, roi de France, mécontents du pape Jules II , avaient résolu d'assembler un concile général à Pise ; ils tâchaient de faire partager leur dessein aux princes de l'Europe. Ce fut pour cet objet que Pierre Couder vint en ambassade, en 1512, auprès de Jean, de la part de Louis XII, et que Maximilien lui écrivit plusieurs lettres. Jean se contenta de répondre qu'il partageait l'avis de la tenue d'un concile, mais qu'il lûi semblait plus convenable que ce fût dans une ville d'Allemagne et sur le Rhin, qu'à Pise ; que si ce sentiment était approuvé, il écrirait aux princes d'Allemagne pour les engager à envoyer leurs ministres au lieu désigné, et qu'il s'occuperait même d'y attirer le grand duc de Moscovie , afin de faire entrer ses vastes États, s'il était possible, dans le sein de l'Église romaine. En même temps que le roi de Danemark adressait ces réponses à Maximilien et
10* Livraison. (Danemark.)
à Louis XII, il faisait partir pour Rome trois ambassadeurs , dont le principal était Jean Ulf , son secrétaire. Dans les lettres dont il les avait chargés pour le souverain pontife, il lui communi-
3 naît les invitations qu'il avait reçues e l'Empereur et du roi de France , ajoutant qu'il n'avait pas voulu prendre une résolution sur un sujet si important sans avoir consulté Sa Sainteté , qu'il regardait comme investie seule du droit d'assembler des conciles. Ce langage , qui ne pouvait qu'être extrêmement agréable à un pape aussi fier que Jules II, était dicté à Jean par. un motifcl'intérét particulier. Christian, son fils , ayant maltraité Charles, évé- »
que de H animer , en Norvège, avait encouru les censures de l'Église. Cette condescendance du monarque danois fut payée de retour. Bientôt un légat vint lever l'excommunication prononcée contre l'héritier du trône.
Jean avait fait preuve d'une prudence semblable en évitant de prendre part à un différend survenu entre son neveu Jacques IV, roi d'Écosse, et Henri VII, roi d'Angleterre. Jacques, déjà ligué avec Louis XII, espérait qu'en reconnaissance des bons offices qu'il avait rendus à Jean durant la guerre avec les villes hanséatiques, ce prince se joindrait à lui. La réponse de Jean à la lettre par laquelle son neveu lui demandait un prompt secours, parce qu'il se proposait de marcher incessamment contre l'Angleterre, nous a été conservée : elle contient d'excellentes réflexions. Il conseille au roi d'Écosse de se désister de son entreprise et de rester en paix avec le roi son voisin et son beau-frère; néanmoins il lui promet que si, contre toute justice , les Anglais l'attaquaient dans son royaume, if lui enverrait des secours prompts et efficaces.
En général , Jean fut assez heureux à la guerre : il y montra de la bravoure ; les Suédois lui rendent justice sur ce point, mais ils ne sont pas d'accord avec les Danois sur la douceur de ce prince; ils lui reprochent le traitement cruel qu'il fit éprouver aux magistrats et à quelques habitants de
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Calmar , quand il prit cette ville en 1505 , et des actes de violence et de cruauté qu'il commit en Danemark dans quelques occasions : les historiens de ce pays ne les ont pas cachés. Les uns et les autres les attribuent à des accès d une sombre mélancolie dont il était parfois atteint. Du reste, les écrivains suédois conviennent que les vertus de Jean l'auraient rendu aussi cher à leurs compatriotes qu'aux Danois , s'il n'avait pas trop souvent donné à des étrangers les emplois que leurs lois réservaient aux habitants du pavs, et S'il avait plus soigneusement réprimé l'avidité des hommes qui chez eux exerçaient l'autorité en son nom-.
Dahn cite, en parlant de ce prince, un fait qu'il nous semble à propos de répéter. Lorsque Jean vint à Stockholm en 1499 i un des jeunes garçons confondus dans la foule réunie au palais le frappa par sa belle physionomie, qui joignait à dès traits agréables quelque chose «le grand et d'imposant.
Il prend des informations sur cet enfant âge de neuf ans : on lui répond que c'est le neveu, par sa mère, de Sten-Sturé, administrateur du royaume de Suède. Il prie celui-ci de lui confier SOn jeune parent qu'il a le dessein de tenir près de lui à sa cour.
Stén-Sturé s'excusa de ne pouvoir accepter cet honneur, que peut-être il regardai» comme dangereux pour son neveu. Si celui-ci annonçait dans son air quelque chose qui semblait lui présager de hautes destinées , et que peut-être son oncle avait démêlé, les événements continuèrent ces conjectures : cet enfant était Gustave Éricson Vasa (*).
Jean avait été promis en mariage, en 1472, à Jeanne de Valois, lille de Louis XI i et depuis épouse du duc d'Orléans, qui régna ensuite sous le nom de Louis Xll Une seconde tentative de mariage en 1476, avec Marie Plantagenet, fille d'Edouard IV, roi d'Angleterre , échoua par la mort de cette princesse.
(•) Dolin, Sïea Hikes Historia, tom. II, p. 84»
Enfin il épousa, le 6 septembre 1478, Christine, fille d'Ernest, électeur de Saxe : elle mourut à Odensé en 1521.
Il eut de cette uhiort Christian, qui lui succéda ; François , mort jeune * Elisabeth, dont la main fut demandée par Vassili Ivanovitch , grand-duc de Moscovie ; mais cette alliance n'eut pas lieu : Elisabeth fut mariée en 1501 a Joachtm, el :eu ur de Brandebourg.
cbnistïAw ir.
De touS les princes quf ont vécu dans les temps modernes, Christian II est celui qui a laissé la mémoire là plus abhorrée. Les historiens l'ont généralement désigné pâr les surnoms de mauvais, de cruel, dte sanguinaire, de tvran. Les écrivains qui se sont montrés les moins défavorables pour lui n'ont nié aucun des actes mom*trueux dont il est accusé. Quelle tâché pénible que celle de retracer la vie d'un monarque si mal recommandé â la postérité! Cependant nous ne pou* vons nous dispenser d'entreprendre ce travail. Exposons les faits avec calme et impartialité; abstenons-nous de tout mouvement d'indignation, et réservons nos réflexions pour le moment où le malheureux monarque aura, de son vivant, cessé de régner.
Christian II était né le 2 juillet 1481 à Nyborg en Fionie. Les chroniqueurs h'out pas manqué de dire que sa venue au monde fut accompagnée de funestes présages ; ces absurdités , inventées longtemps après l'événemeni auquel on les rattache, ne méritent ni d'être répétées, ni d'être réfutées. Dès l'âgé le plus tendre, Christian montra beaucoup d'intelligence et de pénétration, mais en même temps des dispositions à la fierté; naturellement ardent, il devint en grandissant hardi jusqu'à la témérité , emporté, dur, impérieux. Son père, débonnaire et ami de la simplicité , redoutait de lui voir prendre des habitudes de morgue toujours choquantes, surtout chez les princes; il s'elfravaiten même temps des autres défauts de Christian. Le moven le plus naturel et le plus sdr de réformer
un caractère si fllcheux était de confier l'éducation de son fils à des hommes bien nés , Sages et instruits par l'expérience , qui , par leurs leçons et leur exemple, lui auraient appris à mériter l'affection , Pestime et lé respect des peuples qu'il ëtait appelé à gouverner, ni modé ant ses passions, en se faisant chérir par son indulgence et ses bienfaits, sans jamais rien perdre de sa dignité.
Mais Jean, qui redoutait surtout que, par la fréquentation précoce du grand monde, Cnristian ne contractât des façons de faire hautaines et arrogantes, conçut le projet bizarre et bien funeste par ses suites, de faire élever son fils comme S'il n'avait été que relui d'un simple particulier. Il le mit donc en pension chez Mans (Jean) Boghtnder, bon bourgeois de Copenhague. Jùrgen ftyntze, chanoine de la cathédrale, qbi tenait une école, venait donner des leçons de grammaire et de latin au prince. Comme beaucoup d'inlodités résultaient de cet arrangement, Christian alla demeurer chez le chanoine, auquel il causait sans cesse de terribles soucis en grimpant sur les toits et sur les lieux élevés.
Son maître lui ayant adressé des reproches sur cette singulière et dangereuse habitude, le jeune prince, lui répondit : « Les lieux bas sont faits i pour les gens de basse extraction, et « les lieux liants pour les grands personnages. » Le chroniqueur qui nous a transmis cette repartie la trouve trèsspirituelle , et ajoute qu'elle ne pouvait qu'occasionner une grande admiration. Cependant les périls possibles de la continuation de ce passetemps étaient si manifestes, surtout quand les offices retenaient l'instituteur à l'église, que celui-ci prit le parti fl'y conduire son royal disciple. Voilà donc Christian chantant au chœur avec les autres pensionnaires du maître d'école ; la plupart appartenaient à des familles de la plus basse condition. A force de vivre avec eux il prit nécessairement leurs allures.
Le roi, qui ne s'en aperçut pas, reconnut pourtant que le chanoine n'é-
tait pas en état d'instruire convenablement le jeune prince. Il fit donrj venir du Brandebourg rriattre Conrad, qui jouissait d'une grande réputation de savoir. En effet , les progrès de Christian sous ce nOuvéau précepteur furent très rapides; il étudia ta langue latine avec un iuecès fthiarqunb'le ; ses contemporain* ont dit qu'il récrivait avec pureté et facilite. Suivant un adage généralement adopta, l'étude des belles-lettres adodeit les mœurs et les dépouille de ce qu'elles peuvent avoir de rudessé , et même de férocité; elle ne produisit pas cet effet salutaire chez Christian : est-cie à l'ineptie de maître Conrad, ou au caractère indomptable de ce prince qu'il faut en attribuer la cause ?
Les premières impfessibnsque Christian avait reçues devinrèht chaque jour plus profondes. Lié de bonne heure avec des hommes de naissance obscure et de conduite abjecte, il adopta leurs goûts et leurs sentiments; il les associa a ses blaisirs, ses courses nocturnes, ses divertissements étranges &es excès faisaient depuis longtemps l'entretien du
dé son fils, qui , tombant a genoux, demanda pardon et promit de se corriger. La leçon fut inutile; la parole donnée ne fut pas tenue.
Lorsque Christian eut atteint sa dix-huitième année, il secoua entièrement le joug; on l'avait obligé de suivre des études regardées alors comme nécessaires à un prince : elles lui avaient causé un dégoût invincible. Son père s'en étant aperçu lui donna une occupation plus conforme à son goût.
Nous avons raconté qu'en 1502, des troubles ayant éclate en Norvège, Christian y fut envoyé pour les réprimer. Il donna des preuves de courage et de capacité, mais , ainsi que nous l'avons remarqué, Il n'usa pas de la victoire avec modération. Les Norvégiens n'avaient pu déployer toutes leurs forces, ceux du Nord n'agissant pas de concert avec ceux du Sud où les Danois avaient établi le centre dë leurs
L'UNIVERS
opérations. Herlof-Hyddefad, chef des insurgés , fut poursuivi avec acharnement , et tomba au pouvoir de Christian. Ce prince pouvait profiter des avantages qu'il avait obtenus pour user d'indulgence et pour accorder un généreux pardon ; de pareils sentiments étaient étrangers à son âme. Il rejeta toutes les représentations, et n'écouta que la voix de la vengeance : elle fut atroce. Herlof, après avoir été mis à la question , périt par le supplice de la roue. Au milieu des douleurs de la torture il avait laissé échapper le nom d'un grand nombre d'hommes distingués, comme ayant pris nart au soulèvement. Tous turent arrêtés : les uns perdirent la vie par la hache du bourreau ; les autres virent leurs biens confisqués. La noblesse norvégienne fut presque entièrement détruite et ruinée.
La Norvège soumise, Christian marcha contre la Suède : il eut fréquemment le dessus dans plusieurs combats, et empêcha Stén-Sturé de secourir les Norvégiens. On a vu plus haut que les hostilités cessèrent à la lin de 1502 (*).
Christian continua de remplir les fonctions de gouverneur.
En 1507 , un mouvement insurrectionnel agita la Norvège, et se répandit du Hedemark dans plusieurs autres prov inces. Charles, évêque de Hammer, fut accusé d'avoir pris part à ce mouvement. Les opinions diffèrent sur les circonstances qui concernent ce personnage. Des historiens ont pensé que Christian , fougueux et jaloux de son autorité, ne pouvant souffrir que le
firélat, par les avis duquel son père ui avait recommandé de régler ses démarches, semblât destiné à partager son pouvoir , le lit accuser d'avoir pris part à la sédition. D'autres ont avancé que l'évéque , choqué de la conduite barbare et despotique du prince, s'était mis en relation avec Svanté-Sturé. Christian cita le prélat devant son tribunal. Ne le voyant pas comparaître, et supposant qu'il irait rejoindre les insurgés suédois, il le fit
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arrêter et conduire au château d'Aggershuus, voisin d'Onslo, capitale du royaume. Christian s adressa ensuite au pape , pour que l'évéque fût jugé.
La réponse tardant à arriver , il proposa à l'archevêque de Drontheim et a quelques notables du pays de se charger de la garde du prélat. La crainte de l'excommunication les détourna d'obtempérer à son désir. Las d'un traitement si rude et non mérité, Charles essaya de s'évader ; mais la corde qu'il s'était faite avec des linges s'étant rompue, il tomba et se blessa dangereusement : il se traîna cependant à travers des broussailles , et se cacha dans le creux d'un arbre. On s'aperçut bientôt de sa fuite , on le poursuivit, et on mit un chien à sa piste. Ayant été découvert, le fugitif fut conduit devant le prince, qui , bien loin d'être touché du malheureux état où il le voyait, le traita avec la plus grande dureté et le fit renfermer plus étroitement qu'auparavant dans la même prison. Enfin la mort vint mettre un terme aux souffrances de l'infortuné, que son caractère , ses services et son innocence firent regretter des Norvégiens, etdu roi lui-même. Christian fut excommunié; nous avons raconté comment l'interdit avait été levé avant la mort du roi Jean.
Sur ces entrefaites se passa un événement d'un genre ordinaire et insignifiant, mais qui n'exerça pas moins une terrible influence sur la destinée de Christian. Le grand commerce qui se faisait à Bergen y attirait beaucoup de Néerlandais. Sigebrite Willius, revendeuse de fruits d'Amsterdam, après avoir gagné quelque argent dans sa patrie, était venue tenir une auberge a Bergen ; c'est une profession trèslucrative dans les villes maritimes.
Cette femme dont on ignore l'origine, était profondément vicieuse, douée d'une intelligence et d'une mémoire remarquables, du talent d'observer avec justesse et de raconter avec intérêt. Constamment entourée d'aventuriers de toutes les espèces, de charlatans, de jongleurs, de marchands, de toutes" les commères de la ville, elle
en possédait à fond la chronique scan- « était regardée comme une bourgeoise
daleuse , et savait tout ce qui se pas- « estimable de Bergen. »
sait dans l'intérieur des familles. Le bal finit tard et chacun s'en alla;
Son auberge était très-fréquentée , il ne resta dans la salle que Dyveké et
tant par les Néerlandais que par les sa mère : alors le prince les invite à
Norvégiens de toutes les classes. Peut- un autre bal qu'il devait donner au
être la beauté de Dyveké , fille de Si- château. Cette fois il paraît que le
gebrite, contribuait-elle à grossir la prince avait déjà déclaré sa passion;
foule. L'histoire qui nous fait connaî- I histoire ni les chroniques contempo-
tre cette jeune personne, sous ce nom raines ne nous apprennent rien de
que l'on peut traduire par Colombelle, positif sur ce point. Tout ce que l'on
ajoute qu'aux agréments extérieurs elle sait de certain est que, dès la nuit sui-
joignait de l'esprit et de l'adresse. Éric vante, Dyveké fut entièrement à Chris-
Valkendorp, prêtre et chancelier de tian. Quant au rôle que joua sa mère,
Christian, lui parla de Dyveké en ter- on l'ignore complètement , ainsi que
mes si séduisants, qu'if lui inspira le les instructions qu'elle avait données
plus vif désir de la voir. Le jeune à sa fille. L'attachement de Christian
prince venu à Bergen songe au moyen pour celle-ci devint chaque jour plus
de satisfaire sa curiosité. Il fait donc vif; mais il cacha si bien cette liaison
préparer à l'hôtel de ville un bal, au- qu'elle resta inconnue à son père.
rl sont invteées les principales dames Sigebrite amusait le jeune prince pays; on annonce indirectement à par ses récits divertissants et malins, Sigebrite qu'elle peut assister avec sa mais en même temps elle lui apprécie à cette fête. Le prince eut ainsi nait beaucoup de choses qu'il ne coni'occasion d'apercevoir Dyveké , et naissait nullement. Cet esprit avide reconnut que le portrait flatteur que de savoir trouvait chez une auberlui en avait fait Valkendorp n'était giste néerlandaise une instruction nullement exagéré. Frappé de sa beau- que ni ses pédagogues , ni les courtité, il devint épris d'elle : mais cachant sans de son père n'avaient pu lui dond'nbord l'effet qu'elle avait produit sur ner. Dans ses entretiens avec cette fem- ' u, 'i il pria une autre demoiselle à me, Christian acquit des notions justes danser, afin que l'on ne pût pas soup- sur les institutions et les intérêts comçonner ce qui se passait dans son merciaux des villes de INéerlande, sur iime. Quand le tour de Dyveké fut la politique générale; la nouveauté et venu, il lui offrit la main, sans que l'intérétdetoutcequ'ilentendaitlefrapl'on etlt un motif plausible de conjec- paient singulièrement. Par ce service turer que le divertissement n'était que Sigebrite lui rendait , elle acquit donné qu'à cause d'elle. insensiblement un tel pouvoir sur, lui Holberg, qui a écrit la vie de Sige- qu'il la consultait pour tout ce qu'il brite, fait à ce sujet des réflexions voulait entreprendre. Elle profita de très sages (*), qu'il nous semble con- cet ascendant pour lui inspirer les viles venable de présenter au lecteur : «Cette passions qui la dominaient : la jalou- « invitation » ainsi que la faveur de sie contre les marchands de la Hanse , « danser avec le prince, de même que la haine pour le clergé et la noblesse; «d'autres dames de la ville, sans oc- le prince était très-disposé à recevoir « casionner quelque rumeur, montrent de telles impressions, «que Sigebrite n'était pas dans une Christian, en partant de Bergen pour «condition aussi misérable que nos retourner à Opslo, enjoignit à Dyveké « auteurs le prétendent , mais qu'elle et à sa mère de rester, jusqu'à nouvel
ordre , où elles étaient. A son arrivée
(*) Dans son ouvrage intitulé: AdskMgc dans la capitale, il y fit biUir une
hltinders og Navnkundige damers historier maison en pierre , dont on voyait en-
(Histoire de plusieurs héroïnes et dames core les ruines cinquante ans après,
célèbres), 1. 1, p . a8l . Quand cette demeure fut prête, Sige-
L'UNIVERS
brite et sa fille vinrent l'habiter, et y î restèrent pendant tout le temps que Christian gouverna la Norvège comme vice-roi.
Rappelé en Danemark par son père en 1510, on pense qu'il y fit venir Dyveké dont il ne pouvait se passer. Ce commerce fut tenu si secret, que Jean l'ignora toujours, ce qui ne doit pas surprendre. On a vu précédemment que ce bon roi était rarement instruit le premier des fredaines de son fils.
Prêt à rendre le dernier soupir, il lui donna les conseils les plus sages : mais
?uel effet pouvaient- ils opérer sur esprit d'un prince intelligent à la vérité, mais emporté, volontaire, entêté, et dont le naturel avait été perverti par une éducation vicieuse?
On ne peut nier qu'il ne fût d'un
§énie supérieur : il avnit le sentiment e sa force, qualité estimable quand elle ne dégénère pas en obstination , ce qui par malheur lui arrivait souvent ; car, nous l'avons déjà dit, on ne l'avait pas instruit à maîtriser ses passions, ce qui était d'autant plus fâcheux que, parmi ses qualités, on comptait la célérité dans ses entreprises et le don du commandement. Ce fut par là qu'il réussit à plier à l'obéissance les Norvégiens jusqu'alors très-indociles, de sorte que, simple vice-roi , il régna su r eux avec plus d au torité qu'aucun de leurs anciens rois. Lorsqu'il fut rappelé auprès de son père, qui sentait que sa santé était très -chancelante, il montra une application aux affaires qui fit oublier aisément les irrégularités de sa conduite à ce monarque.
Jean était mort au mois de février 1513. Christian s'empressa d'en instruire le pape et les autres potentats, et de leur annoncer son avènement au trône.
« Le Danemark était en ce moment dans un état assez favorable, observe Holberg, car bien que le roi Jean eiU soutenu des guerres longues et difficiles, toutefois les ayant conduites avec sagesse et prudence , le tré<or était moins obéré à la fin des host'lités que lorsqu'elles commençaient. L'exemple
de la cour exerçait une influence avanr tageuse sur le pays : la vie était simple et modeste ; chacun se faisait un honneur de ne pas se montrer plus magnifique que le roi : ce qui ne contribuait pas peu à la prospérité du royaume et à la modicité des impôts. La nation n'avait jamais été plus danoise que sous le feu roi, car on n'entendait parler à la cour que la langue du pays , on n'y voyait que les modes du pays, ce qui fut cause que l'État sous aucun règne n'avait été mieux pourvu d'hommes plus habiles, soit pour l'o'iiniuistration intérieure, soit pour le commandement des armées de terre et de mer; jamais ils ne manquent lorsqu'un souverain se conforme, comme le roi Jean , à la règle de préférer les indigènes aux étrangers , et de faire jouir les premiers des avantages que leur offre la patrie. Le roi étant d'un caractère doux, patient et ouvert, personne ne craignait de lui dire la vérité , et quoiqu'il fui le plus avisé de ses États, cependant il n'entreprenait rien d'important sans avoir pris l'avis des membres de son conseil, depuis le
1>remier jusqu'au dernier. En un mot, e Danemark était , du temps du roi Jean, un royaume que l'on pouvait proposer pour modèle , où le souverain régnait plutôt par l'exemple qu'il donnait et le respect qu'il inspirait , que par le pouvoir et l'autorité.
« Telle était la position du royaume lorsque Christian II monta sur le trône. Ce prince était doué de qualités grandes et remarquables , mais nullement convenables aux circonstances ; jamais fils ne ressembla moins à son père : autant Jean se distinguait par sa longanimité, et par sa modestie, qui allait jusqu'à se défier de lui-même, autant Christian était colère , ambitieux, et n'avait de confiance qu'en lui même. Le premier se reposait uniquement sur Dieu et sur la force de son pays ; le second sur les étrangers et sur ses grandes alliances de famille.
La confiance fut remplacée par le soupçon , la frugalité par le luxe, la bonhomie par la présomption; en un mot, tout tomba d'un extrême dans
un autre. Il ne put donc en résulter qu'une grande fermentation et un mécontentement général ; car un prince du caractère de Christian II ne pouvait commencer à régner à une époque plus inopportune et dans des conjonctures plus désavantageuses que celles qu'avait fait naître le règne de Jean.
Ce lut donc un malheur immense pour le ûls de succéder à un tel pere ; car si, par exemple, il eût été appelé à occuper le trône après le décès de Yaldemar III , ou de tout autre roi peu renommé pour sa bonhomie et sa douceur, son rèime n'eût pas été marqué par autantd'év énement* tragiques. Les sujets éiaient devenus trop difficiles à satisfaire et trop aisés à émouvoir pour s'accommoder d'un gouvernement sévère et absolu ; <-t le sénat était parvenu à un degré de puissance qui ne lui permettait pas de voir patiemment les plus importantes affaires du royaume pa>ser par les mains d une femme hollandaise d'une condition commune. On conçoit donc comment les moyens de gouverner adoptés par Christian II ne pouvaient convenir au temps où il voulut les mettre en pratique, et que les hommes raisonnables qui furent témoins de ses premières tentatives, ne purent que deviner qu'elles amèneraient une catastrophe. Voilà ce que j'ai jugé à propos de dire , aûn de montrer que les disgrâces de Christian II ont été occasionnées autant par les circonstances que par la dureté de son gouvernement, et qu'il eût été un roi moins mauvais s'il eût succède à un prédécesseur moins doux(*). »
Aussitôt que la saison le permit, les sénateurs de Danemark et de Norvège se rendirent à Copenhague. Ce qu'ils connaissaient du caractère et de la conduite de Christian leur inspirait des craintes sur la conservai ion de leur autorité, qu'ils avaient agrandie aux dépens de celle des rois. Ils firent donc offrir secrètement la couronne à Frédéric, duc de Slevig-Holstein et oncle du roi : Frédéric refusa.
(*) Dannemarks Riges Historié, t. II, p. 10.
Christian fut proclamé roi de Danemark et de Norvège en 1513, après avoir signé une capitulation : les conditions en étaient fort dures : par un des articles , le roi accorde à la noblesse le droit de haute et basse justice , notamment celui d'exiger de ses vassaux des amendes de la valeur de quarante marcs. Par le dernier article le roi s'engage à ne pas solliciter le sénat ni les états pour qu'ils désignent son Gis ou telle autre personne que ce soit comme son successeur futur : il promet de laisser à la nation l'usage complet de son droit de libre élection. Christian s'obligea aussi par cet acte à maintenir également les libertés des Suédois lorsqu'ils lui déféreraient la couronne. Leurs députés , qui assistaient à cette assemblée, alléguèrent le défaut d'instructions suffisantes pour suivre l'exemple, de leurs voisins, et laissèrent même apercevoir assez clairement le regret que l'on éprouvait dans leur pays d'avoir , quelques années auparavant, promis la couronne à Christian. La prudence conseillait de leur accorder le temps nécessaire pour remplir leurs engagements : il fut donc convenu que, l'année suivante, ou tiendrait un congrès à ce sujet, sous la médiatiqn des villes hanséatiques.
Christian confirma les privilèges de ces républiques commerçantes en renouvelant les derniers traités de Flensborg et de Malmoe , par lesquels ces villes avaient promis au feu roi leurs bons offices pour le rétablir sur le troue de Suède, à condition qu'elles ne seraient pas troublées dans la jouissance de leurs anciennes françaises.
Ensuite le roi convoqua les états de Slesvig et de Holstein à Flensborg, pour y prendre possession de sa portion de ces duchés. Les états prétendirent qu'il devait être élu par eux ; Frédéric, son oncle, réclamait de grosses sommes d'argent avancées au roi défunt. Christian comprenant la nécessité de plier dans une conjoncture telle que le commencement d'un règne , paya son oncle de belles promesses, ci ne contesta pas aux états un droit d'é*
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lection qui ne s'exerçait que pour la forme.
Ce fut de môme pour consolider la tranquillité de ses États, qu'en 1514 il n'accueillit pas la demande de secours que lui adressa le conseil de régence d'Ecosse , qui avait perdu son roi Jacques V à la malheureuse bataille de Flodden; les ambassadeurs de cette puissance furent appuyés par ceux de Louis XII, roi de France, allié du roi de Danemark et de la jeune reine d'Écosse. Christian se contenta de répondre par des témoignages d'intérêt aux sollicitations qui lui étaient adressées, et s'excusa de ne pouvoir donner l'aide que l'on requérait, en alléguant que , n'étant pas encore couronné , il se trouvait dans l'impossibilité d'agir comme il le désirait.
La cérémonie de son couronnement comme roi de Danemark , longtemps différée , fut enfin célébrée à Copenhague le 29 mai , en présence des états et de plusieurs princes étrangers. La même année il reçut la couronne de Norvège à Opslo. Le congrès des députés des trois royaumes , fixé à cette année, fut successivement ajourné jusqu'en février 1517. Christian n'était pas fâché de ces délais , qui lui laissaient le temps de mûrir les grands projets qu'il avait en vue. Il voulait rétablir l'autorité royale , par l'abaissement du pouvoir du clergé et de la noblesse , et rendre les trois nations Scandinaves indépendantes de la ligue hanséatique. Son intention était de
f tousser avec vigueur la guerre contre a Suède, et de la terminer d'une manière durable. De pareils desseins ne pouvaient qu'influer beaucoup sur le choix d'une épouse ; il jeta donc les yeux sur Isabelle (Élisabeth) de Castille et d'Autriche, sœur de l'archiduc Charles, qui fut depuis l'empereur Charles- Quint. La demande de la main d'Elisabeth fut faite d'abord à l'empereur Maximilicn, son aïeul, partrois ambassa- , deurs de Christian, pour arrêter les conditions de cette alliance.Quand tout fut réglé, les ambassadeurs partirent pour Bruxelles, où Charles résidait. Élisabeth fut fiancée à Christian, qui avait
muni un de ses envoyés des pouvoirs nécessaires pour le représenter. La dot de la princesse fut de 250,000 florins d'or, ce qui était la plus considérable qu'un roi de Danemark eût jamais reçue; son douaire, assuré sur les domaines de Sônderborg et deNordborg, était évalué à 25,000 florins de revenu de la même monnaie (*). La légation revenue en Danemark , après avoir si heureusement rempli sa mission, Christian en envoya une nouvelle , au mois de juin 1515, en Néerlande : elle était composée d'Éric Valkendorp, archevêque de Drontheim, et de trois grands personnages de la cour. La princesse s'embarqua sur la flotte qui était venue la chercher ; le roi avait permis qu'elle amenât avec elle un certain nombre de femmes et d'officiers de son pays, pour continuer à la servir. Après une navigation très-difficile, elle arriva le 9 août 1515 à Copenhague, où son mariage fut célébré le 12 avec une grande magnificence et à la satisfaction générale des Danois.
Élisabeth, née le 18 juillet 1501, les charma par sa beauté et par ses grâces; mais si ses vertus ne contribuèrent pas moins que le nom et la puissance de sa maison à la faire chérir et respecter de ses peuples, elles ne purent gagner le cœur de son époux : Dyveké seule le possédait. L'archiduc Charles, qui n'ignorait pas la liaison intime de sou futur beau-frère avec cette, jeune fille, avait chargé les ambassadeurs, en leur remettant la princesse sa sœur, de déclarer à Christian qu'il devait renvover sa maîtresse. Valkendorp ayant hasardé d'en parler au roi , son avis fut très-mal reçu, et dès ce moment Sigebrite lui voua une haine implacable.
Cependant, occupé des affaires de son pays, Christian se plaignit très-sérieusement à Henri VII, roi d'Angleterre, des pirateries de ses sujets sur
(*) Ces domaines forment deux bailliages situés duos le duché de Slesvig; ils comprennent l'île d'yEroe et la portion du canton de Sandevit et de Pile d'Als appartenant à la couronne. La terre y est très -fertile, le climat doux et agréable, la population de a3,ooo âmes environ.
les mers et sur les côtes des États danois ; il fut écouté , puisque les deux monarques renouvelèrent et confirmèrent le traité conclu précédemment entre Jean et Henri VII. En même temps Christian renouait avec Basile , grandduc de Moscovie, les anciennes alliances et les anciens traités , et y faisait ajouter de nouveaux articles tendant à dégager le commerce entre les deux nations des entraves qui l'empêchaient de devenir florissant. Il obtint même en 1516 la faculté d'établir un comptoir à Novgorod ou à Ivanogorod ; les commerçants avaient la faculté d'y vendre toutes sortes de marchandises et d'y professer librement leur religion. Ces traités et diverses ordonnances publiées plus tard montrent que Christian avait à cœur d'étendre le commerce de ses États. Il savait que c'était un moyen direct d'augmenter ses revenus par les droits levés sur les marchandises, et un moyen indirect d'abaisser la puissance de la noblesse en élevant à son niveau la bourgeoisie des villes, jusqu'alors peu riche. Mais ce qu'il cherchait surtout était la facilité qui résulterait pour lui, par cette nouvelle source de revenus , d'entretenir constamment sur pied des troupes régulières.
Comme l'état actuel de pénurie des finances gênait les opérations de son gouvernement, Christian obtint des états la permission d'établir pour deux ans un droit d'entrée sur toutes les marchandises importées soit par les nationaux, soit par les étrangers. Les Hanséates se plaignirent : ils avaient tort; ils ne furent pas écoutés.
Vers cette époque, Jean-Ange Arcemboldi, légat du pape, chargé de la vente des indulgences dans le Nord, passa par Copenhague, et séduisit si bien Christian par ses flatteries, qu'il en obtint l'entière liberté de faire son trafic, dans toute l'étendue des trois royaumes, pour la modique somme de 1*120 florins du Rhin ; mais la politique eut une assez bonne part dans cette transaction. Christian ne se montra si complaisant que parce qu'il était convaincu de la nécessité de taire con-
courir le clergé à l'exécution de ses projets, et que personne ne pouvait l'aider plus puissamment que le légat.
Il lui découvrit donc l'état des partis qui divisaient la Suède, et ce qu'il espérait de ses bons offices. Arcemboldi promit de le servir efficacement.
Depuis son avènement au trône, Christian n'avait rien fait qui pût le rendre l'objet de la haine publique :
bientôt elle n'eut que trop de motifs d'éclater. Dyveké mourut subitement en 1517 , à la fleur de son âge. Aussitôt des bruits d'empoisonnement circulèrent. Les uns osèrent imputer ce crime à des sénateurs amis de la reine ; d'autres en plus grand nombre, et parmi eux le roi, en accusèrent les parents de Torben Oxc, gouverneur du château de Copenhague : en effet il avait eu la pensée d'épouser Dyveké.
Ses parents, qui regardaient une telle mésalliance comme déshonorante pour eux, n'avaient pas, disait-on, reculé devant un forfait pour la prévenir.
Oxe, devenu odieux au roi, eut l'imprudence de lui avouer qu'il avait aimé Dyveké; Christian, qui l'en avait soup- •.
çonné, jura sa perte, quoiqu'il n'eût été coupable que de simples désirs.
Malgré les sollicitations des personnes le,s plus distinguées, l'intercession de la reine et du légat, il fit arrêter Oxe.
Les sénateurs refusèrent de le juger ; alors il le fit traduire devant unecommission composée de douze paysans des environs de Copenhague.Intimidésj)ar les menaces du roi , ces magistrats improvisés déclarèrent que l'accusé était jugé par ses actions et non par eux.
Christian interpréta cette décision dans le sens que son ressentiment lui suggérait. Oxe fut décapité le 29 novembre 1517. La nation indignée murmura hautement.
D'autres exécutions augmentèrent l'effroi du public; cependant comme la rigueur de Christian n'atteignait qu'un ordre de personnes qui , loin de redouter les rois ses prédécesseurs, s'en était fait craindre plus d'une fois , on put reconnaître que le monarque effectuait son projet d'abaisser le clergé et la noblesse. 11 n'avait pu oublier la
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dure capitulation qu'on lui avait fait signer à son avènement à la couronne, et son caractère ardent et inflexible ne voulait opérer le grand changement qu'il méditait que par des moyens prompts et violents. Il saisissait donc toutes les occasions (Je mettre son plan à exécution. L'épouvante comprimait les plaintes. Christian prit ce silence morne et généra] pour celui de la résignation et de la soumission. Encouragé par cette méprise, il en marcha plus hardiment dans la voie qu'il s'était tracée.
Comme il avait besoin d'argent, soit pour la guerre contre la Suède, qu'il avait résolue, soit pour payer les dettes de son père, il établit, sans l'avis ni le consentement du sénat , des impôts et des droits de douane nouveaux , violant ainsi la capitulation qu'il avait jurée; aussi plusieurs personnes refusèrent de payer ces impôts nouveaux : alors des potences furent dressées dans les principales villes commerçantes, pour que la crainte des supplices étouffât même l'idée de la . résistance. Plusieurs églises furent dé-
f>ouillées d'une partie considérable de eurs revenus : on ne leur en laissa que ce qui était nécessaire pour leur entrelien. Cette mesure n'ayant excité aucune réclamation de la part de l'autorité ecclésiastique, on peut en conclure que Christian était très -bien avec la cour de Rome. La connaissance des affaires fut ôtée presque entièrement au sénat , pour être remise à des créatures de Christian , gens qui avaient fait leur apprentissage dans l'es cabarets ou dans des lieux pires encore , et qui par leur ignorance e$ leurs moeurs formaient un contraste complet avec les personnes qu'ifo remplaçaient.
Parmi ces conseillers d'une espèce Si nouvelle, figurait en preniière ligne Sigebrite, qui, malgré la mort de sa fille . n'avait rien perdu de son influence. On la regardait comme la dispensatrice de toutes les faveurs, et malgré la haine du. public , qui jetait sur elle le blâme de tout ce que le roi
faisait d'irrégulier et d'odieux , sa porte était constamment assiégée par la foule : les uns venaient pour solliciter des* places dont on savait qu'elle pouvait disposer par sou crédit; les autres se présentaient afin de ne pas avoir l'air de mécontents et de ne pas s'attirer son déplaisir, ce qui était un grand malheur, car elle avait le pouvoir et la volonté de faire du mal et d'opprimer les grands. C'était une sorte de consolation pour les hommes de bas étage d'apercevoir à cette porte les mêmes personnages qui, auparavant, les avaient dédaignés et rebutés, s'humilier à leur tour , et n'être admis qu'à force de soumissions à implorer pour eux-mêmes les grâces qu'auparavant ils distribuaient.
Ces mêmes nobles, naguère si fiers, si dédaigneux, remplissaient la cour de Sigebrite, exposés au mauvais temps H à la gelée. Le chroniqueur Svaning raconte que dans son enfance, en allant à l'école, il les avait vus , fn attendant que la porte de Sigebrite s'ouvrît, se battre le corps avec les mains et frapper la terre de leurs pieds, afin de moins souffrir du froid.
Certes, c'en était assez pour rendre Sigebrite haïssable à la noblesse; mais personne ne laissait éclater ses sentiments, afin de ne pas encourir la disgrâce de cette femme, et par conséquent celle du roi. Les nobles se contentaient de la noircir dans l'esprit du peuple, et leurs discours ne manquaient pas de produire de l'impression.
Les principaux confidents et conseillers de Sigebrite étaient Hans Mikkelsen, bourgmestre de Malmôe, Claus Holst, maître Godskalk, Didrik Slaghoeck, et d'autres qui exécutaient aveuglément ses volontés, et qui par conséquent étaient aussi très-avant dans la faveur du roi.
Slaghoeck jouait parmi eux le rôlç le plus important. Originairement barbier en Westphalie, où il était né, il avait parcouru la Néerlande, l'Allemagne et l'Italie, étudié la chirurgie à Rome, et s'était procuré un diplo ,,ie de docteur en droit canon ; ensuite il
avait été ordonné prêtre. Sjgebrite, dont oo le supposait parent et dont il possédait toute la confiance, l'avait donné pour confesseur a Christian. Cet homme , d'une astuce extrême et d'une immoralité profonde, était dur, hardi, violent.
On eut bientôt une preuve de l'ascendant de Sigebrite. Les femmes et les officiers que la reine avait amenés à sa Ruite , nés comme elle en Pïéerlande, ne pouvaient que difficilement s'accoutumer au régime diététique des Danois, qui connaissaient à peine l'usage des plantes potagères et du lai
des Hanséates , et leur faisait perdre un temps précieux en contestations pour obtenir une diminution de droits.
Les choses restèrent donc comme elles venaient d'être réglées, et les habitants de Copenhague en furent satisfaits : ils n'avaient, en général, qu'à se louer de l'administration de Christian. On voit par plusieurs ordonnances de ce roi, que son dessein était p"égaler le commerce de leur ville à celui des plus florissantes cités de l'Europe, et d'en faire l'entrepôt de toutes les marchandises du royaume, afin d'éviter les pertes auxquelles étaient fré-
tage. Leurs instances, appuyées du quemment exposes les propriétaires
crédit de leur compatriote Sigtbrite, décidèrent le roi à faire venir de Néerlande une colonie de paysans , qu'il établit dans la petite îled'Amac, trèsproche de Copihague. En peu de temps ils tran formèrent une lande stérile en un j i< din d'un aspect riant et d'un excellent produit; ils apprirent aux Danois à préparer convenable
quand ils les confiaient aux gens des villes hanséatiques. D'autres proclamations invitent les négociants étrangers et regnicoles à s'établir à Copenhague, eu leur promettant une protection particulière et les privilèges les plus étendus. Ces sages mesures ne pouvaient qu'irriter les Hanséates; un prince vigilant et éclairé sur les intérêts de son
nt le laitue et à cultiver les plantes royaume devait leur être odieux.
potopères. ( hristian rendit donc dans «eue occasion un service important a ses sujets.
Sigebnte eut, en 1517, l'idée de former un établissement semblable à VAseneur les habitants s'y refusèrent.
Elle n'eut pas de peine à décider le roi, qui se trouvait offensé, à transporter à Copenhague le péage du Sund.
La commodité , la sûreté du port de cette ville servirent de prétexte à cette mesure, qui entraînait la ruine d'Elseneur. Sigebrite prit la direction du péage , avec les profits qui y sont afc tachés, ce qui, sans doute, était aussi entré dans ses vues. Les villes hanséatiques jetèrent les hauts cris sur ce changement , qui parfois les obligeait àse détourner de leur route. Leur haine pour Sigebrite et l'ignorance grossière de ce siècle se dévoilent bien dans une
autre plainte contre elle : ils l'accusent en espérait, se déclara l'ennemi de ladde troubler leur navigation par des miuistrateur : ils se firent la guerre, sortilèges, qu'elle employait de con- Trollé, en prenaut possession de sou cert avec un chanoine réputé habile siège , avait refusé de prêter , suivant magicien. Il est vrai que , devenue in- l'usage, le serment de fidélité devant tendante du péase, souvent Sigebrite la diète. Elle autorisa l'administrateur rançonnait arbitrairement les navires à ounir le prélat récalcitrant. Stéii-
Sur ces entrefaites, les affaires de la Suède étaient dans une étrange confusion. Stén-Sturé, supposant avec raison que Christian fixait constamment ses regards sur la Suède , avait songé aux moyens de se concilier Éric Trollé, chef du parti opposé au sien.
Ce dangereux adversaire avait pour adhérents la plupart des évêques et tous les amis des Danois. I 'son, archevêque d'Upsal, ayant résigné son siége,indiqua
Sour sou successeur Gustave Trollé, ls d'Éric. L'administrateur l'agréa; il crut s'être fait un ami : l'événement lui apprit qu'il avait mis des armes terribles dans les, mains d'un ennemi Irréconciliable, d'un homme capable de tous les forfaits,.
Gustave Trollé fut à peine nommé archevêque, qu'il se lia secrètement avec Christian, et fier de l'appui qu'il
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Sturé assiégea Trollé dans sa forteresse de Stàké. Christian, qui n'était pas encore en mesure de marcher au secours de son allié , eut recours à la puissance ecclésiastique. La conduite de l'administrateur fournissait des motifs nombreux de griefs contre l'Église. Christian les exposa dans une lettre qu'il écrivit à Léon X. La réponse qu'il reçut était conforme à ses désirs.
Le pape chargea l'archevêque de Lund de l'examen de l'affaire, et iui ordonna que , s'il trouvait Stén-Sturé coupable, il procédât contre lui avec toute la rigueur prescrite par les lois ecclésiastiques. Le procès , instruit devant les évëques danois , ne traîna pas en longueur. Stén-Sturé et ses adhérents furent excommuniés ; le décret fut aussitôt fulminécontreeux et répandu dans toute la Suède. Ils ne s'en montrèrent pas plus affectés que d'un manifeste très-menaçant de Christian , qui parvint en même temps dans le royaume.
Ce qui donna plus de courage à Trollé, serré de très-près, fut la nouvelle de l'arrivée d'une armée de 4,000 hommes , envoyée par Christian : elle descendit à l 'improviste près de Stockholm. Aussitôt que Stén-Sturé en fut instruit, il vola au-devant des Danois et les défit complètement ; ceux qui regagnèrent leurs vaisseaux se vengèrent en pillant les côtes voisines et celles de Finlande, en rançonnant OEIand et plusieurs villes, en brûlant celle de Stegeholm.
Bien loin de se laisser abattre par la défaite des Danois , l'archevêque refusa de souscrire aux dures conditions qu'on lui proposait : on exigeait qu'il renonçât au siège d'Upsal. L'administrateur jugea que le concours des états était nécessaire dans cette conjoncture : il les convoqua donc à Stockholm, et donna un sauf-conduit au prélat pour qu'il pût y venir répondre de sa conduite. Trollé déclara fièrement aux états qu'il ne les reconnaissait pas pour ses juges, et qu'il lui suflisait de justifier son innocence aux yeux du pape; qu'il n'avait fait usage de son pouvoir que pour maintenir les Suédois et rester lui-même dans les
bornes de la fidélité qu'ils avaient tous urée au roi de Danemark , comme à eur prince légitime; qu'il n'y avait d'autres traîtres que ceux qui engageaient leurs compatriotes à la révolte; que les états ne pouvaient lui ôter un pouvoir qu'il ne tenait pas d'eux; et qu'il était assez notoire qu'ils n'agissaient pas de leur propre mouvement, mais comme les esclaves d'un jeune homme qui les sacrifiait à son ambition.
L'assemblée, irritée de ce discours audacieux, rendit un décret qui déposait Trollé comme rebelle et traître à la patrie et ordonnait que sa forteresse de Stiiké filt rasée. Les principaux membres des états signèrent ce décret et y apposèrent leur sceau. Jean Brask, évêque de Linkôping , prévoyant les suites possibles de cette détermination , eut la précaution de glisser sous son sceau un billet, dans lequel il déclarait qu'il n'avait agi que contraint par la force.
Trollé retourna dans sa forteresse; ses gens voyant que leur perte était inévitable, lé menacèrent de l'abandonner s'il ne se rendait pas. Heureusement pour lui , son caractère sacré sauva ses jours ; mais on l'obligea de signer un acte par lequel il renonçait à la dignité d'archevêque; jurait de' ne jamais la redemander, et d'écrire au chapitre d'Upsal de le remplacer; enfin de vivre tranquillement dans un couvent de Vesteros, où il devait rester enfermé toute sa vie.
Ce fut dans ces conjonctures que le légat Arcemboldi arriva en Suède.
L'administrateur, qui eut bientôt deviné son caractère léger , vain et avide, le gagna par les flatteries et les promesses éblouissantes qu'il lui prodigua ; si bien que le légat lui révéla tout ce que Christian lui avait imprudemment confié sur ses projets et sur les partisans qu'il comptait en Suède.
Puis, à la diète d'Arboga, il confirma la condamnation de Trollé, et manda au pape que les Suédois étaient obéissants et soumis, par conséquent innocents; que Trollé était un factieux, coudamné et déposé avec justice: qu'ainsi les griefs du roi de Danemark étaient
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sans fondement: et que ce prince méritait d'être excommunié pour avoir déposé sans raison et maltraité Baldenack , évéque de Fionie : en effet le roi l'avait fait arrêter et remis à la garde de l'archevêque de Lund , son métropolitain , pour le contraindre à payer une somme de 30,000 florins du Rhin, pour laquelle il s'était engagé au nom du roi Jean, envers les villes banséatiques; au bout de deux ans de captivité le prélat avait versé la somme exigée, et resigné son évéché entre les mains de Christian. Cet événement n'avait pas excité de grands murmures, parce que Baldenack était regardé comme un homme violent et orgueilleux. Au reste , sur la recommandation du pape, il regagna les bonnes grâces du roi , qui remploya de nouveau.
Léon X démêla le motif qui avait dicté la lettre d'Arcemboldi, car le prélat lui demandait, étourdiment, la permission d'accepter l'archevêché d'Upsal que l'administrateur lui avait oftert.
L'intérêt de Léon lui commandait de ne rien changer de ce qu'il avait fait pour Christian, monarque puissant et beau-frère de l'Empereur ; Arcemboldi reçut du souverain pontife une réponse peu satisfaisante.
Christian ayant enfin terminé ses préparatifs, parut, en 1518, devant Stockholm, avec une flotte de cent vingt voiles , débarqua ses troupes et attaqua cette ville du côté du sud. Stén- Sturé accourut pour la délivrer. Christian marcha à sa rencontre : il fut battu, le 23 juillet, à Brânkyrka en Sudermanie. Revenu dans son camp, et voyant que pas un Suédois ne venait se joindre à lui , que son armée commençait à manquer de vivres, que déjà la désertion et de fréquentes attaques de l'ennemi la diminuaient , que les vents contraires s'opposaient à son dért, il recourût, pour sortir d'emrras, à un artifice infâme : il envoya des députés à l'administrateur pour traiter de la paix. Stén-Sturé consentit à une conférence, et croyant à la sincérité du roi, il lui fit parvenir des vivres , et se disposa même à venir à
bord de son vaisseau pour s'entretenir avec lui. Le sénat, plus défiant, l'en détourna . Christian fit alors dire à l'administrateur qu'il irait lui-même s'aboucher avec lui à Stockholm, pourvu qu'on lui donnât un sauf-conduit et six otages pris parmi les premières maisons du royaume; il en désigna expressément un : c'était Gustave Éricson Vasa , qui déjà , ainsi que nous l'avons raconté, avait fixé dans son enfance l'attention du roi Jean, qui depuis avait fait preuve d'intelligence au siège de Stâke que Sturé lui avait confié, et qui dans la dernière bataille portait l'étendard suédois. Était-ce un pressentiment secret qui inspirait les soupçons de Christian sur cejeune homme de vingt-deux ans ? Lui supposait-il le projet de devenir un jour le libérateur de sa patrie ? Pourquoi donc épargna-t-il sa vie quand il fut en son pouvoir? La Providence veillait sur Gustave. Christian voulait sacrifier à sa vengeance les six otages ; Sigebrite lui conseilla de les conserver pour sa sûreté. Leur danger, disait-elle, retiendra dans le devoir ceux qui leur sont alliés par le sang.
Les otages s'avançaient vers le bord de la mer ; Christian les fit arrêter , conduire de force sur sa flotte , et le vent étant devenu favorable, il retourna en Danemark, satisfait du succès de son odieux stratagème. Il distribua ses prisonniers dans différents châteaux forts, et chargea de la garde de Gustave, Éric Banner, qui souscrivit une obligation de payer une amende de 6,000 rixdallers s'il le laissait échapper. Gustave fut enfermé dans le château de Callôe en Jutland.
L'administrateur, profilant du redoublement de haine que la déloyauté maladroite de Christian inspirait aux Suédois contre ce prince, dont l'intérêt évident était de les gagner par une conduite franche et généreuse, acheva d'abattre le parti danois et d'humilier ïrollé. Il lui signifia l'ordre de paraître devant les états, et l'obligea de souscrire de nouveau à sa déposition.
Alors il lui laissa le choix d'une autre retraite, où le prélat abattu, mais non
terrassé, se consolait par les avis qu'il recevait des grands préparatifs de guerre du Danemark.
Christian les poussait avec vigueur, au moyen de fortes contributions qui mécontentèrent beaucoup ses sujets.
Il abusait de l'autorité, en quelque sorte illimitée, qu'il avait fini par acquérir. Il favorisait les commerçants; et ceux-d ne lui .savaient pas beaucoup de gré de la protection qu'il semblait leur accorder , parce qu'il faisait des changements dans les monnaies. Il en fit frapper une qui portait le nom de Klippîng ; elle devait passer pour pièce d'argent, et ue contenait guère que dU Cuivre. Christian fut à celte occasion surnommé le roi Klipping. Une satire en vers^ par Paul Élisen, et relative à ce fait, courut parmi le peuple. Hvitfeld, écrivain du dix-septième siècle, raconte qu'elle existait encore de son temps. On regrette qu'il n'en ait pas fait imprimer la copié , elle aurait pu donner une idée de la poésie danoise à cette époque.
Le hasard fournit au roi une singulière occasion d'augmenter ses recettes.
Instruit de la mauvaise foi d'ArcembOldi, il Ut arrêter, en 1519, son frère Antonelli, qui s'en retournait à Rome, et saisir l'argent qu'il emportait avec lui. Le légat ayant suivi de près son frère, fut empoigné aussi. Christian voulait le punir sévèrement ; Arcemboldi put s'évader. Il écrivit de Lubeck au roi et à la reine, pour réclamer ses trésors et la liberté de son frère. Il obtint le dernier point et seulement une très- petite partie de l'autre, et revint à Rome sons outre résultat de sa longue mission dans le Nord que d'avoir en venimé les différends qui existaient avant son arrivée, et d'y avoir excité un scandale universel.
Toute l'année 1519 se passa en petites expéditions sur les côtes de Suède, tant pour fatiguer et inquiéter les partisans de l'administrateur, que pour entretenir les espérances et les bonnes dispositions des autres. Christian (it en personne la conquête de l'île d'OEland.
* J'arrive maintenant , dit Hol-
berg (*) * à la grande année 1520, qui est la plus remarquable non-seulement du règne de Christian II , mais aussi de toute l'histoire des royaumes du Nord. Nous y voyons des armées formidables mises sur pied, des combats importants livrés, une résidence royale nageant dans le sang, la réduction de la Suède ^ h réunion des trois royaumes, et en même temps le principe delà chute de la monarchie du Nord et de la fuite du roi ; de sorte que cette année doit faire une époque et une ère particulière dans l'histoire du Danemark. Ces grands et terribles événements qui ont fourni matière à des poèmes, à des déclamations, à des tragédies, je les écrirai avec la sincérité qui est l'essence de l'histoire, et avec l'impartialité convenable. »
Fortement occupé du projet de faire rentrer la Suède sous son obéissance, Christian n'en avait dilTéré l'exécution, pendant plusieurs années, qu'alia de pouvoir agir plus efficacement par l'emploi de moyens plus puissants que ceux auxquels il avait d'abord eu recours. La guerre qu'il avait faite josu'â ce moment n était qu'un prélude celle qu'il allait entreprendre. Il avait ramassé des sommes d'argent très-considérables, qui lui permirent de prendre à sa solde beaucoup de troupes de différentes nations. Il leva 4,000 fantassins en Allemagne, et d'autres dans les pays voisins. Afin d'être bien assuré des secours qu'il pouvait espérer de la France , il envoya deux ambassadeurs a François I er . Ce monarque les reçut très-bien, et, indépendamment d'une réponse qu'il fit en latin trè<-élégant, accorda 2,000 fantassins.
Us étaient commandés par Gaston de Brézé, seigneur de Fouquarmont. qui avait sous ses ordres le baron de G«»ndrin, les capitaines de Saint-Bhmoud, de Prefou et la Lande, tous hommes aguerris et excellents militaires. Us arrivèrent sur une escadre que conduisait Jacques de Vallé, qui avait pour interprète Eiler Ilonnov, gentilhomme
(•) Danncmarks Ri g es Historié) I. M»
danois depuis longtemps au fcervicte de France. Cette troupe nienâit avec elle m petits canons dè brorize.
Outre ces troupes venues du Continent, Tannée comptait aussi des Écossais : ils jouissaient d'une haute réputation de courage. Arrivés à Cobeitaue, drs querelles à'élevêrerit Bientôt feutre etlx et leg Allemands : ils en vinrent à des voies de fait ; il en ppfif Un grand nombre de part et d'autfe,et le roi qui accourut en personne, m d'apateer ce ttimulte , fut obligé d« recourir à la rigueur pour le foire céssrr.
Frédéric , duc de Holstein-Sie^vig, bhtHe paternel de Christian , lui fournit aussi son contingent de soldats. On attendait de si grandes choses de la campagne (Jni allait commencer, que <fo toiltes parts des guerriers de réputation accoururent pour participer à la éldire qu'elle devait procurer. On distinguait parmi ces militaires IverLun- $e, Danois qui avait longtemps fait la guerre en Allemagne, en France et en Kièèrtende ; et George Treknadel, Néerlandais , qui S'était également rendu célèbre bar sa valeur. Les historiens racontent que ces deux braves , aspirant tous aeux à un même poste , le roi fut dbliné de remettre la décision de leur différend à un combat singulier; Lunge en sortit vainqueur.
Ces préparatifs terminés, Christian publia sot» manifeste contré la Suède.
Il était conçu en ces termes : « Les «Suédois ont enfreint le pacte de Cal- « niar, et Ont méconnu les droits héréditaires qu'il établissait; ils ont ■ renversé du trône mon père, roi couronné légalement : attentat qui, aujourd'hui, «Ibil être vengé : non-seu- « cment pour ces actes, maisaussi pour « eurs entreprises contre la Dignité ar- « rliippischp île ; ils se sont ainsi attiré « rëxcoinihuriieatidrt de l'Église, que «je suis chargé d'exécuter. » Daim, duquel nous empruntons ce document, ajoute : « Sten Sturé réfuta aisément lés motifs de cette déclaration de guerre La cour de Danemark avait depuis longtemps foulé aux pieds les clauses de f union des trois royaumes. Les rois
de ce pays n'avaient été reconnus en Suède qu'à des conditions qu'eux-mêmes avaient transgressées, et l'archevêque avait été puni conformément aux lois; mais aucun "argument n'était valable pour Christian (*). »
La force de l'armée navale de Christian répondait à Celle de l'armée de terre. Indépendamment du nombre ordinaire de. vaisseaux que chaque province était obligée de fournir, Christian en avait pris à son service, de force ou de gré, beaucoup appartenant aux Anglais, aux Néerlandais et aux villes hanséatiques. Toutefois U restitua ces derniers , afin de ne pas s'attirer l'inimitié de la ligue dans une circonstance où il lui importait tant qu'elle ne prît pas parti contre lui avec ses adversaires. Il conclut avec elle une convention, par laquelle il s'engageait à réparer le dommage qu'il pouvait lui avoir causé, pourvu que, pendant une année entière , elle s'abstînt de tout commerce avec les Suédois.
L'hiver étant la saison la olus favorable pour pénétrer dans l'intérieur de la Suède, parce qu'alors les lacs et les marais qui, en été, coupent les communications par terre , sont gelés, et offrent toute la commodité possible pour le transport des vivres, des munitions , des objets de divers genres et de l'artillerie, Otton Krumpen , général danois qui commandait en chef l'armée , entra dans ce royaume par ïlelsingborg, le 5 février 1520, et se dirigea vers la Vestrogothie.
L'administrateur, à la tête d'un corps d'élite de nobles et de 10,000 paysans armés à la hâte, s'avança contre les Danois. Arrivé dans les' environs de Bogesund (**;, il s'y retrancha. On en
(*) Svéa-R'tkes Historia, t. II, p. 89.
(**) D'après un décret de la diète de * 74» » Bogesund, petite \ille de Vestrogothie, préfecture d'Elfsborg, fut appelée Ùli icehaum (port d'L*lrit|ue).eii mémoire d'IJli ique-Éléonore, reine de Suède, et sœur de Charles XIÎ : elle a un port à 1 ex'rémitê seplentrionaledu lac d'Asunda. Elle est à dix lieues à l'est de Jônkôpin^. Sa situation près des contins du Halland et du Smoland lui dou-
L'UNIVERS
vint aux mains le 21 janvier sur le lac d'Asunda qui était gelé; Stën Sturé fut blessé dès le commencement de l'action. Cet accident décida le succès de la journée en faveur des Danois : ils poursuivirent leurs adversaires jusqu'à Tivèden , près de Ramunda-Boda en Néricie , passage très - important où ceux-ci s'étaient retranchés , car Sturé, quoique sa blessure fut' mortel le, avait ordonné toutes les mesures qui pouvaient arrêter l'ennemi. Ce poste, fortilié par des blocs de glace, fut attaqué le 2 février, et ne put résister à l'impétuosité des Français, qui forcèrent tous les obstacles : ils se plaignirent d'avoir été abandonnes et sacrifiés par les Danois dans cette affaire, où ils perdirent la moitié de leur
E élite troupe ; le reste s'en retourna ientot en France, peu satisfait de la manière dont ses services avaient été récompensés.
L'administrateur avait été porté à Strengnàs : il y apprit le désastre de Tivèden. Il voulut tenter un dernier effort pour sauver son pays de la domination étrangère : il se réconcilia avec Trollé, puis se mit en route pour gagner Stockholm. Succombant a ses maux et à ses chagrins, il mourut le 2 février sur les glaces du lac Màlar, qu'il traversait en traîneau.
Rien n'égala la consternation causée par sa mort et par les succès des Danois. L'enthousiasme qui avait animé le parti national paraissait éteint. Krumpen profitait habilement du découragement général : il ménageait les paysans , les assurait d'une protection efficace s'ils restaient tranquilles; faisait rendre hommage au roi , promettait qu'il conserverait à la nation sa liberté et ses privilèges , et, pour effrayer les plus timides, faisait afficher la bulle d'excommunication , ce qui suspendait partout le service divin.
La conduite de Krumpen réussit : la plus grande partie de la noblesse résolut , dans une de ses assemblées , de lui demander une trêve de onze jours,
nait de l'importance quand le Danemark possédait la première de ces provinces.
pour pouvoir se réunir à Upsal ; elle fut accordée. Trollé parut revêtu de ses habits pontificaux; malgré son raccommodement récent avec Stén-Sturé, il s'était déclaré pour les Danois; il exhorta l'assemblée à reconnaître Christian pour roi. Son discours produisit d'autant plus d'effet, que l'on apprit l'arrivée d'un gros renfort de troupes amené par un seigneur danois.
On nomma donc Trollé, le chancelier Matthias Lilié, évéque de Strengnàs , et d'autres députés, pour traiter avec Knimpen, qui était chargé des pleins pouvoirs du roi. Christian fut reconnu roi après que Krumpen eut en son nom signé une capitulation. Le pacte de Calmar fut confirmé ; il fut convenu que chacun conserverait les fiefs ou les autres terresqu'il avait reçus du gouvernement précèdent , et que tous les prisonniers seraient rendus. Christian ratifia ce traité , et tous ceux qui demandèrent des lettres de sûreté, soit -pour leur personne , soit pour leurs biens , les obtinrent facilement. Le peuple fut invité à déposer les armes et à obéir aux ordres du roi.
Tandis que toute la Suède semblait courber la tête sous le joug que Christian aurait voulu lui imposer, une femme s'efforça de ranimer l'énergie de ses compatriotes. Christine Gyllenstierna, veuve de l'administrateur, s'était enfermée dans Stockholm avec ses deux (ils encore enfants : elle pourvut cette ville de vivres et de munitions de guerre, et par ses discours réchauffa le zèle des habitants. Elle rejeta l'offre d'accéder à la convention d'Upsal , qui contenait un article exprès pour elle. A sa voix, les paysans accoururent de diverses provinces et formèrent une petite armée , qui fut renforcée par un corps de Lubeckois.
Ces Hanséates , alarmés des projets de Christian et des progrès de sa puissance, avaient saisi l'occasion de faire échouer ses desseins sur la Suède.
L'armée des insurgés attaqua un corps danois qui s'était avancé jusqu'à Stockholm sous les ordres de l'archevêque, et le mit en déroute ; encouragée par ce succès, elle battit, le 6 avril, le
gros des troupes danoises , et obtint d'abord l'avantage ; mais les paysans s étant trop tôt débandés pour piller , les Danois se rallièrent, mirent à leur tour leurs ennemis en désordre, et en firent un grand carnage; Krumpen fut blessé.
Dès que la mer fut libre, Christian partit avec sa grande flotte , mouilla devant Calmar , qui refusa de se soumettre, débarqua près de Stockholm, vers le milieu de mai , et alla joindre son armée dans les environs d'Upsal.
Presque tout le clergé et une partie de la nomesse s'empressèrent de lui présenter leurs hommages, et reçurent l'accueil le plus gracieux. Ce n'était ps assez pour lui tant que Stockholm lui résisterait ; la saison favorable pour rester campé sous ce climat rigoureux se passait, les vivres s'épuisaient , le pays ne pouvait lui en fournir; son armée, composée en partie de mercenaires avides de pillage qu'ils ne pouvaient espérer, en partie de vassaux impatients de retourner chez eux dès que la fin de la campagne approchait, manifestait de l'agitation et du mécontentement.
Dans une conjoncture aussi difficile, Christian recourut aux négociations. Depuis son arrivée, il n'épargnait rien pour persuader aux assiégés qu'ils ne pouvaient que gagner à lui ouvrir leurs portes, puisque la géne que leur commerce éprouvait cesserait aussitôt.
Ses promesses, les sollicitations continuelles de l'évéque de Strengnàs et de Hemming Gadd , jadis ennemi déclaré des Danois , aujourd'hui fauteur de Christian ; peut-être aussi la rareté des vivres, après un siège de quatre mois, se réunirent pour opérer ce qui avait été impossible à la force des armes. Les habitants de Stockholm consentirent à recevoir le roi et à lui rendre hommage ; Christine essaya vainement de les détourner de cette résolution , et de les engager à se défier de la parole d'un prince qui plus d'une fois y avait manqué : elle fut obligée de consentir à la capitulation, gui fut signée le 6 septembre. Christian accorda une pleine et entière amnistie
lf Livraison. (Daubmahk.)
pour tout ce oui s'était passé précédemment, confirma tous les privilèges de la ville , assigna un douaire à Christine, enfin s'engagea solennellement à gouverner suivant les lois du royaume. Il jura par l'honneur tout ce qu'il venait de promettre, le signa, y ap-
f)usa son sceau , disant que non-seuornent il voulait être le roi, mais aussi le père des Suédois. Le lendemain , il fit son entrée dans la capitale ; il fut très-affable pour la multitude , et par de légères largesses gagna sa bienveillance. Christine et la garnison du château lui prêtèrent serment de fidélité.
II avait déjà envoyé Hemming Gadd en Finlande, comme son délégué; son autorité fut reconnue partout sans opposition. Il ne lui restait plus qu'à se faire couronner; cette cérémonie exigeant des préparatifs, fut renvoyée au 4 novembre. Ensuite il partit pour le Danemark , où la nécessité de payer et de congédier ses troupes le rappelait pour quelque temps.
D'autres affaires y exigeaient aussi sa présence. La reine avait, pendant qu'il était en Suède, tenu les rênes du gouvernement au milieu de nombreuses difficultés, car les Lubeckois, profitant de son absence , demandèrent à pouvoir commercer librement avec les Suédois , et leurs instances devinrent si vives, qu'Élisabeth se vit obligée de leur octroyer cette faculté pour deux mois , espérant que le roi reviendrait avant l'expiration de ce terme. La lettre patente qui fut délivrée aux Lubeckois était munie du sceau royal , confié à la garde de la reine. Mais le sénat qui savait que ces Hanséates s'étaient engagés par un traité à n'entretenir aucune communication avec la Suède , et qui craignait que le roi ne trouvât mauvais ce qui venait d'être fait, n'osa pas contre-signer la patente avant que la reine eût donné l'assurance qu'elle prenait sur elle-même la responsabilité de cette démarche. Aussitôt elle écrivit à Christian pour justifier sa conduite. Chacun s'attendait à une explosion de colère etd'indignation de la part de Christian ; il n'en fut rien.
Comme dans ce moment il avait De-
L'UNIVERS
soin de divers approvisionnements, il envoya Slagbôck à Lubeck , avec la mission de confirmer l'arrangement ' conclu parla reine, à condition que les Lubeckois lui fourniraient des vivres et toutes les choses qui lui étaient nécessaires : ils se conformèrent à cette obligation, et tout fut dans Tordre.
Arrivé à Copenhague, Christian écrivit à la plupart des puissances étrangères pour leur annoncer ses. succès en Suède. Depuis quelques années, la doctrine de Luther se répandait en Allemagne, et notamment en Saxe, et un certain nombre de Danois l'avaient adoptée. Le premier germe des idées nouvelles y fut apporté en 1519 par Pierre Lille, en latin Petrus Parvus (Pierre Petit), plus connu sous le nom de Rosap/ontanus , gentilhomme de Rôskiid (*). Il enseigna de vive voix et par écrit la nécessité d'une réformation religieuse , et indiqua les moyens propres à l'effectuer. 11 trouva un appui dans Paul Eliason {Elix) y prieur des carmes de Copenhague, et en même temps professeur de théologie à l'université. Christian , à qui ces nouveautés plaisaient , parce qu'elles tendaient à humilier le clergé danois , lit venir d'Allemagne maître Martin Reinhard de Wittemberg, homme très-instruit, et lui permit de prêcher tous les dimanches et les jours de fête, après midi, dans l'église de Saint-Nicolas.
Martin n'obtint pas un grand succès, ce qui fut attribué , en grande partie, à son extérieur peu avantageux et à la singularité de ses gestes quand il était en chaire. D'ailleurs , ne sachant pas la langue du pays, il prêchait en allemand , et Eliae traduisait ses sermons en danois. Les ecclésiastiques , qui ne trouvaient pas leur compte à ce qu'il produisît de l'effet sur son auditoire, proGtèrent de ses défauts pour le rendre ridicule au peuple. Ils vêtirent d'un habillement semblable à celui de .Martin un pauvre jeune homme , qu'ils dressèrent à l'imiter.
(*) Le nom de Rosœfontanus (de Rose fontaine) est la traduction de Ro»kild.
Il y réussit à un tel point, qu'il fut invité à se trouver à plusieurs assemblées pour les divertir, et on lui donna par dérision le nom de l'homme qu'il s'était étudié à copier. Ce fait est raconté par Holberg (*) et par d'autres historiens; il a paru convenable de le leur emprunter , puisque Christian va bientôt se présenter comme le défenseur impitoyable de l'Rglise romaine.
Mais ils se sont trompés en disant que ce prince fut engagé par l'exemple de son oncle maternel , Frédéric le Sage, électeur de Saxe, qui s'était enrichi par la sécularisation de plusieurs fondations eccléciastiques. C'est un anachronisme. En 1520, l'électeur de Saxe n'avait pas encore embrassé la réformation , et il n'existait pas une église luthérienne , puisque son fondateur tenait encore pour l'Église romaine.
Ce ne fut même que quelques années après que l'on songea, en Allemagne, à mettre la main sur beaucoup des biens du clergé.
Le court séjour de Christian à Copenhague devint désastreux pour la Suède et fatal à lui-même. Ce nit alors que, suivant le récit de la plupart des historiens , Christian concerta un plan exécrable avec Sigebrite etSIaghôck, revenu de Lubeck. Ce misérable avait réussi , à force de souplesse et de lâchetés, à être le principal conseille* du roi.
La soumission des Suédois n'avait pu satisfaire complètement Christian.
INaturellement soupçonneux, il pensait qu'après avoir été couronné en Suède, les ligues et les rébellions renaîtraient des qu'il serait revenu en Danemark, et s'indignait à l'idée de laisser échapper une conquête qui lui avait coûté tant de peine et tant d'argent. Les entraves mises à son autorite, par la capitulation qu'il avait jurée, blessaient sa Uerté ; il prévoyait que s'il faisait la moindre démarche pour s'y soustraire , il exciterait un soulèvement général.
Dans cette perplexité, les avis d'hommes prudents et intègres auraient été
(*) L. c.,tu,p. C4.
nécessaires à Christian ; malheureusement pour fui, son habitude n'était pas d'en consulter de tels. Il s'ouvrit donc à Slaghôck ; ce barbare, lui représenta que le seul moyen d'établir sa domination en Suède sur des fondements solides , et de prévenir à jamais toute tentative de rébellion, était d'ex-
comme il avait fait pour les sénateurs, les droits de Christian au trône, et les motivad'une manière singulière. Après avoir lu un article des anciennes lois de saint Éric , dans lequel il est dit que si le roi a un fils qui soit apte à régner, ce fils doit lui succéder, il allégua que Christian étant fils d'un prince
terminer les principales familles de ce qui avait été roi de Suède, et de plus royaume, comme il avait déjà fait en étant issu de ce même Éric le saint, Norvège : les Suédois, dit-il, privés de auteur de la loi , devait être reconnu chefs, et contenus par cet exemple ef- pour roi héréditaire de Suède. Il refrayant de sévérité, payeront désormais procha aux Suédois la longue résissansmurmurer tous lés impôts qui leur tance qu'ils avaient opposée à Chrisseront demandés. Il ajouta que la con- tian , et finit par leur demander s'ils duite précédente de la noblesse autorî- le reconnaissaient pour leur légitime sait le roi à recourir à cette rigueur, que souverain. A cette interpellation proie succès justifierait dans la suite, noncée avec fierté, et accompagnée de Christian, dont cet avis sanguinaire circonstances menaçantes, toute l'asflattait les passions, crut avoir trouvé semblée répondit affirmativement , et le seul expédient qui lui restât pour personne ne s'avisa d'élever une dismettre un terme a ses soucis. Il ne cussion sur la forme du gouverne-
considéra pas ce plan sous toutes ses faces , il ne vit que ce qu'il avait de spécieux. Impétueux et ardent, il prit tout de suite son parti. Il fut résolu que Slaghôck accompagnerait le roi en Suède, où Sigebrite n'aurait osé se montrer. Christian emmena aussi à sa suite Jean Baldenack, cet évéque d'Odeoséqui, après avoir éprouvé tour à tour sa faveur et son ingratitude, jouissait de nouveau de toute sa confiance.
Dès la fin d'octobre, Christian fut de retour à Stockholm , où les états avaient été convoqués. Le sénat prit , le 28, un arrêté, par lequel Christian fut reconnu pour roi légitime, par droit héréditaire, comme descendant de saint Éric et de Magnus Laduios, par Ineeborg ou Anne, sœur d'Albert de Mecklenbourg, laquelle avait épousé en secondes noces Henri II ,
ment (*). Alors Baldenack exigea que chacun prêtât serment de fidélité au roi ; tout le monde ayant levé la main à la lecture de la formule ordinaire , I l'évêque proclama à haute voix Christian II roi héréditaire de Suède.
Le 4 , il fut couronné par Gustave Trollé dans la grande église de Saint- Nicolas , qui est proche du château. Il communia, et confirma par serment toutes les promesses qu'il avait déjà faites. Quand la couronne lui eut été posée sur la tête , Jean Suckol , ambassadeur de l'Empereur, s'avança, prononça un discours latin, et revêtit Christia'n de la décoration de l'ordre de la Toison d'or. On remarqua que, dans la cérémonie du couronnement , les insignes de la royauté furent portés uniquement par des Danois, et que parmi les chevaliers que le roi créa il ne se trouva pas un seul Suédois. Cet
comte de Holstein, bisaïeul de Chris- incident , qui fut suivi d'une declara-
tian I er . tion publique, portant que pour cette
Cette formalité remplie, le roi vou- fois il ne faisait cet honneur à aucun
hit aussi tenir son titre du consente- Suédois, parce qu'il devait le royaume
ment des autres ordres du royaume. Les à ses armes , et non à leur bonne vo-
états furent donc appelés à se réunir lonté, répandit la consternation dans
le t" novembre, jour de la Toussaint, au pied du Brunkeberg , où l'on avait construit une espèce d'amphithéâtre.
Baldenack monta en chaire , exposa ,
la capitale (**).
(*) Holberg, î. c. , t. Iï , p. 68.
H Holberg,lc.,p.69.
L'UNIVERS
Ensuite , comme s'il ne s'en fût pas aperçu ou eût borné là sa vengeance, il ordonna des festins, des courses de bague-, des tournois et d'autres réjouissances publiques, et pendant trois jours qu'elles durèrent il montra une bonté et une affabilité qui lui attirèrent des marques d'affection de la multitude.
Les grands ne savaient s'ils devaient craindre ou espérer. Toutefois ce que l'on connaissaitdu caractère du monarque ne pouvait que causer de vives inquiétudes etde terribles défiances : elles n'étaient que trop fondées. Christian consulta de nouveau Slaghôck et quelques autres scélérats de la même trempe , dont les historiens ont voué les noms à la juste exécration de la postérité : c'étaient Jens Madsen , Claus Holst et quelques autres (*). Il fut de nouveau question du projet dont il a été parlé précédemment ; il ne restait plus qu'à en concerter l'exécution d'une manière sûre, et qu'à trouver quelque prétexte propre à couvrir ce qu'elle aurait de révoltant. Quelques-uns des confidents de Christian proposèrent d'exciter sous main , entre les bourgeois et les soldats, un tumulte, à la faveur duquel il serait aisé de faire main basse sur les proscrits ; d'autres objectèrent que ce moyen n'était pas très-sûr. Il y en eut qui imaginèrent de répandre de la poudre à canon sous le château , et d'accuser le sénat d'avoir projeté de faire sauter le roi : mais cet expédient ne parut pas encore suffisant. Enfin Slaghôck devinant l'intention secrète de Christian , s'écria :
« Le roi n'a besoin ni de feinte ni de « détour pour en venir à ses fins. N'a- « t-il pas dans les mains la bulle d'ex- « communication lancée par le pape ?
«Comme roi, il peut tenir sa parole « et pardonner aux Suédois; mais com- « me chargé d'exécuter le jugement « prononce par le saint-siége , il doit « exterminer les hérétiques par le fer « et par le feu. » Il fut convenu que l'archevêque Gustave Trollé serait chargé de porter le décret d'accusation, mais qu'on ne lui confierait pas le secret
(*) Holberg, 1. c. , t. II , p. -;>.
de la délibération qui venait d'être
prise (*).
Christian, encouragé par les discours de ses étranges conseillers, manda Trollé en secret, et après lui avoir rappelé tout ce que l'administrateur et son parti lui avaient fait souffrir , lui dit que le moment de s'en venger était venu ; et qu'à cet effet il devait déduire ses griefs contre eux, dans une assemblée solennelle, et requérir l'exécution de la bulle qui les excommuniait.
« La mauvaise conscience de Trollé, « observe Dalin, fut plus que troublée « par la confidence qu'il venait de recevoir ; cependant il crut qu'elle « aboutirait seulement à le rétablir « sur le siège d'Upsal. »
Le 7 novembre , troisième jour des fêtes , le sénat est convoqué extraordinairement; le roi y entre avec un cortège nombreux : bientôt l'archevêque en habits pontificaux, accompagné de beaucoup d'ecclésiastiques , se présente. Il se plaint de l'injustice qu'il a soufferte de la part de l'administrateur Sturé , qui l'a dépossédé de son siège, Ta emprisonné , et a détruit ia forteresse de Stàke, bâtie par saint Éric; il demande satisfaction du tort et du dommage qui en sont résultés pour lui, et conclut à ce que le château <!e Stàke soit rebâti. La modération de ce discours excita le courroux de Christian. Trollé est interrompu par le roi , et la menace est employée par Slaghôck , qui insinue secrètement au prélat qu'il y va de sa tête s'il ne s'acuitte pas mieux de la commission ont Christian l'a chargé.
Aussitôt le roi nomme un tribunal composé d'ecclésiastiques, les uns étraners et les autres Suédois, qui tous lui taient dévoués. Trollé y présidait, et agissait ainsi comme juge et partie; il avait pour assesseurs Otton, évéque de Vesteros, et maître Jon , chanoine d'Upsal. Celui-ci lut un mémoire, dans lequel l'archevêque , après une longue déduction de ses griefs contre l'administrateur défunt, contre Christine sa
(*) Dalin , L c , L II , p. 910.
veuve, contre les sénateurs, contre les magistrats de Stockholm, exposait les mauvais traitements que son prédécesseur sur le siège d'Upsal et l'évéque actuel de Vesteros avaient éprouvés de leur part , et demandait la réparation de tous les dommages et la détention des accusés, jusqu'à ce que le roi eût prononcé sur la satisfaction due aux parties lésées ; puis il finit par requérir l'exécution de la bulle d'excommunication. Elle n'imposait aux coupables
Ju'une amende pécuniaire; cependant on conclut à leur mort et à la conflscation de leurs biens.
Le roi feignant la modération , refusa d'être juge dans cette affaire, et en renvoya la décision à des commissaires, qui tous étaient Suédois (*) , à l'exception de l'archevêque de Lund et de Baldenack, évéque d'Odensé. Les accusés parurent devant ce tribunal ; Christine y fut également citée. Elle rappela toutes les promesses du roi d'oublier le passé; et, pour justifier son époux défunt , elle allégua le décret des états du 23 novembre 1517, qui avait prescrit à Sturé tout ce qu'il avait fait contre l'archevêque. Par cette communication imprudente , elle perdit tous ses amis accusés , ou plutôt elle fournit à Christian tfn prétexte pour justifier le crime qui était résolu d'avance. Le tribunal prononça que tous ceux qui avaient signé le décret étaient par ce fait convaincus d'hérésie, et passibles des peines portées par la sentence d'excommunication , fulminée contre eux en conformité de la bulle du pape.
A peine cet arrêt eut été rendu, que les gardes du roi se saisirent de Chris-
(*) Mallet (1. c, t. V, p. 440) cite les noms de ces Suédois et continue ainsi : Vertôt avanre le contraire , et ce n'est pas la soûle erreur qui se trouve dans la relation «'il nous a laissée de cet événement. Je ne is rieu de Puffendorf et d'autres historiens plus modernes, qui n'ont fait que multiplier les fautes de leurs devanciers en les copiant sans attention. Les faits qu'on cite ici sont lires des actes originaux et en particulier de la sentence des commissaires prononcée contre les accusés, le 8 novembre.
t i ne et des autres accusés , et les emmenèrent au château , où ils furent enfermés dans des chambres séparées.
Jean Brask, évêque deLinkôping, ayant fait briser le sceau placé à côté de sa signature, montra la protestation qu'il avait glissée par-dessous , et fut mis en liberté.
Le 8 novembre , jour de deuil perpétuel pour la Suède , les prisonniers voient arriver le bourreau : il leur annonce qu'ils vont être conduits au supplice; ils demandent des prêtres pour les assister à leur dernière heure ; on leur répond que par leur hérésie ils se sont rendus indignes de l'usage des sacrements. Les habitants de Stockholm ignoraient ce qui se passait, car depuis le 6 les portes du château étaient fermées, et ils ne s'attendaient pas à l'épouvantable spectacle que Christian leur préparait. Il avait fait défendre d'ouvrir les portes de la ville, afin que dans les environs on ne pût rien apprendre. Des hérauts qui, à la pointe du jour , parcoururent les rues , pro- , clamèrent la défense de sortir des maisons (*). Un silence effrayant régna dans toute la ville pendant la matinée; vers midi, une double haie de soldats garnit les rues principales et les places publiques; les portes du château s'ouvrent, et on en voit sortir une longue file de personnages tous distingués par leur naissance , leurs dignités, leurs talents et leurs vertus, des évéques, des sénateurs, des magistrats, tous vêtus encore des mêmes habits dans lesquels ils avaient assisté au banquet royal, et décorés des marques de leur dignité.
Quand ce triste cortège fut arrivé sur la grande place , qui est peu éloignée du château et située également sur la partie la plus élevée de l'île où il est bâti, mais un peu au-dessous, Nils Lvkke, sénateur danois, s'avança, et annonça au peuple, qui avait enfin pu sortir de ses habitations, que ces chefs des premières familles du royaume , ces hommes éminents par leur nais-
(*) Ces détails sont confirmés par Holberg; 1. c.,p. 73.
L'UNIVERS
.ou leurs dignités, s'étaient rendus coupables envers l'Église , et que le roi avait été supplié à genoux, trois fois de suite, par l'archevêque d'Upsal , de faire exécuter la sentence portée contre eux, pour venger le tort qu'ils lui avaient causé. Et comme on avait craint que cette excuse ne parût pas suffisante , Lykke ajouta que les prisonniers avaient répandu de la poudre sous le château, afin de faire périr le roi et toute sa cour. Les gémissements de la multitude suivirent ce discours. Les bourreaux s'approchèrent.
L'évêçjue de Skara éleva la voix , prit Dieu a témoin de son innocence, accusa le roi de mensonge et de perfidie, et appela sur sa téte la vengeance divine. Anders Rut et Anders Carlsson, magistrats de Stockholm, exhortèrent les assistants à secouer le joug du tyran. Le bruit que firent les soldats et un ordre expédié par le roi mirent fin aux harangues , qui étaient interrompues par des cris confus d'indignation et de douleur. Mathias, éveque de Strengnâs, qui un des premiers s'était déclaré pour la cause de Christian , fut décapité le premier.
Celui de Skara le suivit; les têtes de tous les autres tombèrent ensuite.
Eric JÔnson Vasa , père de Gustave , était parmi ces illustres victimes : leur nombre fut ce jour-là de quatre- vingtquatorze. Quelques proscrits ayant échappé en se cachant dans les endroits les plus reculés de leurs maisons , et les recherches qui furent faites, quoiqu'elles eussent donné lieu à de nouvelles exécutions, n'ayant pas produit le résultat attendu , une proclamation de Christian publia un pardon général et invita tous les habitants à reprendre eu paix et en pleine sécurité leurs occupations ordinaires : nouvelle perfidie du farouche monarque: à peine ce qui restait des proscrits tut-il sorti de ses retraites, qu'il fut saisi et traîné au supplice. Le sang inonda la grande place, et coula le long des rues qui vont en pente jusqu'à la mer et au lac Malar.
Les historiens suédois et les danois, entre autres Holberg , ajoutent à cet
effroyable récit, que plusieurs personnes furent arrêtées à l'improviste chez elles et conduites au supplice. Un nommé Lars Hass, ayant versé des larmes à la vue de cet affreux massacre , fut saisi et alla augmenter le nombre des victimes (*).
Un autre fait montre également la barbarie extraordinaire qui accompagnait cette exécution. Olaûs Pehrson, chancelier de l'évéque de Strengnâs, et son frère Laurent étant accourus pour lui parler, n'arrivèrent que lorsque sa téte était déjà tombée. Alors élevant la vt>ix , et s'écriant que c'était une action atroce, Olaûs fut arrêté avec son frère et conduit dans l'enceinte où se trouvaient les victimes. Ils en eussent augmenté le nombre, si un Allemand,
3ui les avait connus à Wittenberg où s avaient fait leurs études, n'eût affirmé qu'ils n'étaient pas Suédois (**).
Les exécutions continuèrent le lendemain; des bourgeois, plusieurs domestiques des condamnés, et une foule d'autres gens accusés d'être les ennemis des Danois , furent pendus à des potences élevées exprès; parmi les domestiques des suppliciés , quelquesuns rentraient en ville et ne connaissaient pas les tristes événements de la veille on les fit descendre de cheval et ils furent menés au gibet encore bottés et éperonnés (***) ; des moines furent noyés par Tordre de Slaghôck.
Le corps de Sten Sturé le jeune, ainsi que celui de son fils mort à l'âge de six mois, furent exhumés et mêlés aux autres cadavres que le roi avait ordonné de partager en trois tas , un pour les ecclésiastiques, un pour les nobles, un pour les bourgeois, et de laisser exposés sur la grande place, à la voracité des chiens et des oiseaux de proie. Mais bientôt la puanteur que ces corps en
(*) Dalin, 1. c, t II, p. 914; Holberg, t. II, p. 74.
(**) Ce sont les mêmes personnages dont Vertot fait mention en les désignant par les noms d'Oiaiis et de Laurent Pétri , qui secondèrent les efforts de Gustave Vasa pour introduire le luthéranisme eu Suède.
(***) Dalin, 1. c, t. If, p. piS.
décomposition exhalaient, et le désagréui en résultait, engagèrent Balà remontrer au roi que la vue de ces restes mutilés et sanglants pourrait bien faire passer les Suédois , de l'abattement et de l'effroi , au désespoir et à la fureur , et ajouta que les condamnés ayant été punis comme hérétiques , leurs corps devaient être livrés aux flammes. Christian ordonna donc que ces restes fussent transportés hors de la ville et brilles sur la place du Sud, à l'endroit où s'élève aujourd'hui l'église de Sainte-Catherine.
Suivant quelques auteurs , des maisons furent pillées et des sommes d'ar-
Sent furent extorquées, soit des veuves es victimes, soit de différents habitants. Ce que l'on raconte des excès auxquels Christian se livra à la vue du cadavre de Sturé , ne mérite aucune croyance, quoiquediversauteurs l'aient répété.
Quelques grands personnages qui avaient échappé à la fureur de Christian, parce qu'ils étaient absents, entre autres Hemming Gadd, son délégué en Finlande, furent recherchés et exécutés. L'esprit de faction répandu en Suède put se satisfaire par d'infimes dénonciations. Avant que de quitter Stockholm, Christian publia un manifeste pour disculper sa conduite aux yeux de la nation, en alléguant qu'il s'était borné à prêter son autorité pour l'exécution d'une sentence rendue par l'Église contre des hérétiques et de grands coupables , et que par cet acte de justice la nation ayant été soustraite à l'excommunication, et débarrassée des méchants, il espérait pouvoir dorénavant gouverner le royaume d'une manière conforme aux lois.
La veuve de Sten-Sturé, d'autant plus malheureuse qu'elle pouvait se croire la cause de la mort de ses amis, un des deux fils qui lui restaient, ses filles et Sigfred Baner sa mère, l'aïeule de Gustave Vasa, furent embarqués pour le Danemark.
Des soldats danois parcoururent les provinces pour désarmer les paysans; laliâine nationale qui divisait les deux
1>euples se manifesta par les excès de a soldatesque et par l'insolence des personnes de la suite du roi.
En partant de Stockholm, Christian nomma une régence : elle avait pour président l'infâme Slaghôck, qu'il avait élevé au siège épiseopal de Skara , et lui adjoignit comme conseillers Baldenaek, auquel il avait donné levéché de Strengnâs; le vieux ÉricTrollé, son »
fils Gustave, archevêque d'Upsal, et Quelques autres personnes ; et laissa dans toutes les places fortes des garnisons commandées généralement par des Danois ou des Allemands.
Nous ne devons point passer sous silence les noms de quelques Danois qui montrèrent à Christian l'horreur que sa conduite leur inspirait : Otton Krumpen , qui avait si efficacement contribué à lui soumettre la Suède, ne voulut pas rester plus longtemps au service d'un roi capable de déshonorer la victoire par l'abus qu'il en faisait ; et l'amiral Norby, qui était alors à l'ancre devant file de Gotland, donna un asile sur sa flotte à plusieurs nobles suédois qui étaient proscrits; aussi sa mémoire est-elle encore en vénération parmi les habitants de la Suède (*).
La marche de Christian à travers le royaume acheva l'œuvre de terreur qu'il avait commencée dans la capitale ; Claus Iiolst, un de ses ministres danois, le précédait; les gibets qu'il
(*) En 1786, la tragédie lyrique de Gustave Vasa fut représentée sur le théâtre du grand Opéra de Stockholm. Au premiei acte , pendant que Christian assiste à la féle qu'il donne aux Suédois, l'amiral Norby entre et lui reproche de s'occuper de divertissements pendaut que les provinces de l'ouest, soulevées par Gustave, se préparent à marcher sur la capitale. Quand l'acteur qui remplissait le rôle de Norby paraissait sur la scène, il était constamment accueilli par des applaudissements partis de tous les coins de la salle et adressés , comme le témoignaient à haute voix les spectateurs , au généreux guerrier qu'il représentait. Le roi Gustave III avait donné le canevas de ce drame lyrique au poêle Kellgtèn , qui montre Norby comme un général brave, actif, magnanime.
faisait dresser dans toutes les villes , sur son passage , annonçaient la prochaine arrivée du roi. Nobles , bour-
f;eois, prêtres séculiers, moines, vieilards, jeunes gens, enfants même y étaient accrochés , ou bien périssaient soit sur la roue, soit par la hache du bourreau , quelquefois en présence du monarque , qui semblait être altéré de sang humain.
Ainsi qu'on Ta vu fréquemment dans des circonstances semblables, des misemblés , parmi les Suédois même , animaient Christian à la vengeance, pour satisfaire leurs ressentiments particuliers. Brask, cet évéque de Linkôping qui avait vu de si près le dernier supplice , ne rougit pas de donner au roi une liste de personnes suspectes, qui périrent toutes. Pierre et Laurent Ribbing furent exécutés à Jônkôping avec leurs domestiques ; deux enfants de cette famille noble, l'un âgé de six ans, l'autre de neuf, ne purent obtenir grâce (*). Si l'on en doit croire le manifeste publié plus tard par les Suédois, ces infortunés furent suspendus par les cheveux et décapités devant le roi. Au couvent de Nydal, l'abbé et onze religieux furent noyés.
Tous les historiens s'accordentà dire que Christian ne quitta la Suède qu'après y avoir fait ôter la vie à six cents personnes , par divers supplices (*.*).
Arrivé à Copenhague, il donna l'ordre que l'on conduisît à l'échafaud Claus Holst et son secrétaire : ils ne furent plaints de personne , et on ignore encore les vrais motifs d'une résolution si étrange.
Rentré en Danemark avec la tranquillité d'âme d'un juge sévère qui aurait rempli son devoir, et avec l'intime conviction d'avoir affermi sur sa téte la couronne de Suède, Christian s'occupa sérieusement du gouvernement de ses États; son zèle, à cet égard, peut même mériter des éloges. Il rendit, en 1521 , des ordonnances relatives aux affaires ecclésiastiques : mais il annula, par l'emploi de la violence,
(*) Holherg, I. c. , p. 76.
(**) Holberg, 1. c, p. 77.
l'élection de l'archevêque de Lund faite par le chapitre, conféra cette dignité à Dideric Slaghôck, et exigea que l'île de Bornholmfût restituée à la couronne.
D'autres ordonnances restreignent le pouvoir des nobles sur leurs serfs et diminuent certaines branches de leurs revenus ; condamnent l'usage d'après lequel les seigneurs des terres de quelques provinces se vendaient mutuellement leurs serfs, et autorisent ceux-ci, dans le cas où ils seraient maltraités injustement, à s'enfuir et à s'établir sur d'autres terres , ainsi que le font ceux des autres provinces. Une autre ordonnance, dictée par de vrais principes d'humanité, supprima le droit de varech , très-lucratif pour les coffres du roi et pour ceux des évêques de Jutland; aussi les prélats de cette presqu'île opposèrent-ils une vive résistance à cette loi , et cependant elle est conforme aux principes de l'humanité et de l'équité.
Une autre renferme des dispositions sur la police des marchés et des métiers , interdit au clergé, à la noblesse et aux paysans tout autre trafic que celui des productions de leurs terres.
D'autres lois enfin tendent à améliorer )a police du royaume , à corriger les mœurs du peuple", à rendre le commerce florissant.
Divers articles de ces lois pouvaient fournir de justes sujets de plaintes :
par exemple, Christian établissait une nouvelle cour suprême de justice, qui devait l'accompagner partout, au président de laquelle il confiait la garde du sceau du royaume, et de laquelle aucune cause , aucun lieu n'étaient exempts. C'était anéantir le sénat dans une de ses principales prérogatives, et réduire à un vain titre la dignité de chancelier. Il y avait plusieurs choses peu agréables aux Danois dans un de ces règlements qui concernait les villes, et qui était emprunté des lois et des coutumes de Néerlande. Le nom, le mode de nomination et d'installation des magistrats des villes étaient changés; la manière dont ils devaient recevoir le roi lorsqu'il passait chez eux avait quelque chose qui choquait.
Il en était de même de quelques autres moins importantes.
Les occupations pacifiques de Christian furent interrompues par les affaires de Suéde. Gustave Vasa s'était évadé du château de Calloë, au mois de septembre 1519; dès la fin de novembre de Tannée suivante, il avait fait insurger les Dalécarliens ; au mois de mai 1521 il lança un manifeste, qui déclarait la guerre à Christian II, « usur- « pateur du trône de Suède , sous le «prétexte d'un droit héréditaire qui « n'avait pas existé, et avant perdu par t la violation de sa capitulation celui • qui pouvait dériver de son élévation. »
Les ministres de Christian en Suède lui mandaient les progrès de la révolte, et lui demandaient des secours : ils ne recevaient que de vagues promesses qui ne se réalisaient pas. L'amiral ftorby restait avec sa flotte devant l'île deGotland, dans une inaction difficile à expliquer.
Des historiens ont dit que Christian, dans sa colère, témoigna hautement son regret d'avoir laissé vivre un seul noble suédois, et ce qui est plus atroce encore, ordonna la mort de Cécile, mère de Gustave, et des autres dames amenées avec elle en Danemark. Le propos qu'on lui attribue est douteux, le crime qu'on lui impute est imaginaire ; assez de forfaits vouent sa mémoire à l'exécration de la postérité. Cécile , mère de Gustave Vasa , et Emmerance sa sœur, moururent d'une maladie contagieuse à Copenhague; les autres dames , et entre autres Sigride Baner, aïeule de Gustave, revinrent en Suède en 1524.
« Il est réellement étrange , suivant l'observation de Holberg, que, malgré les rapides progrès de l'insurrection de la Suède , Christian n'ait pris aucun parti décisif afin de défendre un royaume pour la conquête duquel il avait fait tant de dépenses. On se serait attendu à ce qu'il fût venu en personne pour le conserver ; au lieu de cela, il se contente de correspondre avec les généraux qu'il a laissés dans le pays. On est donc réduit à supposer ,
ou qu'il n'osait revenir si promptement
dans une contrée où il avait commis tant de cruautés, ou qu'il désespérait de pouvoir réduire la Suède , puisque tous les moyens auxquels il avait eu recours avaient été inutiles (*). »
Dans l'été de 1521, Christian fit un voyage en Néerlande avec une suite peu nombreuse. Il eut une entrevue avec Charles-Quint, son beaufrère. Il voulait conférer directement avec lui de l'entier payement de la dot de la reine son épouse, qu'il avait vainement sollicité des ministres de ce monarque ; il l'entretint aussi des affaires du Holstein, et obtint de lui, le 21 juillet, un diplôme, qui transférait aux rois de Danemark le droit réservé antérieurement aux évêques de Lubeck de donner au nom de l'Empereur l'investiture du duché de Holstein.
Christian avait sollicité cette faveur, parce qu'elle devait lui servir à mettre son oncle dans sa dépendance. Christian demanda des secours en hommes et en argent à Charles , pour arrêter la marche de la rébellion en Suède; Charles lui avait fait entendre qu'il n'en pouvait attendre de lui tant qu'il ne serait pas réconcilié avec le pane ; cette brouillerie durait depuis la destitution de l'archevêque de Lund. On sait de plus que ses sollicitations continuelles auprès de l'Empereur, son avidité importune et peu scrupuleuse, et les conseils violents qu'il osa lui donner, finirent par le rendre peu agréable à ce potentat, si mesuré dans sa conduite , et lui attirèrent de la pnrt de ses ministres diverses mortifications dont il eut un vif ressentiment.
Christian séjourna à Amsterdam , à Gand , à Bruxelles et à Bruges. Il fit connaissance dans cette dernière ville avec le célèbre Érasme , lui témoigna une estime infinie et l'admit journellement à sa table. Il fut souvent question, dans leurs entretiens, des maux qui affligeaient l'Église et des remèdes les plus propres à opérer leur guérison. Érasme nous apprend dans ses lettres que, selon l'opinion du roi, les
(*) Holberg, 1. c, p. 94.
L'UNIVERS
remèdes doux et légers n'étaient d'aucune efficacité, et qu'il fallait préférer ceux qui donnaient de fortes secousses à tout le corps.
Lorsque Christian revint en Danemark, Tétat de la Suède prouvait que l'usage de ces remèdes violents avait produit un effet opposé à celui qu'il en avait espéré. De tous côtés arrivaient des plaintes contre Dideric Slaghôck. On imputait aux extorsions et à latyranniedecet homme abominable la cause des troubles. Il était assiégé dans Stockholm par Gustave du côté de la terre; mais Norby, qui tenait la mer, ne cessait de ravitailler la place. Toutefois des maladies épidémiques s'y déclarèrent , et les régents manquant d'argent se permirent de graves excès pour payer la solde aux troupes et pour apaiser leurs mutineries. A la fin les choses en vinrent au point que , cédant à ses vives inquiétudes , Slaghôck s'embarqua pour le Danemark : ses deux collègues l'y suivirent bientôt pour l'accuser ; la protection de Siçebrite fut si puissante, que Christian le mit en possession du siégedeLund, auquel il l'avait élevé malgré les protestations du chapitre contre cette dégradation de la dignité archiépiscopale.
Peu de temps après, on vit arriver Jean-François dePolentia, frère mineur que Léon X envoyait comme commissaire pour informer au sujet du massacre de Stockholm. Les Suédois avaient chargé Jean Storé (le Grand), plus connu sous le nom de Johannes Magnus, chanoine de Linkôping, d'aller à Rome pour demander la punition de cet acte épouvantable , dont deux évêques avaient été les victimes. Comme il avait été commis pour ainsi dire en son nom, le souverain pontife ne pouvait se dispenser d'accueillir la plainte ; mais comme il lui importait de ménager Charles-Quint , beau-frère de Christian, il recommanda, dit-on, à son nonce de chercher les movens de justifier celui-ci. Toutefois les circonstances étaient si évidentes et si aggravantes, que le commissaire jugea que le seul moyeu de diminuer la faute du
roi était de l'imputer a ceux qui avaient conseillé et ordonné le massacre. Gustave Trollé et Baldenack prouvèrent qu'ils avaient été par ignorance les instruments de Slaghôck : ils furent absous; néanmoins le roi fit emprisonner Baldenack , pour avoir quitté Stockholm sans permission. Trollé essuya de vifs reproches; cependant 11 resta en Danemark , persuadé que s'il tombait entre les mains de ses compatriotes il serait traité bien plus sévèrement. Slaghôck fut sacrifié : comme il n'avait pas encore reçu ses bulles de Rome, et que le nonce ne le regardait pas comme revêtu du caractère archiépiscopal , une sentence du 24 janvier 1522 le condamna à être pendu, et ensuite brillé. Le roi fut déclaré innocent du meurtre des deux évêques; mais il consentit à effacer de la loi ecclésiastique toutes les dispositions sentant l'hérésie : elle fut publiée sous une nouvelle forme et sous le titre de loi civile.
Elle prescrit la résidence à tous les prêtres qui ont charge d'âmes; elle fixe le nombre de personnes qui doivent composer la suite d'un archevêque ou d'un évêque; elle défend aux ecclésiastiques de léguer autre chose que de l'argent aux églises et aux couvents.
On peut dire qu'elle prépara l'introduction du luthéranisme par l'article qui leur interdit l'acquisition de terres, excepté dans le cas où ils se marieraient. N'était-ce pas les inviter, par l'offre de cet avantage , à renoncer au célibat ? Ainsi Christian commençait à favoriser ouvertement les progrès de la nouvelle doctrine.
Des historiens ont dit que le jugement du nonce J. F. de Polentia ne fut jamais ratifié par le pape ; Adrien VI occupait déjà le trône pontifical lorsque cette sentence fut rendue. Il reprit l'examen de l'affaire , à la sollicitation de Jean Storé qui était resté à Rome, et le nomma son légat en Suède. Storé, retourné dans ce pays, condamna le roi , et déclara Gustave Trollé incapable de remplir le siège d'Upsal. Cet arrêt fut confirmé par Clément VIII ; mais Christian se cotf
tenta d'avoir détourné forage , au moyen de la première déclaration donnée en sa faveur.
Les mauvaises nouvelles qu'il recevait de Suède et l'impuissance d'y enîoyer des secours suffisants aigrirent Christian à un tel point, qu'au commencement de 1522 il expédia aux gouverneurs danois, qui y restaient encore, l'ordre de mettre à mort tous les rebelles , et particulièrement les nobles dont ils pourraient se saisir.
Plusieurs n'exécutèrent que trop fidèlement ces ordres sanguinaires, ce qui acheva de ruiner les affaires de leur mattre. En Finlande, Éric Flemming ayant feint pour sauver sa vie d'être l'ennemi déclaré de Gustave Vasa , se fit donner iun corps de troupes avec lequel il passa dans le camp des Suédois. Plusieurs officiers danois, las de servir un prince sanguinaire, suivirent l'exemple de Flemming. Seul l'amiral Norby rendait inutiles tous les efforts de Gustave, et conservait à Christian Stockholm, Calmar et Abo. Il avait tellement renforcé et ranimé la garnison de Stockholm , qu'elle avait causé de grandes pertes aux assiégeants, pris d'assaut leurs principaux postes, et fait lever le siège pendant quelque temps.
11 est à présumer que si Christian était entré en Suède, dans ces circonstances, avec une médiocre armée, les choses y auraient pris en peu de temps une face nouvelle. C'est ce dont on peut se convaincre par une lettre (m'écrivait au roi GodschalkÉricson, chancelier et l'un des membres de la régence : « Le parti des rebelles , lui -dit-il, est composé, pour la plus
* grande partie, de paysans, d'hommes « peu constants gui se lasseront bien-
• tôt de révolutions et de troubles ,
* eîïmyés , comme ils le sont , par le ■carnage et tous les maux qu ils se «sont attirés, principalement si on « leur ôte toute espérance de recevoir
* des provisions du côté de la mer. Le
• royaume manque de sel, de houblon, •de draps, et a autres choses néces- « saires à la vie. Si une armée de terre «y pénètre par la Gothie, les provin-
• ces voisines de Stockholm rentreront
« aisément dans le devoir; ensuite on « pourra soumettre les Dalécarliens et « les Helsingiens qui ont commencé la « révolte et séduit les autres par leur « exemple. » De tous ces conseils, Christian ne suivit que ceux qui tendaient à punir et à se venger. L'épuisement de son trésor, le peu de confiance qu'il mettait dans ses propres sujets , et d'autres causes qui se développeront bientôt , ne lui permettaient pas d'opposer à Gustave des forces capables d'en triompher.
Lubeck, qui avait longtemps balancé à se déclarer contre Christian, qu'elle détestait, cédant enfin aux sollicitations de Gustave, envoya d'abord en Suède une escadre de dix vaisseaux :
elle était commandée par Éric Bruns, nui , de concert avec Eric Flemming , nt manquer plusieurs tentatives de Norby pour ravitailler Stockholm; ensuite une flotte considérable sortit de la Trave en mai 1522, s'empara de Bornholm , menaça Copenhague, et le 21 août brûla Elseneur. Cette expédition causa, quoique indirectement, la ruine de Christian.
Son oncle Frédéric avait été peu satisfait du diplôme qui transférait à ce roi et à ses successeurs la prérogative de donner l'investiture du duché de Holstein ; il en avait môme été choqué et offensé, puisque Christian, dans l'entrevue qu'il eut avec lui en allant trouver Charles-Quint, lui avait promis de demander que l'investiture fût donnée par le chef de l'Empire. Frédéric protesta hautement contre la concession obtenue pas son neveu , et refusa de recevoir de lui l'investiture à Colding où ils se virent. Selon le récit de guelques historiens, Christian, qui avait prévu cette difficulté , s'avisa , pour inspirer de la terreur au duc et a sa suite, d'une chose bien propre à prouver que ni le temps ni l'expérience n'avaient changé ses inclinations cruelles : il fit élever, dès la première nuit, une potence devant les maisons où logeaient les seigneurs holstenois venus avec son oncle; d'autres assurent qu'une seule potence, dressée devant la maison où se trouvait Frédéric , y
ira
était déjà avant l'arrivée de ce prince.
Quoi qu'il en soit, l'expédient, au lieu d'effrayer, irrita le duc, qui persista dans son refus, malgré une lettre ex-
{>resse écrite de la propre main de 'Empereur.
Christian avait donné d'autres sujets de plaintes à son oncle , en renvoyant sans paye, sans chevaux et sans équipages, les troupes auxiliaires employées pendant une année entière dans la guerre contre la Suède ; il ne paraissait pas disposé non plus à lui rembourser une somme de 10,000 marcs, ou 7,000 florins prêtés au roi Jean.
Frédéric ayant envoyé Thomas Koppé, un de ses conseillers , à Nykôbing, où Christian était alors, pour réclamer de nouveau le payement de cette dette, le roi , choqué comme s'il eût été menacé d'un acte d'hostilité , s'écria : « J'espère que mon oncle ne « deviendra pas mon ennemi? » A quoi Koppé repartit hardiment : « S'il ne « pouvait en être autrement, Dieu et « les circonstances doivent venir à « notre aide. » Alors le roi , outré de colère, balbutia suivant sa coutume, et répondit : * Non , non, non. »
Une grande froideur existait donc entre l'oncle et le neveu. Le premier avait rompu la conférence de Colding, sous prétexte de délibérer avec sa noblesse sur les propositions qui lui étaient faites, et s'était ainsi tiré des mains de Christian. Celui-ci, qui avait fort à coeur la conclusion de cette affaire, afin de ne pas avoir un ennemi u> plus sur les bras , vint de nouveau ri; ns le Holstein, et invita Frédéric à une entrevue à Stenderboe. Le duc y vint avec une suite peu nombreuse. Le roi y était déjà , escorté d'une troupe de gens de guerre. Fcédéric se défiant, avec raison , des intentions de son neveu, éluda l'ouverture des négociations, en disant que les propositions du roi regardant les duchés, il fallait que la noblesse fût assemblée dans les lieux accoutumés. Christian ne put éviter d'y consentir, et il fut convenu que la réunion aurait bientôt lieu à Leventzo, près de Kiel.
De retour dans sa résidence deGot-
torp , Frédéric convoqua la noblesse , raconta ce qui s'était passé , et il fut unanimement résolu que l'on irait armé à la conférence de Leventzo, parce que l'on savait que Christian en userait de même. Frédéric, qui redoutait toujours quelque perfidie de son neveu , prétexta une indisposition pour rester à Gottorp : il se contenta d'envoyer à Leventzo son fils Christian.
C'était dans ce temps-là même que les Lubeckois se déclaraient ouvertement contre le roi. Il se flatta donc qu'en ménageant davantage le duc, il en obtiendrait des secours contre Lubeck, ou l'engagerait à envahir le territoire de cette ville. Les députés des états du Holstein répondirent que cette guerre, commencée sans leur participation, concernait uniquement la couronnedeDanemark.Christianfutobligé de se contenter de cette réponse.
Alors il se rendit à Rendsbourg, où, à sa demande, vinrent son beau-frère, le margrave de Brandebourg, deux dues de Mecklenbourg , l'évêque de Ratzebourg , et quelques autres personnages qui , munis des pouvoirs de l'Empereur, travaillèrent à régler les différends entre le roi et le duc. Christian demanda de nouveau que le duc envoyât des plénipotentiaires à Flemhude, près de Kiel, pour terminer les difficultés; les préliminaires de paix y furent arrêtés , et un traité définitif enfin fut signé à Bordisholm, au mois d'août 1522. Christian renonça au droit d'investiture qui fut rendu a l'évêque de Lubeck, et promit de payer une somme de 11,000 marcs à son oncle, Celui-ci abandonna ses autres réclamations , et rompit l'alliance qu'il avait formée avec les villes hanséatiques.
La paix avait été conclue , mais les anciens ressentiments n'étaient pas étouffés : ils n'attendaient qu'une occasion pour éclater. Christian, ton jours occupé du projet de lever une grande armée pour conquérir la Suède , convoqua les états de Jutland, à Callundborg, pour le 10 décembre. La noblesse de ce pays était mécontente de lui , à cause de ses ordonnances qui lui causaient du préjudice et de plusieurs
actes d'autorité arbitraire. Les bourgeois et les paysans de quelques provinces lui étaient moins contraires ; cependant ils n'avaient pas pour lui ce dévouement que divers historiens leur ont prêté. Il avait en vue d'abaisser le clergé et la noblesse plutôt que de faire du bien au reste de la nation. Le fardeau des impôts, des taxes, des droits de toute espèce, des prohibitions qu'il avait introduites ou multipliées tombaient sur les bourgeois et sur les paysans autant que sur ses autres sujets ; la cessation du commerce et les autres maux qu'une longue guerre traîne à sa suite , les avaient épuisés ; ils se plaignaient de l'altération des monnaies ; enfin , ils ne pouvaient avoir aucune affection pour un prince qui semblait prendre plaisir à commettre des cruautés.
Sans doute le clergé et les nobles du Jutland connaissaient bien les dispositions du peuple, quand ils conçurent le projet de se révolter contre Christian. Depuis quelque temps ils tenaient des assemblées secrètes , et, vers la fin de 1522 , ils avaient déjà dresséun acte par lequel ils renonçaient au serment de fidélité qu'ils lui avaient prêté, le déclaraient déchu de tous ses droits à cause de l'abus qu'il en avait fait, et offraient la couronne à Frédéric, son oncle , qui était du sang royal et s'était conduit jusqu'alors envers Dieu et envers les hommes comme doit le faire un prince chrétien; puis ils détaillaient leurs griefs contre Christian *, tous sont fondés : on y remarque celui d'avoir favorisé l'hérésie de Luther.
Magnus Munk, un des juges de Jutland , fut chargé d'aller communiquer ce manifeste à Frédéric. L'acte ne portait les sceaux et les signatures que de neuf personnes ; les autres s'en étaient abstenues au moment de constater ainsi leur coopération. Parmi elles se trouvait Magnus Giôe, maréchal du royaume, et qui en cette qualité présidait l'ordre de la noblesse. Il s opposa de toutes ses forces à la résolution que l'on prenait, comme ne devant produire que des troubles et des cala-
mités. En effet , en pesant toutes les probabilités, la tentative pouvait passer pour plus téméraire que hardie.
Pendant que cette trame s'ourdissait ainsi en secret, Christian, qui soupçonnait peut-être une partie de ce qui se passait, avait, comme nous venons de le dire , convoqué la noblesse de Jutland à Callundborg pour le 10 décembre. Il annonçait dans ses lettres qu'il voulait consulter le sénat sur les prétentions du duc son oncle , qui réclamait une partie de la Norvège; sur la guerre contre Lubeck et la Suède , et sur les subsides nécessaires dans de telles conjonctures. Suivant quelaues historiens, son intention était d'obtenir par la violence un impôt annuel de 2 florins du Rhin sur chaque paysan de la noblesse, et la troisième partie des revenus du clergé.
Aucun membre soit du clergé, soit de la noblesse, ne vint à Callundborg au jour fixé : les uns s'excusèrent sur la rigueur de la saison, les autres sur les vents contraires; mais le véritable motif de leur absence était qu'ils ne se souciaient pas de venir, parce qu'ils savaient ce qu'il devait être question d'établir, et que de plus ils étaient instruits du complot qui ne tarda pas à s'exécuter. Christian, courroucé de leur conduite, et impatient de commencer à effectuer ses plans qui requéraient de la célérité, convoqua une nouvelle assemblée, pour le 25 janvier 1523, à Aarhuus, en Jutland, et partit pour cette province. La noblesse apprit bientôt qu'il y était arrivé : on disait aussi que deux bourreaux , déguisés en gardes du corps, l'accompagnaient, et qu'il avait fait préparer beaucoup de machines composées de chaînes de 1er et employées pour pendre les condamnés ; elle craignit avec quelque fondement d'être traitée comme ravait été celle de Suède, ou pour le moins d'être contrainte par la violence à consentir aux demandes du monarque; car le bruit courait qu'il allait faire venir des troupes et de l'artillerie, qui n'attendaient que ses ordres pour quitter l'île de Fionie.
Alors la plupart des nobles, notam-
L'UNIVERS
ment ceux qui étaient entrés dans la conjuration , coururent à Viborg pour hâter l'exécution de leur dessein. Ils y renouvelèrent les assurances qu'ils s'étaient déjà données de s'entr'aider de tout leur pouvoir , et rédigèrent, le 20 janvier, deux résolutions qu'ils siguèrent : par Tune ils signifiaient au roi
Îju'ils renonçaient à l'obéissance qu'ils ui avaient jurée, et le déposaient; par la seconde ils invitaient Frédéric, duc de Slesvig-Holstein , à venir prendre possession du trône vacant.
Il y avait du risque à envoyer au roi l'acte qui le concernait. Un nombreux corps de troupes commandées par Sevérin Norby et Otton Stissen , et sur lesquelles ce prince pouvait compter, était dans le Jutlana. Il avait en Seeland de la cavalerie et de l'infanterie sous les ordres de Daniel de Bottem ; à Copenhague, George Hoffmutt, et en Fionie Henri, comte de Hoya, avec quatre cents cavaliers , et George Haarde avec quelques soldats de cette arme.
On peut donc inférer de ces circonstances, que la noblesse du Jutland avait pris d'avance les mesures les plus sûres pour l'accomplissement de ses desseins, s'était ménagé de la part du Holstein et de l'Allemagne la certitude d'être aidée, et que les bruits que nous avons rapportés plus haut avaient été répandus pour favoriser le soulèvement contre le roi.
Le soin de porter les deux résolutions à leur adresse fut encore confié à Mngnus Munk. La commission qui concernait Christian était extrêmement périlleuse. Munk s'en acquitta avec une habileté que le succès fit doublement valoir. Il va au-devant du roi, qu'il rencontre à Vedel, hameau peu éloigné d'Aarhuus , et lui fait demander une audience pour le soir même. Le roi le reçoit fort bien, l'invite à souper avec lui , et pendant le repas le questionne sur le motif de son voyage. Munk répond, ce qui était vrai, qu'il va en Holstein. Ensuite le roi s'informe du sujet des conférences que la noblesse tient à Vibore. Munk dit qu'il n'y est question que des nouveaux impôts dont
Sa Majesté, suivant le bruit public, a l'intention de proposer rétablissement aux états; que la noblesse délibère sur ce qu'elle fera , et que probablement il ne sera pas facile de la décider à y consentir, a cause du triste état ou sept ans de guerre ont réduit le royaume.
Le ton de franchise de ce discours, qui était fort adroit, éloigne tout soupçon de l'esprit de Christian; il continue à parler avec beaucoup de confiance de ses affaires à Munk , et entre autres de la bonne opinion qu'il a de la fidélité de Magnus Giôe. Munk le confirme dans cette pensée et se retire, en laissant, comme par mégarde, un de ses gants dans l'appartement du roî.
A peine il est sorti qu'il fait préparer un canot ; le lendemain il s'y embarque à la pointe du jour.
Ce n'est que le lendemain aussi qu'un page , ayant aperçu le gant de Munk , trouve qu'il contient une lettre adressée au roi. Il la lui porte; Christian l'ouvre, et- lit l'acte par lequel la noblesse renonce à la foi qu'elle lui a jurée et le déclare déchu du trône, fondant cette résolution sur ce qu'il a enfreint les lois tant en Danemark , qu*en Suède et en Norvège , et sur la clause de sa capitulation , portant que dans le cas où i I manquera aux engagements qu'elle contient , les états pourront le déposer. Holberg observe que cet article n'existe pas dans la susdite capitulation , et que rarement les rois se la laissent imposer, parce qu'il serait trop aisé à des factieux et à des brouillons d'en abuser.
Dans le premier mouvement de sa colère, Christian veut en faire tomber les effets sur le messager audacieux qui est venu le braver; mais déjà Munk avait exécuté sa commission auprès de Frédéric, qui se trouvait à Husum, ville du Slesvig.
Cependant le sénat de Jutland, instruit que l'acte contenant la déposition de Christian lui a été remis, publie un manifeste, par lequel tout homme âgé de plus de dix-huit ans est appelé aux armes. Magnus GiÔe signa cette proclamation , mais il n'y apposa pas son sceau comme les autres; ainsi on
voit que le roi avait bien jugé de sa la famille royale en sûreté , en allant
fidélité. à Copenhague , afin d'y attendre une
Frédéric fit un accueil très-gracieux conjoncture favorable. àMunk, et, comme on l'espérait, ac- Après de longues délibérations, Chris-
cepta la demande des états, tant pour tian se décida pour l'avis de Bilde : il
l'avantage du royaume que pour sa députa aux Jutlandais Magnus Giôe,
sûreté personnelle, à cause de la con- avec deux autres nobles , et les char-
dirite de Christian a son égard. Il ajouta gea de remettre à l'évéque d' Aarhuus
que les états ayant déclaré le roi déchu une lettre, dans laquelle il exposait que
du trône, il ne pouvait ni ne devait les états en usaient envers lui avec trop
permettre que le Danemark tombât en de rigueur, et le condamnaient sans
d'autres mains que celles d'un prince l'entendre ; qu'il était disposé à s'en
delà maison royale d'Oldenbourg. Puis rapporter au jugement soit de l'Empe-
il s'empressa de remplir sa promesse , reur , soit de tout autre commissaire
rassembla dans ses domaines toutes les impérial.
troupes dont il pouvait disposer, de- Ces représentations semblèrent d'a-
manda de l'aide aux Lubeckois et à bord produire de l'impression sur les
ses autres voisins , et après s'être ainsi sénateurs jutlandais ; ils consentirent
renforcé , écrivit au sénat pour Tins- à s'abstenir pendant quelques jours de
traire de ce qu'il avait fait et des se- tout acte d'hostilité, et à tenir à Hor-
cours qu'il pouvait attendre de lui. sens une conférence avec les députés
Bientôt Cnristian apprend que de tou- du roi. Celui-ci devait rester àVeuel; il
les parts les Jutlandais prennent les profita du délai pour faire aux évêques
armes, et que son oncle a promis de les promesses les plus magnifiques,
leuramenerdepuissantsrenforts. Dans s'ils voulaient engager les mécontents
son trouble , il parlait de se retirer à à mettre bas les armes, offrit même de
Colding; il appelle auprès de lui Magnus se soumettre à la pénitence qu'ils se-
Bilde et Olaus Rosencrantz, membres raient disposés à lui infliger pour ses
«lu sénat, et Heidenstrup, général d'in- diverses offenses envers les prélats da-
fanterie, et leur demande si , avec les nois ou suédois ; enfin, de gouverner
troupes qu'il a en Fionie, il peut espérer à l'avenir d'après leurs conseils, et de
de tenir téte aux Jutlandais. Heiden- faire des donations magnifiques aux
strup, opinant en homme de guerre , églises et aux couvents, voulait que le roi, ayant en Allemagne Ces belles paroles de Christian fu-
des parents aussi puissants que l'Em- rent inutilement prodiguées. L'exem-
)ereur, l'électeur de Brandebourg, l'é- pie du passé empêchait que l'on pût
ecteur de Saxe et d'autres princes, les faire aucun fond sur les discours d un
nstruisit au plus tôt de sa position et prince qui avait constamment été per-
leur demandât du secours. Il s'offrit fide et parjure. Les états le payèrent
à faire le voyage et à lever des trou- d'abord de quelques vaines défaites, et
pes, qui, jointes à celles qu'il avait peu de temps après terminèrent la
déjà en Danemark , l'aideraient à re- conférence par une déclaration qui
pousser la force par la force. confirmait leurs actes précédents , et
Bilde, au contraire, pensait que annonçait qu'ils attendaient l'arrivée
dans les cas de nécessité un prince ne prochaine de Frédéric, duc de Slesvig-
peut jamais compter sur sa parenté, Holstein, qui, élu roi, avait accepté la
comme de nombreux exemples en fai- couronne et s'était engagé à défendre
saient foi ; il conseilla donc au roi de le Jutland, à maintenir ses privilèges,
députer quelqu'un aux Jutlandais ré- à gouverner suivant les lois; enfin que
voltés, pour les apaiser, en leur pro- les actions du roi Christian étaient si
mettant de leur donner toutes les satis- connues , qu'elles n'avaient besoin ni
Actions qu'ils pouvaient désirer. de preuves ni d'examen (*).
Rosencrantz fut d'avis que le roi commençât par mettre sa personne et (*) Holberg, 1. c. , t. H , p. xi6 à xa3.
L'UNIVERS
Christian , reconnaissant par cette réponse l'inutilité de toute tentative de négociation , repassa en Fionie, obtint des états, soit par promesses, soit par menaces , un nouveau serment de fidélité. Les paysans seelandais, qui lui étaient redevables d'une sorte d'indépendance de leurs seigneurs, se prononcèrent en sa faveur ; leur exemple entraîna des ecclésiastiques et des nobles; il en fut de même en Scanie. Cependant on peut douter si tous étaient sincères, car lui-même semblait ne compter que très-faiblement sur leur appui ; il eût néanmoins suffi , joint à ses autres ressources, pour arrêter les efforts des mécontents.
Élisabeth, épouse de Christian, écrivit à Marguerite d'Autriche , gouvernante de Néerlande, pour lui peindre la position critique du roi , et l'engager à faire tout ce qu'elle pourrait pour que les mécontents rentrassent dans le devoir.
Rentré à Copenhague,Christian songeait à prendre les mesures nécessaires pour mettre cette place et Malmôe en état de défense. De leur côté , les J utlandais écrivaient aux habitants des autres provinces pour les exhorter à secouer le joug du tyran; ils menaçaient même de punir quiconque s'armerait pour lui. Les Lubeckois conclurent avec Frédéric un traité d'alliance contre Christian ; le duc marcha vers le Jutland.
On s'attendait à voir la guerre civile éclater ; tout à coup on apprend que Christian, abandonnant sa propre cause , a quitté le Danemark. Ce prince qui, dans d'autres temps, avait montré du courage, de la résolution , de la fermeté , qu'il poussa même à l'excès, sembla tout a coup frappé d'un abattement complet : craignait-il que les mêmes hommes sur lesquels il paraissait qu'il pouvait compter, ne tinssent pas Terme au moment de l'épreuve? Etait-ce un effet des remords qui bourrelaient son âme ? On pourrait le croire, puisque sa position n'était pas désespérée : toutes les îles du Danemark, la moitié des duchés de Slesvig et de Holstein , la Norvège , la
Scanie, n'avaient pas encore abjuré son pouvoir.
Le Î4 avril 1523, Copenhague vit partir son roi. Il avait équipé une flotte de vingt vaisseaux ; il y chargea les joyaux de la couronne, beaucoup d'effets précieux, une partie des archives du royaume. Il y fit embarquer la reine son épouse et ses trois enfants, quelques serviteurs que la fidélité ou la nécessité attachait à son sort; enfin l'infâme Sigebrite, qui fut portée abord dans un coffre pour la dérober à la fureur du peuple. Christian fit voile pour la Néerlande. Les historiens ont répété à l'envi que, dans la traversée, Sigebrite consolait le roi de la perte de sa couronne par l'espérance de devenir bourgmestre d'Amsterdam , charge qu'il ne pouvait manquer d'obtenir par le crédit de l'empereur Charles-Quint, son beau-frère, souverain de Néerlande.
Holberg, qui a répété cette anecdote comme un ouï-dire dans son Histoire de Danemark, la révoque en doute dans la vie de Sigebrite.
La flotte eut beaucoup à souffrir du mauvais temps. A peine était-elle en mer, que des coups de vent la dispersèrent; quelques vaisseaux, entre autres celui qui portait Christian, abordèrent en Norvège ; d'autres ne reparurent jamais. Peu de jours après, le vent étant devenu favorable, on remit à la voile, et on atterrit à ïerver en Zéelande. A peine débarqué, Christian se hâta de gagner Anvers pour implorer le secours de Charles'Quint. Nous le verrons reparaître sur la scène, mais il n'exercera plus le pouvoir suprême.
Depuis le jour qu'il s'enfuit de Copenhague, il cessa de régner.
Les prédécesseurs de Christian II avaient travaillé à introduire plusieurs réformes utiles dans le gouvernement de leurs États. Ce prince, disposé à suivre leur exemple, avait reconnu, avant de monter sur le trône , que la noblesse et le clergé opposeraient à l'exécution de ses desseins des obstacles qu'il lui serait très-difficile de surmonter. En effet , le pouvoir de ces deux corps s'était constamment augmenté
aux dépens de l'autorité du roi. Il pensa donc qu'il devait chercher à lui rendre la force qui lui était nécessaire; mais il se méprit sur la nature des moyens qu'il devait employer. Les circonstances exigeaient de l'énergie ; il tut recours à une rigueurexcessive.Son caractère inflexible lui persuada qu'il ne pourrait renverser autrement les empêchements qu'il rencontrerait sur sa route. Ce fut pendant sa vice-royauté en Norvège qu'il mit d'abord en usage cette manière d'imposer sa volonté à ceux qui la combattaient.il leur ferma la bouche en les exterminant.
Cette conduite le fît craindre : il put donc , quand il fut roi en Danemark, ordonner et régler les affaires publiques comme il l'entendait ; on a vu que très-souvent ses actes furent (lignes de louanges.
La résistance acharnée des Suédois dans la guerre qu'ils soutinrent avant de reconnaître Christian pour roi, aigrit encore son animosité contre eux.
Cédant aux conseils des hommes pervers qu'il consultait , il ordonna le massacre de Stockholm, dont le simple, récit fait frémir (*). Quelques auteurs ont pensé que l'on en doit attribuer la cause moins à la soif du sang, et cela paraît assez vraisemblable , qu'à l'inflexibilité d'un cœur endurci , uniquement occupé du but qu'il avait en vue : rétablir l'autorité royale , abais-
(*) Un grand nombre d'historiens ont ncpoié le massacre de Stockholm. On en trouve aussi la relation dans un livre où on oc s'attendrait pas à la rencontrer, puisque c'est un recueil où il est principalement question de la terre sainte. Il a pour auteur Jaques Ziegler, théologien et mathématicien du seizième siècle. Il est question dans le titre de Schondia (c'est la Scandinavie).
Àprès l'avoir décrite, l'auteur passe au massacre de Stockholm, et en parle avec l'indignation d'une âme honnête. Il dit qu'il la publie aûn que les méchants voient que leurs crimes les entachent d'une infamie éternelle. L'ouvrage est intitulé : Syria ad Ptolemœi operis ration em... Arabia.„Petraea...Scliouof«... Holmiat plane regice urbis calamitosistma clades. Argentorali, Biebel, ï536 , i vol. in-folio.
12 e Livraison. (Dànemàek.)
ser le clergé et la noblesse, rendre la Scandinavie indépendante des Hanséates. Ces intentions étaient louables ; les moyens mis en œuvre pour les effectuer furent odieux. Christian était convaincu qu'il ne pouvait réussir dans ses projets que par la sévérité ; mais il eut le tort de la pousser à l'excès, et de plus de se rendre haïssable par la perfidie et le parjure. On conçoit difficilement qu'un prince, qui n'était pas dépourvu d'esprit, ait été privé de jugement au point de ne pas voir que sa conduite finirait par soulever contre lui tous ceux qui étaient soumis à son sceptre. On a prétendu qu'il se repentit de ce qu'il avait fait en Suède, quand il reconnut que les exécutions sanglantes y avaient produit un effet tout différent de celui qu'il s'était imaginé. Ce fut alors qu'il fit périr les principaux instigateurs de ces atrocités. Les avoir soulfertes, suffirait pour imprimer une tache éternelle à sa mémoire. Fougueux, volontaire, entêté, il ne sut jamais résister au mouvement de ses passions ; il fut ln victime des fautes auxquelles elles le poussèrent. Il paraît avoir été insensible à tout sentiment de générosité , et on peut croire que parfois i) manqua de sens commun (*).
Les historiens les moins contraires à Christian II citent des traits de sa conduite , qui dénotent une tête mal organisée et sujette à des accès de démence. Sigismond I er , roi de Pologne, lui avait envoyé des ambassadeurs chargés de lui exposer des griefs dont leur maître se plaignait ; ils choquèrent apparemment un prince ombrageux et colère : Christian, sans respect pour le droit des gens , ordonna que les ambassadeurs fussent arrêtés et jetés dans la mer (**).
Dans le temps même auquel sa puis-
(*) En 1788, Riegels, auteur danois, publia dans sa langue , une Apologie de Christian //. Il y compare ce prince, considéré comme réformateur, à l'empereur Joseph II, et s'efforce d'atténuer les actions qui ont voué son nom à la haine de la postérité.
(*•) Abrégé de l'Histoire de Danemark, par Suhm (en danois), p. 84.
L'UNIVERS
tance commençait à chanceler en Jutland, où sa conduite avait aliéné la noblesse, il prit en quelque sorte à tâche de l'indisposer encore davantage en faisant enlever d'un couvent le cercueil de Tomesen , gentilhomme jutlandais que Ton accusait de quelques vexations, et de faire pendre son cadavre à un gibet dans la place publique d'Aarhuus.
Indépendamment des exécutions qui ensanglantèrent les premières années de son règne, et dont nous avons parlé précédemment, on ne peut passer tous silence celle de Canut Canutson, sénateur de Norvège, qui en 1617 périt sur l'érhafaud , et dont les biens furent confisqués, parce qu'il était accusé d'avoir correspondu avec les Suédois pendant la vie du roi Jean, et d'avoir été le fauteur des troubles et de la révolte.
Un article de la capitulation de Christian en Danemark stipulait expressément que les biens d'une demoiselle , qui avaient été confisques, lui seraient rendus ; il les fit saisir de nouveau et réunir au domaine.
Les ordonnances qu'il rendit en faveur des paysans méritent des éloges; il en est de même de celles qui concernent l'abolit ion du droit de varech, c'est-àdire de piller les navires naufragés; et de celles qui sont relatives au commerce. Mais en même temps qu'il publiait celles-ci , il établissait arbitrairement des droits onéreux d'entrée et de sortie sur les marchandises, refusait de payer les rentes des sommes empruntées, reprenait violemment divers gages sous le prétexte d'erreurs commises, et en conséquence n'acquittait pas les sommes empruntées sur ces gages ; élevait des droits de péage , faisait frapper des monnaies de mauvais aloi, et qui cependant devaient conserver leur valeur nominale; enfin déclarait ouvertement que tout ce que possédait ses sujets lui appartenait.
La pénurie du trésor, antérieurement à IVxpédition de Suède, était le vrai motif de tous ces actes irréguliers et dommageables. Le préjudice qui en résulta contribua certainement à l'indifférence de la majorité des Danois
pour Christian II , au jour de son ad-
versité.
Il fut le dernier roi de l'Union; les Suédois l'avaient déposé le 24 août 1 52 1 , à la diète de Vadsténa, et avaient élu Gustave Vasa administrateur du royaume de Suède.
FRÉDKRIC I*.
Au moment où la nouvelle inattendue de la fuite de Christian parvint "à Frédéric son oncle , ce dernier venait d'ordonner à un petit corps de trou-
Ees de s'avancer en Jutland, vers Rié, pour aider les mécontents ; il n'avait pas encore eu le temps de former une armée, et ne pouvait en rassembler une promptement.Tout à roup l'absence de l'ennemi contre lequel il se disposait à marcher lui laissant tout le loisir nécessaire à l'accomplissement des mesures qu'il avait commencé à prendre, il eut à s'occuper d'autres soins.
On avait pu être surpris de sa conduite dans la conjoncture présente; né le % septembre 1471 , il était arrivé à un âge ami du repos plutôt que des entreprises hasardeuses. Il avait épousé, le 10 avril 1502, Anne, fille de Jean Magnus, électeur de Brandebourg ; l'ayant perdue le 3 mai 1514, il prit en secondes noces, le 9 octobre 1518, Sophie, fille de Bogislas, duc de Pcmeranie. Il lui était né de son premier mariage un fils et une fille ; le prince Christian avait près de vingt ans révolus : un autre fils venait de naître de la seconde union.
Frédéric vivait paisiblement aju milieu de sa famille, lorsque les états du Jutland lui offrirent la couronne dont ils privaient son neveu. Nous avons vu plus haut qu'il accepta sans hésiter la proposition qui lui était faite, et qu'il prit les mesures qu'elle exigeait. Il
Souvait craindre que les états ne stressassent à un autre prince, qui ne ferait aucune difficulté de se rendre à leurs vœux , et que sa famille ne perdit ainsi un trône auquel elle avait des droits. D'ailleurs, il ne pouvait avoir une vive affection pour un parent avec lequel il n'avait jamais vécu en bonne intelligence. A la vérité la convention
de Bordisholm mit, en apparence, rétabli l'union entre eux ; mais Christian , au Heu de songer à remplir les conditions qu'elle lui imposait, se hâta d'envoyer André Glob, prévôt ecclé* ftiastiqùe d'Odensé, àSegeberg, ville du Holstein , pour en enlever les archives des duchés et les transporter dans le château de Sônderborg, sous >e prétexte qu'elles y seraient plus en sûreté. Toutefois cette translation s'étant faite sans le consentement de Frédéric, on est en droit d'en conclure
Sue le motif de la conduite de Chrisan avait été de supprimer les titres
Se son oncle aurait eu le moyen de re valoir à l'appui de ses réclamations, devant l'assemblée qui devait se tenir à Segeberg l'année suivante. En effet, Frédéric ayant , plus tard, ordonné des recherches sur ce sujet, Glob avoua qu'il avait brillé une grande partie des papiers importants que contenaient les archives.
Ce dernier trait annonçait si manifestement les véritables intentions de Christian, que Frédéric avait jugé qu'il ne devait plus espérer de rien obtenir de lui par les voies de la justice et de Ja douceur. Il était donc entré en négociation avec les chefs des Jutlandais mécontents, avait conclu un traité d'alliance avec les Lubeckois. et fini par déclarer la guerre à son neveu.
Aussitôt qu'il eut appris le départ de Christian , il se hâta de gagner Viborg où les états de Jutland étaient réunis. Il y fut reconnu et proclamé roi de Danemark, et reçut en cette qualité les hommages et le serment des députés de la noblesse , du clergé et des communes. De son côté, il signa la capitulation que les états lui présentèrent. Elle augmentait le pouvoir de la noblesse à un point extraordinaire : un des articles donne aux nobles le droit de vie et de mort sur leurs paysans et celui de les condamner à la confiscation de leurs biens meubles « ainsi qu'à des amendes de quarante marcs. Jusqu'alors elles n'avaient été que de trois, de six ou de neuf marcs suivant l'usage des provinces ; c'était mÂn%M un droit au'ils n'avaient acauis