‹ DanemarkChapitre 16 sur 32 · MARS.. H · texte numérisé non relu

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que successivement ; maintenant ils faisaient un pas prodigieux vers l'indépendance. « La noblesse danoise, observe « Hvitfeld (*), n'avait jamais obtenu de ■ pareils avantages d'aucun de ses « rois ; c'est à cette époque seulement « que son sort devint égal à celui de la

• noblesse du duché de Slesvig. Celle

• de Norvège et celle de Suède ne jouis- « sent pas de prérogatives pareilles. En

• Allemagne , il n> a même que les « barons et les comtes auxquels elles

• appartiennent, en sorte que chez nous « les nobles ne diffèrent d'eux que par « le titre. Que l'on se rappelle les droits «que la couronne pouvait autrefois

• exercer sur les sujets de la noblesse, « et l'on conviendra que la mémoire

« de ce roi ( Frédéric I* p ) doit être à - « jamais immortelle et sacrée. »

Hvitfeld s'exprime ici en homme engoué des privilèges de son ordre. Une lettre écrite dans le temps même de la tenue de la diète, par un ecclésiastique danois, prouve que l'opinion d'un trèsgrand nombre de ses concitoyens n'était pas favorable à cette extension de la puissance des nobles au détriment des paysans. « Je me repens, dit cet « ecclésiastique, d'avoir concouru pour « ma pan à la dernière révolution. La

• nouvelle forme de gouvernement n'a « pas été établie comme je l'eusse sou-

• haité. C'était bien en vain que l'on «se flattait d'avoir apporté quelque «remède aux maux de l'Etat, et de «goûter les fruits d'un heureux chan- « gement. On se plaint maintenant des « prélats et des nobles, bien plus hau- « tement que du temps de Christian II.

« Plusieurs pensent même que ce prince « a été détrôné plutôt afin d'accroître «les intérêts particuliers des grands, «qu'afin de procurer le bien réel de « l'État. Et plût à Dieu que ces grands « eussent modéré un peu leurs droits « sur leurs paysans ( si on peut appe- « 1er cela des droits ) , jusqu'à ce que

• le cal me eût été bien rétabli ! Mais

(*) Historien danois né en 1547, mort en 1609. Ses talents lui valurent successivement la dignité de sénateur et celle de chancelier du royaume. «

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«en exerçant, à toute rigueur, ces • droits qu'ils s'attribuent, je ne sais « pas trop sur quel fondement ils ont « tellement attisé le feu déjà allumé , «qu'il y a tout lieu de craindre un « grand incendie. Enfin le plus grand « nombre est maintenant d'avis qu'il « eût mieux valu souffrir p?tiemment « la tyrannie d'un seul, que d'endurer «là la fois tant de tyrans dont il est « impossible d'assouvir l'insatiable cu- « piaité (*). »

Par la capitulation qu'il venait de signer, Frédéric s'engageait également à abroger les lois de Christian II : elles furent brûlées publiquement comme pernicieuses et contraires aux bonnes mœurs et louables coutumes. Enfin le roi promit de restituer à quelques nobles des titres et des terres dont ils avaient été dépouillés sous divers prétextes ; de rendre à l'Église de Lund l'île de Bornholm et le district d'Aarhuus que Christian lui avait ôtés , de rétablir l'évéché d'Odensé dont ce prince avait saisi les revenus.

Frédéric visita ensuite les villes du Jutland ; partout les habitants lui juraient fidélité : il faisait abattre les potences que son prédécesseur avait commande d'y dresser pour forcer les peuples à se soumettre à des nouveautés qui leur déplaisaient. L'exemple donné par les Jutlandais fut suivi avec empressement par les Fioniens. Il avait abordé dans leur île avec un corps de six mille hommes : cette petite armée y fut renforcée de deux mille fantassins et de deux cents cavaliers que les Lubeckois lui envoyaient , contormément au dernier traité. Il avait jugé ces forces nécessaires pour continuer sa marche vers nie de Seeland et la Scanie , parce qu'il prévoyait qu'il y éprouverait de la résistance. En effet, ayant adressé de Gottorp aux magistrats de Copenhague une lettre , qui les exhortait à le reconnaître pour roi, comme avaient fait les Jutlandais , les Fioniens, et la plus grande partie des

(•) Pauli Eliœ epistola ad Mag. Laurentii Canon. Koskild, apud Annales eccleiiasticœ Damccz dipiomal., t. II, p. 784.

habitants du Danemark, ils lui répondirent qu'ayant juré fidélité à Christian , ils ne pouvaient prêter un semblable serment à un autre, qu'ainsi il était inutile de les presser sur ce point; ils ajoutèrent que la ville était occupée par une garnison considérable que Christian y avait laissée , et que quand même ifs le voudraient , ils ne pourraient pas obtempérer à la demande de Frédéric.

Cette garnison était commandée par George Hoffmut; le gouvernement de la ville et de la citadelle avait été confié par Christian à Henri Giôe : il promit à ces fidèles serviteurs, en les quittant, que dans trois mois il reviendrait avec des secours que lui fourniraient l'Empereur et les autres princes d'Allemagne ses amis. Cette assurance, ue probablement il croyait, comme 'autres rois réduits à la même extrémité , pouvoir réaliser , parut sans doute très-hasardée à plusieurs de ses partisans, qui se détachèrent de lui aussitôt qu'ils le virent décidé à abandonner le Danemark : de ce nombre furent Lange Urne , évêque de Copenhague , et Magnus Giôe, maréchal du royaume.

Quand Frédéric eut réuni en Fionie ses forces de terre et de mer, il passa le grand Belt et arriva très-heureusement en Seeland ; une escadre lubeckoise l'escorta dans ce trajet , et le débarquement s'opéra sans le moindre empêchement à Corsôer, sur la côte occidentale de l'île. L'armée s'empara de même sans obstacle de toutes les places de Seeland, les partisans de Christian se contentant de garder Copenhague et Callundborg. Frédéric s'étant fait prêter serment de fidélité par les principaux habitants des autres parties du pays, alla, le 10 juin, investir la capitale, qui, pour le temps, était très-bien fortifiée; et d'un autre côté, l'escadre des Lubeckois , forte de dixhuit vaisseaux, mouilla sur la rade de cette ville.

Cependant Frédéric , qui attachait de l'importance à se rendre maître de Callundborg sans effusion de sang , parvint à gagner le gouverneur, un dé-

t achètent de ses soldats , introduit dans le château , en chassa ceux qui défendaient la place. Mais cet exemple ne produisit aucune impression sur la earnison de Copenhague : comme elle était plutôt bloquée qu'assiégée, le 'gouverneur apportait tous ses soins à introduire des vivres dans la ville : il y réussit souvent, au moyen de grands bateaux à rames , qui , ne tirant pas beaucoup d'eau, étaient poursuivis vainement par les vaisseaux lubeckois.

C'est ainsi qu'il cherchait à gagner du temps, dans l'espérance d'être bientôt secouru : elle n'était pas sans fondement , non plus que la rumeur qui courait du prochain retour de Christian. Le monarque fugitif n'avait effectivement rien négligé pour se mettre en état de rentrer en Danemark à la téte d'une armée formidable. Malheureusement pour lui , son beau-frère Charles-Quint n'était plus en Néerlande quand il y aborda ; il fut donc obligé de se borner à lui écrire en Espagne et de recevoir quelques secours bien peu efficaces dans une circonstance aussi critique, car ils ne consistaient qu'en lettres extradilatoires et comminatoires, adressées à Frédéric comme duc de Holstein, à la noblesse de Jutland, aux villes hanséatiques , et notamment à celle de Lubeck. Dans ces lettres, datées de Tolède, l'Empereur défendait à Frédéric, avec menaces, de prendre aucune part aux affaires de Danemark, de Suède et de Norvège, jusqu'à ce qu'elles fussent réglées et jugées; il ordonnait aux Lubeckois de rompre avec ce prince, et parlait à peu près du même ton aux nobles jutlandais. Frédéric, les Lubeckois , quoiqu'ils fassent état de l'Empire, et encore plus les Jutlandais, qui n'en relevaient pas, ne tinrent aucun compte des lettres de Charles. Voyant qu'il ne pouvait rien obtenir de ce côté, Christian se tourna d'un autre pour se procurer de l'argent. Henri VIII , Toi d'Angleterre, passait pour avoir hérité de grands trésors à la mort de son père , et pour les répandre libéralement. Christian passa donc en Angleterre avec son épouse , et sollicita vi-

vement un emprunt, en offrant pour caution l'Islande qui ne s'était pas encore soustraite^ son obéissance. Henri se montra peu disposé à écouter la proposition de Christian : cependant, pour lui donner une espèce ae consolation , il lui fit rendre tous les honneurs possibles, et renouvela même l'alliance entre l'Angleterre et le Danemark.

Cette tentative ayant échoué, Christian en essaya une autre en Allemagne : elle eut plus de succès. Il alla voir l'électeur de Brandebourg, son beau-frère, l'électeur de Saxe, son oncle, les ducs de Mecklenbourg , ses neveux; il peignit à ces princes ses malheurs d'une manière si touchante, et la conduite de ses anciens sujets comme si odieuse et si coupable, que ses amis s'occupèrent sérieusement des moyens de le rétablir sur le trône. Les deux électeurs écrivirent d'abord en sa faveur aux états de Jutland, en offrant leur médiation s'ils voulaient entrer en négociation avec leur ancien souverain. Les états refusèrent naturellement d'écouter une proposition qui pouvait leur paraître étrange. Alors les deux électeurs firent une démarche attentatoire à l'indépendance de la nation danoise ; ils lui intentèrent une action devant la chambre impériale de Spire; plusieurs universités d'Allemagne furent même consultées sur cette affaire , comme s'il eût été question d'un procès entre des particuliers soumis aux lois de l'Empire.

Les J utlandais s'étant montréssourds à toutes les décisions des jurisconsultes germaniques , les alliés de Christian lui permirent de lever des troupes dans leur pays, et même ils lui en fournirent, mais à condition qu'il les soudoierait. Leur rendez-vous rut marqué dans le Hadelen, petit pays à l'extrémité du territoire de l'archevêché de Brème , sur la mer du Nord. Une armée de 26,000 hommes fut ainsi mise sur pied et réunie. L'électeur de Brandebourg la commandait.

Sur ces entrefaites, Frédéric avait fait des progrès notables en Danemark. U avait réussi à persuader aux états de

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Scanie d'abandonner un roi qui les avait abandonnés; argument qui est d'un poids réel dans les occurrences de ce genre ; et de ne pas rompre l'union avec les autres provinces, oui toutes l'avaient reconnu pour roi. Il était ensuite allé recevoir leur hommage et leur serment, et leur avait accordé les mêmes privilèges qu'à la noblesse du Jutland et des îles. La seule ville de Malmôe refusa de lui ouvrir ses portes; il la fit investir.

Il était retourné au siège de Copenhague, lorsque la satisfaction que lui donnaient naturellement des commencements si heureux, fut troublée par les nouvelles qu'il reçut d'Allemagne.

Ses inquiétudes étaient fondées, car si l'armée ennemie eût pu pénétrer immédiatement dans le Holstein , dont l'Elbe seulement la séparait , elle eût

Ïirobablement changé l'aspect des af»

aires en Danemark, puisque la sienne, plus faible de moitié, avait tout le Holstein à couvrir et deux sièges à continuer. La conjoncture exigeait qu'il prît sans différer une résolution vigom reuse : il se détermina donc à laisser la conduite du siège de Copenhague à son fils aîné le prince Christian , et à Jean Rantzau, un de ses généraux, et vola au secours du Holstein. Il déploya une telle activité, en allant de maison en maison appeler nobles, bourgeois, paysans à la défense du pays, qu'en trés-peu de temps il se vit à lu tête d'une armée de 80,000 hommes, avec lesquels il alla ramper dans la plaine nommée Grandé-Hedé ( Bruyère de Grandé ), et voisine de Segebérg, afin d'y attendre l'arrivée de l'ennemi. Toutefois le danger n'était pas si grand qu'il se l'était figuré. Les Hambourgeois, qui n'avaient aucun intérêt au triomphe de la cause de Christian, postèrent des vaisseaux sur l'Elbe, et par ce moyen empêchèrent ses soldats de passer ce fleuve. Funeste contretemps pour le roi détrôné : il se vit bientôt hors d'état de payer cette armée de mercenaires avant qu'elle eût pu rien entreprendre ; cependant elle remonta le long de l'Elbe jusqu'à une distance de près de trente lieues vers

le sud-est, et le passa même vis-à-vis de Perleberg, petite ville du Brandebourg. Là elle demanda la solde qui lui avait été promise; ne la recevant pas, et voyant qu'elle n'avait ni argent, ni pillage à espérer, elle murmura, puis fit entendre des menaces, enfin se révolta. Christian justement effrayé se cacha, et les soldats, après avoir suffisamment exhalé leur ressentiment en invectives , en reproches et en malédictions i se débandèrent et disparurent en peu de temps (*).

Tandis que Frédéric faisait ses préparatifs pour défendre le Holstein contre Christian , celui-ci tentait par mer une diversion pour occuper son rival dans le Nord. Il envoyait au secours de Copenhague de gros vaisseaux de guerre chargés d'hommes et de munitions de guerre; arrivés dans le Sund, après avoir pris quelques navires lubeckois, les circonstances favorisèrent d'abord leur entreprise , les généraux danois ayant vainement sollicité l'escadre lubeckoise qui bloquait la place par mer, d'attaquer ces vaisseaux; ils lui avaient offert* même de lui envoyer des soldats de renfort , et de l'indemniser de tous les dommages qu'elle pourrait souffrir dans un combat. Les Lubeckois se montrèrent sourds à cette demande, et, dès le lendemain, disparurent en faisant force de voiles jusqu'à ce qu'ils eussent gagné leurs ports. Les historiens danois ont considéré cette conduite incompréhensible comme l'effet d'une perfidie ou d'une terreur panique , car les Lubeckois avaient dix-huit vaisseaux à opposer à six tout au plus : elle causa naturellement une grande rumeur dans le camp danois, qui n'épargna pas aux fugitifs les épithetes de lâches et de traîtres.

Les magistrats de Lubeck s'excusèrent depuis a ce sujet, auprès de Frédéric, par une lettre , dans laquelle ils alléguaient que leurs vaisseaux , simples navires marchands armés à la hâte , étaient hors d'état de se mesurer avec de gros vaisseaux de guerre bien équipés et montés par des équipages

(•) Holberg, UII, p. x83.

aguerris; néanmoins, après être convenus que les officiers avaient agi sans aucun ordre dans cette occasion , ils déclaraient que dorénavant ils ne les emploieraient plus.

Le lendemain de la disparition des

entra dans le port de Copenhague ; sa présence causa d'abord une joie trèsvive, oui fut manifestée par des salves d'artillerie, des feux allumés de divers côtés, des guirlandes suspendues au clocher de la cathédrale. Mais ces transports cessèrent, lorsque la garnison reconnut l'insuffisance des secours que ces vaisseaux apportaient; on commençait à souffrir de la disette de vivres :

on n'en avait qu'une petite quantité; la troupe n'avait pas touché de solde depuis huit mois, il ne lui restait plus d'espoir d'en recevoir du prince qu elle servait. Enfin , les assiégés apprirent u'ils n'avaient plus rien à attendre e l'armée d'Allemagne, en faveur dé la cause qu'ils défendaient. Alors Henri Giôe, convaincu de l'impossibilité de tenir plus longtemps avec quelque apparence d'utilité , se montra disposé a écouter les propositions d'une capitulation honorable. Deux commissaires du roi furent admis dans la place.

Après quelques pourparlers, Giôe consentit a rendre la ville, puis les conditions furent signées à Roskilde :

la garnison avait la liberté de se retirer où elle voudrait; les bourgeois conservaient leurs libertés, franchises et immunités; ils devaient étreexemptés à l'avenir des impôts onéreux établis sous le régne précédent; la faculté de commercer et de naviguer partout où ils voudraient devait leur être rendue; tout ce qui avait pu être dit ou fait contre le roi Frédéric était mis en oubli.

Ces articles , et d'autres de moindre conséquence, furent signés au nom du roi par le prince Christian, et contresignés par le comte Jean de Hoya. Le prince demanda aussitôt que l'on prêtât serment de lidéiité au roi son pere, et le 6 janvier 1524, jour de I Epiphanie, la capitale du royaume ouvrit ses portes à Frédéric.

Christian lui expédia aussitôt un cour-

rier pour lui annoncer cette agréable nouvelle ; il la reçut à Nyborg eu Fionie , la rigueur de la saison ne lui ayant pas permis de se rapprocher de Copenhague depuis qu'il avait licencié ses troupes et rétabli le calme dans le Hol- 8tein. Dès qu'il eut apnris l'important événement dont son fils l'instruisait , il hâta sa marche, et, le 16 janvier, fit son entrée dans la capitale, à la grande satisfaction des habitants fatigues d'un siège si long. Il écrivit ensuite à la plupart des cours étrangères , et en particulier à celle de Rome, pour leur expliquer les véritables circonstances de cette grande et subite révo.ution , ui, de même que tous les événements u même genre , était partout le sujet d'une infinité de discours, de conjectures, de suppositions et de fables.

Avant l'arrivée du roi, Malmôe avait capitulé aux mêmes conditions que Copenhague , toutefois avec cette différence que trois personnes furent exceptées du pardon général , savoir :

Hans Mikkelsen, bourgmestre de cette ville, lequel avait suivi Christian II; Nils Hulse, qui, accusé d'avoir soulevé les paysans contre Frédéric, fut conduit à Copenhague, jugé et décapité ; enfin Sigebrite , dont Von est étonné de voir le nom figurer dans cette circonstance, puisqu elle était partie avec le roi détrôné. Du reste, c'est la dernière fois qu'il est question de cette femme qui avait joué un rôle si affreux dans les affaires du Danemark.

La Suède devait naturellement attirer l'attention de Frédéric. On a vu que l'insurrection commencée par Gustave Vasa avait fait des progrès rapides; la nouvelle de la fuite de Christian avait donné uue nouvelle force au parti de Gustave ; beaucoup de Suédois, qui jusqu'à ce moment n osaient se déclarer pour lui, embrassèrent ouvertement sa cause. Nommé administrateur du royaume à Vadsténa, des le 24 août 1521, il assiégeait Stockholm.

Norby était avec une partie de sa flotte devant Calmar, afin de défendre cette place, lorsqu'une dépêche du sénat de Danemark l'instruisit du départ du roi. Frappé de surprise , mais non

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ébranlé dans sa fidélité à son prince , il laissa soixante soldats dans le château de Calmar, avec l'ordre exprès d'y mettre le feu, ainsi qu'y la ville, s'ils remarquaient que l'ennemi devînt trop fort pour eux , et de gagner ensuite soit l'île de Gotland , soit le Danemark. Quant à lui , décidé à comprimer les progrès du soulèvement contre Christian , s'il en était temps encore , il fit voile pour Copenhague avec ses vaisseaux. Dès que les habitants de Calmar s'aperçurent qu'il s'éloignait , ils prévinrent le mouvement possible de la garnison en ouvrant aux Suédois la porte septentrionale de la ville ; bientôt le château fut forcé de se rendre; puis les troupes de Gustave passèrent dans l'île OÉIand , qui est devant Calmar, et s'en emparèrent.

On ne tarda pas à savoir a Stockholm la fuite de Christian, la prise de Calmar et la marche triomphante de Gustave. Cependant la garnison n'était pas découragée ; elle proposa de capituler aux conditions suivantes : elle pourra sortir librement du royaume et remettre la place aux Lubeckois, et Gustave s'engagera à payer à ceux-ci les arrérages dus aux soldats. Gustave refusa ces conditions , et convoqua la diète à Strengnàs : il y fut élu roi le 6 juin 1523. Retourné à son camp devant Stockholm, il poussa le siège avec vigueur. La garnison réduite aux abois capitula le 21 , sous la médiation de dix conseillers lubeckois : elle put sortir librement avec armes et bagages qu'elle pouvait emporter avec elle , et être conduite dans tel port d'Allemagne qu'elle souhaiterait, après avoir promis de n'exercer aucune hostilité contre la Suède pendant deux mois; elle fut obligée de laisser toutes les munitions et les vaisseaux de guerre , ainsi que les papiers appartenant au roi Christian et à l'amiral Norby.

Gustave confirma les privilèges clés habitants, et honora son succès en montrant de la clémence envers des individus qui leur avaient causé du mal. Le 23 il Ht son entrée solennelle à la grande satisfaction de tous les Suédois. Alors il ne resta plus aux parti-

sans de Christian que quelques places en Finlande; mais les troupes de Gustave ne tardèrent pas à les prendre.

Toutes ces choses s'étaient passées pendant que les Danois étaient encore occupés aux sièges de Copenhague et de Malmôe. Bien loin de pouvoir songer à faire des efforts pour se maintenir en Suède , il leur avait été impossible de défendre la province de Vigen ou de Bohus , dépendante de la Norvège, et la Blékingie , qui faisait partie du Danemark.

Norby, revenu dans l'île de Gotland, déclarait hautement que Christian lui en ayant confié le gouvernement, il était résolu de la lui conserver, et qu'il ferait la guerre à Frédéric et à Gustave, traités par lui d'usurpateurs.

Mais c'était surtout aux Suédois et aux Lubeckois qu'il en voulait. Aidé par des corsaires auxquels il ouvrit les ports de l'île , et qui augmentèrent ses forces navales, il expédiait continuellement de petites escadres , qui croisaient dans la Baltique et faisaient des prises considérables.

Les Lubeckois et les habitants des autres villes hanséatiques, dont le commerce souffrait de grandes pertes, ne pouvaient entreprendre seuls et sans alliés de mettre un terme à ces déprédations qui leur étaient si dommageables. Ils envoyèrent donc à Gustave un magistrat de Lubeck , négociateur adroit et rusé, pour l'engager à s'emparer de Gotland et à réunir de nouveau cette île à la Suède. Quoique ce prince reconnût que nulle occasion plus favorable nepouvait se présenter pour effectuer un tel dessein, il ne voulut pas ac- ( opter 1a proposition des Hanséates. Il considéra que la guerre avait épuisé la Suède, que ce royaume était sans argent et chargé de dettes , et enfin le peuple accoutumé depuis longtemps à ne pas supporter le poids des subsides, même les plus légers. Il prévoyait d'ailleurs qu'une tentative sur Gotland

Ïiourrait occasionner une guerre avec e Danemark , dont cette île relevait depuis quelques siècles. Il fit donc une réponse évasive aux Hanséates.

La déchéance de Chribtian II n'a-

vait pas été prononcée en Norvège ; cependant on s'y attendait à une révolution. Frédéric y commença des négociations. Peu de temps après avoir été reconnu roi de Danemark , il employa Vincent Lunge et Nils Lykke, nommes distingués par leurs talents et leur expérience, nés en Danemark, mais exerçant des fonctions publiques en Norvège. Ils engagèrent d abord les états à déclarer Christian déchu du trône qu'il avait abandonné, puis à se conformer à l'exemple donne par les Danois, en y plaçant Frédéric qui était fils d'un roi de* Norvège, et qui se trouvait revêtu du titre d'héritier de ce royaume. Tout favorisait les démarches de ces plénipotentiaires; Frédéric fut donc élu, au mois d'août 1523, roi de Norvège, par les états assemblés à Bergen. L'année suivante, il signa une capitulation, dont voici les conditions les plus remarquables : la couronne de Norvège est élective , comme celle de Danemark ; les privilèges de la noblesse et les coutumes existantes sont maintenus; le roi doit être couronné à Drontheim ; les marchands hanséatiques ne jouiront plus de la faculté d'acheter des propriétés territoriales ; le roi rachètera les îles Orcades et Shetland, aliénées par Christian 1 er sans le consentement du sénat. Frédéric différa Je couronnement sous divers prétextes , et ne se soucia pas , pour le moment, de discuter les articles de la capitulation. Christian conservait encore des partisans en Norvège; ses lois en faveur des paysans danois avaient produit une vive impression sur le peuple norvégien ; le temps avait affaibli le souvenir de ses anciennes cruautés.

• Aussitôt que Frédéric se vit paisible possesseur du Danemark et de la Norvège, il tourna ses regards vers la Suède, et invita, par une lettre, les états de ce pays à renouveler l'union de Calmar. Cette démarche qui , diton , avait été suggérée à Frédéric par Gustave Trollé, l'ancien archevêque d'Upsal , ne pouvait être considérée tout au plus, dans les conjonctures actuelles, que comme une formalité

pour conserver à tout événement des prétentions qui ne pouvaient que flatter. Les états de Suède se montrèrent mécontents de la lettre ; néanmoins Gustave, qui eût eu le droit de s'en offenser , ne voulant pas s'attirer un nouvel ennemi , dissimula son déplaisir, et favorisa même le siège de Malmôe par un petit corps de ses troupes.

Frédéric profita de l'intervalle de calme qui suivit le succès de ses entreprises , pour recouvrer la province de Vigen et la Blékingie, et , au commencement de 1524, les fit réclamer par des ambassadeurs qu'il envova au roi de Suède. Les états , alors assemblés à Vadsténa, prétendaient que ces deux provinces étaient légitimement acquises à leur pays, comme dédommagement d'une guerre dont les Danois avaient été les premiers auteurs. Ils finirent pourtant par consentir à une conférence , qui devait être tenue à Jônkôping entre des commissaires des deux nations, pour le maintien de la bonne intelligence et de la paix.

Ce fut à cette époque que l'envoyé de Lubeck obtint enfin, a force d'intrigues et de manœuvres , à décider Gustave à tenter la conquête de Gotland. Il ne lui demandait qu'une armée de terre, s'engageant au nom des Lubeckois à fournir un nombre suffisant de vaisseaux. L'armée et la flotte s'étant réunies à Calmar , Gustave fit embarquer ses troupes , et comme il ne jugeait pas qu'il fût prudent pour lui de s'éloigner de Stockholm, il confia le commandement de l'expédition à Bernard de Mélen , gentilhomme allemand , qui , ayant servi sous Christian II, avait passé chez les Suédois et s'était élevé par ses services jusqu'à la dignité de sénateur de Suède.

Mélen , débarqué sans opposition avec 8,000 hommes, se rendit maître de toute l'île en huit jours, à la réserve de Visby et du château de Visborg.

Norby, convaincu que ces deux places ne pouvaient faire une longue résistance , dépécha au roi de Danemark Otton Ulfeld, pour lui dire qu'il était prêt de le reconnaître pour son souverain , s'il voulait lui confirmer le

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gouvernement de 111e. Par cette offre, qui n'avait pour but que de gagner du temps , Norby entra dans les vues de Frédéric , contrarié de ce que Gustave envahissaitune contrée qui depuis longtemps dépendait du Danemark. Cependant, peu désireux de s'engager précipitamment dons une guerre , il essaya d'arriver à ses fins par la voie d'une négociation. 11 écrivit aux magistrats de Lubeck, pour leur représenter que Gotland étant une province de Danemark , et que le gouverneur de cette île étant rentré dans le devoir , il ne pouvait se dispenser de le protéger ; que du reste il s'engageait à faire cesser les pirateries dont ils s'étaient plaints , sans exiger d'eux aucune condition onéreuse. Ces considérations décidèrent aisément les Lubeckois , oui ne devinaient pas les motifs véritables de la conduite de Norby, à ordonner aux. chefs de leur flotte de suspendre toute hostilité contre ce dernier.

Alors Norby agit si bien par ses émissaires sur l'esprit de Mélen, qu'il obtint de lui une trêve , ou du moins plus de lenteur dans les travaux du siège. Les historiens nous apprennent que ces deux militaires avaient contracté un attachement mutuel dans le temps où ils servaient ensemble sous les drapeaux de Christian II ; ils supposent même que Mélen put être gagné par des présents, et que Norby fut assez adroit pour lui faire espérer une part importante dans le gouvernement de Suède, s'il voulait le seconder dans l'exécution d'un projet qu'il roulait depuis longtemps dans sa pensée (*) : c'était d'épouser Christine Gyllenstierna, veuve de Sten-Sturé, administrateur du royaume de Suède. Il avait laissé deux fils , dont le nom était cher aux Suédois. Norby pensait donc que si un changement était encore pos>ible en Suède , ce qui ne paraissait pas absolument improbable dans ce temps, il ne s'effectuerait, suivant toutes les vraisemblances, qu'a l'avantage de ces jeunes Sturé, pour peu qu'ils fussent secondés. C'est ce qu'il avait voulu faire entendre à cette femme illustre; mais

(*) Dalin, Lc,i« partie, t. I, p. io5.

elle ne l'avait pas écouté. Il fut plus heureux auprès de Mélen, qui agit en conséquence en traînant le siège eu longueur.

Cependant la mésintelligence qui s'était élevée entre Frédéric et Gustave, au sujet des provinces de Vigen et de Blékingie, s'accrut par l'invasion des Suédois en Gotland. Cette tle avait toujours été une pomme de discorde entre les deux royaumes ; chacun tenait également à la posséder. Frédéric envoya donc à Gustave des ambassadeurs qui le trouvèrent à Jônkôping ; ils y furent joints par des députes des villes hanséatiques. Ils se plaignirent vivement au nom de leur roi de ce que , sans même lui déclarer la guerre, l'on avait assiégé une place qui lui appartenait. Les Lubeckois , qui n'avait nt rien de plus à cœur que d'empêcher le retour de Christian II, s'efforcèrent de justifier une entreprise dont ils et <iicnt les vrais auteurs; ils dirent que ce n'était pas à Frédéric , mais à Norby que les Suédois et eux avaient fait la guerre en attaquant Gotland. Après une longue discussion, les Hanséates, qui voulaient décidément prévenir une rupture, en montrèrent les dangers avec tant de force, qu'ils déterminèrent les Danois et les Suédois à consentir à un accommodement secret et à avoir à cet effet une entrevue , à laquelle les députés des villes venèdes seraient admis comme médiateurs.

A leur retour, les ambassadeurs danois ayant communiqué au roi et au sénat ce qui avait été tait à Jôr kôping, la diète, qui était alors rassemblée à Copenhague, ratilia l'accommodement passé avec Gustave : il fut réglé que l'entrevue aurait lieu à Malmôe ; que les deux rois y assisteraient en personne; que l'affaire concernant le Vigen et la Blékingie, ainsi que celle de Gotland et les prétentions sur la Suède , y seraient terminées, et que si l'on ne pouvait s'accorder on prendrait pour arbitres les villes venèdes de Lubeck, Hambourg, Dantzig, Stralsund, Wismar et Rostock.

Les villes que l'on vient de nommer

renouvelèrent à cette diète leur alliance avec Frédéric, et lui promirent, comme par le passé, toute espèce de secours contre le roi détrôné. La crainte que les nouveaux préparatifs de ce prince leur inspiraient, et celle de voir encore troubler leur commerce par la guerre étaient les vrais motifs de leur zèle si actif pour le maintien de la paix dans le Nord ; d'un autre côté , les conjonctures commandaient à Frédéric et à Gustave de ne pas s'attirer légèrement de nouveaux ennemis sur les bras.

A cette même diète fut célébré , le

10 août 1524, avec une grande pompe, le couronnement de Frédéric. Gustave Trollé, archevêque d'Upsal, fit la cérémonie. Peut-être Frédéric choisit-il ce prélat, réfugié en Danemark, pour laisser croire qu'il ne renonçait pas à ses prétentions sur la Suède; mais Vertot et d'autres historiens modernes ont avancé à tort que dans cette occasion il se fit couronner comme roi de ce pays. Les bailliages et les villes reçurent dans cette solennité la confirmation de leurs libertés et de leurs privilèges.

Au temps fixé pour l'entrevue des deux rois, Gustave vint à Malmôe.

Frédéric, à qui cette ville appartenait, lui avait envoyé quatre sénateurs et six- gentilshommes danois , pour demeurer en otage dans ses États; les villes hanséatiques s'étaient d'ailleurs rendues garantes du sauf-conduit qu'il avait rxigé pour sa sûreté. Il était accompagné de Thuré Jônson Ros, grand maître du royaume, qui devait porter la parole en 'son nom, du maréchal Laurent Siggerson , et de Laurent Andersson, chancelier aulique. Les deux rois se rencontrèrent dans l'église de Malmôe, en se donnant respectivement beaucoup de marques d'honneur. Frédéric commença la conversation en disant que Christian étant l'ennemi commun des deux royaumes,

11 importait aux deux rois de lui résister pour assurer le bien de leurs États, et afin d'y parvenir au plus tôt, de faire cesser les différends qui s'étaient élevés entre eux. Il ajouta que

Gustave ayant trouvé bon de travailler à rétablir la bonne intelligence, il avait de son côté songé à des moyens équitables pour produire ce résultat.

Gustave répondit qu'il était prêt à accepter toutes les conditions raisonnables qui pouvaient tendre à amener la paix et l'amitié entre les deux

«à-dessus les deux rois s* étant rendus à la maison de ville pour v continuer leur conférence , Frédéric prononça un discours qui manqua d'être interrompu dès les premiers mots ; il rappela d'abord le traité de Calmar , qui avait stipulé l'union perpétuelle des trois royaumes, et fit entendre qu'elle pourrait être renouvelée ; que cependant il n'exigerait pas que Gustave renonçât à une couronne qu'il avait acquise à un si haut prix , qu'il demandait seulement que ce prince reconnût en quelque sorte le roi de Danemark comme son supérieur, et comme le chef perpétuel de cette union des trois royaumes du Nord , de laquelle il pouvait tirer avantage pour accomplir ses projets en toute sûreté.

Gustave , que ces paroles faisaient frémir d'indignation, sut cependant se contenir, et répondit : « De même que « tous les hommes sages , j'aurais déa siré la continuation de l'union; niais « l'histoire des temps passés nous a « appris combien il était difficile de « réunir sous un même chef trois na- « tions d'humeur si différente; touteo fois je m'étonne que le roi Frédéric « puisse proposer à la Suède qu'elle le « reconnaisse pour seigneur suzerain; « c'est-à-dire que volontairement, et a sans y avoir été contrainte par la « force des armes, elle se soumette à « une sujétion que le Danemark , avec « ses menaces , ses efforts et sa puis- « sance, n'est jamais parvenu à lui im- « poser. Du reste, j'ai promis aux «Suédois, comme leur roi légitime, « d'être le défenseur de la liberté et de « l'indépendance de la patrie ; je suis « donc prêt à être, à rang égal , l'ami et « l'allié du roi de Danemark , si cela « lui plaît; mais son sujet, jamais. »

Frédéric sentit qu'il était allé trop

L'UNIVERS

loin f et en homme prudent n'insista pas ; il proposa donc une paix perpétuelle, en prenant pour base que chaque royaume conserverait ses limites telles qu'elles étaient avant la dernière rupture ; Gustave consentit à rendre le Vigen et la Blékingie; mais quand ilfutquestion deGotland, la discussion devint très-vive , chaque parti soutenant avec beaucoup de chaleur et de nombreux arguments ses prétentions sur cette île. Thuré Jônson , au lieu de répondre pertinemment auxDanois, comme son devoir le demandait , parut embarrassé et balbutia , de sorte que le chancelier Laurent Andersson, et ensuite Gustave lui-même, furent obligés de réfuter les raisons de leurs adversaires. Les historiens danois et suédois sont d'accord pour expliquer la cause de la perplexité du grand maître. Naturellement il n'était pas orateur, et de plus il était trèsintéressé. Il craignait donc , en parlant en faveur de son roi , de perdre les biens considérables qu'il possédait en Norvège et en Halland. Les auteurs suédois ajoutent que les Danois lui en avaient fait la peur (*).

Les députés des Hanséates craignant que les esprits, venant à s'échauffer, la conférence ne fût irrévocablement rompue, ce qui n'aurait pas été leur compte, mirent fin à la dispute et firent signer aux deux parties, le 1 er septembre, une convention conçue en ces termes : Les plénipotentiaires des deux rois se réuniront à Lubeck, le jour de la Pentecôte 1525; la Blékingie et ses dépendances seront rendues au Danemark ; la Suède gardera le Vigen jus-

au'à ce que le congrès ait décidé à qui doit appartenir; Gotland restera jusqu'au futur congrès à celui des deux rois dont les troupes posséderont la forteresse de Visborg le 1 er septembre 1524 ; celui des deux rois auquel les lieux et les pays en contestation seront adjugés dans le prochain congrès de Lubeck, en aura dès lors la sûre et paisible possession ; celui à qui Got-

(*) Holberg, t. II, p. 195-197 ; Dalin , 3 e partie, t. I , p. ; 0G-108.

land sera adjugée indemnisera les marchands lubeckois de toutes les pertes que les corsaires de cette île leur ont occasionnées; celle des deux parties qui contreviendra au précédent article sera condamnée à payer 100,000 florins, savoir la moitié à la partie lésée, et l'autre moitié aux villes médiatrices; les prisonniers des deux côtés seront rendus.

Ce fut en vertu de ce dernier article que les dames suédoises, menées prisonnières en Suède par Christian II , furent honorablement rendues : Cécile , mère de Gustave, et Émerance, sa sœur, étaient mortes de la pesie.

Suivant les historiens suédois, Gustave s'en alla très-mécontent de cette convention ; mais les circonstances le forçaient à ne se brouiller à la fois ni avec le Danemark , ni avec les Lubeckois.

Les députés de Frédéric se trouvèrent à Lubeck au jour fixé, et y attendirent vainement ceux de Gustave. Suivant les historiens suédois, cette inexécution d'un traité conclu si récemment vint de ce que les deux • plénipotentiaires de leur roi qui étaient partis par mer, furent arrêtés en chemin par un des corsaires de Norby, et ensuite contrariés par les vents qui ne leur permirent pas d'arriver à temps.

Dès qu'ils furent débarqués près de Lubeck, ils firent connaître les causes de leur retardement; n'ayant pas , au bout de sept semaines, vu revenir les commissaires danois , ils reprirent le chemin de Stockholm, après avoir publié une déclaration par laquelle ils se justifiaient aux dépens des Danois.

Quoi au'il en puisse être de ces faits dont 1 exactitude n'est pas facile à démêler aujourd'hui, les choses restèrent dans le même état qu'avant le traité de Malmôe : chacun des monarques conserva ses prétentions sur les provinces contestées, et la crainte d'un ennemi commun maintint seule entre eux une apparence de concorde.

Cette crainte n'était pas sans fondement ; il restait au roi détrôné de grandes ressources dans la puissance de l'Empereur, son beau-frère, et des

autres princes ses alliés. Christian publiait et faisait répéter par ses partisans que Charles-Quint lui promettait de le reconduire lui-même dans ses États, avec toutes les forces de l'Empire , dès qu'il aurait terminé ses démêlés avec la France; et le gain de la fameuse bataille de Pavie, au mois de février 1525, pouvait donner de la vraisemblance à cette rumeur. Frédé* rie ne put donc voir qu'avec beaucoup de satisfaction les amis de Christian s'en tenir , dans de telles conjonctures , à reprendre la voie des négociations en sa faveur.

Les premières propositions vinrent de la part de Ferdinand, roi de Bohême et frère cadet de Charles-Quint; il invita Frédéric à faire décider par des négociations ses différends avec Christian ; l'Empereur écrivit dans le même seus. Frédéric ne se refusa pas à soumettre l'affaire à des juges impartiaux. Ensuite Albert et Henri , ducs de Mecklenbourg , demandèrent l'un après l'autre un dédommagement en argent pour Christian. Frédéric avait rejeté cet expédient comme dangereux pour ses propres intérêts , puisqu'il n'aboutissait qu'à fournir à son ennemi les moyens de lever de nouvelles troupes. Néanmoins Henri ne se rebuta pas. Malgré le peu de succès de ses lettres au roi et au sénat de Danemark, il vint lui-même à Preetz, bourg du Holstein situé sur la petite rivière de Bornbeck , entre Kiel et Plôn, et proposa divers accommodements à Frédéric. Les .seuls que ce prince ne repoussa pas étaient d'acheter à Christian des sfjgneuries dans Quelque pays étranger, ou de lui accorder une pension pour son entretien et celui de son fils ; Frédéric ajoutait comme une condition indispensable , que ces princes donneraient des garanties suflisantes de ne le plus troubler dans la possession de ses royaumes.

Ce projet parut assez raisonnable à Henri pour être discuté dans un congrès qui se tiendrait à Lubeck; il y invita Albert et l'électeur de Saxe. Frédéric, qui n'était pas pressé de conclure, allégua que cette affaire inté-

ressait également les états de Danemark, de Norvège, des duchés, le roi de Suède et les villes hanséatiques; qu'il était donc obligé de prendre préalablement leurs avis. Cette réponse renvoyait si loin la tenue du congrès , que l'Empereur et l'électeur de Brandebourg , ayant joint leurs instances à celles des autres alliés de Christian II, Frédéric et le sénat de Danemark ne purent éluder plus longtemps la demande du congrès : il fut tenu aussitôt après la Pentecôte. Deux évéques, le chancelier et trois autres sénateurs de Danemark y vinrent. Les historiens ui nous ont conservé les instructions onnées à ces délégués, ont pensé qu'il devait y en avoir d'autres plus secrètes qui prescrivaient aux plénipotentiaires de ne faire usage des propositions ostensibles que pour amuser Christian et ses alliés. Ils étaient autorisés à offrir la couronne de Danemark, après le décès de Frédéric, au prince Jean, fils de Christian. Ce prince Jean devait en attendant jouir d'une pension annuelle de quelques milliers de florins; il s'engageait a publier une amnistie sans réserve, à ne jamais rappeler son père dans le royaume, à ne jamais lui accorder la moindre part dans les affaires : celui-ci devait renoncer à tous ses droits , et jurer de ne faire aucune tentative pour les recouvrer; le fils de Frédéric devait garder les deux duchés.

On a dit que le sénat de Danemark n'avait jamais pu songer sérieusement à conclure un pareil traité , qui était trop contraire aux intérêts de Frédéric et de son fils ; mais il faut considérer que le royaume était dans des alarmes continuelles : les habitants, obligés de se tenir sans relâche sous les armes, soupiraient après le moment qui les délivrerait d'une contrainte si pénible. Il n'est donc pas impossible que le sénat , bien plus puissant en réalité que le roi, ait recouru à un expédient qui ne lésait que celui-ci.

Quoi qu'il en soit, on présume que Frédéric ayant mis en jeu des ressorts cachés, empêcha que rien ne fût conclu d'après un plan si contraire à ses

L'UNIVERS

intérêts ; on croit aussi que Christian II, ne se fiant pas assez aux promesses faites à son (ils, refusa de donner des assurances suffisantes qu'il n'entreprendrait rien pour faire valoir ses propres prétentions.

Les choses restèrent donc dans le même état qu'auparavant ; les Danois et les habitants des duchés durent continuer à se tenir sur leurs gardes, et redoubler même de précautions contre un ennemi constamment occupé de ses projets d'invasion. Une guerre réelle ne leur aurait pas été plus onéreuse; la noblesse offrit le tiers de ses revenus au roi, à titre de don gratuit; Frédéric fit réparer et augmenter les fortiûVations de Copenhague, et renouvela ses alliances avec la France et TÉcosse.

Il aurait bien voulu se faire couronner comme roi de Norvège, afin de s'assurer par ce nouveau moyen de la fidélité des habitants, qui ne le reconnaissaient pour souverain que par un simple droit d'élection et n'avaient prêté serment qu'à son délégué. Ses vœux ne purent être remplis. Le sénat de Norvège demandait que cette cérémonie se fit dans l'église cathédrale de Drontheim ; et dans ces conjonctures critiques Frédéric ne pouvait s'absenter du Danemark.

Holberg remarque que , malgré le zèle manifesté par Charles-Quint pour son beau-frère, la bonne intelligence ne fut uas interrompue un seul moment entre les Danois et les Néerlandais :

ceux-ci, quoique sujets de l'Empereur, ne cessaient pas de traverser librement le Sund. Ils paraissaient peu disposés à

Sromettre leur appui au roi détrôné :

s préféraient de continuer à commercer librement avec ses anciens sujets , parce qu'ils en tiraient plus de profits que de se lancer dans des entreprises très-hasardeuses.

Revenons à Norby, qui , en se bornant à arborer le pavillon danois sur les forteresses deGotland, s'était maintenu dans cette lie ; Gustave avait pris l'engagement d'en retirer ses troupes, conformément à la convention de Malmôe. Prévoyant tout ce qu'il avait à

redouter de l'union des trois puissances qui avaient signé cet acte , Norby résolut de les brouiller ensemble. Il fit répandre le bruit qu'il avait conclu avec Gustave un traité qui annulait celui de Malmôe. Il continua ses poursuites auprès de Christine Gyllenstierna , pour qu'elle entrât dans ses rojcts avec ses partisans; il entretint es correspondances avec les autres mécontents de Suède et de Danemark; enfin il employa tout l'hiver à des préparatifs d'un armement considérable par terre et par mer , sans que personne pût pénétrer ses véritables intentions ; et dès la fin de mars de l'année 1525 il envoya Otton Stissen, un de ses lieutenants, avec une escadre et un corps de fantassins pour s'emparer de Sôlvitsborg et d'Ohus ,

fietits ports et châteaux, le premier sur a côte de Blékingie, le second sur celle de Scanie, et soulever la population de ces deux provinces en faveur de Christian II. Tycho-Krahbè, qui de Helsingborg était accouru à sa rencontre avec ce qu'il avait pu rassembler de troupes de la province de Scanie, fut bientôt arrêtédans sa marche par Norby lui-même, qui avait suivi de près son lieutenant avec un renfort considérable. Krabbè ne pouvant tenir tête à un ennemi bien supérieur en nombre fut obligé de chercher, avec la plus grande partie de son monde, une retraite clans Malmôe.

Norby, maître du pays, prit Lands- Krona et les autres villes maritimes, fit soulever presque tous les paysans contre Frédéric, et en forma une armée de près de dix miNe hommes; partout il se faisait rendre hommage au nom de Christian. Il répandit des lettres par lesquelles ce prince promettait toute protection à ses pauvres peuples. Il rejetait ses malheurs sur ce qu'il n'avait pas voulu souffrir qu'ils fussent les victimes de la tyrannie des nobles et des grands ; il les exhortait à suivre l'exemple des Scaniens et à soutenir les efforts de Norby.

Ces excitations produisirent leui effet; les paysans révoltés ravagèrent les terres, brûlèrent et saccagèrent les châ-

Ceaux des nobles, qui ne trouvèrent de refuge que dans les murs de Malmôe.

Frédéric, qui était alors au château de Gottorp, près de Slesvig, sa résidence ordinaire, ne lut pas plutôt instruit de ces tristes nouvelles, qu'il les fit connaître aux Lubeckois et aux villes veuèdes. Il eut avec leurs députés une conférence à Segeberg , et il. fut décide qu'ils enverraient une (lotte dans le Sund pour arrêter les progrès du mal. Jean Rantzau fut expédié à la hâte avec quelques cavaliers; il devait en passant prendre des renforts en Seeland, puis s'embarquer pour Malmde. Quel fut son étonnement quand les magistrats de Copenhague refusèrent de laisser entrer ses troupes dans cette capitale, et de lui prêter leur aide dans un tel /«ornent de crise! Parvenu à Malmôe, il y forma sa petite armée, qui ne se composait que de mille fantassins et de trois cents cavaliers.

La place était mal pourvue; l'ennemi, avec des forces bien plus nombreuses,

nait une forte position près de . Persuadés de la nécessite de l'attaquer sans délai , Rantzau et Krabbè exécutèrent ce dessein le 7 avril. Le combat .ne dura pas longtemps ; les retranchements furent forcés, et les révoltés totalement défaits : ils perdirent 1,500 hommes, tant fantassins

Ïue cavaliers restés sur le champ de "taille, et 5 f 000 prisonniers; le reste prit la fuite. Lund fut emporté de force.

En recevant ces nouvelles, Norby, qui as siégeait Helsingborg, leva son camp et se jeta dans Landskrona avec tes troupes et les débris de l'armée battue ; bientôt il y fut. investi par les vainqueurs qui s'étaient renforcés. Une armée de 12,000 paysans, commandée par Stissen, s'étant approchée pour 14 secourir Norby , fut taillée en pièces près d'une petite forêt appelée Brunkoffte-Lund , et le général fait prisonnier.

Ce second échec ruina les projets et tes espérances de Norby ; les paysans te hâtèrent de mériter leur grâce en abandonnant son parti : lui-même, serré de près dans Landskrona, offrit

de capituler. Rantzau et Krabbè, qui n'entrevoyaient aucun avantage à le pousser à bout , traitèrent avec lui.

Avant promis de remettre Gotland à Frédéric et de lui prêter serment de fidélité, il obtint un pardon général pour lui et pour les siens , le gouver- ' nement de Sôlvitsborg sa vie durant , une indemnité en argent pour ses officiers et ses soldats qui n'avaient pas reçu toute leur paye.

Dès que cet accord eut été signé , Otton Krumpen , au nom du roi , et Kordt Webbekuk, au nom des Lubeckois, partirent avec une escadre pour Gotland; Norby les accompagnait afin de faire la remise de l'f!e. Après le congrès de Segeberg, les Luberkois , au lieu d'envoyer leur flotte dans le Sund, conformément à leur parole, pour couper toute retraite à Norby de ce côté là, lui avaient enjoint d essayer une descente en Gotland, dans l'espoir que l'absence du gouverneur leur iaciliterait les moyens de surprendre cette île ; mais la citadelle étant mieux pourvue qu'ils ne l'avaient conjecturé , ils ne tirèrent d'autre fruit de cette tentative que de convaincre les Danois , leurs alliés, qu'ils ne songeaient qu'à leurs propres intérêts. Dans l'occurrence présente, Norby s'étant efforcé d'arriver le premier au château de Visborg, Krumpen s'y opposa, de crainte que ce fût pour susciter quelque nouvel obstacle, et prit ses mesures pour que tout s'effectuât suivant ce qui avait été eonvenu. Norby fut donc obligé de livrer les forteresses aux officiers du roi. Ce prince céda les revenus de l'île, pour auatre ans, aux Lubeckois, à titre de dédommagement des pertes que les pirates de ce pays leur avaient causées et des frais de cette guerre; cet arrangement ne dura

2ue deux ans ; alors ils obtinrent en change les revenus de Bornholm pendant cinquante ans*

Comme il n'aurait pas été d'un bon exemple que la révolte des Scaniens restât impunie, ih furent condamnés à une amende. La tranquillité reparut bientôt; mais un repos absolu ne pouvait convenir à Norby. Il avait à peine

pris possession de son gouvernement de Sôlvitsborg, qu'il fit construire et radouber des vaisseaux , et recommença ses courses sur mer. Un de ses navires ayant été pris par les Suédois, et ses sollicitations pour se le faire rendre n'ayant produit aucun effet» il résolut de s'en venger : il écrivit à Frédéric pour l'engager à envahir la Suède, entreprise qu'il lui représentait comme très-facile. Bien loin d'écouter ses projets, le roi de Danemark en instruisit Gustave. Tous deux unirent leurs forces contre Norby, qui, réduit au désespoir, essaya de se soutenir contre ses adversaires, quoiqu'il n'eût que quatre vaisseaux et six yachts, avec environ 600 hommes et quelques petites places sur la côte de Scanie; mais il attendait des secours de Christian II.

Cependant sa résistance ne pouvait être longue contre deux rois réunis.

Les Danois lui prirent Sôlvitsborg, Rodneby et Lyckô. Une petite escadre suédoise s'étant jointe à celle des Danois, ÎSorby, qui ne put éviter le combat, fut complètement défait, perdit 400 hommes et sept navires. Il n'échappa qu'avec beaucoup de peine à ce désastre , et avec les débris de sa petite flotte gagna l'embouchure de la Narova en Moscovie : de là il se rendit avec quelques-uns de ses compagnons d'infortune à Moscou. Ses efforts pour entraîner dans une guerre contre la Suède le tzar, qui venait de renouveler son alliance avec Gustave , lui attirèrent une longue détention. Enfin sorti de prison en 1529 , à la recommandation de Charles-Quint , il entra au service de ce beau -frère de son ancien souverain , et fut tué l'année suivante d'un coup de feu au siège de Florence. Recommandable par son inaltérable fidélité envers Christian II, il ternit par ses injustices et ses violences l'éclat de ses vertus et de ses belles et grandes qualités , tellement qu'il donna lieu de soupçonner que son ambition personnelle tût le principal mobile de l'attachement qu'il montra pour un roi malheureux.

Il avait , après la prise de Malmôe , contribué, par ses remontrances au

roi , à sauver la vie à Otton Stissen , son ancien lieutenant, condamné à mort par un conseil de guerre.

Pendant plusieurs années , la tran-

Suillité du Danemark ne fut pas troulée au dehors; mais les progrès de la réforme religieuse, qui se manifestèrent dès Tannée 1527 , causèrent dans l'intérieur du pays une vive agitation.

Nous avons déjà parlé de la tentative faite par Christian II en 1520, pour introduire la nouvelle doctrine, et de son peu de succès (*) ; cependant, dès Tannée suivante, un Danois contribua beaucoup à répandre les principes de la réformation. Ce fut Jean Tausen , né dans l'île de Fionie. Après avoir étudié la théologie à Cologne et fréquenté les leçons de Luther à Wittemberg, il fut nommé en 1521 professeur de théologie à Copenhague; mais bientôt il se retira dans le couvent d' Andersko v en Seeland . Pendant quelques années il ne travailla que secrètement à propager la réformation.

Elle fut de nouveau favorisée par ce même Christian II, qui, pour exterminer la noblesse de Suéde, s'était fait l'exécuteur impitoyable d'une sentence de la cour de Rome. -Toujours animé du désir d'humilier le clergé danois, il permit que les principes des novateurs fussent prêchés publiquement. Cependant, arrêté dès les premiers pas par les menaces du pape , par les représentations de l'Empereur, par la crainte de soulever des peuples mécontents , il ne s'occupa plus qu'à satisfaire l'Empereur, et à déguiser au pape et à son légat ce qu'il avait fait.

L'inconstance qu'il montrait continuellement dans ses démarches arrêta donc les progrès de la réformation.

Aucun personnage marquant n'en adopta les principes , effrayé que chacun devait être, de se voir poursuivi pour une action qui peu de jours avant aurait pu paraître agréable au roi.

Toutefois , les bommes attachés à la pureté des dogmes de l'église de Rome tenaient les principes religieux de Christian pour très-suspects, et parmi

(•) Voyei p. x6a.

les griefs allégués pour motiver sa dé- accompagné à la diète de Worms ; il y

position, uri des principaux fut son vit Luther. La hardiesse et la candeur

attachement à l'hérésie. du réformateur ne purent que pro-

Après sa fuite, la position du Da- duire une vive impression sur un jeune nemârk favorisa singulièrement la prince de dix-huit ans. On a pense que, marche de la réformation. Lesévéques, revenu près de son père , il contribua les sénateurs et le reste de la no- beaucoup par ses discours à le détablesse, tout occupés de la grande ré- cher de la communion catholique. Il volution qu'ils venaient d'opérer, n'é- appela auprès de lui Pierre Svabe , ami taient agités que de la seule crainte de de Luther. Ayant été nommé en 1524 voir rétablir, par l'aide d'une puissance gouverneur des duchés , il établit deux étrangère, le roi détrôné. Il y avait pour prédicateurs luthériens à Hadersleben, eux nécessité absolue de maintenir à en Slesvig, lieu de sa résidence, tout prix ce qu'ils avaient fait, ou bien Tausen, enhardi sans doute par ils devaient s'attendre à une ruine cer- l'exemple du roi et de son fils, comtaine. Ils n'ignoraient pas que Frédéric mença de nouveau à professer publiétait notoirement enclin pour la doc- quenient la doctrine de Luther. Alors trine prêchée par Luther, quoiqu'il ne le prieur de son couvent l'envoya dans la professât pas publiquement. La ter- un couvent de son ordre à Viborg en îeur bien fondée des vengeances de Jutland, où il fut renfermé; mais, à Christian, s'il revenait jamais au pou- travers les barreaux de sa prison, il voir, et s'il se mettait en tête d'établir prêcha le peuple, qui s'assemblait en 1a réforme , comme il en avait déjà foule pour l'entendre. Bientôt sa remontré Pen vie, décida certainement les nommée lui valut l'appui de plusieurs prélats à rester fidèlement attachés au hommes puissants , et il fut mis en lisouverain qu'ils avaient choisi. Ainsi berté. Sous leur protection , il contins fermèrent volontairement les yeux nua ses sermons devant un auditoire sur des innovations dont ils espéraient de jour en jour plus nombreux. L'éprobablement arrêter le cours quand vêque alarmé voulut le faire arrêter ; les circonstances seraient plus favora- la multitude se souleva pour ledéfenbles. dre, barricada les rues, monta la garde

Dans les premières années de son devant les églises où il se faisait enrègne, Frédéric ne fit pas connaître sa tendre , et finit par tenir le prélat luifaçon de penser sur la religion. Cela même bloqué dans son palais. Le roi n'aurait pas été à propos tant qu'il fut obligé d'interposer son autorité ne se voyait pas fermement assis sur pour arrêter les progrès de ce tumulte, le trône : les villes principales étaient Les historiens ajoutent que dès 1526 encore dan s les mains de son ennemi, ce prince faisait publiquement profeset des soulèvements éclataient de di- sion du luthéranisme; cependant il vers côtés. Constamment guidé par la n'avait pas encore rompu ouverteprudence, il se contentait de mainte- ment avec l'Église romaine. Il accorda nir la paix entre les différents partis sa protection à Tausen, et lui donna au sujet de la religion , et parlait en le titre de son chapelain , et celui-ci termes généraux des abus qui s'étaient resta en possession des chaires de Viglissés dans l'Église , et dont il serait borg.

à souhaiter qu'elle fût délivrée. Sur II est digne de remarque que , bien

ces entrefaites , la réformation, qui que déposé, Christian concourut, de

n'était pas persécutée, s'étendait ra- son exil, à propager les nouvelles doc-

pidement dans les duchés et dans le trines en Danemark ; s'il les avait au-

royaume. Le prince Christian , fils trefois favorisées , la politique et non

aîné du roi, avait passé plusieurs an- la conviction l'y avaient décidé; mais

nées de sa jeuuesse à la cour de Joa- cinq ou six mois après sa chute, se

chim, électeur de Brandebourg , son trouvant au château de Schwrenitz ,

oncle maternel. En 1521, il l'avait près de Wittemberg, chez l'électeur

tr Uvrauon. (Danemark.) 13

L'ÙHÎVERS.

que la doctrine de Luther avait fait de si grands progrès dans le royaume, qu'il ne serait plus possible de la proscrire sans causer des troubles et des bouleversements ; qu'il regardait comme très-convenable de permettre le libre exercice des deux religions dans ses États, jusqu'à la tenue d'un concile général qui était l'objet du vœu universel, et qu'alors il se conformerait, avec tous les princes chrétiens , à ce qui aurait été décidé.

Les évéques se récrièrent fortement contre cette proposition , qui,, tout en leur laissant leur titre, menaçait de les priver de leur puissance et de leurs richesses. Plusieurs membres de la noblesse du premier rang les avant soutenus, le roi éprouva de la difficulté à faire passer les résolutions suivantes : dorénavant il y aura liberté de conscience ; le roi accorde sa protection aux luthériens, qui jusqu'alors n'avaient pas joui de celle des lois.

Les prêtres et les religieux des deux sexes ont la permission de se marier; il est défendu aux évéques de faire venir de Rome le palàum ; ils seront élus canoniquement par les chapitres ; "le roi seul confirmera leur nomination. Le clergé catholique ne sera pas troublé dans la possession de ses biens, à moins que ce ne soit en vertu d'une loi; il conserve ses revenus, et nommément la jouissance de la dîme, et l'exercice de sa juridiction ; elle est cependant limitée dans quelques points.

Depuis la publication de ce décret, une foule d'habitants du pays que la crainte avait retenus jusqu alors , se déclarèrent pour les doctrines de la x réformation ; beaucoup d'ecclésiastiques se marièrent; un grand nombre ne moines et de religieuses quittèrent duits, abus si grossiers qu'ils étaient les couvents. Cependant aucune ville devenus un objet de risée pour le peu- n'abolit, avant 1529, le culte catholiple même, abus qui srandaîisaient les que formellement. Majmôe donna la vrais chrétiens. Il représenta enfin aux première cet exemple pour le remplaprélats qu'en promettant de leur con- cer par le service divin en langue vulserver leurs dignités et leurs préroga- gaire. Cette même année, le roi fit tives, ils s'étaient également engagés venir Tauseu à Copenhague, à la grande de leur côté à remplir fidèlement les satisfaction de la plupart des habidevoirs de leur charge j puis il ajouta tants. L'église de Saint-Nicolas lui fut

de Saxe, il eut la curiosité d'entendre Luther. Le réformateur vint au château et y prononça un sermon, avec ce ton de persuasion profonde qui lui était habituel , et qui remua profondément l'âme du monarque détrôné. Christian déclara que dès ce moment il supporterait avec résignation le malheur dont la main de Dieu l'avait justement frappé. Bien plus, Elisabeth, son épouse, reçut en 1524 la communion des mains d'André Osiander, premier pasteur de Nuremberg, et un des plus Fameux réformateurs ; elle était venue dans cette ville pour y voir Ferdinand son frère, roi de Bohême. La même année, Christian fit imprimer à Leipzig une version danoise du Nouveau Testament, la première qui ait été imprimée dans cette laneue. Elle avait pour auteur Jean Mikkelsen, qui avait suivi le roi dans son exil. Porté en Danemark, ce livre y fut lu avec avidité , et devint un des moyens les plus efficaces que les ministres luthériens employèrent pour engager le peuple à rejeter les dogmes qu'il n'y trouvait pas clairement énoncés.

Le nombre des luthériens avait pris un tel accroissement aue Frédéric put faire une démarche décisive en 1527.

La diète était assemblée à Odensé. Il y adressa aux évéques un discours dans lequel il leur recommandait de veiller à ce que la parole de Dieu fût préehée partout dans sa pureté primitive, et dégagée de toutes les superstitions et de toutes les fables que l'ignorance et l'intérêt des hommes y avaient mêlées; il leur déclara qu'en jurant, à son avènement au trône, de maintenir la doctrine de l'Église catholique , apostolique et romaine , il n'avait pas entendu soutenir tous les abus que les hommes y avaient întro

accordée pouf prêcher en toute liberté.

Les catholiques avaient été obligés de souffrir que les psaumes et les hymnes y fussent chantés en danois. A l'arrivée de Tausen , l'empressement de la foule redoubla; ses prédications, trouvant des auditeurs favorablement disposés, achevaient de persuader ceux qui doutaient encore, et ranimaient le zèle et la foi de ceux qui étaient déjà convaincus.

Le roi approuva le changement opéré à Malmôe , à condition que les biens ecclésiastiques que Ton séculariserait seraient employés à fonder un gymnase dans cette ville. Le luthéranisme fut publiquement enseigné dans cette école, de laquelle sortirent la plupart des prédicateurs qui achevèrent, dans la suite, rétablissement des nouvelles doctrines en Danemark. Nicolas Martin y publia , en 1 528 , des cantiques spirituels à l'usage des Danois, et François Vormoro , carme , une traduction des psaumes. Aussi Malmôe devint-U célèbre par là dans l'un et l'autre parti , et un écrivain catholique de ce temps appela-t-il cette ville Pas/Je de tous les hérétiques et la caverne des plus sacrilèges apostats.

Ainsi la réformation faisait de tous côtés de si grands progrès dans le royaume, mêmedansles villes les plus considérables, qu'en 1529 un décret du roi permit de prêcher d'après les nouvelles doctrines, ainsi qu'on l'a vu plus haut. Les historiens danois observent que Frédéric ne contribua aux changements qui furent introduits, qu'en laissant les choses suivre leur cours, et en accordant à chacun une liberté entière de conscience.

En 1530, encouragés sans doute par la démarche des luthériens d'Allemagne, qui avaient présenté leur profession de foi à l'Empereur, dans la diète d'Augsbourg, d'où cette confession célèbre a pris son nom, les luthériens de Danemark, jaloux de se laver de toutes les imputations odieuses dont on s'efforçait d'entacher leur doctrine, décidèrent , avec l'agrément du roi , de faire un acte solennel du même genre.

Uu colloque futindiqué à Copenhague,

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entre les théologiens les plus habiles des deux partis. Les catholiques n'en trouvant point parmi eux qu'ils jugeassent assez forts pour soutenir convenablement la dispute , firent venir de Pologne le docteur Stagefyr, auquel ils adjoignirent Paul Eliason : celuici, qui, par suite du mauvais succès des tentatives de Martin Reinhard, avait renoncé aux idées nouvelles, était devenu un rélé défenseur de l'Église romaine.

Les luthériens , avant l'époque fixée pour le colloque, qui devait s'ouvrir devant la diète le 8 septembre, présentèrent au roi leur confession de foi en quarante-trois articles, conforme pour le fond à celle d'Augsbourg. Les catholiques y opposèrent une requête au roi, dans laquelle, lui rappelant les engagements qu'il avait pris à son sacre, ils signalèrent vingt-quatre articles erronés et hérétiques dans la profession de foi des luthériens. On doit convenir que quelques-uns de ces articles sont cités ou plutôt parodiés d'une manière contraire à l'impartialité.

Tausen y répliqua : en repoussant cette rédaction erronée , il s'efforça de démontrer la vérité des propositions réellement enseignées par ses confrères. Rien semblait ne pfus devoir retarder l'ouverture du colloque que tout le monde attendait impatiemment, lorsqu'un incident, ou fortuit ou ménagé par des vues secrètes, empêcha qu'il n'eut lieu; on ne put s'accorder sur la langue dont il y serait fait usage , et sur l'autorité que l'on reconnaîtrait. Les évêques et les docteurs catholiques exigeaient que l'on se servît de la langue latine : les luthériens insistaient sur l'emploi de la langue danoise , afin que tous les auditeurs pussent comprendre ce qui serait dit de part et d'autre; ils demandaient de plus que toutes les questions fussent résolues seulement d'après le texte de l'Évangile, sans qu'il fût permis de recourir aux paroles des Pères de l'Église ou des papes. Ils opposèrent à la requête des évêques uue plainte en douze points. Chacun étant resté ferme dans son opinion , le roi

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prononça que le clergé catholique ayant empêché la tenue du colloque , les luthériens continueraient de jouir de la liberté gue la diète d'Odensé leur avait accordée. En même temps il prit des mesures pour que la doctrine de la réformation fût enseignée dans Copenhague plus solennellement et plus fréquemment qu'elle ne l'avait encore été. Les évêques se plaignirent hautement de cette conduite dans un écrit qu'ils publièrent peu de temps après.

Ils y alléguèrent des griefs relatifs à la crainte que leur avait inspirée pour leur sûreté la populace malintentionnée qui entourait le lieu désigné pour le colloque; ils réfutaient par le même écrit la profession de foi des luthériens, „ ce qu'ils n'avaient pu faire précédemment , la crainte les ayant alors forcés de garder le silence. Le parti du roi était pris : ces plaintes , bien ou mal fondées , ne l'arrêtaient pas. Il avait

Îtris part à la ligue de Schmalkalden , ôrmée en 1530 par les princes luthériens d'Allemagne pour leur défense commune; il n'était donc pas à présumer qu'il changeât sa marche. La protection ouverte qu'il accordait à la réformation influait puissamment sur l'esprit du peuple. Les couvents étaient de plus en plus abandonnés; une partie fut convertie en hôpitaux. Mais, comme il arrive fréquemment dans les événements de ce genre , des violences se mêlaient à tout ce qui se faisait. Ronnov, évêque de Rôskild, qui avait promis et donné caution d'être tolérant , persécutait les luthériens quand il l'osait. A son exemple, d'autres prélats se permettaient souvent des actes d'oppression ; de leur côté, les luthériens ne montraient pas plus de modération. Aux fêtes de Noël , en 1531 , il s'éleva un terrible tumulte dans la ville de Copenhague; des artisans se précipitèrent avec emportement dans la cathédrale, insultèrent les catholiques, brisèrent les images des saints, et déchirèrent les tableaux. Le magistrat eut beaucoup de peine à sauver le maître autel de la brutalité de ces furieux , et le roi fut obligé d'ordonner la clôture de cette

église. En Jutland , il éclata aussi des troubles. Les paysans se plaignaient des vexations de leurs évêques ; ils leur reprochaient de les laisser prives de tout secours spirituel pendant plusieurs semaines de suite. On doit convenir que ce désordre et d'autres semblables allaient en effet très-loin ; les désordres et l'ignorance de plusieurs ecclésiastiques étaient, comme dans d'autres pays, les causes principales du zèle ardent que le peuple montrait

5our les nouveautés qui promettaient e mettre un terme aux abus.

Tel était l'état des esprits en Danemark à la fin de 1531. Bientôt arrivèrent des événements qui les occupèrent d'une autre manière. L'inaction apparente de Christian II , après le peu de succès des conférences de Lubeck, n'avait trompé ni Frédéric ni Gustave. Tous deux étaient persuadés que le monarque détrôné songeait sans cesse à son rétablissement, et n'attendait qu'une occasion favorable pour effectuer ses projets. Depuis la convention de Malmôe, aucun des deux rois ne s'était occupé d'en exécuter les conditions. Les Suédois, loin de songera rendre la province de Vigen , en faisaient fortifier les places. Gustave se plaignait de ce que des Suédois proscrits, et entre autres Gustave Trollé, son ennemi déclaré , trouvaient un asile et de l'appui en Norvège et en Danemark. On avait appris que Ferdinand , roi des Romains et beau-frère de Christian II , songeait à le replacer sur le trône. Frédéric recevait des avis

?[u'un officier de Ferdinand avait, à la aveur d'un déguisement, parcouru le Danemark, levé des plans de places fortes , et sondé les dispositions des peuples envers leur ancien souverain.

On disait que ce même officier était passé en Suède , pour dissuader Gustave de prendre pa/t à la guerre qui devait être faite aux Danois. Réfléchissant à ces nouvelles , Frédéric envoya en 1528 deux députés à Gustave qui parcourait les frontières de son royaume ; ils étaient chargés de lui communiquer ces renseignements et de lui proposer un renouvellement d'al-

lia nre. Gustave s'y montra disposé , et demanda qu'on ne donnât plus asile à ses ennemis. La promesse lui en fut faite immédiatement, et une conférence indiquée à Lôdese. Gustave y vint; Frédéric n'y parut pas, et s'excusa sur ce que les circonstances exigeaient sa présence dans les duchés. Cinq députés danois le représentèrent. Ayant demandé la restitution de la province de Vigen , Gustave répondit qu'il fallait d abord régler ce qui concernait l'île de Gotland. La discussion de ces deux points fut remise à un autre temps; nuis on en vint au traité d'alliance défensive. Il stipulait que si l'un des deux rois était attaqué par Christian II , l'autre lui fournirait tout de suite un secours de 600 fantassins et de 300 cavaliers, ou plus si la circonstance le demandait; si l'attaque venait d'un autre ennemi, celui des deux rois qu'elle ne concernerait pas serait seulement tenu à ne fournir à l'ennemi aucune espèce de secours et à ne le recevoir dans aucun de ses ports.

Peu de temps après la conclusion de ce traité, Gustave Trollé , Magnus , évéque de Skara , Thuré Jônson , et autres ennemis de Gustave , reçurent l'ordre de sortir de Danemark.

Cette même année , Frédéric signa un autre traité d'alliance avec l'électeur de Saxe et avec le landgrave de Hesse-Cassel , tous deux ennemis de la maison d'Autriche.

L'année suivante (1529), comme la Norvège continuait à donner de l'in-

2uiétude à Frédéric , il y envoya son 1s Christian, qui était accompagné de son épouse, de plusieurs sénateurs, de nobles et d'un corps de troupes.

Cette visite avait pour But de le faire reconnaître comme prince héréditaire.

Les Norvégiens s'y refusèrent, sous le prétexte que leur pays était un royaume électif, et de plus tellement uni avec le Danemark que l'un et l'autre ne devaient plus avoir à l'avenir qu'un seul et même roi. Cependant le séjour de Christian produisit un bien, qui fut de rétablir le bon ordre par différentes mesures très-sages.

Des menées parmi les ecclésiastiques

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et plusieurs membres de la noblesse portaient Frédéric à redoubler de vi-

Silance pour maintenir la tranquillité ans ses États et la paix avec ses voisins. Des troubles avaient éclaté en Suède en 1529 ; les recherches du gouvernement firent découvrir qu'ils avaient été excités et fomentés par les émissaires des mécontents précédemment réfugiés sur les terres de Danemark. La venue du prince Christian en Norvège à cette même époque ne laissa pas que de causer à Gustave quelques soupçons d'intelligences secrètes entre les Danois et les brouillons de son pays. Thuré Jônson avait mandé à ses partisans que Frédéric lui donnerait le Vigen en fief. Quoique ce fût un hâbleur fieffé, Gustave, entouré d'ennemis cachés, n'avait pu se défendre de concevoir des inquiétudes ; il prit les mesures convenables pour défendre ses frontières , et adressa par écrit des plaintes à Frédéric.

Les explications qui résultèrent de la correspondance des deux rois et des communications orales faites à leurs envoyés respectifs amenèrent de la part de Frédéric la demande de régler définitivement les points qui restaient en litige. Une conférence fut tenue en 1530 à Varberg, ville maritime du Halland; les commissaires des deux royaumes tombèrent très-promptement d'accord , et signèrent , le 29 juillet , un traité qui , après avoir renouvelé les anciennes liaisons , laisse le Vigen à la Suède pour six ans ; ce terme échu , elle devait le rendre à la Norvège dans le même état où il se trouvait en 1530. Les 50,000 florins que les deux rois réclamaient l'un de l'autre , et les autres demandes du même genre étaient mises de côté. Cependant les droits de la Suède sur l'île de Gotland sont maintenus. Les nobles de Suède qui avaient des biens en Danemark, les recouvreront ; il en sera de même pour les nobles de Danemark qui ont des biens en Suède. S'il est trop difficile à l'un des deux rois d'envoyer au secours de l'autre le nombre de cavaliers stipulé par le recez de Lôdese , il pourra les remplacer par

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aes navires ou par des fantassins.

Cette convention produisit pour les deux royaumes un très-bon effet chez les autres puissances. Les Lubeckois , bien qu'ils réclamassent le payement des sommes que Gustave leur devait, l'avertirent des préparatifs de guerre que Christian II faisait en Néerlande.

Ce prince, instruit des divisions que les disputes sur la religion entretenaient dans les trois royaumes dont il avait perdu les trônes , jugea que le moment favorable pour les reconquérir était revenu. Depuis sa fuite , il avait séjourné en divers lieux de l'Europe occidentale , et principalement à Anvers. Au congrès de Cambrai , en 1.529, Marguerite d'Autriche, tante de Charles-Quint et de l'épouse de Christian, fit entrevoir à ce dernier la perspective de porter de nouveau la couronne , s'il rentrait dans le giron de l'Église romaine. Une demande à cet effet fut adressée à Clément VII, qui se déclara prêt, par considération pour l'Empereur, à accorder l'absolution à Christian , à condition qu'après avoir abjuré l'hérésie à genoux devant le légat cardinal Laurent Compeggi, dans une église cathédrale, en présence de l'Empereur et du public , il sollicitât le pardon qu'il obtiendrait alors quant à l'hérésie; mais pour ce qui concernait le péché qu'il avait commis en faisant condamner à mort et exécuter des évéques , il ne devait en être absous qu'après avoir promis par serment que, dans le délai de six mois, il viendrait lui-même à Rome implorer, dans l'église de Saint-Pierre , le pardon du pape et des cardinaux , et qu'une année après son rétablissement sur le trône de Suède , il bâtirait une maison de charité, ayant au moins un revenu de 4,000 ducats. Sans doute ces conditions parurent trop humiliantes à Christian : il se contenta de se confesser à un prêtre catholique.

Cette démarche suffît aux partisans de la communion romaine en Suède et en Norvège pour vouer leurs services à Christian. Il avait obtenu de son beau-frère Charles-Quint quelques secours d'argent. Ces sommes, jointes à

celles <jue les mécontents de Norvège lui avaient envoyées en secret, l'avaient mis en état de lever des troupes en Néerlande et dans les contrées voisines. Ayant réussi à réconcilier des comtes d'Oost-Frise , qui se faisaient une guerre assez vive, ils permirent à leurs troupes d'entrer à son service.

Cette armée naissante fut grossie de plusieurs Danois, Suédois et Norvégiens , peu satisfaits des changements, survenus dans leur pays. Parmi ceux?

ci figuraient des hommes fameux par les rôles qu'ils avaient joués, et qui se figuraient que leur nom et leur crédit pourraient être aussi importants qu'un corps de soldats pour le roi fugitif; du moins ils s'efforçaient de le persuader à la petite cour de Christian. C'étaient Gustave Trollé, ancien archevêque d'Upsal , Magnus, évéque de Skara, Thuré Jônson, Olâus, archevêque de Lund , Magnus , évéque de Hammer (*) , et Jean Reff , évéque d'OpsIo. Les trois Suédois, après avoir été expulsés de leur pays et de Danemark , se lassèrent du repos qu'on leur laissait en Mecklenbourg, et rentrèrent au service de leur ancien souverain. Réunis aux autres fugitifs, ils mirent tout en œuvre pour amener son rétablissement, espérant bien qu'il en résulterait pour eux de regagner leurs honneurs et leurs dignités. Ils adressèrent à leurs amis dans les trois royaumes les lettres les plus pressantes pour les exciter à s'associer à leur projet. Le prétexte de la religion n'y était pas oublié, quoique l'on fût généralement persuadé que l'on ne devait pas faire grand fond sur les sentiments de Christian en matière de foi. Mais les meneurs de l'intrigue le représentèrent comme sincèrement converti et repentant; ils s'efforcèrent môme de le faire regarder comme un libérateur généreux , qui , ému des maux d'un peuple opprimé, voulait absolument

(*) Hammer fut au moyen âge une ville considérable et située dans le Hedemark , sur une baie du lac Miôsen. Elle a été entièrement détruite; on ne voit à sa pl qu'une grande métairie.

briser le joug soua lequel il gémissait ;

ils finissaient par annoncer que plusieurs souverains avaient embrassé sa cause, et lui fourniraient de* secours considérables.

Ces exhortations produisirent peu d'effet en Danemark et en Suède. Haï et redouté dans le premier de ces pays, Christian était exécré dans le second; d'ailleurs les doctrines du luthéranisme avaient fait de trop grands progrès dans l'un et dans l'autre. Beaucoup de lettres furent communiquées à Frédéric et à Gustave, dont la vigilance inspirait des craintes à ceux dont To-

Enion aurait pu être incertaine. Il n'en t pas de même en Norvège, où l'on avait moins d eloigncment pour le roi détrôné que pour la nouvelle profession de roi. L'archevêque de Drontheim et la plupart des evêques entretenaient ces dispositions avec d'autant plus de soin , que l'exemple des deux autres royaumes leur montrait la ruine de leur autorité comme imminente.

Afin de profiter d'un état de choses si favorable , Christian chargea Gustave Trollé d'aller en Norvège. Le succès répondit aux espérances et aux effortsdu prélat. Le ?Z août 1531, les evêques norvégiens s'engagèrent, par un acte signé à Hammer , à aider le prince dans son entreprise , promettant de lui abandonner l'argenterie des églises, à condition qu'après sa restauration il leur en bonifierait la ra 'eur en fonds de terre. Avec cet ar- S*nt, çjui fut converti en pièces de monnaie portant la lettre initiale du nom de Christian, et au revers les armes de Norvège , avec 40,000 florins que Charles-Quint lui paya en secret, et avec plusieurs sommes que lui avancèrent de riches bourgeois d'Allemagne ft t de Néerlande , Christian leva une armée, composée de 10,000 hommes principalement Frisons et Brabançons Qui s'enrô lèrentvolontai rement. Les villes de Campen, d'Enckhuysen, d'Amsterdam en Néerlande , fournirent sans difficulté des vaisseaux de transit, pour être délivrées plus promptement de tous ces soldats mercenaires «assemblés dans leurs murs ou dam

leurs environs, , et dont la, licence leur était devenue à charge.

Cette armée était assez nombreuse pour causer des inquiétudes fondée* aux ennemis de Christian ; Frédéric implora le secours de ses alliés : Lubeck , fidèle à ses traités et à ses intérêts, lui envoya quelques vaisseaux ; mais Gustave , qui croyait avec raison avoir autant à craindre pour ses États que Frédéric pour les siens, ne put se priver d'une partie des troupes peu .

considérables qu'il avait sur pied. Tous deux attendaient avec une certaine anxiété l'effet de l'armement qui les menaçait.

Ce tut de Medenblik , port du Zuyderzée, que la flotte fit voile le 26 octobre : elle consistait eu vingt-cinq bâtiments de guerre. Christian se fit, accompagner de Thuré JÔnson et de l'évéque de Skara. Bientôt il éprouva que la saison était trop avancée pour naviguer avec sûreté dans la mer du Nord. Arrivée en vue de Varberg, sur la côte du rialland, sa flotte, assaillie par de furieux coups de vent d'est t fut dispersée; dix vaisseaux chargés de munitions périrent; d'autres furent jetés sur les côtes. Christian put, avec les onze qui lui restaient, aborder, non sans peine , à Hetterâs le S novembre. Arrivé à Opslo, il publia un manifeste, par lequel il annonçait aux Norvégiens qu'il venait reprendre pos,r session des Etats dont il avait été injustement expulsé. Il promit par écrit aux évéques de poursuivre les fauteurs du luthéranisme, et de protéger la doctrine de l'Église catholique ; en même temps il annonça qu'il accordait un pardon général et absolu à tous ceux de ses sujets qui , reconnaissant leur faute , mériteraient leur ^râce en se joignant à lui ; il s'engageait à conserver aux Norvégiens leurs privilèges et leurs franchises ; il convoqua pour le 30 novembre, à Opslo, une assemblée des évéques, de plusieurs nobles, des notables de la bourgeoisie et 4e paysans propriétaires : pour lui rendre nommage, les membres de la noblesse et du clergé devaient s'y rendre en

Personne , sous peine de perdre leurs iens et la vie.

L'UNIVERS

Gustave Trollé et l'archevêque de Drontheim, auxquels il avait écrit en particulier de faire déclarer le peuple contre Frédéric et de s'assurer des personnes connues pour lui être dévouées , s'acquittèrent si bien de leur commission, qu'au jour fixé un grand nombre d'ecclésiastiques de tous les rangs, de nobles, de magistrats, de bourgeois, enfin de Norvégiens de toutes les classes , se trouvèrent réunis à Opslo. L'assemblée reconnut Christian pourson souverain légitiment assura la succession au prince Jean son fils. Le sénat établit sur le royaume une imposition considérable , pour faire face aux dépenses ; enfin il écrit au roi et au sénat de Danemark pour les instruire de ce qui venait d'être fait, les exhorte et les prie de ne pas s'opposer à ce que Cnristian soit remis paisiblement en possession de ses royaumes, et finit par cette phrase : « Ayant « résolu de retourner sous l'obéissance « de Christian , et ne pouvant servir « deux maîtres , nous espérons que le « bon seigneur et puissant prince , « le roi trédéric, ni vous ne nous « voudrez du mal, si nous renonçons « au serment de fidélité envers sa « grâce , comme nous le faisons par la « présente. » Cette bonhomie est réellement singulière.

Le sénat de Norvège ne hasarda pas une démarche semblable en Suède; mais les bannis de ce royaume y envoyèrent des circulaires et cherchèrent à ébranler la fidélité des soldats de Gustave. Tous les mécontents accoururent sur la frontière, croyant que le moment de faire triompher leur parti était arrivé.

Un danger commun rapprocha Gustave de Frédéric , et tous deux agirent de concert pour s'opposer à Christian : ils levèrent de nouvelles troupes, et profitèrent des offres de secours que leur firent les villes hanséatiques :

elles conservaient leur animosité contre Christian, qui avait favorisé à leurs dépens les villes de Néerlande.

Tout semblait en Norvège remplir les vœux de Christian ; il n'y restait plus à Frédéric que le fort d'Aggershuus, citadelle d'Opslo , celui de Ber-

gen et celui de Bohus ; mais tous trois étaient défendus par des hommes braves et fidèles.

N'ayant pu s'emparer par un coup de main du fort d'Aggershuus , ou commandait Magnus Gyllenstierne , Christian voulut marcher contre Bohus ; entré dans le Vigen, avec Thuré Jônson, celui-ci s'empara de plusieurs places et s'avança vers la frontière de Suède. Christian avait établi son camp près de Konghell , ville dont le fort de Bohus est la citadelle. Ses tentatives pour s'en emparer de force et pour séduire Olaûs Bilde qui le commandait, furent inutiles; ensuite trois mille Suédois se présentèrent pour le combattre. Irrite de cet obstacle inattendu , il accabla de reproches Thuré Jônson, qui lui avait représenté la conquête de la Suède comme facile. Le lendemain, la tête de ce transfuge fut trouvée séparée de son corps dans une rue de la ville. Le soupçon de ce meurtre tomba sur Christian, et Je souvenir de ses cruautés précédentes se réveilla dans les esprits. Cependant ayant tourné ses pas d'un autre côté, ses troupes repoussèrent les Suédois dans un défilé et s'ouvrirent une route pour rentrer en Norvège.

Revenu à Opslo, Christian n'épargna rien pour corrompre Gyllenstierne, ni celui-ci de son côté pour amuser et tromper l'ancien roi. Il lui répondait : «Je sais que vous êtes fils de roi, « et que vous avez régné sur les trois « royaumes ; comme tel je vous dois « du respect. Je ne puis empêcher « qu'avec les troupes qui sont sous vos * ordres vous ne preniez le fort, sur- « tout à présent en hiver que la mer «est gelée; mais, je vous en prie, « n'exposez pas votre réputation en « voulant qu'il se rende trop prompte- « ment. Attendez seulement que j'aie « eu le temps d'écrire au roi Frédéric, « et de recevoir ses ordres; s'il ne m'en « arrive pas avant le mois de mars, « je vous remettrai la place. »

Il semble qu'un pareil artifice n'eût dû produire aucun effet sur un prince aussi soupçonneux et aussi défiant que Christian; 'mais on a déjà pu remarquer que dans plus d'une occasion ù

était comme frappé d'aveuglement ; cette fois cela alla si loin, qu'il conclut avec Gyllenstierne une trêve qui devait durer jusqu'à ce que Frédéric se fût expliqué. Persuadé que par ce moyen il avait mis dans ses intérêts un homme si considéré , il vivait, oh peut le dire , en bonne intelligence avec lui ; mais Gyllenstierne, pénétré de l'importance de la place qu'il défendait pour assurer à son possesseur la domination de la Norvège méridionale, s'était hâté d'expédier à Frédéric un exprès pour l'instruire des événements et lui demander de prompts et efficaces secours. Un yacnt, qui portait des munitions et des hommes, fut envoyé à Gyllenstierne par le gouverneur de Krogen, aujourd'hui Cronenborg; arrêté par les glaces en approchant de terre, le capitaine fut obligé de débarquer son monde et sa cargaison à une certaine distance du château d'Aggershuus , où il n'arriva qu'après une marche dit (ici le à travers les montagnes. Il ne put y introduire qu'une partie de ses hommes etdcs munitions, mais cela suffit à Gyllenstierne pour tenir bon en attendant de plus gros renforts.

Christian reconnut alors qu'il s'était abusé : il poussa le siège avec plus de vigueur; il était trop tard.

Frédéric avait, dès les premiers avis du débarquement de Christian, ordonné de faire dans le Danemark et les duchés des levées d'hommes , d'équiper des vaisseaux , de rassembler des munitions et des vivres; mais ce qu'il commandait ne s'effectuait trop souvent qu'avec lenteur et irrésolution ,

(>arce que le sénat, plus maître que ui, ne secondait pas son activité; enfin le manque d'argent retarda fréquemment ses préparatifs. Son expédition ne fut pas prête avant le printemps de 1532. Les villes de Lubeck, de Rostock et de Stralsund lui fournirent des troupes et des vaisseaux. Des soldats lui étaient arrivés de divers points de l'Allemagne.

Aussitôt que la navigation fut libre, des vaisseaux danois et lubeckois apportèrent des secours de tout genre à la garnison d'Aggershuus, puis s'em-

parèrent de six navires néerlandais appartenant à Christian, et revinrent avec leur prise à Copenhague. Au mois de mai, la grande expédition mit à la voile.

Le commandement général en était confié à Canut Gyllenstierne, évêque d'Odensé, luthérien secret, et rrère du défenseur d'Acgershuus. Il avait les pouvoirs les plus étendus pour faire ta guerre , conclure la paix , accorder le pardon. Éric Gyllenstierne, son autre frère, commandait l'infanterie danoise, Heidenstrup, les auxiliaires allemands.

L'armée danoise débarqua sans opposition près d'OpsIo; Christian ne vit d'autre parti à prendre que de brûler son camp et de se jeter dans la ville avec le reste de ses troupes. Le 9 mai, le siège commença ; les Danois mirent le feu aux vaisseaux mouillés devant Opslo et aux magasins bâtis sur le rivage. A ce triste aspect, les habitants éclatèrent en plaintes contre Christian ; dans le même moment , ses soldats mécontents se dispersaient. Dépourvu d'argent et de vivres , il ne pouvait faire une longue résistance. Le 12 mai, il adressa cette lettre à Canut Gyllenstierne et aux autres généraux :

« J'ai toujours désiré la paix , je sou- « haite encore de prévenir une plus « grande effusion de sang; je vous prie « donc d'envoyer d'un côté du port « des commissaires munis des pou- « voirs nécessaires pour traiter des « conditions d'un accommodement. »

Les généraux danois lui répondirent sur-le-e hamp : « Si Dieu, par sa grâce, « a changé votre naturel au point « d'être si impatient de faire cesser « l'effusion du sang que vous le dites, « nous n'y sommes pas moins dispo- « sés , et nous enverrons au lieu et au «jour fixés des commissaires pour en- « tendre ce que les vôtres auront à « proposer. »

Tout ayant été réglé pour cette conférence sous les murs d'OpsIo, les plénipotentiaires de Christian demandèrent d'abord qu'il fût rétabli dans ses royaumes, dont il avait été injustement chassé ; Magnus Gyllenstierne et les autres généraux danois répondi-

L'UNIVERS

rent qu'il leur était impossible d'écouter des propositions aussi étranges, n'étant venus que pour reprendre les États du roi leur souverain, et non

f)our les donner ou les céder. Alors es commissaires de Christian ayant fait semblant de délibérer, se bornèrent à réclamer pour lui le royaume de Norvège, dans l'espérance qu'ils lui accorderaient la couronne de Danemark après la mort de son oncle. Ils reçurent une réponse exactement conforme à la première, ce qui les réduisit à prier les Danois de leur dire quel moven ils avaient à indiquer pour rétablir la paix , puisqu'ils rejetaient ceux qui leur étaient présentés. Les Danois témoignèrent alors qu'ils souhaitaient de s'en entretenir avec Christian lui-même.

La détresse de ce prince était si grande, qu'il vint, du ton le plus humble et le plus pressant, conjurer, au nom de Dieu, les commissaires danois de lui conseiller ce qu'il devait faire. Ils l'engagèrent à se rendre en personne auprès du roi Frédéric, ne doutant pas, ajoutèrent-ils, qu'il ne le reçut avec tous les égards convenables et ne le traitât comme un prince son proche parent.

Christian demanda jusqu'au lendemain pour réfléchir, et alors envoya par écrit les propositions suivantes :

« Je demande qu'il me soit accordé un « sauf-conduit, et que dans le cas où «je ne pourrais pas m'accommoder « avec mon oncle , j'aie la faculté de « me retirer librement en Norvège ou « ailleurs avec mes gens. Les Norvé- « giens qui ont pris mon parti ne se- « ront ni recherchés ni inquiétés à ce « sujet. La Norvège méridionale, qui « m a reconnu comme son roi, restera « sous mon obéissance , comme elle y « était quand votre flotte est arrivée « devant Opslo ; et cela jusqu'à ce « qu'un accord final ait été conclu avec « le roi Frédéric. Toutes les conces- « sions que j'ai accordées en Norvège « auront leur plein et entier effet. Si « dans l'intervalle Dieu dispose de « mon oncle, et si le peuple et le sénat « de Danemark veulent alors me re-

« prendre pour roi , il ne sera pçposé

« aucun empêchement à leur choix.

« Dans le cas où ils ne m'accepteraient « pas, mon sauf-conduit n'en sera pas « moins valable. » Cet écrit se terminait par la proposition de quelques formalités à observer s'ils le rejetaient, et qui feraient foi qu'eux seuls étaient responsables de tous les malheurs qui résulteraient de leur refus.

Enlin Christian les priait de penser à Dieu , père de miséricorde et de paix , auquel il se recommandait (*).

Les historiens ont fait observer que le style de ce document montre à

Suelle extrémité Christian était réuit, et que, dans des circonstances semblables, les hommes de son caractère réclament les lois de la religion et de l'humanité.

Les plénipotentiaires de Frédéric n'ayant pas répondu tout de suite aux propositions de Christian, celui-ci s'en plaignit dans une note du 16 mai , et demanda une réponse; ils lui en firent une le lendemain. Elle portait qu'il pouvait se tenir assuré d'être traité chrétiennement et convenablement s'il voulait aller traiter avec son oncle ; que ses troupes auraient le passage pour se retirer où elles voudraient ; qu'à l'égard des Norvégiens, le roi Frédéric avait assez fait connaître par les lettres qu'il leur avait adressées , ses dispositions de les recevoir en grâce ; enfin que cette déclaration était définitive. Cette lettre était accompagnée de plusieurs autres datées de Copenhague, et par lesquelles le roi s'excuse de ce que l'hiver l'a empêché de pouvoir plus tôt secourir la Norvège, et assurer les habitants de sa protection et du maintien de leurs privilèges.

Alors plusieurs paysans abandonnèrent Christian ; tous ceux qui prirent ce parti reçurent des certificats de sauve-garde*.

En même temps les généraux de Frédéric se disposèrent à attaquer Christian avec vigueur, dans le cas où il s'obstinerait à tenir dans Opslo. Comme ils n'avaient pu amener avec eux

(*) Holberg, 1. c, p. -xSj.

aue de l'infanterie, ils firent demander de la cavalerie à l'officier suédois qui commandait dans le Vigen. Il restait encore à Christian 3,000 fantassins , sans compter les Norvégiens et un petit nombre de cavaliers : c'en était assez dans ce temps-là pour défendre une place médiocrement fortifiée, surtout dans un pays où la saison favorable pour un siège est très-courte.

D'ailleurs les généraux danois n'étaient pas suffisamment pourvus de vivres, de munitions, ni d'argent; et déjà les maladies leur enlevaient beaucoup de monde qu'il fallait remplacer. Ils expédièrent donc à Frédéric deux ofliciers pour presser l'envoi de tout ce qui leur était nécessaire , lui exposer l'état des choses et lui demander ses dernières instructions sur la manière dont ils devaient se conduire avec l'ennemi.

Dans cet intervalle, les partisans de Christian firent courir le bruit qu'un secours considérable lui arriverait prochainement d'Ecosse et de Néerlande; mais cette nouvelle ne produisit aucune impression dans le camp danois, quoiqu elle fût appuyée du témoignage de plusieurs lettres. Cette ruse et beaucoup d'autres employées pour tromper les généraux danois , et même des artifices tentés pour s'emparer de leurs personnes , ayant manqué leur effet , Christian se vit contraint à la nécessité de souscrire à la seule condition qui lui avait été offerte ; voici ce dont on convint : « Puisque le roi Christian •consent à cesser toute hostilité et à «se rendre auprès du roi Frédéric, les «généraux s'engagent, sur leur honneur et leur foi, à lui délivrer un < saufconduit pour lui et deux cents « personnes de sa suite, à en observer

• strictement les conditions , tant à « bord des vaisseaux pendant la route

• que pendant son séjour en Dane- ■ mark, pourvu qu'il ne lasse et ne dise « rien, soit par lui-même, soit par ses « agents , qui puisse nuire au roi Fré- « déric. » Les généraux danois s'engagent de plus « à solliciter leur souverain, à leur arrivée auprès de lui , de traiter Christian II favorablement et

de terminer heureusement et promp-

tement leurs différends ; le royaume sera laissé au roi Frédéric dans l'état où il était avant la dernière invasion ; ce monarque accordera un pardon général aux rebelles et conservera aux états leurs franchises, immunités et privilèges; les troupes du roi Christian pourront se retirer librement et paisiblement en Norvège; si Dieu retire à lui le roi Frédéric, le sénat et le peuple de Danemark pourront volontairement élire de nouveau Christian pour leur roi. » Cette singulière convention, dont nous donnons l'abrégé, était passée au nom des principaux officiers de l'armée et des députés des villes hanséatiques. Le sauf-conduit fut rédigé en conséquence, et expédié au nom des mêmes personnages (*).

Avant qu'il eût été revêtu de leurs sceaux , les deux officiers qui avaient été expédiés eu Danemark revinrent de ce pays. Ils étaient porteurs d'un ordre exprès de Frédéric , de ne rien conclure de définitif avec Christian s'il persistait à demander la Norvège; ce qui ne pouvait lui être accordé.

Bientôt arriva un secrétaire de Frédéric avec des dépêches qui confirmaient la précédente, et de plus exigeaient de contraindre Christian à se rendre à discrétion. Cauut Gylienstierue se persuada que son honneur était intéressé à ce que la convention subsistât ; son avis entraîna celui des autres généraux , et tous scellèrent le saufconduit. Eurent-ils la précaution d'avertir Christian de ce que leur souverain leur ordonnait? on l'ignore. Ils devaient l'instruire de ce changement essentiel dans l'état des choses, car ses vivres étaient épuisés , et il ne se trouvait réduit à cette extrémité que parce qu'il avait cru, sur leur parole, qu'il était fondé à compter sur leurs promesses. Mais peut-être Christian , averti, se figura-t-il que sa présence produirait quelque effet sur son oncle et sur les Danois, et dans la triste position où il se trouvait supposa-t-il

(*) Holberg l'a inséré en entier, L e, , p. a59.

L'UNIVERS

que , tel parti qu'il prît , son sort ne pouvait empirer.

Avant que de s*embarquer, il écrivit à son oncle une lettre de ce style humble et dévot, qui était chez lui le symptôme le plus sûr de la crainte et du desespoir : il se représentait comme le Gis égaré qui revient à son père, comme un fils régénéré. Du reste , il s'intitule dans cette lettre roi de Danemark, de Suède et de Norvège , et donne à Frédéric le titre de roi de Danemark et de roi de Norvège élu.

En même temps il expédia en Néerlande son confident, avec la lettre d'hommage que les Norvégiens lui avaient adressée, ainsi qu'à son fils, et ce même confident devait la remettre à la diète de Ratisbonne , afin qu'elle fût connue de l'Empereur et de la nation allemande. Cela semble peu d'accord avec le ton mystique de la lettre à son oncle, et montre que ce prince était fidèle à ses habitudes d'astuce et de dissimulation.

Enfin , le 8 juillet , Christian s'embarqua. Lorsque Frédéric apprit son arrivée dans le port de Copenhague et les conditions auxquelles les généraux danois avaient traité avec lui , il les désavoua hautement, puisqu'elles étaient contraires à leurs instructions, et qu'ils avaient laissé échapper l'occasion de terminer la guerre :

il convoqua le sénat pour délibérer sur ce qu'il y avait à faire. Quelques sénateurs pensèrent que la convention et le sauf-conduit devaient être respectés ; le plus grand nombre prononça que l'un et l'autre étaient nuls comme ayant été rédigés contre les intentions et les ordres exprès du roi , qui d'ailleurs n'y avait pas apposé le sceau de TÉtat. Canut Gyllenstierne fut appelé devant rassemblée pour rendre compte de sa conduite. Très -embarrassé de répondre, parce qu'il s'aperçut qu'il lui serait très-difficile de la justifier, il ne trouva d'autre moyen de se tirer de péril que d'accuser Christian d'avoir lui-même violé le sauf-conduit par diverses infractions, telles que d'avoir envoyé à l'Empereur le document relatif à l'hommage des

habitants de la Norvège, et que de plus, pendant la traversée, les personnes de sa suite ne s'étaient pas comportées comme elles devaient. Ces inculpations n'étaient de nulle importance; mais le sénat leur en attribua une immense, afin de mettre à profit une circonstance après laquelle il soupirait depuis longtemps : il craignait que le royaume ne pût jamais jouir de la paix tant que Christian serait en liberté. La noblesse danoise, celle du Holstein, les députés des villes hanséatiques de la Vénédie insistèrent pour que Christian fût arrêté ; leurs sollicitations étaient appuyées par le roi et la noblesse de Suède. La résolution de s'assurer de sa personne fut prise. Depuis cinq jours qu'il était entré dans le port de Copenhague , il attendait avec inquiétude qu'on lui fît connaître son sort. Des sénateurs étaient venus à bord du vaisseau qui le portait; pour lui cacher la véritable cause du délai , ils alléguèrent l'absence du roi Frédéric, qui était à Flensborç. Le sixième jour on annonce à Christian qu'il aura une entrevue avec ce prince dans cette ville. En même temps un des officiers de la flotte, qui avait des instructions secrètes, met à la voile avec quelques vaisseaux. Quand on est en vue de Flensborg , Christian , s'étant aperçu que l'on continue à faire route, comprend qu'il faut renoncer à toute espérance de liberté. Il pleure amèrement, et exhale ses plaintes d'être traité ainsi, malgré les engagements solennels que l'on avait pris avec lui.

Il fut conduit au château de Sonderborg, dans l'île d'Alsen.

Ce fut là que ce prince passa douze ans dans une dure captivité; on l'enferma dans un donjon dont la porte fut aussitôt murée; une seule fenêtre grillée éclairait ce triste séjour; un trou pratiqué dans le mur servait à faire passer la nourriture que l'on donnait au prisonnier : il n'avait pour toute compagnie qu'un nain , venu de Norvège avec lui. Un gentilhomme du Slesvig fut chargé de garder soigneusement le château avec deux compagnies de cavalerie. On appréhendait

tellement les suites désastreuses qui probablement résulteraient de son évasion, que Frédéric et son successeur furent obligés de promettre , par un acte en forme de serment, à la noblesse de Danemark , de Suède et de Holsstein , de ne lui rendre jamais sa liberté.

Aussitôt que le bruit de l'emprisonnement de Christian se répandit , ses fautes et ses actions cruelles furent oubliées, et il devint un objet de compassion. Ses partisans profitèrent de ce changement dans l'opinion publique pour essayer de rendre odieux le roi de Danemark et son gouvernement.

Us firent imprimer une copie de la convention et du sauf-conduit; des reproches furent hautement adressés à Frédéric et au sénat danois. Plus tard une enquête eut lieu ; il en résulta que tout le tort de cette affaire devait être imputé à Canut Gyllens- - tierne et à Christian lui-même, premier infracteur de l'accord dont il se plaignait que les clauses avaient été violées.

Presque au même moment où le sort de Christian avait subi un changement si déplorable pour lui , le prince Jean , le seul fils qui lui restât et qui donnait les plus belles espérances, cessait de vivre. Il était né le 21 février 1523, après la déposition de son père. Élevé en Néerlande, par les soins du célèbre Corneille Agrippa , il fit de grands progrès dans les lettres. Il mourut à Ratisbonne le 1 er juillet 1532.

Élisabeth , épouse de Christian , partagea fidèlement ses disgrâces tant qu'elle vécut, et montra toujours les vertus qui l'avaient fait chérir des Danois. Sa douceur, sa soumission, sa patience ne se démentirent jamais. Les états de Danemark lui offrirent des conditions très-avantageuses pour l'engager à rester dans le royaume ; elle répondit constamment qu'elle aimait mieux vivre avec son époux dans l'exil que de régner sans lui ; elle était décédée le 19 janvier 1526 dans un château voisin de Gand.

Peut-être sera-t-on surpris de ce que ni l'Empereur ni les autres prin-

ces , parents ou amis de Christian , n'aient élevé aucune réclamation sur le traitement rigoureux infligé à ce monarque déchu; mais Cbarles-Quint, distrait par d'autres soins, ne se souciait pas de soutenir , sans avantage pour lui-même, son beau-frère, qui!

n'aimait, ni n'estimait. L'intérêt politique l'emporta chez lui sur les liens de la parenté. Loin de lui accorder seulement des plaintes ou des recommandations, il écrivit à Frédéric pour se justifier d'avoir pris part à la dernière entreprise du roi détrôné. L'archiduchesse Marie, sa sœur, veuve du roi de Hongrie et gouvernante de Néerlande , fit également assurer le roi de Danemark que la dernière tentative avait été formée et exécutée à son insu par des particuliers ; elle craignait, avec raison, le ressentiment des Danois, qui étaient près de conclure avec les Hanséates un traité dont les clauses fermaient aux Néerlandais, leurs rivaux dans le commerce, l'entrée de la Baltique. Fort heureusement pour ceux-ci, les excuses et les prières de Marie, ses réflexions sur les dangers d'un acte de vengeance dont les Hanséates auraient tout le profit , l'anéantissement du parti de Christian , enfin la mauvaise santé de Frédéric qui lui faisait désirer le repos , empêchèrent que le traité eût lieu. Le roi se réconcilia même avec Marie, qui s'engagea formellement à refuser toute espèce de secours à Christian et à ses partisans, et à ne pas permettre aux navires néerlandais de faire voile pour la Norvège jusqu'à ce que ce royaume eût fait sa soumission. Le traité de réconciliation fut signé à Copenhague en présence des députés du roi de Suède et de ceux des Hanséates; la nouvelle de cet accord , qui contraria beaucoup ceux-ci , causa la joie la plus vive en Néerlande.

Il ne restait plus à Frédéric que de soumettre les rebelles de Norvège. Dès qu'ils furent instruits de la captivité de Christian, ils regrettèrent ce qu'ils avaient fait , en rejetant la cause sur la violence , et en demandèrent par-

don. Naturellement équitable et clément , le roi envoya en Norvège deux commissaires ; ses troupes occupaient le pays et les Norvégiens n'étaient pas sous les armes; une amnistie complète leur fut accordée. Les états du royaume s'assemblèrent à Drontheim en 1533 ; un nouveau serment de fidélité fut prêté à Frédéric. Les états furent maintenus dans leurs droits et privilèges : ils jurèrent de ne déférer ia couronne dorénavant qu'au prince élu en Danemark. L'archevêque de Drontheim, les évêques de Hammer et d'OpsIo, qui avaient été les principaux auteurs de la défection, furent condamnés à de grosses amendes. Gustave Vasa venait de restituer le Vigen ; ainsi la Norvège était rentrée dans ses anciennes limites.

Mais l'invasion de Christian avait augmenté les malheurs de ce royaume si peu favorisé de la nature et déjà affaibli par des calamités antérieures. Abandonnés par celui qui s'était annoncé comme leur protecteur, observés d'un œil jaloux par le monarque suédois dont ils avaient accueilli les adversaires , force fut aux Norvégiens de recourir à la résignation, leur seul refuge.

Frédéric ne jouit pas longtemps de la tranquillité intérieure et extérieure qu'il avait eu le bonheur de rendre à ses États. Miné par une maladie de langueur, il mourut le 8 avril 1533 au château de Gottorp, sa résidence habituelle, dans la soixante -deuxième année de son âge et la dixième de son règne. On ne peut qu'adopter l'opinion de Hvitfeld , qui rappelle un prince sage, bon et vertueux. Par sa prudence il sut affermir un trône chancelant, et fit avorter les entreprises d'ennemis puissants et nombreux. Le corps de Frédéric fut déposé dans la cathédrale de Slesvig.

Ce roi eut pour chancelier Ditlef de Reventlau, qui jouissait de toute sa confiance. On dit que lorsque Frédéric n'était que duc, Ditlef lui prédit qu'il porterait un jour la couronne ; le savoir de cet homme, appartenant à une famille ancienne et illustre, le fit

accuser de magie; imputation si commune dans les périodes d'ignorance , et gui devait commencer a devenir moins banale dans celle dont nous nous occupons.

Frédéric eut de son premier mariage Christian qui lui succéda, et Dorothée

3ui épousa, en 1525, Albert, margrave e Brandebourg et premier duc de Prusse.

De sa seconde union naquirent Jean, mort en 1580 sans postérité; Adolphe, qui devint la tige des ducs de Holstein Gottorp; Frédéric, mort sans enfant ; Elisabeth , épouse de Magnus , duc de Mecklenbourg , et en secondes noces d'Ulric , aussi duc de Mecklenbourg ; Anne, qui ne fut pas mariée ; Dorothée, épouse de Christophe, duc de Mecklenbourg.

XHTBRRÏOIfl.

« On aurait pensé, dit Holberg (*)»

que la captivité de Christian II et la mort du prince Jean son fils auraient dû rendre au Danemark la tranquillité qui lui était si nécessaire. A la vérité les états n'avaient pas désigné et élu le prince qu'ils destinaient pour successeur à Frédéric; cependant ils s'étaient du moins engagés à déférer la couronne à l'un de ses fils. D'après l'usage en vigueur depuis longtemps pour la succession à la couronne, et qui avait en quelque sorte force de loi, il semblait qu'elle devait être dévolue à l'aîné des fils du roi ; or le prince Christian était d'un âge et d'un caractère qui ne pouvaient laisser aucun prétexte à l'irrésolution , puisque celui de ses frères qui le suivait immédiatement n'avait encore qu'à peu près douze ans.

« Les choses prirent cependant un cours si contraire à ces apparences, que depuis le règne malheureux de Christo-

f)he II , sous lequel le royaume devint a proie des tyrans étrangers , il ne s'était pas trouvé dans une situation plus déplorable que celle où on va le voir réduit. »

Immédiatement après la mort de son père, Christian convoqua les états de Slesvig et de Holstein a Kiel, pour lui rendre foi et hommage, et annonça Je décès du roi au sénat de Danemark, auquel il se proposa pour candidat du trône. Mais ce prince , doué d'ailleurs d'excellentes qualités, s'était aliéné l'esprit des évêques , parce que dans ses duchés il avait introduit complètement la réforme de Luther , et que généralement on lui attribuait le changement de religion de son père.

Ils employèrent donc tous leurs efforts pour éloigner du trône un prince qui leur était justement suspect ; ils lui préféraient le prince Jean, son frère, prétendant qu'il avait plus de droits au trône comme étant né pendant que son père l'occupait; en réalité, ils espéraient que mirant sa minorité ils pourraient extirper le luthéranisme.

Instruit des menées de ses adversaires, Christian chargea ses députés au sénat de Danemark de presser la convocation d'une diète d'élection. Ils furent reçus avec beaucoup de froideur, et on ne se pressa pas de leur iaire une réponse. Toutefois le sénat n'ayant pu se dispenser de convoquer une diète d'élection à Copenhague , il se dédommagea de cette contrainte en n'invitant pas Christian à y assister :

les évêques redoutaient trop l'impression que devait produire la présence d'un prince affable , modeste, et qui par ses actions et ses services avait gagné l'affection de beaucoup de Danois.

Sur ces entrefaites, les états convoqués à Kiel prêtèrent serment de fidélité aux trois lils de Frédéric, et reconnurent Christian comme seul chargé de l'administration des duchés pendant la minorité de ses frères.

La diète de Danemark s'ouvrit à Copenhague le 24 juin 1533. Comme elledécic la qu'elle s'occuperait d'abord des affaires de l'intérieur, les évêques exigèrent qu'avant de procéder à l'élection d'un roi on examinât ce qui concernait la religion. Ils déclamèrent avec véhémence contre les innovations

introduites pendant le dernier règne, et conclurent par des exhortations

(cessantes à se hâter de rentrer dans e giron de l'Église romaine. Ils attaquèrent le recez d'Odensé de 1527, et insistèrent avec force pour qu'il fût annulé. Comme leur parti formait la majorité , les nobles se contentèrent de les inviter à attendre que l'élection du roi fût terminée , et leur prêchèrent la modération. Ils leur représentèrent le danger auquel ils exposaient la patrie, en la déchirant par des dissensions intestines, tandis que des ennemis la menaçaient au dehors. Ces remontrances ne' calmèrent point le clergé ; par ses emportements il intimida les sénateurs laïques : ceux-ci crurent devoir céder quelque chose , pour conserver au moins le libre exercice du luthéranisme, en attendant des circonstances plus favorables. La diète rendit donc un décret connu sous le nom de correction du recez d'Odensé.

Il garantissait aux évêques, aux églises et aux couvents la possession de leurs droits, biens et revenus, ordonnait la restitution de ceux qui leur avaient été indûment enlevés, notamment de ceux de la cathédrale et des maisons chapitrâtes de Viborg ; permettait de recevoir de nouveau des novices dans les couvents supprimés ; confirmait au reste la liberté de conscience accordée en 1527 aux luthériens.

Les affaires de la religion réglées ainsi au gré des catholiques , ils permirent que sous ces auspices si favorables pour eux l'on procédât à l'élection d'un roi. Le sénat qui , depuis l'union de Calmar , s'était emparé de la plus grande partie de l'autorité , n'eut pas beaucoup de peine cette fois à s'arroger le droit de traiter seul de l'élection d'un roi, droit qui emportait en effet celui d'en décider ; mais les sénateurs ecclésiastiques et catholiques ayant dans cette affaire importante un intérêt entièrement opposé à celui des laïques luthériens , les deux partis comprirent, tout de suite , que du choix qu'ils allaient faire dépendait tout leur avenir. Les premiers se dé-

L'UNIVERS

clarèrent ouvertement pour le prince Jean, les seconds pour le prince Christian. Les arguments allégués par ces derniers étaient les plus raisonnables, étant fondés sur ce que le salut de TÉtat exigeait impérieusement que l'on se donnât un roi qui pût combattre au dedans et au dehors les dangers dont on était menacé. Us disaient avec vérité que lui seul , par la valeur et la prudence dont il avait montré tant de preuves , pouvait contenir dans la crainte et les partisans secrets du roi captif, qui ne perdaient pas de vue son rétablissement, et les factieux toujours nombreux dans un pays où il y a des .

chances de troubles, enfin des voisins redoutables par leur audace, leur haine et leurs intrigues. Les débats furent très-vifs; chaque parti persista dans son opinion, et pour se renforcer fit venir des provinces le plus qu'il put de ses adhérents.

Comme la division des esprits, bien loin de diminuer, allait toujours croissant , et que chaque jour ils s'échauffaient davantage, les évêques craignirent qu'un soulèvement de la bourgeoisie de Copenhague ne fît tourner a leur préjudice cette longue contestation. Ils recoururent en conséquence à un moyen de gagner du temps sans rien perdre de leur position favorable. Ils représentèrent que, conformément à I union de Calmar, les états de Norvège auraient dû être invités à concourir à l'élection d'un roi. Ce fut un prétexte plausible de demander l'ajournement de ce choix. Le catholicisme ayant conservé beaucoup plus de partisans en Norvège qu'en Danemark, les évêques espéraient que le concours des députés de ce royaume ne pourrait que leur être profitable.

Quoique le parti luthérien reconnût combien cette proposition était dangereuse pour lui, force lui fut de souscrire à une décision du sénat portant que le trône resterait vacant jusqu'à ce que le choix du prince qui devait l'occuper eût été fait par tes sénateurs de Danemark et de Norvège, réunis en diète le 24 juin 1535.

Durant cet intervalle , le sénat devait

exercer l'autorité suprême dans toute son étendue.

Magnus Giôe, Eric Banner, et d'autres sénateurs du parti luthérien, après avoir combattu en vain la résolution adoptée, se retirèrent trèsmécontents, en disant que la diète avait été convoquée pour élire un roi, et qu'il n'était pas avantageux au pays de se trouver sans chef, mais que les évêques avaient plus songé à leur intérêt qu'au bien de l'État, et par conséquent avaient contrecarré les bonnes intentions du sénat. Ils finirent par protester contre le décret, dont ils prévoyaient les suites funestes.

Ils représentèrent inutilement qu'on était à la veille d'une guerre, et que différer, dans de telles conjonctures, c'était inviter l'ennemi à tout oser, et se mettre soi-même hors d'état de se défendre. Le parti opposé répondit que les mesures les plus propres à prévenir ce danger seraient prises. Entre autres précautions auxquelles la régence recourut, elle exhorta les magistrats de Copenhague etdeMalmôe à maintenir la bourgeoisie dans l'union et l'obéissance , et à veiller strictement à la conservation de la tranquillité. Ils le promirent par serment prêté entre les mains du sénat. La suite montra comment ils tinrent parole (ty

Les évêques et leurs'partisans , restés les maîtres dans le sénat, regardèrent l'élection du prince Jean comme assurée, et réglèrent la manière dont il devait être élevé et instruit dans les doctrines du catholicisme. Ensuite ils donnèrent audience aux ambassadeurs de Christian, qui, au nom de ce prince, offrirent, quelque parti que pût prendre le sénat relativement à l'élection , de travailler, de concert avec les Danois, à conclure un traité de paix et d'alliance avec l'archiduchesse marie, gouvernante de Néerlande, alliance également nécessaire au royaume et aux duchés dans les circonstances présentes. Le sénat ne put refuser des éloges et son consentement à une proposition si sage et accompagnée de

(*) Holberg, 1. c, p. 279.

DANÏ

tant de modération. Il fut convenu qu'une ambassade serait envoyée à Marie pour traiter avec elle au nom du royaume et des duchés.

Les députés de Lubeck furent ensuite entendus; ils avaient à leurtéte George Wullenweber, homme hardi et remuant , qui commença son discours par rappeler au sénat les services éminents que la république avait rendus au roi Frédéric , et dont elle n'avait obtenu, pour toute récompense , qu'une confirmation de ses anciens privilèges. Le Danemark avait promis d'interdire rentrée de la Baltique aux pirates et surtout aux Néerlandais; cet engagement n'avait pas été tenu , ils passaient le Sund en plus grand nombre que jamais, et s'enrichissaient aux dépens des Lubeckois, auxquels on avait fait espérer un traité d'alliance. Ces plaintes furent suivies de menaces qui causèrent un grand embarras au sénat. Il ne voulait ni s'exposer au ressentiment des Lubeckois, gouvernés par des chefs ambitieux, ni à celui de la gouvernante de Neerlande et de ses puissants alliés.

Cette situation fâcheuse était une bien juste punition des torts de ce sénat , qui avait sacriûé la sûreté de l'État à ses intérêts particuliers. Après quelques jours d'wrésnWtion , il répondit que le Danemark n'ayant pas encore élu de roi , ne pouvait contracter d'alliance ; il ajouta qu'il lui répugnait de gêner la liberté du commerce, laquelle appartenait de droit à toutes les nations; qu'ayant proposé une alliance à la gouvernante de Néerlande, il n'était convenable sous aucun rapport qu'il prit ce temps pour l'attaquer.

Irrité de ce discours, Wullenweber se récria contre l'ingratitude du Danemark ; puis , voyant l'inutilité de ses plaintes, il sortit.

Cependant les évêques poursuivaient leurs projets contre les luthériens. Le 15 juillet, ils accusèrent Tausen devant le sénat et la cour de justice de Copenhague, de s'être emparé par la violence des églises de cette ville , de s'être exprime en termes injurieux sur le compte de son évéque

14* Livraison. (Dànbmàbk.)

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et d'avoir prêché contre l'eucharistie.

Tausen eut beau plaider sa cause avec courage; elle était perdue d'avance : toutefois, la crainte de soulever le peuple par une sentence trop rigoureuse atténua cellequi aurait été portée contre lui comme ayant fait acte d'hérésie. Il fut banni de Séeland et de Scanie : toute prédication , toute publication d'écrits quelconques lui fut interdite; il devait, s'il se retirait en Fionie ou en Jutland, n'y rien entreprendre au préjudice du clergé catholique.

Aussitôt que ce jugement fut publié , un tumulte effroyable éclata dans Copenhague; en un instant, une foule immense remplit la place de l'hôtel de ville, demandant à grands cris qu'on lui montrât Tausen , et menaçant d'enfoncer les portes si on ne là satisfaisait pas à l'instant. Une partie des sénateurs vint inutilement essaver de calmer la fureur de la multitude. L'aspect menaçant des suites que pourrait avoir cette émeute décida le sénat à promettre à la bourgeoisie que Tausen lui allait être rendu. Il sortit en effet, et fut reconduit chez lui en triomphe.

Ronnov, évêque de Fionie , aurait été massacré en retournant à son palais , si Tausen n'eût apaisé la populace.

Touché de cet acte de générosité, le prélat tendit la main à Tausen en rentrant , et le remercia à haute voix. Ensuite Magnus Giôe, Éric Banner, Canut Gyllenstierne, et d'autres membres de la noblesse qui étaient favorables au luthérianisme, déterminèrent les évêques à rendre à Tausen une église et la permission d'y prêcher; et lui, de son côté , s'engagea par écrit à ne pas attaquer le clergé catholique dans ses sermons.

Les autres évêques, retournés dans leurs diocèses, travaillèrent à y étouffer les germes du luthérianisme. L'archevêque de Lund, entre autres, poursuivit les magistrats de Malmôe, et menaça de l'excommunication cette ville , ainsi que celles qui refuseraient de rentrer dans le sein de l'Église orthodoxe. Son exemple fut imité par

L'UNIVERS

tous ses Surrragants. Mais ce fut à oes mesures que la persécution religieuse se borna dans toutes les provinces du royaume. Toutefois, elle parut insupportable à ces hommes du Nord , dont, les yeux n'avaient pas été frappés par les rigueurs sanguinaires que 1 intolérance avait exercées dans des pays plus méridionaux.

Tous les opprimés tournaient les yeux vers le duc Christian , comme vers leur unique libérateur. Mais Giôe et Banner , empressés de faire cesse?

ce triste état de choses, vinrent trouver ce prince, et le prier instamment de se mettre à la tète des luthériens, lui assurant que, s'il se montrait en Jutland, toutes les villes et toutes les forteresses lui ouvriraient leurs portes.

Bien loin de se laisser éblouir par ces promesses si flatteuses , Christian répondit qu'une élection faite conformément aux lois pouvait seule lui donner des droits véritables à la couronne, et qu'il ne voulait point que son exemple servît à autoriser les entreprises des ambitieux, qui, sans titre et sans mérite, voudraient se faire un parti dans le royaume. Les deux sénateurs se retirèrent saisis d'admiration pour tant de grandeur d'âme.

Ce fut dans ce moment où le Danemark, déchiré par des factions, était hors d'état de résister à un ennemi étranger, que Wullenweber résolut de se venger des griefs qu'il prétendait avoir contre la diète de 1533, et contre le sénat qui exerçait l'autorité suprême; il conçut en même temps le projet de rendre la ville de Lubeck l'arbitre de toute la Scandinavie , et par là de la mer Baltique. Il fut secondé dans son dessein par Marc Meyer, qui , de maréchal-ferrant, s'était élevé au rang de commandant des forces navales de la république; de même que Wullenweber, il était doué de grands talents ét de beaucoup de hardiesse. Wullenweber avait d'abord eu la pensée de porter, par un coup d'Etat , le duc Christian sur le trône de Danemark. Pour l'exécution de cette entreprise , il s'associa Ambroise Bogbinder et George Rocke , surnommé Mynter, tous deux

Allemands , mais établis depuis longtemps en Danemark ; le premier bourgmestre de Copenhague , le second de Malmôe. Cette ientative échoua contre le refus bien prononcé de Christian. Ce prince conclut même, le 5 décembre 1533, à Rendsbourg, une union intime avec le Danemark, laquelle devait être valable aussi longtemps que la maison d'Oldenbourg occuperait le trône, et accéda au traité d'alliance que le sénat avait conclu à Gand, pour trente ans , avec le gouvernement de Néerlande, et qui avait été ratifié à Odensé le 21 septembre. Par ce traité, tous les négociants néerlandais obtin-r rent la faculté de passer le Sund ; des secours réciproques furent stipulés en cas de guerre ; et un subside annuel de six mille florins fut accordé au duc, à condition qu'il fournirait à ta régente un certain nombre de soldats, lorsqu'il en serait requis.

Cependant le sénat, instruit vaguement des trames ourdies par les ennemis du royaume, craignit de n'être pas le maître de l'élection , s'il ne se renforçait point par de nouvelles alliances*, afin de jprévenir des contrariétés possibles. Il résolut d'en proposer une à Gustave, et trois ministres furent envoyés à ce prince.

Le refus de Christian avait déterminé Wullenweber et Meyer à modifier leur plan. Ce dernier avait été précédemment envoyé dans le Sund avec la flotte de Lubeck , afin de fermer aux navires anglais et néerlandais l'entrée de la Baltique. Pris par les Anglais, il fut d'abord traité de pirate par Henri VIII, qui ordonna sa mort.

Au moment où Ton attendait l'exécution de cette sentence, on apprit avec étonnement que le roi l'appelait à sa cour; il le créa chevalier, le combla de présents et d'honneurs, lui accorda une pension, et lui rendit ses vaisseaux. Quoique l'on connût bien l'humeur capricieuse de Henri , chacun se perdit en conjectures sur le changement soudain de sa conduite dans l'occurrence actuelle. Enfin , en 1&34, on eut l'explication de l'énigme, De retour à Lubeck, Meyer, réuni à son

ami Wullewenber, opéra une révolution dans le gouvernement de la républiqqe. Ces deux démagogues expulsèrent du .sénat tous les catholiques, et s'érigèrent en chefs de cette ville impériale. Ils convjnrept alors avec Henrj VITI de placer sur le trône de Danemark, et Svanté-Sturé sur celui de Suède, fis employèrent l'argent que leur fournit le roi d'Angleterre à mettre sur pied une armée par laquelle ils espéraient faire la conquête du Danemark i non pas pour Henri, mais pour leur république. Afin de cacher leurs vues secrètes , il$ s'adressèrent apx amis du roi captif, et feignirent de vouloir lui rendre sa couronne.

Au commencement de J5$4» les am " bassadeurs danois , envoyés en Suède , en revinrent avec un traité d'alliance que Gustave avait signé. Les ministres danois et ceux de ce prince s'étaient communiqué ce qu'ils avaient pu apprendre des desseins des Lubeckois; Gustave savait qu'ils avaient ourdi des conspirations contre lui , au milieu même «Je Stockholm , donl ils avaient voulu faire une ville hanséat/que, en corrompant un comte de Hoya , beau-frère du roi , et que ce prinee avait comblé de bienfaits. Ce complot ayant été découvert, ilsavaient tenté de lui susciter un nouvel ennemi dans la personne de Svanté-Sturé. Ce dernier avait refusé de s'associer à des projets contraires à ses serments.

On devait s'attendre à une guerre de la république de Lubeck avec tous les ennemis qu'elle s'était faits, ou à une paix générale avec eux pour calmer leur irritation. Sa conduite causa une surprise universelle. Le désir d'exclure les Néerlandais de la Baltique l'avait excitée à se brouiller avec les royaumes du Nord ; tout à coup elle consent à ce qu'ils envoient dans la Baltique tel nombre de navires qu'ils voudront. A la vérité, elle n'accorda cette facilite que pour quatre ans, durant lesquels elle espérait bien mettre tellement les Danois dans sa dépendance, que le Sund ne s'ouvrirait, ni ne se fermerait plus à l'avenir que lorsqu'elle le trouverait bon. Wullen-

[ARK. *tl

weber et Meyer conclurent cette con« vention à Hambourg, au nom de Lubeck et de toutes les villes hanséatiques, avec les plénipotentiaires de la goUï verpante de Néerlande. Le duc Christian et les Danois ne furent point compris dans ce traité, comme ils auraient dû l'être. Cette omission était inexcusable o*e la part des Néerlandais, surtout à l'égard de Christian, qui, dans tout le cours de la négociation , avait pris fortement à coeur leurs intérêts, et, par là, s'était attiré la haine des Lubeckois. Quant au sénat dePanemark, on prit pour prétexte qu'il avait négligé n'envoyer desdépu* tés à Haplbourg. Peut - être les Lubeckois, qui étaient généralement redoutés , et qui cédaient beaucoup, stipulèrent -ils que la Néerlande leur sacrifiât ses allies. Cela n'est pas sans exemple dans l'histoire de la diplomatie européenne.

L'idée fixe des deux démagogues Iq?

beckois était de faire la conquête du Danemark ; il ne s'agissait plus que de trouver un chef capable de conduire une entreprise si audacieuse. Après quelque incertitude, le choix tomba sur un homme qui n'aspirait qu'à la gloire militaire. Brave, connaissant la guerre, et doutant plus entreprenant qu'il était pauvre; d'ailleurs simple, plein de candeur, et ce qui probablement contribua en grande partie à lui concilier les Lubeckois , savant jusqu'à lire Homère dans sa langue : c'était Christophe, comte d'OIqenbourg, cadet de sa maison » descendant de Thierry le Fortuné et d'Hedvige de Slesvig-Holstein , au même degré que le duc Christian et que le roi Christian II. Les Lubeckois l'intéressèrent à leur entreprise en la lui peignant comme digne de sa générosité , puisqu'il s'agissait de délivrer un roi prisonnier auquel il tenait par les liens du sang, et de protéger la religion réformée qu'il professait, quoique chanoine de Brème et de Cologne. Ils lui exposèrent aussi leurs justes motifs de vengeance contre les Danois , dont l'ingratitude les mettait dans le cas de se voir privés d'un commerce qui

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faisait leur plus grande ressource, et lorsqu'il serait rétabli sur le trône (*). auquel leur existence tenait en quelque Le sénat de Danemark était devenu sorte. Enfin ils lui représentèrent Té- très-désagréable au peuple, en prohitat précaire dû Danemark déchiré par bant la sortie de certaines denrées et des troubles intestins, et regardé au ordonnant la levée d'impôts onéreux, moins avec indifférence par les plus Rien n'était plus propre à achever de grands souverains de l'Europe, tous rendre son gouvernement odieux et amis du roi détrôné. à étendre les causes de mécontente- Le comte, ébloui par l'espérance ment. Christophe comptait que -ces d'acquérir ou une souveraineté ou des circonstances favoriseraient ses prorichesses considérables , partit aussi- jets.

tôt pour lever des troupes en Allema- Après avoir envoyé au sénat la lettre gne, et ne tarda pas à ramener 4,000 qu'il regardait comme une déclaration soldats d'infanterie à Lubeck. Les ar- de guerre , il entra brusquement en mements maritimes furent bientôt Holstein avec son armée , et ne renpréts. Alors Christophe écrivit au duc contrant d'abord aucune opposition , Christian pour lui demander (ju'il eût il s'empara sans peine de plusieurs à mettre en liberté le roi captif; il lui places , ravagea impitoyablement la remontrait qu'il eût dû s'acquitter plus campagne et jeta ainsi la terreur et la tôt de ce devoir envers son cousin ger- consternation dans tout le pays. Penmain; ajoutant que, s'il s'y refusait, lise dant que le siège de Segeben; l'arrétrouverait des hommes assez généreux tait, le duc Christian assemblait des pour prendre en main la défense de troupes à la hâte , et réclamait des l'opprimé. Le duc répondit avec beau- Danois les secours promis par le dercoup de calme que le roi détrôné avait nier traité d'union. Le sénat, effrayé été, comme convaincu de tyrannie, delà seule idée du rétablissement de emprisonné , d'après une resolution Christian II, se dépêcha d'envoyer les prise en commun par le Danemark, la soldats qui étaient demandés. Il ne put Suède et les villes hariséatiques , à la les réunir qu'en dégarnissant Copenconnaissance de toute l'Europe, et qu'il hague , Malmôe et presque toutes les était gardé dans le château de Sonder- forteresses du royaume; mais lorsque borg, conformément aux clauses d'un cette armée arrivait dans les duchés, traité solennel qui ne permettait à Christophe , content du succès de sa aucune des parties contractantes de le courte invasion , revint chargé de burelâcher sans le consentement des au- tin dans Lubeck , où tout était prêt très. «Je n'ai aucun droit, poursuivait- pour l'expédition projetée, «il, d'enfreindre cette convention; Vingt et un vaisseaux de guerre bien « aoressez-vous au sénat de Danemark pourvus de matelots, de soldats, de « et au roi de Suède , aussi bien qu'à vivres, d'artillerie et de toutes sortes « moi, si vous désirez obtenir son élar- de munitions, partirent sous son corn- « gissement. » Une lettre menaçante mandement. Des frégates rompirent du comte ne tarda pas à suivre cette les communications dés îles entre elles réponse; Christophe déclarait qu'il irait et avec le continent. Les sénateurs, chercher le roi captif partout où il se- dispersés sur divers points, ne savaient rait , sans consulter les Danois ni les ni où ni comment se réunir. Le Dane- Suédois avec lesquels il n'avait rien à mark était réellement sans gouvernedémêler, et que les villes hanséatiquei ment. Les sénateurs restés à Copenhal'y autorisaient; en même temps il an- gue apprirent tout à coup , le 25 juin nonça par écrit son dessein au sénat 1554, que la flotte lubeckoise paraisde Danemark , en lui promettant qu'il sait dans le Sund. Aussitôt ils ordonne négligerait rien pour engager Chris-, nèrent à Axell Giôe de se jeter dans tian II a oublier les injures qui lui Copenhague avec les milices qu'il pouravaient été faites, et à gouverner selon

les lois de la modération et de l'équité (•) Holberg, 1. c. f p. ig3.

rait rassembler; il était trop tard. Les Lubeckois , favorisés par le vent , jetèrent l'ancre, à quatre lieues de la capitale. Christophe , Wullenweber et Meyer débarquèrent , marchèrent sur Rôskild, et y firent prêter serment à Christian H. Aussitôt que George Mynter, bourgmestre de Malmôe, eut appris leurs succès, il vint les recevoir, et tes instruisit de l'état du royaume et des dispositions favorables des bourgeois de Copenhague et de Malmôe , ce qui leur inspira une plus grande confiance pour, la poursuite de leurs projets.

Cependant le duc Christian n'avait pas négligé de profiter de la retraite du comte d'Oldenbourg et du secours envoyé par le Danemark. Le général Jean Rantzau, détaché à la poursuite de Christophe , avait repris les places qui s'étaient rendues à celui-ci; le duc l'ayant rejoint, marcha sur Travemunde , petite ville située à l'embouchure de la Trave, s'en rendit maître, et le devint ainsi de la navigation de Lubeck; puis il entra sur le territoire de cette ville , s'y réunit à un corps de troupes qui lui venait de Saxe , et assiégea la capitale , repoussa deux fois avec une grande perte des sorties essayées par les habitants, et les serra de très-près. Leur seule consolation dans une position si fâcheuse était d'apprendre le succès de leurs compatriotes en Danemark.

Il était complet ; tandis qu'ils tenaient la flotte danoise bloquée dans Copenhague, leurs vaisseaux, maitres du Sund , ne permettaient le passage de ce détroit qu'à leurs amis, et interceptaient ceux des Norvégiens. Ceux-ci ne sachant rien de ce qui se passait , envoyaient leurs députés à la diète convoquée à Copenhague l'année précédente.

Alors reparut Gustave Trollé, qui prenait toujours le titre d'archevêque d'LTpsal. Resté caché à Lubeck depuis la captivité de Christian II , il n'eut pas plutôt eu connaissance de l'entreprise du comte d'Oldenbourg, qu'il le suivit en Danemark. Le comte, pour le récompenser de sa fidélité envers

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