‹ DanemarkChapitre 17 sur 32 · HAR · texte numérisé non relu

HAR

son ancien souverain, déposa Ronnov, évêque de Rôskild . et de sa propre autorité lui donna Trollé pour successeur. A cette nouvelle, Ronnov, indigné , assemble les habitants de Copenhague , et les exhorte à opposer une vigoureuse résistance à Christophe. Les magistrats et les principaux bourgeois étaient déjà gagnés par les Lubeckois : ils soulèvent la multitude contre Ronnov ; le prélat s'évade ; les autres sénateurs également effrayés disparaissent , et échappent ainsi a la fureur de la populace.

Christophe, après avoir fortifié Rôskild à l'ouest, et Kiôge, petite ville maritime au sud de Copenhague, fut rejoint dans son camp par quelques paysans, marcha vers la capitale, et fit sommer les habitants de se soumettre à Christian II. Ils répondirent que préalablement ils voulaient le voir remis en liberté. Jean Urne, commandant de la citadelle, avait eu part à cette réponse. Comme le parti lubeckois redoutait sa fidélité et le pouvoir que son poste lui donnait,' il n'épargna ni ruses ni machinations pour le surprendre; mais sa prudence avait pourvu à tout : les bourgeois n'osèrent ouvrir leurs portes. Cependant le comte les pressa si vivement que, le 16 juillet, ils capitulèrent. Le comte leur promit le maintien de leurs droits et de leurs privilèges , la propriété du territoire qui les entourait dans un rayon de deux lieues, enfin le libre exercice du luthéranisme, et fit son entrée au milieu des cris de joie de la multitude. Jea'n Urne se défendit vaillamment jusqu'au 25, jour auquel le comte se vit maître des fortifications, delà flotte, d'une nombreuse artillerie, des principaux arsenaux èt magasins du royaume. Ainsi que cela se pratique ordinairement, l'administration de la ville fut donnée aux créatures des conjurés, gens capables de tout oser, et gui , dans toutes les émeutes, s'étaient lait remarquer par leur emportement.

Encouragé par un si grand succès , le comte d'Oldenbourg invita par des lettres circulaires tous les ordres du rovaume à se réunir en diète à Ringsted

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en Seeldnd. Lu crainte de son ressentiment et l'amour de la nouveauté y conduisirent quelques députés des Tilles et des communes ; le comte leur fit prêter un serment de fidélité à Christian II, ce qui sembla ne pas leur coûter beaucoup. La plupartdes nobles»

au contraire , ne se présentèrent pas, ce qui courrouça tellement Christophe, qu'il envoya dans les campagnes des détachements de soldats, suivis des paysans soulevés; les châteaux et les biens de la noblesse furent brûlés et saccagés. Effrayés de ces ravages, les nobles suivirent l'exemple de l'évêque Ronnov, et prêtèrent en tremblant le serment d'être fidèles au roi détrôné.

Christophe, pour récompenser ce prélat si variable dans sa conduite politique, lui rendit l'évéché de Rôskild, et promit en échange à Trollé celui de Fionie, quand cette lie aurait été conquise.

Celles de Laaland et de Falster avaient proclamé Christian II pour leur légitime souverain. Les membres du sénat assemblé en Jutland tombent dans un abattement extrême en apprenant toutes ces fâcheuses nouvelles.

Craignant pour Malmôe et pour la Scanie, ils exhortent la bourgeoisie de cette villeà lui rester fidèle, lui faisant espérer que le duc sera bientôt élU roi , et alors vengera et délivrera le Danemark de ses ennemis. Ils la rassurent sur la crainte d'être troublée dans l'exercice de sa religion. La bourgeoisie assure le sénat de son entier dévouement; mais à peine cette réponse est-elle arrivée en Jutland, que, séduits par des magistrats vendus au* Lubeckois, ces mêmes bourgeois saisissent par trahison Magnus Gyllenstierne , leur gouverneur, rasent la citadelle, arrêtent deux autres sénateurs et tous les jeunes nobles qui se trouvent dans leur ville, et mandent au maréchal du royaume que l'intérêt du luthéranisme opprime avait exigé qu'ils prissent ces précautions contre ses ennemis.

Ravi de joie, le comte d'Oldenbourg se hâte de profiter des circonstances; il écrit aux principaux personnages de

Scanie qu'ils aient à venir de bonne grâce prêter serment à Christian JJ % qui sera pour eux un prince clément et miséricordieux; que s'ils refusent ou diffèrent, leur ruine est inévitable.

Les chefs de la noblesse reconnaissent que la soumission est leur seule ressource , les Lubeckois étant les maîtres du Sund. Ils envoient donc à Copenhague quatre députés chargés de demander du moins , pour prix de leur prompte soumission, la sûreté de leurs personnes et de leurs biens. Mais le comte exige que ces députés prêtent hommage à Christian II , en leur nom et en celui de leurs commettants et de tous les habitants de la Scanie. Bientôt il arrive à Malmoë, assemble les états de la province sur unecolline voisine de Lund , où , depuis un temps immémorial, les rois de Danemark recevaient l'hommage de cette partie de leurs États. Il y vient accompagné d'un fort détachement de ses troupes et d'un nombreux cortège de la bourgeoisie de Malmoe, appareil qui prête à ses discours une grande efficacité.

Aussi , quand , après avoir recoin»

mandé Christian II à cette assemblée, il lui demande si elle ne veut pas, à l'exemple des Séelandais, l'élire roi, des cris d'applaudissement s'élèvent de tôus côtés. Il félicite ses auditeurs du retour de l'ordre et de la paix qui sera une suite de leur docilité, puis ramené les sénateurs dans Malmoe, où il ne s'occupe plus que de réjouissances publiques , et de distributions de grâces qui lui coûtent peu , soit à ces sénateurs qu'il a le désir de gagner, soit aux bourgeois de Malmôe, bien dignes de sa reconnaissance.

Il travaillait si sérieusement et si puissamment à rétablir le roi détrôné,

2ue l'on ne pouvait se persuader, dans > reste du Danemark et en Norvège, qu'il n'en eût pas l'intention. Les Norvégiens s'assemblèrent pour délibérer sur ce qu'ils devaient faire; mais, instruits par plus d'un événement que, lorsque la couronne était disputée, leur sort ordinaire était de se voir abandonnés par le Vaincu, et punis par le vainqueur, ils prirent le parti

d'attendre l'issue des événements, et de rester spectateurs oisifs des troubles qui agitaient leurs voisins.

En Danemark, au contraire, les esprits s'échauffaient de plus en plus.

Une grande partie du peuple en Scanieeten Seeland souhaitait sincèrement le retour de Christian au trône.

Les évéques et la noblesse se retiraient furtivement en Jutland, province qui lai était le plus opposée. On y vit arriver Tévéque Konnov, toujours inconstant , et le duc Jean, frère puîné du doc Christian , qui ne se trouvaient plus en sûreté en Fionie. Rosencrantz, son gouverneur, le déguisa en paysan pour le soustraire aux poursuites du comte d'Oldenbourg, qui peut-être aurait voulu s'assurer de la personne d'un prince à qui une partie des Danois avait manifesté l'intention de décerner la couronne.

Suite presque immanquable de l'anarchie, la licence extrême qui désolait la Scanie el la Seeland se répandit dans les lies situées au sud de cette dernière : elle y seconda, par des complots ou des violences ouvertes, les armes du comte., qui s'en rendit ainsi maître sans beaucoup de résistance-, Langenland fut ensuite conquise sans grande difficulté : la Fionie, investie des deux côtés et dégarnie de troupes, ne pouvait manquer de devenir bientôt sa proie. Il se prépara donc à y passer, espérant qu'il s'en emparerait facilement, et qu'alors, n'ayant qu'un pas à faire pour entrer dans le Jutland , il ne tarderait pas à voir le royaume entier prêt à recevoir de lui la loi et le souverain qu'il voudrait lui donner.

Cependant les sénateurs assemblés à Rye, près de Skanderborg, petite v ille voisine d'Aarhuus dans la presse, frappés de l'imminence du danger qu'ils couraient, songèrent enfin à prendre des mesures vigoureuses pour arrêter la marche du comte d'Oldenbourg. Malgré l'évidence des faits, les évéques, aveuglés par l'esprit de faction et par un faux zèle, avaient encore ose s'obstiner à vouloir remettre ta rênes de l'État eutre ses mains.

Maintenant ils ne pouvaient plus se

dissimuler les résultats lamentables de leurs conseils. MagnusGiôe représenta vivement au sénat que la révolte de Seeland et de la Scanie , et des villes de Copenhague et de Malmôe , aurait été prévenue si l'on eût déféré la couronne au duc Christian. « Il n'est pas « moins évident , ajouta-t-i I , que si « l'on tarde encore à recourir à cet « unique libérateur , le feu de la ré- « bel lion gagnera la Fionie et enfin le « Jutland. Alors les Lubeckois se joi- « gnant aux factieux , restera- t-il quel- « que espoir de salut pour un royaume « devenu la proie d'une populace avide « et furieuse, ou d'un roi sanguinaire «et implacable dans sa vengeance?»

Giôe finit par exhorter les sénateurs à demander un promut secours au duc Christian , et a se bien persuader que de la résolution qu'ils allaient prendre dépendait le sort de la patrie. Ce discours fut vivement applaudi par les laïques ; mais quand on alla aux voix, les prélats, persistant à alléguer le prétexte de la religion , refusèrent leur suffrage à un prince hérétique. Cet entêtement occasionna de longs et violents débats. Un très-grand nombre de curieux de toutes les classes, réunis aux portes de la salle , attendait avec une extrême impatience le résultat de la délibération. Le retardement prolongé

rt fait soupçonner ce qui se passait l'assemblée, la foule se précipite tumultueusementdans la salle; instruite du refus des évéques , elle s'écrie hardiment : « Le duc Christian doit être « élu ; il ne faut pas attendre d'être « accablé par l'ennemi pour se donner « un chef ; le sort déplorable de la « Scanie et de la Seeland prouve in- « vinciblement le danger des délais ; « on n'a eu que trop d'égards au refus «obstiné des évéques; la moitié du « royaume a été perdue par complai- « sance pour eux; il faut absolument « sauver ce qui en reste : ceux qui « s'opposent a un dessein si juste « pourront bien porter la peine de « leur entêtement. »

En entendant ces paroles menaçantes , les prélats se regardèrent les uns

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les autres pendant quelques moments, sine ; de son côté, il s'engage provi-

sans proférer une parole, et d'un air soiremcnt à confirmer les privilèges

craintif, comme s'ils se fussent accu- et les droits de chaque ordre du royau-

sés mutuellement de n'oser répondre, me , conformément à la capitulation

Enfin ils balbutièrent quelques excu- de Frédéric I er . Il est convenu qu'il

ses fondées sur la pureté de leur zèle pourra cependant y apporter les chan-

et la droiture de leurs intentions , et gements qui seront jugés nécessaires

ajoutèrent que la noblesse étant déci- et que le sénat approuvera; de plus,

dée à élire le duc Christian, elle en que, jusqu'au moment où lescirconstan-

rendrait compte devant Dieu: que ces permettront de prendre de nouvel-

quant à eux ils ne s'opposeraient pas les décisions dans une diète solennelle,

davantage à cette détermination, à les évéques et les autres ecclésiastiques

condition, toutefois, que les droits et jouiront entièrement de leurs biens, de

les privilèges du sénat seraient confir- leurs revenus, de leurs immunités, soit

mes par le nouveau roi, et qu'il ne se qu'ils restent catholiques , soit qu'ils

montrerait pas ennemi de la religion- embrassent la réforme ; la noblesse

•Aussitôt Christian fut proclamé roi conservera pareillement ses droits ;

par le sénat, le 14 juillet, aux accla- chacun exercera librement sa religion

mations de tous les assistants. La no- sans pouvoir être inquiété. Enfin on

blesse de Fionie et Canut Gyllen- se fit mutuellement toutes les promes-

stierne, évêque d'Odensé, n'eurent pas ses qu'exigeait la position critique de

plutôt appris cette élection, qu'ils s'as- l'État.

semblèrent à Hellisôe, village de leur Aussitôt que Christian eut été, confie , et adhérèrent à ce qui venait formément aux lois, revêtu du pouvoir d'être fait en Jutland. Une députation royal , il écrivit à Gustave pour récladu sénat de cette presqu'île et de la mer le secours promis par le dernier noblesse de Fionie partit bientôt pour traité. Indépendamment de l'estime annoncer à Christian la nouvelle de son réciproque qui unissait les deux priaélection. Arrivée sur la frontière du ces, ils etaieut encore liés l'un à l'autre Holstein , elle écrivit au duc pour le par le mariage qu'ils avaient contracté prier de fixer le jour et le lieu qu'il chacun avec une fille du duc de Saxefixerait pour les entendre. Instruit Lauenbourg. D'ailleurs Gustave avait d'avance du sujet de leur mission , il des motifs très-forts de souhaiter l'a* quitta son camp devant Lubeck et alla baissement des Lubeckois et la contiles recevoir au couvent de Preetz, si- nuation de la captivité de Christian II. tué entre Kiel et Ploen : il exprima II fit donc une réponse favorable à la convenablement sa reconnaissance du demande de son beau-frère , et se tint choix que Ton avait fait de lui , et dé- prêt à opérer une puissante diversion livra en même temps aux députés un en Scanie.

acte par lequel il s'engageait à confir- Christian sollicita aussi de la goumer les privilèges du sénat. Puis il fut vernante de Néerlande le secours que, convenu de part et d'autre que l'on se d'après le traité de Gand , elle devait réunirait le 18 août suivant à Hor- fournir au Danemark; mais les Lusens , en Jutland , pour se lier plus beckois ayant réussi à persuader à étroitement par des serments récipro- cette princesse que leur unique but , ques. en portant la guerre chez les Danois, Ces préliminaires réglés, Christian était de rétablir Christian sur le trdne, regagne promptement son camp de Marie , belle- sœur de ce malheureux Lubeck , ordonne tout pour la conti- roi, avait bien changé de façon de pennuation du siège, et revient aussitôt à ser. Elle venait de marier l'aînée des Horsens où les états de Jutland et de filles de Christian à Frédéric, comte, Fionie étaient assemblés; il est de et depuis électeur palatin; et la canouveau proclamé roi, et on lui prête dette à François Sforze, duc de Milan, serment à genoux dans une plaine voi- Elle espéraitïaire passer aux deux gen»

dres le droit de leur beau-père sur les royaumes qu'il avait possédés. Cette attente ne pouvait paraître chimérique dans un moment ou le Danemark était conquis à moitié ; et on se disait avec confiance que la puissance de ta maison d'Autriche était suffisante pour faire le reste. Marie se borna donc à leurrer Christian de belles promesses.

L'ouvrage de la noblesse du Jutland etde Fionie faillit bientôtd'étredétruit par un soulèvement des bourgeois et des paysans de ces deux provinces. Ils commettaient des ravages effreux.

Christian , à la téte d'un corps de cavalerie, se transporta en Fionie, défît une troupe des rebelles ; les autres, effrayés, se dispersèrent. Tout le pays se soumit, à la réserve d'Odensé et de Svendborg ; ces deux villes, emportées d'assaut, furent livrées au pillage \ triste résultat de ce qu'elles considéraient comme une preuve de leur fidélité à leur ancien souverain, et de leur zèle pour leur religion.

A peine Christian a quitté l'île, mal soumise, que le comte d'Oldenbourg y arrive avec une petite armée; les habitants le secondent; il reprend Nyborg, et, en peu de temps, toute la Fionie lui obéit de nouveau. Résolu à tenter la conquête du Jutland , il usa de précaution pour porter la guerre dans un pays vaste, défendu par une noblesse fiere et valeureuse , et que son nouveau roi pouvait facilement secourir. Il se décida donc à n'y envoyer d'abord qu'un détachement, dont il confia la conduite à un certain capitaine Clément, qui avait servi sur mer du temps de Christian II , et à d'autres aventuriers de même espèce, gens vieillis dans le métier de pirates.

Clément débarqua sur le rivage du Liimfiord, dans le Jutland septentrional , et somma Aalborg, une des meilleures villes de la province, de reconnaître Christian II ; les bourgeois se hâtèrent de se rendre; la citadelle fut emportée de force. Clément parcourut de là tout le Vend-Syssel , où les bras nombreux du Liimfiord donnaient accès à ses vaisseaux. Partout la terreur le précédait ; l'attrait de la

licence et la haine vouée à la noblesse

et au clergé grossissaient sa troupe.

Dans ces moments d'alarmes", les nobles, abandonnant leurs châteaux, se rendirent de concert à Randers avec tous les cavaliers qu'ils purent armer; les évéques y envoyèrent leurs vassaux et leurs serviteurs. Ayant ainsi réuni une troupe de trois cents hommes de cavalerie , ils marchèrent contre Aalborg , ayant à leur téte Holger (Ogier) Rosencrantz et Éric Banner, et ne craignirent pas de soutenir l'attaque de Clément, qui commandait six mille paysans : ils furent complètement défaits et perdirent beaucoup de monde, parce qu'ils combattirent dans un terrain fangeux où les chevaux s'embourbaient dès les premiers pas ; une partie put s'échapper par la fuite; Rosencrantz périt dans cette fatale journée.

Instruits de ce succès , les paysans du diocèse de Viborg et la moitié de ceux du diocèse de Ribé se soulevèrent , et Clément s'avança vers Randers, dans l'espérance de se rendre bientôt maître de cette ville, où le reste de la noblesse de Jutland s'était réfugié ; mais il manquait d'artillerie, et l'approche d'un secours envoyé par le roi l'obligea de reprendre précipitamment le chemin d'Aalborg.

Christian, pressé de secourir le Danemark, avait conclu pour le Holstein, avec le gouvernement de Lubeck, une sorte de suspension d'armes, qui lui permit de s'avancer dans le Jutland avec ses troupes. Réunies à celles qu'il y avait déjà envoyées , aux milices et à la noblesse, elles formèrent une armée considérable , que Jean Rantzau et Éric Banner commandèrent sous les ordres du roi. Elles assiégèrent Aalborg : vaillamment défendue par Clément, que secondaient mal les boureois et les paysans revenus de l'ivresse e leur folle confiance, cette ville fut prise d'assaut le 16 décembre. Tous les hommes trouvés sous les armes furent passés au fil de l'épée; deux mille paysans y perdirent la vie : le reste se dispersa dans le Vend-Syssel. Clément, arrêté par un paysan au moment où il s'enfuyait à cheval , fut envoyé pri-

sonnier à Colding, puis, décapité en 1536 comme déserteur du service de Danemark, dans lequel il avait été sous le règne de Frédéric , et comme un brigand qui avait violé toutes les lois de la guerre. Un de ses lieutenants , surpris dans une petite ville, fut puni du même supplice.

Les paysans rebelles furent ensuite traduits (levant la cour de justice comme ayant enfreint le serment prêté au roi. Ils signèrent un aveu de leur faute, par lequel ils reconnaissaient qu'ils avaient mérité la mort et la perte de leurs biens; le roi ne les reçut en grâce et ne leur rendit leurs terres que jusqu'alors ils avaient possédées librement, qu'avec une réduction de leurs droits. Depuis cette époque, le nombre des paysans propriétaires diminua beaucoup dans le Jutland , et presque tous se trouvèrent tellement dépendants de la noblesse, que leur condition se rapprocha extrêmement du servage.

Le comte d'Oldenbourg, effrayé de la facilité avec laquelle le roi avait

Soumis le Jutland, craignit les suites è ce succès, et demanda une conférence à Colding; Christian, qui voyait avec une douleur profonde le déplorable état du royaume, y consentit. Il offrit au comte de grosses sommes d'argeni s'il voulait se désister de ses projets et quitter le pays. Christophe, infatué , rejeta les propositions du roi et ne voulut traiter qu'à condition que ce prince se contenterait du Jutland x et céderait à Christian II la Scanie, les îles et la Norvège. Le roi repoussa ce projet de démembrement, et la conférence fut rompue.

Retourné en Seeland, le comte convoqua une diète à Copenhague. La plus grande partie des nobles de cette île et de Scanie s'y rendit; il commença par leur exposer qu'il manquait d'argent , et ne craignit pas de leur demander leur argenterie , ainsi que les colliers . les bracelets et les autres joyaux de leurs femmes et de leurs lilles , tâchant de leur persuader que leur propre salut dépendait de leur acquiescement à le satisfaire , puisque ,

s'ils lui refusaient cette contribution ,

seule ressource qui lui restât, il ne lui serait plus possible de contenir son armée, qui alors se livreràit au pillage de leurs biens et à tous les désordres imaginables. D'autant plus épouvantés de cette menace qu'ils avaient récemment éprouvé la férocité de ta soldatesque, les nobles promirent au comte une somme considérable d'argent , s'excusant èn même temps de ce qu'ils ne pouvaient ôter à leurs femmes des objets sur lesquels ils n'avaient aucun droit.

L'assemblée était encore occupée de cette affaire lorsque Bogbinder, bourgmestre de Copenhague, et Mvnter , bourgmestre de Malmôe , escortés dè plusieurs magistrats et (l'une foule de bourgeois , entrent brusquement , et d'un ton irrité dénoncent au comte les sénateurs du royaume et la noblesse, comme les premiers auteurs des maux de l'État, pour avoir déposé, persécuté et enfermé Christian II , dont tout le crime était d'avoir traité le peuple avec équité; ils concluent en donnant assez clairement à entendre que le sang de ces tyrans peut seul expier leur crime. Le comte est assez humain pour reculer devant cette proposition cruelle, et répond qu'ayant promis sa protection à la noblesse*, il les invite à modérer leur ressentiment et à s'en retourner tranquillement chez eux : ils obéissent en frémissant.

Les sénateurs et les nobles épouvantés n'osaient sortir de crainte d être assaillis; le comte, pour les rassurer, leur promit de les protéger , et ils purent gagner leurs terres. Mais bientôt arrivent deux nouvelles qui raniment Tanimosité du peuple et irritent contre eux le comte d'Oldenbourg : la première est la défaite et le châtiment des paysans de Jutland; la seconde, l'approche d'une armée suédoise envoyée par Gustave en Scanie à l'instigation de la noblesse de cette province. Alors paysans et soldats se jettent avec une nouvelle fureur sur les châteaux et les terres des nobles , et se voyant en quelque sorte autorisés par l'inaction et le silence de leurs chefs, étendent

partontle pillage et la destruction. « Ces renfort contint les Scanieng par la for-

evenements prouvent évidemment, sur- ce, plaça des garnisons dans toutes les

vant la remarque de Holberg, que villes, et pilla celle de Lund; George

cette guerre était celle des paysans con- Mynter fit prisonnier l'archevêque

tre la noblesse , et que uans tout le Torben Bilde et le conduisit au com-

royaume le peuple inclinait vers le mo- te , qui envoya le prélat prisonnier à

narque détrdné. » Landskrona , mesure qui lui aliéna le

Cette armée suédoise, commandée clergé. Ensuite il expédia Tordre à la

par Jean Turson Ros , s'était arrêtée noblesse de former un corps de cinq

quelque temps devant Halmstad, capi- cents cavaliers , pour se joindre a

taie du Halland, laquelle avait fait une Meyer. Ces cinq cents nobles craignant

résistance opiniâtre; Varberg, autre d'être arrêtés, avertis d'ailleurs par

place de la même province , ne put être des avis secrets et instruits par l'exem-

prise, et on cohvint d'un armistice pie du traitement éprouvé par l'arche-

jusqu'à Pâques de l'année suivante, véque, enfln las de la tyrannie des

C'était, observe encore Holberg, un étrangers , se réunirent sous la confait remarquable dans l'histoire du duite d'Axel Brahe et de Christophe Nord, de voir un roi de Suède entrer Hvitfeld; après quelques moments u'iren campagne pour secourir un roi de résolution ils se rendirent dans le camp Danemarkélu.Cecommencementd'une des Suédois : de là, ils mandèrent au nouvelle révolution alarma le comte comte qu'ils renonçaient au serment d'Oldenbourg. Jusqu'alors il avait joué qu'il leur avait extorqué, lui reprochele rôle de maître en Danemark ; main- rent , dans leur lettre, d'être venu portenantsonétoi le palissait, son parti s'af- ter la guerre en Danemark sans l'avoir faiblissait. Plusieurs causes y avaient déclarée; enfin de leur avoir promis contribué. Le Danemark avait un roi sa protection , et de les avoir abanqui, par ses succès et son activité , donnés à la fureur de leurs ennemis, avait donné un grand renom à ses ar- L'armée suédoise renforcée marcha mes. Aidé de vieilles troupes expéri- sur Varberg en 1535 ; la garnison apmeotées, il avait pour lui les habitants prenant mie tout ce nue l'on exigeait du Jutland , qui , notamment les no- d'elle était de reconnaître Christian III Mes, s'étaient levés comme un seul pour son souverain légitime, ouvrit homme pour lui. Le comte , au con- les portes de la ville, de concert avec traire, qui i à la vérité, avait entre les les habitants, mains la Scanie et toutes les îles da- Meyer ne pouvant tenir contre les noises , était tellement haï de la no- Suédois , surtout depuis que le corps blesse, que, quoique par crainte du des Scaniens les avait rejoints, se repeuple et des soldats étrangers elle se tira vers Helsingborg; ayant essuyé iut rangée sous ses drapeaux , il était une défaite complète le 14 janvier, il obligé d'avoir sans cesse l'œil ouvert comptait se réfugier dans la citadelle, sur elle, parce qu'il connaissait ses Tycho-Krabbe, gentilhomme scanien, secrets sentiments pour lui. . lui en refusa l'entrée. Les Lubeckois,

H fit donc passer promptement un attaqués à la fois par l'armée suédoise

renfort considérable en Scanie, sous et par la garnison du fort, furent

Jj conduite de Meyer et du comte de poursuivis et massacrés. Mynter fut

Hoya, et ordonna aux gouverneurs de du très-petit nombre de ceux qui échap-

Malmôe et de Landskrona d'y joindre pèrent en s'enfuyant par mer; les au-

Jes détachements de leurs garnisons, très chefs et Meyer tombèrent entre

Cette petite armée arriva trop tard les mains de l'ennemi. Les Danois et

peur disputer aux Suédois l'entrée de les Suédois se disputèrent la personne

'a Scanie. Alors elle revint précipitam- de Meyer; enfin ils convinrent qu'il

ment sur ses pas, et tout le monde se serait gardé à Varberg jusqu'à ce cpie

tourna contre le comte d'Oldenbourg les deux rois eussent décidé à qui il

« lesLubeckois; cependant un nouveau resterait. Traité avec ménagement par

L'UNIVERS

Trurdd Uîfstan , gouverneur de la place, il ne profite de cette bonté que pour corrompre les habitants et quelues soldats allemands de la garnison u fort : il y introduit les conjurés par son appartement; le 9 mars , les soldats sont égorgés, il se rend maître des portes, la ville se révolte ; le gouverneur n'échappe que par une fuite précipitée , laissant au pouvoir des traîtres sa femme, ses enfants et beaucoup de richesses apportées dans le château pour y être en sûreté. Le comte d'Oldenbourg , dès qu'il eut appris le succès de Meyer , lui envoya tout ce qui lui était nécessaire pour tenir dans Varberg.

Averti des événements arrivés en Scanie, le roi fit passer dans cette province un renfort considérable qui mit l'armée victorieuse en état d'assiéger à la fois Malmôe et Landskrona. Ces deux places , inunies de fortes garnisons et secourues sans cesse du GÔté de la mer par la flotte lubeckoise , firent une vigoureuse résistance.

En Seeland, le comte d'Oldenbourg, occupé à v former une nouvelle armée et à lever l'argent nécessaire pour l'entretenir, avait assemblé la noblesse et le peuple. La noblesseépuisée ne répondait a la demande de nouveaux subsides que par des plaintes amères et des refus qui aigrissaient le ressentiment du peuple. Anne Moenstrup, v dame aussi distinguée par sa naissance que par ses vertus , ayant dit que Ton ne réussirait jamais par de tels moyens à rétablir le roi détrôné, fut assassinée par des bourgeois de Copenhague; deux des femmes de sa suite auraient partagé son triste sort , si des gens du comte ne les eussent pas conduites en lieu de sûreté. Ce crime alors impuni subit plus tard son juste châtiment. Enfin la noblesse de Seeland , contrainte de céder à la force, fournit de l'argent, le peuple un homme sur dix , et le comte eut une armée.

Cependant le roi , retenu sur le rivage du petit Belt, attendait impatiemment que l'aide d'une flotte lui permît de passer avec ses soldats dans les îles voisines ; ses démarches pour se

procurer des vaisseaux chez des puissances amies avaient échoué. Il résolut donc de tenter le trajet de Jutland en Fionie avec des navires marchands frétés dans les ports du Slesvig , cette courte traversée pouvant s'etfectuer sans le secours d'une flotte.

Sur ces entrefaites , il chargea des députés qui allaient en Suède pour y presser l'envoi d'une escadre , de passer par la Norvège pour parler au sénat de son élection. Les excuses faites à ce corps, de ce que le Danemark avait été forcé par les circonstances d'élire un roi sans le concours des Norvégiens, furent bien accueillies; l'autre point rencontra beaucoup d'obstacles.

L'archevêque de Drontheim et les autres prélats penchaient secrètement pour le roi détrôné, et à son défaut . préféraient le comte palatin son gendre. Les sénateurs laïques, au contraire, et la plupart des habitants de la Norvège méridionale favorisaient les intérêts de Christian III ; aussi refusèrent-ils de venir à l'assemblée générale convoquée par l'archevêque. Alors Vincent Lunge, un des députés qui par ses dignités et par sa fortune conservait une grande influence dans le pays, donna une autre tournure aux affaires. Les sénateurs des provinces méridionales délibérèrent séparément à Opslo, dressèrent en 1535 un acte, dans lequel, après avoir blâmé la conduite des villes hanséatiques envers le Danemark, ils déclaraient vouloir prêter hommage au prince élu dans ce pays, à condition qu'il maintiendrait les lois et les privilèges de la Norvège. L'archevêque, qui se regardait comme le premier personnage de l'État, improuva cette conduite, comme attentatoire à sa dignité.

Cependant, la noblesse de Scanie poussait toujours avec vigueur les sièges de MalmÔe et de Landskrona, sous la conduite de Ïycho-Krabbe , et en même temps ne négligeait aucun moyen de soulever le peuple contre le comte d'Oldenbourg. Celui-ci , déjà exaspéré par sa position fâcheuse , et par la crainte que la noblesse de Seeland ne se révoltât contre lui , lit arrêter tous

ceux de ses membres qui se trouvaient à Copenhague , et commanda que l'on s'assurât des autres. Ceux-ci cherchèrent à s'échapper : de ce nombre fut l'évêque Ronnov, qui , se défiant avec raison de l'amitié du comte, courut se jeter aux pieds du roi en Jutland.

Ses châteaux, et notamment celui de Dragesholm , devinrent les asiles de plusieurs fugitifs. Le comte de lloya les y assiégea inutilement : ce fut la seule place de Seeland qui résista aux armes du comte; la ville et le fort de Callundborg furent obligés de leur céder.

Christian ayant rassemblé une quantité suffisante de navires de transport, effectua très-heureusement une descente en Fionie. L'ennemi , qui n'en fut instruit que lorsqu'il n'était plus temps de s'y opposer, se hâta de retirer les garnisons de toutes les places de l'île, de réunir les milices des rebelles, et d'en former une armée capable de s'opposer à celle du roi :

elles se rencontrèrent entre Middelfart et Odensé. Les Allemands ne soutinrent pas longtemps le choc des troupes royalistes, et s'enfuirent vers Assens; les Danois révoltés résistèrent mieux, mais finirent par se disperser dans toute l'île. Le vainqueur marcha tout de suite sur Assens : les Allemands s'y défendirent si opiniâtrément, que les Lubeckois eurent le temps d'y envoyer du secours.

Voyant leurs ambitieux projets près d'échouer, ils armèrent deux flottes, firent de nouvelles levées de soldats, et choisirent un général dont le nom prît donner plus de réputation à leurs armes : c'était Albert le Beau, duc de Mecklenbourg, qui avait épousé une princesse de Brandebourg , nièce de Christian II ; en conséquence il se flatta de l'espoir d'occuper son trône. A l'exemple du comte d'Oldenbourg , il publia un manifeste, annonçant qu'il venait délivrer le roi captif, et fit voile pour Copenhague. Voilà donc un troisième concurrent qui se présente pour combattre Christian III. Les Lubeckois avaient compté qu'il serait suivi de ses propres troupes ; mais, à l'excep-

tion d'une compagnie de fantassins et de quarante cavaliers, et comme s'il se fût agi d'une partie de chasse , ses vaisseaux ne furent chargés que de chiens courants, de toiles et de filets.

Son arrivée causa au peuple et au soldat une joie qui fut de courte durée, et une jalousie extrême au comte d'Oldenbourg. Ce dernier refusa obstinément d'obéir aux ordres du duc, et de dégager ses propres troupes du serment qu'elles lui avaient prêté. Wullenweber ne négligea rien pour prévenir les mauvais effets de cette mésintelligence : il offrit au comte l'évêché de Rôskild avec les vastes domaines qui en dépendaient , s'il consentait à abdiquer son commandement. Un siège épiscopal eût paru autrefois une grande fortune au comte, qui , ainsi que nous l'avons dit précédemment, s'était consacré d'abord à l'état ecclésiastique; mais l'espoir de parvenir au trône lui faisait regarder toute autre condition avec dédain. Wullenweber fut donc contraint de partager le commandement entre ces deux personnages : par là il les offensa tous les deux et leur donna un intérêt tout différent de celui de la cause commune.

Le tort fait au roi de Danemark par les deux flottes lubeckoises avait plus que compensé le bien qui pouvait résulter pour lui de ces dissensions entre ses ennemis. Une de ces flottes , qui avait mouillé dans le Sund, en était devenue la maîtresse à un tel point, qu'aucun navire ne pouvait y passer que par sa permission et en payant le tribut ordinaire : elle saisissait ceux des Danois et des Suédois. Une flotte de soixante -dix navires marchands néerlandais fut d'abord obligée d'acquitter une somme considérable , et ensuite livrée au pillage. Des recettes aussi lucratives pouvaient mettre les Lubeckois en état de soutenir aisément cette guerre. Les sénateurs de Scanie , que ce triste spectacle affligeait tous les jours, écrivirent au roi pour lui exposer la nécessité de chasser l'ennemi d'un poste si avantageux. Christian en était persuadé, mais pouvait-il sans vaisseaux passer eo Seeland ?

L'UNIVERS

Ceux des Lubeckoî? occupaient le £ran4 Belt qui sépare cette fie de la Fionie, où ils transportaient des troupes de terre d'Allemagne, et où l'ennemi tenait encore quelques villes, notamment Nyborg. Christian n'avait pu encore les réduire , et bientôt il eut à combattre une nouvelle armée commandée par le comte de Hoya , que Christophe et Albert avaient envoyée en Fionie.

Une autre était arrivée immédiatement de Lubeck, sous les ordres d'un comte de Tecklenbourg. Ces chefs s'étant joints, appelèrent à eux toutes les garnisons de l'île, et marchèrent contre celle du roi ; Odensé, qui se trouva sur leur chemin, fut pillé , et ils allèrent camper entre Assens et Middelfart, position qui les mettait à même de couper les vivres à l'armée royale, et leur offrait la ressource de se jeter dans Assens en cas de défaite.

Gustave Trollé, dont nous avons eu si souvent l'occasion de parler, figurait comme un des chefs de l'armée lubeckoise. D'accord avec les comtes de Hoya et de Tecklenbourg, il fut résolu d'attaquer celle du roi le 11 juin à la pointe du jour, tandis que la garnison d'Assens attirerait son attention par une sortie. Ce projet très -bien conçu étant venu à la connaissance d'un prêtre danois, celui-ci se hâta de le révéler à Jean Rantzau, général de l'armée rovale. Aussitôt Rantzau fait mettre le feu à son camp, pour ôter à la garnison d'Assens toute envie de s'approcher de lui , puis surprend l'armée ennemie. Elle essaye vainement de se retrancher sur lé sommet de l'Oxenbierg, colline sur laquelle elle est campée : elle n'en a pas le temps; le désordre se met dans sa cavalerie, l'infanterie commence à plier et fait retraite dans la plus grande confusion; dix-sept cents prisonniers, dont plus de quatre cents gentilshommes des meilleures maisons d'Allemagne , et toute l'artillerie tombèrent au pouvoir des vainqueurs. Le nombre des hommes tués fut bien plus considérable : les deux comtes se trouvaient parmi eux.

Trollé, ce pérturbateur de la paix du Word, fut percé de coups, pris et trans-

porté 5 Gottorp, où peu de jours après il termina sa vie toujours agitée et turbulente.

Albert de Mecklenbourç, qui s'était approché secrètement du lieu de Taptipn , fut témoin de la (lérorçte ; rassemblant quelques fuyards, il repassa précipitamment en See|and; les autres imitèrent son exemple, et la Fionie fut ainsi délivrée en un jour de ses ennemis. Par malheur, elle eut beaucoup à souffrir de la licence des soldats de l'armée royale ; cependant les chefs réussirent a rétablir le bon ordre, et ceux des rebelles furent livrés au sqpplice.

Les armements maritimes qui s'étaient faits pour Christian en Suède, en Prusse et dans les ports de Jutland, avaient fini par procurer une grande flotte , qui s approcha de Fionie pour seconder les opérations du vajnqueur:

elle était composée de onze vaisseaux danois, autant de suédois, et de dix prussiens. Il s'y en joignit bientôt un plus grand nombre, que Claude BUde, Henri Rosencrantz et autres seigneurs danois avaient équipés à leurs frais.

Pierre Skram, Danois, les commandait en chef ; Éric Flemming et Jean Freen étaient à la tête des escadres suédoise et prussienne. Aussitôt que ces vaisseaux se furent réunis sous l'île de Gotland , ils firent voile vers Bornholm où ils découvrirent la flotte lubeckoise qui, jointe à celles de Stralsund et de Rostock, égalait celle du roi en nombre et en force. Le combat, commencé avec vigueur par les deux amiraux, allait devenir général ; une tempête furieuse l'interrompit. Les Danois gagnèrent un des ports de Bornholm.

Pendant que les Lubeckois rentraient dans le Sund, avec leur vaisseau amiral très-maltraité, Skram fit voile vers l'embouchure de la Trave, y enleva un gros vaisseau de Lubeck ; puis tournant au nord , suivant les ordres d'u roi, vint mouiller à la vue de Fionie.

Il y prit une partie de la flotte lubeckoise et en dispersa une autre ; le reste fut brûlé par les Hanséates euxmêmes. Skram, maître de ces parages,

les fies de Laaland , Falster et attaquer et à se défendre^vec une va- Moen ,' dont les habitants avaient se-, leur opinijHre, se trouvait réuni dans condé la rébellion , leur imposa une cette circonstance. Plus îe roi avait contribution, les força de fournir sa de difficultés à surmonter, plus il deflotte de vivres J entra dans le Belt, Tait s'efforcer de les vaincre, s'il ne soumit Tranekiâr et Corsor , et s'a- voulait perdre à la fois sa gloire et son vanca vers Copenhague. trône. D'un côté , les chefs d'une ré- Christian , qui était encore en Fio- publique puissante et encore plus amnie, assembla les députés de la bour- bitieuse, et de l'autre des aventuriers geoisie et des paysans à Odensé , leur qui venaient de toucher au moment de adressa des reproches très-modérés sur rentière conquête d'un royaume. La leur conduite précédente , et leur pro- garnison et la bourgeoisie étaient d'ailmit un pardon complet, l'oubli du leurs encouragées par l'assurance qu'on passé et la conservation de leurs pri- leur donnait que ae grands et prompts viléges. Touchés de cette clémence, ils secours leur arriveraient soit de la lui prêtèrent serment à I'envi.Onsait part des Lubeckois, soit de la gouque la noblesse l'avait élu roi dès l'an- vernante de Pïéerlande. née précédente ; depuis elle l'avait « Dès les premiers jours d'août , servi fidèlement dans son armée. Copenhague avait été investi ; les as- Tout étant terminé en Fionie, le siégeants poussaient vigoureusement roi fit transporter ses troupes en See- leurs travaux , malgré les sorties fréland: il y passa ensuite; Sklram proté- quentesdes assiégés: craignant ensuite eeala traversée et le débarquement de de s'épuiser à force d'être repoussés , l'armée ; l'ennemi n'osa s'y opposer , ceux-ci firent du haut des remparts un de sorte que Christian put traverser feu continuel plus nuisible à leurs adlibrement presque toute l'île et aller versaires ; mais le camp fut bientôt camper à Kiôge, au sud de Copenha- mis hors d'insulte et la place entièregue. Quand il eut avis que Skram était ment bloquée du côté de terre (*). » dans le Sund avec ses vaisseaux et un Alors le roi put détacher de son arrenfort arrivé de Norvège, il s'ap- mée divers corps, qui allèrent réduire procha de la capitale, et le 24 juillet NykÔbing dans l'île de Falster, Calétablit son quartier à Sôrslôv , préci- lundborg et Elseneur en Seeland ; quelsément sur la colline choisie par son ques régiments passèrent le Sund pour père douze ans auparavant. renforcer la noblesse de Scanie , qui «Ainsi commença le siège de Co- continuait à bloquer Malmôe et Lands-

Cuhague, qui, par sa longue durée et krona. Christian , qui vint lui-m<*rnc

vigueur avec laquelle la place fut dans cette province, fut affligé du triste

attaquée et défendue, est un des plus état où l'anarchie, la révolte et la

célèbres de ce siècle. La ville était guerre l'avaient réduite. Il fut salué roi

mieux fortifiée et mieux approvision- le 18 août , aux acclamations des états

née, sous tous les rapports, qu'en convoqués à Lund. Il témoigna publi-

1524 : les Lubeckois y avaient l'élite quement sa reconnaissance aux trou-

de leurs troupes commandées par Al- pes suédoises , qui lui rendirent les

bert, duc de Mecklenbourg, et Christo- plus grands honneurs, et eut avec leurs

plie, comte d'Oldenbourg; ils étaient chefs divers entretiens qui lui firent

secondés par la bourgeoisie qui s'était prendre la résolution de rendre une vi-

Quand

vers le sénat leur persuadant qu'ils fait connaître, les sénateurs essayèrent n'avaient nulle grâce à attendre du de l'en détourner, en lui représentant vainqueur. Ainsi tout ce qui pouvait les inconvénients et les dangers qui exciter et soutenir la bravoure et la

i, animer les deux (lartis à (*) Holberg, J. c, p. 3*3.

pouvaient en résulter. Inébranlable dans sa résolution, Christian partit, accompagné de son général Melchior Rantzau et de six autres personnes seulement. Malgré la diligence qu'il fit , Gustave était prévenu de sa prochaine arrivée. Christian entra dans Stockholm le 7 septembre.

La différence que présentent les récits de plusieurs historiens danois et suédois, au sujet de l'entrevue des deux monarques , ne permet pas de parier avec beaucoup de certitude des circonstances gui l'accompagnèrent. Les Danois qui étaient avec Christian, accoutumés à sa candeur et à ses manières affables, furent choqués de l'air de lierté , de réserve et de défiance avec lequel Gustave reçut son beau-frère.

Peut-être , ajoutent ces auteurs , que Christian s'attendait à plus de cordialité de la part de Gustave; ils assurent, du moins , qu'il se repentit bientôt d'avoir négligé les avis de son sénat, et qu'il craignit d'être trahi. Un prince tel que Gustave était incapable d'une telle perfidie. Holberg n'y croit pas (*); son récit s'accorde , presque sur tous les points, avec celui de Dalin (**).

Suivant ce dernier, Christian fut reçu avec toutes les marques possibles de* satisfaction , d'amitie et d'égards.

Après avoir remercié son beau-frère des secours qu'il lui avait donnés dans la guerre actuelle, il l'instruisit des secrets desseins de l'Empereur contre les couronnes du Nord, desseins qui semblaient favoriser les prétentions des

Î gendres de Christian II, mais qui, dans a réalité, tendaient à ranger les pays du Nord et la mer Baltique sous la puissante de Charles-Quint; Christian en avait été instruit par ses amis d'Allemagne. Placés dans la même position, les deux rois n'eurent pas de peine à s'entendre sur les mesures qu'ils avaient à prendre pour leur sûreté respective. Ils renouvelèrent leurs

(*) Holberg, L c, p. 117 et xa8. Il nomme les auteurs qui ont taché d'accréditer ces bruits.

(**) Dalin, 1. c p. a85 et 988 , U III , première partie.

engagements réciproques de ne pas si-

fner de paix séparée avec les Lubecois , de se communiquer ce qu'ils pourraient apprendre des menées secrètes de leurs ennemis tant intérieurs qu'extérieurs, et de s'opposer de concert à toute entreprise des gendres du roi détrôné, ajoutant que ce serait le seul moyen de régner en sûreté et en paix. Ils déterminèrent la quantité de troupes de terre et de vaisseaux de guerre qu'ils se fourniraient mutuellement en cas de besoin, et Gustave prêta au roi de Danemark une somme considérable , pour sûreté de laquelle et d'autres prêts antérieurs Christian lui engagea Varberg en Halland , le Vîgen et Àggershuus en Norvège ; ce qui peut paraître singulier, puisqu'il nétait pas encore élu roi dans ce pays.

Christian avertit son beau-frère, ainsi qu'il l'avait déjà fait par écrit, d'un complot des Lubeckois de le faire périr par la main d'un de ses sujets : révélation qui donna au moins beaucoup à penser à Gustave; ensuite celui-ci conseilla à son beau-frère de restreindre à son exemple le pouvoir et les revenus du clergé, lorsque les circonstances le permettraient , ajoutant que ce serait le seul moyen de régner en sûreté et eu paix. Christian promit à Gustave de lui rendre tous les biens héréditaires de la maison de Vasa, situés en Halland, qui avaient été confisqués du temps de Christian II , ainsi que les propriétés des autres Suédois qui se trouvaient en Danemark, conformément à la teneur de la convention.

Les deux rois se séparèrent au bout de huit à dix jours, en se donnant toutes sortes de témoignages d'amitié, et Christian fut reconduit d'une manière honorable jusqu'à la frontière.

«Quelques-uns, ajoute Dalin, ont prétendu que Christian hâta son départ de Stockholm, parce qu'il redoutait un acte de violence; mais ce conte provient soit d'une méchante intention, soit d'un esprit par trop crédule. S'il y eut de la sincérité alors dans les discours et au départ, ce fut chez Gustave; la tromperie lui était étrangère:

cela se voit par tous ses actes. Il est

possible que Christian ait trouvé son anglais se serait engagé à défrayer les beau-frère peu disposé à céder sur cer- Lubeckois de tout ce que leur avait tains points, et que la reine Catherine coûté cette guerre ruineuse. L'échec ait prêté une importance politique à deVarbergmit à néant ce projet dont des querelles d'intérieur, etc. *» Quoi la réussite eût changé la face du Nord, qu'il en soit de ces bruits que les en- Meyer, son frère et quelques-uns de nemis de Gustave prirent soin d'ac- ses complices furent conduits à Elsecréditer, les deux princes se séparé- neur, ou ils périrent dans les supplirent avec tous les dehors d'une estime ces. La soumission de Landskrona , mutuelle, et s'ils ne purent s'entendre qui eut lieu peu de temps après, semsur les questions particulières qui in- blait devoir entraîner celle de Cot pressaient les deux couronnes , du penhague et de Malmô ; cependant les moins ils comprirent la nécessité d'une bourgeois de ces deux dernières villes alliance sincère en présence des dispo- ne pouvaient se résoudre à renoncer sitions hostiles de Charles V (*). aux privilèges que l'Hanse leur pro- Christian , délivré de toute inquié- mettait s'ils restaient fidèles au comte tudedu côté de la Suède, pressait vi- d'Oldenbourg; ils redoutaient en ouvement le siège de Copenhague, lors- tre les vengeances du sénat et de la qu'il apprit la reddition de Varberg. noblesse; et, malgré la promesse de Meyer, qui défendait cette place, une Christian , ils préféraient une guerre des plus importantes de la Scanie , se ouverte aux éventualités d'une capiréfugia dans la citadelle, où il résista tulation dont la garantie reposait unijusqu'au printemps. Enfin , ayant quement sur le caractère de leur futur épuisé ses vivres et ses munitions , ce souverain. Les hommes les plus énerhardi aventurier capitula. Un colonel giques , c'est-à-dire les plus comproallemand qui dirigeait les travaux du mis , n'ont d'autre ressource dans les siège, prit sur lui de lui accorder la vie circonstances extrêmes que d'effrayer et la liberté ; mais, au mépris de cette ceux qui hésitent par des mesures convention, Meyer fut arrêté et con- plus terribles encore que tout ce que duit au camp devant Copenhague, la faiblesse pourrait avoir à redouter. Cette première violation de la parole On menaça du dernier supplice quidonnée annonçait trop clairement qu'il conque parlerait de se rendre et de s'agissait de vengeance et non de jus- reconnaître Christian III. tice; on lui reprocha sa conduite an- Sur ces entrefaites, une flotte de térieure, et on le mit à la question, dix-huit voiles, destinée à ravitailler Ses révélations , s'il faut en croire les Copenhague, vint croiser à la hauteur historiens danois , offraient des parti- de l'île d'Amack; l'amiral danois cularités assez étranges sur les projets Skram, blessé à la jambe, se vit hors ultérieurs de la régence de Lubeck. d'état de poursuivre ses avantages, et Déçue dans ses espérances ambitieu- l'officier qui le remplaça alla donner ses , et craignant d'avoir fait en pure sur un écueil , d'où l'on ne parvint a perte tant de sacrifices, elle avait tenté le dégager qu'avec la plus grande d'opposer l'Angleterre au Danemark peine. Les bâtiments lubeckois, à la par l'offre des villes de Varberg, faveur de cet accident, passèrent à Landskrona et Malmô. Ces places au- travers la flotte ennemie, et entréraient assuré des avantages commer- rent heureusement dans le port de ciaux à Henri VIII dans le Kattégat Copenhague. La saison était déjà et le Sund ; et, en retour, le monarque avancée ; la flotte danoise désarma et

se mit à l'abri dans la rade de Lands-

0 A partir de cette feuille, V Histoire de krona , ne laissant que quelques vais-

Danemark, interrompue par l'élat de santé Seaux pour continuer le blocus , dont

de M. Epies, sera continuée par M. Chopin, le roi laissa la direction à Detlef Broc-

auteur de Y Histoire de Russie, qui fait par- torff.

tic delà collection de I'Uhivus. Christian se hâta de passer dans le

15 e Livraison. (Danemabk) 15

L'UNIVERS

Holstein. Il avair reçu l'avis que cette province, était menacée par le comte Palatin , soutenu par la gouvernante des Pays-Bas et par plusieurs princes d'Allemagne. Lykke , gentilhomme danois, était venu l'avertir de la part de François I er que les magistrats de Lubeck avaient tait offrir à ce prince la couronne de Danemark , et qu'il eût à se tenir en garde contre ses ennemis, et en particulier contre les entreprises de Frédéric.

Plusieurs princes protestants firent ,à Christian des ouvertures qui indiquaient une tendance à se ménager au besoin des secours extérieurs contre la puissance exorbitante de la maison d'Autriche. Le roi ne crut pas devoir négliger l'occasion de donner plus de poids à sa politique particulière en l'associant aux grands intérêts de l'époque; il envoya donc à Lunébourg des ministres pour conclure une alliance avec François I er , et demanda à entrer dans l'union de Schmalkalden (1535). L'année suivante, dès le début de la campagne, plusieurs places qui tenaient encore dans les îles de Falster et de Laland , de même que les châteaux de Kronenborg et Kallundborg se rendirent aux armes de Christian; de sorte qu'il ne restait plus à soumettre que Malmô et Copenhague. ■' -

La révolution qui s'était faite à Lubeck , où les anciens magistrats avaient recouvré l'autorité, contribua, non moins peut-être que les succès du roi, au rétablissement de la paix.

Christian , las d'une lutte si longtemps prolongée, ne demandait pas mieux que de se prêter à un arrangement honorable ; l'électeur de Saxe , le duc de Brunswick, le landgrave de Hesse, les villes de Hambourg, de Brème et quelques autres , firent à la régence de Lubeck des représentations qui furent écoutées, et il ne s'agit plus que de concilier tant de prétentions et d'intérêts opposés.

Copenhague et Malmô, dont les députés furent admis à ce congrès, insistaient sur le rétablissement de Christian II ; clause impossible à ad-

mettre , puisqu'elle faisait à elle seule tout le nœud de la guerre.

Au premier abord , il peut paraître étrange que le roi détrôné , dont le nom était associé à tant de mesures arbitraires et cruelles, ait pu rallier à des intérêts si compromis ceux d'une -révolution populaire. Cependant l'examen attentif des faits qui ont marqué la période précédente explique naturellement cette singularité. Le prince déchu s'était surtout montré rigoureux envers la noblesse ; s'il eût ressaisi le pouvoir, il aurait sans doute accordé des privilèges importants à la bourgeoisie, tandis que Christian III devait trop à l'aristocratie pour qu'on le crût disposé à la dépouiller, après sa victoire, d'avantages qu'elle regardait comme inhérents à ses droits.

Enfin , après de longs débats, le roi signa à Hambourg un traité de paix (14 février 1536) dont nous citerons les dispositions essentielles :

Les hostilités entre le Danemark et Lubeck cesseront ; les franchises accordées à cette ville sous les trois derniers règnes lui demeurent assurés.

Le duc Albert et le comte Christophe seront compris dans le traité s'ils consentent à sortir du royaume, en abandonnant tout ce qu'ils y posséderaient encore. Les villes de* Wismar, Rostock et Stralsund, déclareront, dans un délai de six semaines, s'il leur convient d'être comprises dans le traité : une amnistie pleine et entière sera accordée aux bourgeois de Copenhague et de Malmô, après leur soumission volontaire. Les Lubeckois n'assisteront ni directement ni indirectement les ennemis du roi , et rappelleront leurs troupes dans le cas où le duc et le comte rejetteraient les conditions du présent traité. Le roi de Suède et le duc de Prusse participeront, en ce qui les concerne, aux bénéfices et aux charges des clauses consenties. Les bâtiments marchands de Lubeck seront soumis aux mêmes droits que par le passé. Quant à Christian II, les médiateurs s'occuperont ultérieurement de régler son sort de manière à concilier, autant

que possible , toutes les convenances.

Par un article séparé , le roi accordait pour cinquante années l'île de Bornholm aux Lubeckois , comme dédommagement des sacrifices où les avait entraînés leur alliance avec Frédéric.

Le plus difficile restait à faire : il s'agissait de faire agréer ces conditions aux deux villes rebelles, fiernard de Melen fut envoyé à Copenhague pour les appuyer, et déclarer qu'en cas de refus, Lubeck retirerait ses troupes , et laisserait les insurgés à leurs propres ressources.

Le duc et le comte, après s'être promis de grands avantages de cette guerre, ne pouvaient se résoudre à accepter un arrangement, qui , en détruisant leurs espérances ambitieuses, compromettait leur réputation militaire. L'envoyé de la gouvernante des Pays-Bas entrait dans leurs vues, et annonçait l'arrivée prochaine du palatin avec une flotte considérable. Enfin , les deux chefs prirent à leur solde les troupes que Bernard de Melen venait de licencier. Stralsund se rangea également du parti de la paix ; mais l'opiniâtreté du duc de Mecklenbonrg empêcha Wismar et Rostock de suivre cet exemple. La flotte danoise établit une croisière pour intercepter les secours que ces villes essayaient de jeter dans Copenhague, et captura plusieurs bâtiments.

Les premières nouvelles que Gustave reçut du traité conclu entre le Danemark et Lubeck lui firent craindre d'abord que Christian n'eût fait bon marché des intérêts de la Suède; dans un premier moment d'irritation, il donna ordre de rappeler les troupes suédoises qu'il avait mises à la disposition de son beau-frère; mais, mieux informé des difficultés et des retards qui avaient entravé les négociations, il s'empressa d'entrer dans le traité, et resserra même son alliance avec Christian , en acceptant la médiation de ce prince pour régler les différends qu'il avait avec plusieurs villes de la Hanse.

Le roi était retourné à son camp

devant Copenhague lorsqu'il reçut un message de George Mynter, oui dirigeait la défense de Malmô. Cet homme,

firévoyant l'issue prochaine d'une utte si inégale, demandait un saufconduit pour aller traiter lui-même avec Christian de la reddition de la place. Cette offre fut favorablement accueillie , et Mynter vint implorer l« pardon du prince. Il sut présenter la révolte des habitants de Malmô comme une conséquence de l'intolérance des évêques, en écartant de la question tout autre motif; enfin, il révéla tout le plan du comte d'Oldenbourg, qui reposait surtout sur les sympathies protestantes des classes moyennes. Cet avis , dont le roi tira de grands avantages, ne fut peut-être pas sans influence sur les mesures qui frappèrent , plus tard le haut clergé danois. Mynter obtint donc pour Malmô la promesse d'une capitulation honorable; et pendant que ses agents préparaient les esprits à ce résultat , il se rendit à Copenhague dans l'espoir de convaincre la ville rebelle de l'inutilité et des dangers d'une plus longue résistance.

Mais son crédit et toute son habileté échouèrent devant la résolution du comte. Telle était sa confiance dans le secours qu'il attendait des Pays-Bas, que ni la détermination de Lubeck, ni les avantages et les privilèges dont le roi venait d'acheter la soumission de Malmô, ne purent faire fléchir son ambitieuse obstination. On eût dit même que ses prétentions croissaient comme sa mauvaise fortune; il de* manda la main de Christine, la plus jeune des filles de Christian II, laissée veuve par la mort du duc de Milan , se flattant que cette combinaison concilierait ses projets avec les vues de la cour impériale ; mais on ne daigna pas même répondre à ses avances; la gouvernante se borna à expliquer le retard du secours promis par la grandeur des préparatifs , et laissa à la renommée le soin d'instruire le comte que le but de cet armement ne regardait que l'électeur palatin, qui venait d'épouser l'aînée des filles du roi détrôné. Charles V fit sommer

L'UNIVERS

Christian III de restituer la couronne de Danemark à son neveu , auquel l'héritière la plus directe du vieux roi avait transporté ses droits ; enfin , le langage des envoyés de l'empereur ressemblait plutôt à l'injonction d'un maître qu'à une négociation. Ces ambassadeurs attendirent à Hambourg la réponse de Christian. Ce prince chargea son conseil du Holstein de leur représenter que les droits sur lesquels on s'appuyait étaient nuls dans un pays où le roi est électif; qu'il reconnaîtrait toujours l'autorité de l'empereur en ce qui regardait le Holstein; mais que, comme roi de Danemark , il saurait conserver intacte une autorité qu'il n'avait jamais briguée , et dont le suffrage national l'avait investi. Cette défense de la conduite du monarque fut encore appuyée par un exposé de ses propres griefs ; les conseillers énumérèrent tous les faits qui constataient les dispositions hostiles de l'Empire depuis la mort de Christian I er , et ils insistèrent particulièrement sur le traité d'alliance conclu entre le Danemark et les Pays-Bas , traité qui n'avait pas été détruit, et dont cependant la violation était flagrante.

Charles V, voyant qu'il n'avait pu réussir à intimider Christian, partit pour son expédition d'Afrique, tandis qu'on complétait en Hollande l'armement destiné contre le Danemark.

Le roi n'ignorait point que la flotte hollandaise pouvait débloquer Copenhague, inquiéter les côtes, intercepter les communications, et imprimer une tout autre direction aux affaires.

11 conçut un projet dont l'événement justifia la hardiesse. Laissant la conduite du siège au général Felten , il se rendit dans le Holstein , et s'étant attaché Ménard de Ham , il lui donna l'ordre de tenter une expédition dans J'Ost- Frise. Après avoir ravagé le pays, Ménard , secondé par le duc de Gueldres, menaça Groningue, qui se hâta de demander du secours à Marie.

La gouvernante n'avait d'autres troupes disponibles que celles qui devaient accompagner le palatin en Danemark;

elles marchèrent, sous la conduite de Schenk, au secours de Groningue qu'elles délivrèrent ; mais cette diversion et le siège de Dam, que prolongea la belle défense de Ménard, donnèrent le temps aux assiégeants de réduire Copenhague.

Christian eut d'abord recours à un subterfuge qui fut sur le point de lui livrer la ville. Il prit à son service un assez grand nombre de bâtiments que la pèche avait attirés dans le Sund ; lorsqu'ils furent à la hauteur de Copenhague, la flotte danoise feignit de les attaquer. Les assiégés crurent d'abord que c'était le secours qu'ils attendaient, et ils s'apprêtaient à ouvrir un passage à ceux qu'ils regardaient comme des libérateurs, lorsque, s'apercevant du stratagème, ils n'eurent que le temps de refermer le

f)ort. Le roi résolut alors de prendre es assiégés par famine; il fit occuper l'île d'Amack , d'où la ville tirait quelques subsistances, et dès lors la position des rebelles devint si précaire ,

Sue les bourgeois s'assemblèrent pour élibérer sur les moyens de remédier à un fléau contre lequel le courage ne pouvait rien. Les officiers de la garnison , excités par Bogbinder, un des chefs de la rébellion , tombèrent sur ces malheureux , et en laissèrent deux cents sur la place. Les soldats se jetèrent ensuite dans quelques maisons, où ils se conduisirent comme dans une ville prise d'assaut.

Bientôt la famine sévit à Copenhague d'une manière si terrible, que lorsque les maladies eurent décimé cette population exténuée , et qu'on y fut réduit à se disputer les aliments les plus vils, il fallut bien capituler.

Le roi , irrité d'une résistance si opiniâtre , exigea d'abord que les rebelles se rendissent à discrétion ; mais , comme il entrait dans ses plans , plut encore qu'il n'était dans son caractère, de se montrer clément, il leur accorda la capitulation suivante : Il était permis au duc Albert de Meckl en bourg de se retirer dans ses États avec sa famille et les personnes attachées à sa maison ; le roi mettait à sa disposition

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le nombre de vaisseaux nécessaire; l'électeur de Mayence et le landgrave de Hesse, le premier pour le duc, le second pour Christian, régleraient comme arbitres la nature et la quotité des dédommagements auxquels le Danemark avait droit; les mêmes conditions étaient imposées au comte, inoins les dédommagements qu'il n'aurait pu garantir ; en outre , il s'engageait sous serment à ne plus remettre le pied en Danemark, et à ne jamais porter les armes contre les sujets et alliés du roi; les troupes étrangères sortiraient librement et avec les honneurs de la guerre, sous la condition qu'elles ne pourraient , avant quatre mois, accepter aucun service contre Christian et ses alliés ; quant aux bourgeois, il leur était accordé une amnistie entière. Mynter et Bogbinder obtinrent également leur grâce; mais ils devaient rester au service du roi , qui comptait utiliser leurs talents et la connaissance qu'ils avaient de toutes les intrigues des évéques.

Lorsque la capitulation fut dressée, le duc et le comte , la tête découverte et un bâton blanc à la main , comparurent devant Christian III, et attendirent à genoux le pardon de leur conduite passée. Le roi traita le duc avec ménagement ; mais il crut devoir reprocher au comte tous les malheurs qu'avait causés son ambition. Les députés de la ville se présentèrent ensuite, et reçurent un accueil qui dépassait leurs espérances.

Lorsqu'il fit son entrée dans la ville, Christian fut frappé de la désolation dont tous les quartiers offraient le spectacle ; en se reportant aux causes de tant de desastres, il s'affermit encore dans la résolution d'ôter définitivement au clergé catholique les moyens et jusqu'à l'espoir de troubler la paix.

Les motifs qui décidèrent Christian à cette grande mesure sont faciles à apprécier. Dans les villes de commerce, le protestantisme était la religion de la majorité; le reconnaître comme religion de l'État, c'était se rapprocher de la Suède, qui aurait pu profl-

ter des embarras du Danemark pour reprendre la Scanie, le Halland et le Blekingen, et compléter ainsi ses frontières naturelles; en conservant les évéques , le roi ne pouvait douter u'ils saisiraient toutes les occasions e rétablir un ordre politique favorable à l'orthodoxie, et de servir l'empereur au détriment des intérêts du Danemark ; la suppression de l'épiscopat, au contraire, donnait au roi l'appui des princes protestants de l'Allemagne. Si l'on ajoute à ces considérations, que les principes de Christian étaient tout en faveur de la réformation , et surtout qu'après une

guerre longue et onéreuse les biens es évéques offraient une ressource aussi large que facile , on comprendra sans peine qu'un prince qui avait tant de motifs oe mécontentement légitime contre les prélats, n'ait point cru devoir reculer devant ce coup d'Etat.

La noblesse, dont les membres les plus considérables , tels que le grand maître Giô , le grand maréchal Rrabbe , les sénateurs Brahe, Rosenkrantz, Guldenstierna, etc., étaient partisans d'une mesure qui abaissait le clergé , ne prévit pas qu'en ouvrant cette voie à l'arbitraire, elle se dépouillait ellemême de ses garanties. Quant à la bourgeoisie, elle aimait mieux voir l'autorité royale se fortifier que de se trouver, comme par le passé, exposée aux exigences d'une double fiscalité.

Lorsque Christian eut la certitude qu'il ne rencontrerait aucun obstacle sérieux, il convoqua dans le plus grand secret une assemblée où 1 on arrêta la résolution « d'abolir le pouvoir « temporel des évéques , de consacrer « leurs revenus aux besoins publics, « de ne plus souffrir qu'ils eussent a aucune autorité dans l'Eglise ni dans « l'État, et , si un concile général en « ordonnait autrement, de ne permet- « tre qu'ils ne fussent rétablis que du « consentement du roi , du sénat et « des états du royaume ; de rester at- « taché à la religion protestante , et « d'en faire triompher les intérêts ; « enfin , de soutenir le roi de ses biens « et de sa personne s'il était attaqué,

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« soit pour cause de religion . soit par « quelque autre motif. » (Mallet , liv.

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