‹ DanemarkChapitre 19 sur 32 · BH0I · texte numérisé non relu

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les torts que d'entreprendre de les

Eunir; qu'il exhortait les nobles et la ourgeoisie à se pardonner leurs griefs réciproques ; mais qu'il devait à la justice, comme il était de sa prudence d'atteindre les principaux auteurs du désordre, non comme individus, mais comme représentant une opposition systématique à l'exercice de l'autorité royale et à celui des croyances de l'immense majorité de ses sujets. A l'appui de cette accusation contre le clergé , on fit lecture de différentes pièces dont la date aurait pu excuser quelques- unes , puisqu'elles remontaient à l'expédition de Christian II en Norvège et à l'interrègne. L'accusation pouvait se réduire à ces termes:

Les évêques n'avaient rien négligé pour arrêter les progrès du protestantisme, et pour entraver l'élection du roi. Pas une voix ne s'éleva pour les défendre. Alors le secrétaire déclara au nom du roi et du sénat qu'il paraissait conforme à la justice de ruiner à jamais la tyrannie du clergé, et d'abolir le culte public de l'église catholique, de favoriser les progrès du

Krotestantisme, et de faire servir les iens du clergé à l'extinction des dettes de l'État, au soulagement des pauvres, à l'entretien du clergé protestant et à celui de l'université et des autres écoles. L'assemblée approuva à l'unanimité, et signa ce décret, qui fut dressé sous le titre de fiecez des états généraux. Il était manifeste que cette modification profonde dans la constitution des états donnait à la couronne une prépondérance qui devait amener une réaction énergique de la part de l'aristocratie, ou introduire le despotisme pur et simple par la ruine du principe électif. En effet, les surintendants ou nouveaux évêques, car ils conservèrent ce dernier titre, devaient être nommés par le roi et le sénat; la modicité de leur traitement et leur mission purement spirituelle leur interdisaient toute participation aux affaires. La puissance royale héritant de toutes les richesses du clergé , se trouvait dès lors sans contre-poids, et tendait naturellement à absorber les

K'viléges de la noblesse; Quant à la irgeoisie , elle venait de succomber dans la lutte qu'elle avait engagée contre la couronne ; qu'eût-elle pu espérer dans la situation nouvelle qu'elle s'était faite? La liberté, turbulente il est vrai , mais vitale et féconde, résultait de la pondération des divers ordres; la suppression violente de l'un d'eux entraîna la chute des autres. Le recez fut le pére de la constitution de Schubmaker, et, à partir de cette seconde usurpation, l'importance politique du Danemark s'effaça graduellement.

Le principe monarchique, sans cesse ébranlé par l'élection, avait sans doute besoin d'être affermi ; mais on alla trop loin , comme il arrive d'ordinaire après les grandes crises, par un effet de cette tendance naturelle des esprits à attribuer à une seule cause la bonne comme la mauvaise fortune.

Christian se trouvait dans la situation la plus favorable pour innover; ce qu'il proposait, il pouvait l'imposer comme vainqueur, et de plus, en agissant pour lui-même, il semblait n'avoir en vue que l'intérêt général. Cependant il ménagea la noblesse; il confirma les privilèges qu'elle tenait de Frédéric, tels que le droit de vie et de mort sur ses vassaux , la haute juridiction dans les causes qui ne dépassaient pas quarante marcs, etc. Le grand maître, le chancelier et le grand maréchal, devaient être Danois d'extraction, et le roi était tenu de les consulter, ainsi que les autres sénateurs , sur les affaires d'une utilité générale. Quiconque avait quelque grief contre le roi s'adressait aux grands ofûciers de la couronne; la cause était plaidée contradictoirement devant les sénateurs et quelques délégués de la noblesse, et jugée conformément aux lois du royaume.

Pour prévenir le retour des troubles occasionnés par la vacance du trône, on désigna pour héritier de la couronne le duc Frédéric ou , à son défaut, le plus âgé de ses frères; enfin , si la lignée du roi venait à s'éteindre avant lui , on devait s'occuper iminé-

diatement de lui désigner un successeur.

Depuis longtemps l'ordre des paysans n'était représenté aux états que pour la forme; d'un autre côté, les privilèges accordés à la bourgeoisie ne touchaient qu'indirectement aux droits politiques; ainsi l'action de la noblesse s'était substituée à celle des autres ordres; c'était elle qui disposait de toutes les charges publiques et des emplois de quelque importance; son influence se faisait même sentir dans les choix qui dépendaient du roi ; il fallut être noble pour acquérir des biens fonciers. Tant de privilèges devaient porter la noblesse à limiter l'influence de la couronne; mais en usurpant les droits de la bourgeoisie et des paysans, elle ne prévit pas que son triomphe ne serait que momentané, et que les rois n'auraient qu'à se faire populaires pour consommer sa ruine, et mettre ensuite leur volonté unique à la place d'une constitutionfa ussée.

On consulta Luther sur la conduite qu'il convenait de tenir avec les évê-

3ues détenus. Le réformateur entra ans les vues de Christian , en ne conseillant la rigueur qu'autant qu'elle serait nécessaire. La plupart des prélats furent remis en liberté; on leur rendit leurs biens patrimoniaux; ils s'accommodèrent de cette compensation humiliante. Un seul, Ronnow, évêque de Roschild , refusa avec fermeté de signer la promesse de ne jamais s'opposer au triomphe de la religion nouvelle; il mourut dans sa prison à Copenhague, dédaignant de descendre à un état mixte que ne pouvaient avouer ni Rome ni Luther.

Christian était à peine affermi sur le trône, qu'il s'occupa de dresser un traité d'alliance avec la Suède; mais Gustave ne voulut point le signer, parce que la possession de quelques districts dans le Borland, alors en litige entre les deux couronnes, y était attribuée au Danemark. Un coup d'œil sur la carte suffit pour expliquer le refus du roi de Suède, dont le territoire se trouvait investi au sud et à

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l'ouest par les terres de la domination danoise. En cas de guerre, le Norland ouvrait aux Suédois le district de Drontheim, en Norvège.

Le conseil de la gouvernante des Pays-Bas éluda les propositions d'alliance que lui firent les agents de Christian. Il fallait du temps et des revers souvent répétés pour faire renoncer l'Autriche, au projet de placer l'électeur palatin sur le trône de Danemark.

Après des troubles graves, les choses s'acheminaient en Norvège vers une conclusion pacifique. Les districts méridionaux,^ d'abord avaient accueilli favorablement la demande de reconnaître Christian III , s'étaient associés à la résistance de la Norvège septentrionale où le principe catholique dominait encore. La demande d'un subside qui préjugeait la question de souveraineté dansle sens le plus défavorable, excita une irritation générale dont les agents de Marie et les évêques essayèrent de profiter. Les états étaient assemblés à Drontheim; le peuple entra en tumulte dans le palais de l'archevêque, demandant sa protection contre les sénateurs favorables à l'élection. Le pré* Jat fit arrêter immédiatement, pour être jugés comme ennemis de la patrie , les évêques et les sénateurs du parti de Christian III. Le commandant de Bergen venait d'être assassiné par un des domestiques de l'archevêque ; un sénateur fut mis en pièces par la populace ; l'évêque d'OpsIo et les autres envoyés du roi furent chargés de fers et enfermés dans le château de Munckholm.

Ces violences, qui semblaient constater l'impuissance du prince à l'instant même où il demandait des sacrifices qu'on n'eût accordés qu'avec répugnance à un pouvoir solidement établi, encouragèrent les défections; la Norvège n'attendait plus que les flottes néerlandaises pour se mettre en état d'hostilité ouverte , lorsque la nouvelle de la capitulation de Copenhague et des circonstances qui l'avaient précédée, fit tout à coup succéder l'hésitation et la crainte à une

confiance aveugle. L'archevêque remit en liberté les envoyés danois , et ne rougit pas d'employer leur entremise pour se faire pardonner sa conduite.

Cependant il jugea prudent de tout préparer pour s'enfuir. Les députés , a leur retour, trouvèrent les esprits si bien disposés, que c'était à qui s'empresserait d'adhérer à l'élection.

Christian aima mieux user de clémence cjue de sévir; mais, en ce gui regardait l'archevêque, il resta inflexible. Une expédition partit au printemps de l'année suivante pour Drontheim; le prélat n'avait point osé courir les risques d'une lutte inégale; il s'était embarqué avec toutes ses richesses et celles de son église, laissant une garnison dans le château de Munckholm pour garder l'entrée du port. Tandis qu'il échappait à la flotte danoise pour se rendre en Hollande, le château fut investi et capitula après une défense de quelques jours.

Il est probable que cette expédition n'avait pas seulement pour but de détruire d'un même coup l'influence de l'Empire et le parti de l'archevêque.

La résistance de la Norvège, comprimée par la force, changeait la nature des droits du souverain danois sur ce pays. I,es Norvégiens ne pouvaient réclamer dans leur plénitude des privilèges, résultat d'un accord préexistant qu'ils venaient de violer. D'un autre côté, la constitution de la Norvège établissait l'hérédité de la couronne qui, en Danemark, n'était qu'élective; il y avait donc conflit entre ces deux principes dans la constitution de l'union. Le roi avait intérêt à n'y rien changer, puisque, dans le cas le plus défavorable, la Norvège héréditaire lui offrait un point d'appui ; la noblesse danoise, au contraire, ne pouvait voir d'un oeil indifférent le droit important d'élection , source de ses empiétements successifs, compromis par les lois d'un peuple uni , mais subordonné. Elle profita donc de l'occasion qui s'offrait pour assimiler les droits de la Norvège aux siens, mais en lui retirant 1 indépendance dont elle avait joui, et en ne conférant

qu'à des Danois ou à des Norvégiens soumis à son influence les emplois et les charges publiques. Selon quelques historiens, le roi ne souscrivit à cette mesure qu'avec regret. Il n'en est pas moins incontestable que le système électif, ainsi complété , simplifiait la

nion, et devait amener tôt ou tard , épondérance de la noblesse ou celle du principe monarchique.

Jusqu'au seizième siècle, l'Église avait dominé les rapports politiques , sinon dans toutes les questions, du moins dans l'ensemble des rapports sociaux; mais, lorsque le droit de libre examen se fut introduit dans les choses saintes, les transactions internationales, réduites à des proportions mesquines, signalèrent, plus peut-être qu'à aucune autre époque, Absence des principes et la tendance égoïste des intérêts.

Les alliances, formées uniquement en vue d'un intérêt immédiat , ne représentaient que la convenance du moment ; une nouvelle combinaison , une nouvelle phase politique en renversait toute l'économie. C'est ainsi que le roi de France, qui s'était borné, en ce qui regardait Christian, à des protestations amicales , essaya de le faire entrer dans la ligue qu'il avait formée contre Charles V avec l'Angleterre et l'Écosse. La cour de Copenhague, sans repousser ces ouvertures, se tint dans une prudente réserve , et elle négociait en même temps avec la gouvernante; ce qui revenait à se rapprocher de l'empereur. Marie, sollicitée par les villes de la Hanse , dont le commerce souffrait de cet état de choses, conclut avec Christian une trêve de trois ans ; mais c'était uniquement pour masquer ses projets sur I électeur Frédéric. Ce prince, qui ne voulut pas être compris dans le traité pour se réserver toute liberté d'agir, prit à son service un officier nommé Ubelacher, qui devait d'abord lever des troupes en Westphalie et dans les provinces voisines, faire une invasion dans le pays de Bergen , qui dépendait du duché de Gueldres, et se réunir ensuite à l'électeur pour attaquer brus-

quement le Danemark. La défaite totale des troupes de cet aventurier par le duc de Clèves , et les révélations qu'il fit dans les tortures, dévoilèrent tout le plan du palatin, et mirent au grand jour la mauvaise foi de la gouvernante qui avait fait les frais de l'expédition.

Le couronnement de Christian eut lieu la même année (12 août 1537} ; il eut cela de remarquable, que le soin de sacrer le roi fut commis à Bugenhag, disciple de Luther et pasteur à Wittenberg. Cette solennité, d'où l'on écarta tout ce qui tenait au rite catholique, annonçait à l'Europe le triomphe définitif du protestantisme dans ces mêmes pays où, sept siècles auparavant, les missionnaireschrétiens avaient semé les premiers germes de la civilisation du Nord. Bugenhag fut également chargé de choisir les surintendants appelés à remplacer les sept évéques déposés. Il rédigea un formulaire de foi à l'usage de tous les réformés du royaume, et qui fut approuvé par Luther et les docteurs les plus célèbres de l'université de Wittenberg.

« Les ordres mendiants furent sup-

Srimés. Ces religieux se réfugièrent ans des pays catholiques, ou quittèrent l'habit pour rentrer dans la vie civile; quelques-uns embrassèrent le protestantisme, et devinrent ministres du nouveau culte. Cependant, à l'intercession de Luther, le roi conserva les chapitres de chanoines pour récompenser au moyen de ces prébendes le mérite et la science. Ces chapitres connurent des causes matrimoniales , et , pour renfermer dans le spirituel les fonctions des surintendants ou nouveaux évéques, on établit dans chaque diocèse un grand bailli, qui fut chargé de l'administration des revenus des églises, des hôpitaux, des écoles, etc.» (Mallet, liv. VIII.) La fin de cette année fut marquée par la paix conclue entre le Danemark et les villes de Wismar et Rostock. Cet accord complétant la pacification des villes libres de la Baltique, le roi promit de leur rendre leurs anciens privilèges de

commerce , à condition toutefois qu'elles en produiraient les titres, et termina , en qualité d'arbitre, les différends qui existaient encore entre la Suède et Lubeck.

Les guerres , dont la religion était plutôt le prétexte que le motif, avaient imprimé dans toute l'Europe une activité extraordinaire aux rapports internationaux ; les traités, sans cesse remaniés ou rompus, ne pouvaient être considérés que comme des trêves, à la faveur desquelles les parties contractantes espéraient masquer leurs projets ultérieurs. Toutefois, au sein de ce conflit des puissances prépondérantes, on voit poindre l'époque où un système d'équilibre , né de l'épuisement et de la lassitude, tendrait à concilier les droits et les intérêts rivaux. François I er pressentait que les religionnaires d Allemagne ne résisteraient au pouvoir exorbitant de Charles V qu'autant qu'ils feraient cause commune avec le Nord. Les projets de l'empereur, constamment hostiles à Christian III , ouvraient une voie facile aux négociations du roi de France.

Ce monarque sollicita le roi danois de se rendre a Brunswick pour s'y entendre avec les princes protestants.

Christian parut à cette assemblée avec une suite brillante; on remarquait à ce congrès les ducs de Lunébourg, l'électeur de Saxe, le landgrave de Hesse , etc. Mélanchton avait la tâche difficile de concilier les points religieux avec tant de prétentions politiques diverses. Déjà les conditions de l'alliance étaient réglées (1538) ; on était convenu que les princes protestants s'entr aideraient pour ce qui toucherait d'abord l'intérêt commun, c'est-à-dire la réforme de Luther, et ensuite la sécurité politique, sans laquelle tous les engagements deviendraient précaires. François, alors occupé en Italie, ne put accéder à ce traité. Après avoir stimulé le zèle de ses alliés , il cédait aux instances du pape Paul III, et venait de conclure une alliance avec l'empereur. Ces deux rivaux, aussi peu sincères l'un que l'autre, avaient eu une entrevue à Aigues-Mortes. La

défection de François , quelque soin qu'il prît pour la colorer, rendit Christian peu scrupuleux sur ses engagements.

A son retour, le roi fut reçu avec pompe par les Hambourgeois , dont il reçut l'hommage comme souverain du Holstein, et auxquels il accorda la confirmation de leurs privilèges.

Nous ne parierons pas des nouvelles tentatives du duc et du comte pour troubler le Danemark , et que la vigilance de Christian fit échouer. Les menées de l'empereur et du palatin nécessitaient des préparatifs qui ne permettaient pas de les tenir longtemps secrètes. Tandis qu'on levait des troupes dans l'archevêché de Brème , 4e duché de Brunswick et l'électorat de Mayence, et que le grand maître de Livonie se préparait a attaquer le duc de Prusse, la gouvernante ordonnait d'arrêter tous les vaisseaux étrangers ou flamands qui se trouvaient dans ses ports. Le roi et le duc de Prusse usèrent de représailles, de sorte que les navires destinés à l'approvisionnement et à l'équipement de la flotte qui devait agir contre le Danemark en même temps que Tannée d'Allemagne, furent renfermés dans la Baltique. D'un autre côté , les Hambourgeois fermèrent l'Elbe :

le duc de Lunébourg , las des vexations que les troupes de l'expédition commettaient sur ses domaines , obligea ces mercenaires indisciplinés à rentrer dans le pays de Brème, où ils se débandèrent. Le palatin, vovant que tous ses efforts étaient infructueux , et n'ayant aucun secours à attendre de Charles V, dont toutes les forces suffisaient à peine à contenir les Turcs, essaya d'obtenir par les négociations quelques dédommagements à sa mauvaise fortune. Christian était moins disposé que jamais à les lui accorder. Le palatin se vit donc réduit à aller implorer la protection du roi d'Angleterre, qui se borna à lui faire un bon accueil.

On ne peut qu'admirer la profondeur de vues de Charles V, quand on le voit, au milieu de tant de soins et

de périls, suivre avec persévérance l'idée de donner au palatin , sinon le trône de Danemark , du moins un établissement considérable dans ce royaume. Il redoutait l'accord de la Suède et du Danemark, et il voulait a tout prix introduire un pouvoir à sa discrétion soit en Norvège , soit dans le Jutland, soit même dans la Sranie, pour en faire le point d'appui de sa politique dans le nord de l'Europe.

Les grands événements du dix-septième siècle prouvent qu'il avait sainement apprécié le développement ultérieur de la lutte religieuse. Ce projet, que quelques historiens ont traité de chimérique, parce qu'ils n'ont considéré que le résultat, réunissait cependant les conditions essentielles d'une réussite probable ; tels étaient les sympathies catholiques de la Norvège, l'état mixte du Holstein, à la fois fief de l'Empire et partie intégrante de la monarchie danoise , la question de prépondérance dans le ^ord, question décidée en faveur du Danemark par l'union de Calmar, mais qui se présentait avec des conditions nouvelles depuis l'élection de Gustave, et enfin les intérêts de la liçue hanséatiaue,dont la politique, mobile comme celle de toutes les puissances mercantiles, ne demandait qu'a désunir la Suède et le Danemark , appuyant tantôt le vieux roi, tantôt Christian ou Gustave , selon le chiffre de ses avantages commerciaux. La conduite des deux rois pendant leur règne, qui fut également orageux, indique suffisamment que la guerre était au fond de toutes les questions, et qu'un péril commun pouvait seul maintenir leur alliance. Gustave se montra réservé jusqu'à la méfiance, n'admettant la bonne foi dans son beau-frère que lorsque celui-ci n'aurait eu aucun intérêt à le tromper. Christian, moins renfermé en apparence, conservait en secret les prétentions d'un roi de union; l'impression que produisit à •a cour de Danemark le pacte de succession, qui. eu consacrant le principe d'Hérédité au trône dans la famille des Vasa , consommait l'indépendance de

la Suède, le prouve suffisamment.

Charles V pouvait donc se flatter due tôt ou tard une alliance si précaire serait rompue; mais la guerre fut mal conduite, et les succès de Soliman II en Hongrie, bien plus que la ligue de Schmalkalden, paralysèrent les moyens d'action de l'empereur dans les affaires de la Scandinavie.

Tout occupé qu'était Charles V, on n'en craignait pas moins que sa politique, si persévérante dans le but et si variée dans les moyens, ne donnât tout à coup un nouvel aspect à la question danoise. Le palatin menaçait toujours en sollicitant; quelquefois il semblait se borner à réclamer la dot de sa femme comme fille d'un roi de Danemark ; nuis, comme conséquence de ce droit, il demandait une concession territoriale. Le landgrave de Hesse conseillait à Christian de traiter avec ce prince, ne fût-ce que pour l'amener à définir nettement ses prétentions ; il le comparait à un faucon que Charles, en habile oiseleur, était toujours prêt à lancer sur sa proie.

L'attitude équivoque de la Suède , le terme prochain de la trêve avec les Pays-Ras, et l'épuisement du royaume, déterminèrent Christian àôter à l'empereur tout prétexte plausible de renouveler ses agressions. Il envoya à ce prince des ambassadeurs pour tenter des voies d'accommodement ; tout ce qu'ils purent obtenir, c'est que la trêve serait prolongée d'un an; cependant on convint qu'on se réunirait a Cologne pour y traiter définitivement des prétentions du palatin, en présence des ministres de Charles et de ceux de l'électeur de Saxe et du landgrave de Hesse (1539). Les ministres du rot ne parurent point à cette assemblée, et cet incident, qui confirme ce que nous avons dit du caractère de Christian , suspendit et faillit rompre les négociations. Elles furent renouées à Ratisbonne l'année suivante ; mais l'espoir qu'avait alors l'empereur de brouiller lesdeuxbeaux-frères, le rendit plus exigeant, et l'on se sépara sans rien conclure.

Christian, qui allait toujours au

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plus pressé, se tourna immédiatement du coté de la Suède , mais en se ménageant en même temps l'alliance de François I er .

Les circonstances étaient favorables; ce prince, si souvent joué par son habile rival , n'avait plus de ménagement à garder avec un fourbe couronné Cfui venait de faire assassiner en pleine trêve sm ambassadeurs.

Le traité de Fontainebleau (29 novembre 1541) est surtout remarquable en ce qu'il prépara les relations amicales qui subsistèrent si longtemps entre la France et la Suède. Christian avait essayé de faire entrer dans ce traité son beau-frère et ses alliés protestants. La France s'y refusa d'abord ; mais quelque temps après elle fit ellemême des ouvertures à Gustave , oui les accueillit avec empressement. On verra plus tard le parti que Richelieu sut tirer de l'alliance suédoise.

Pour en revenir au traité de Fontainebleau , il y était stipulé que les deux rois s'assisteraient réciproquement en cas de besoin ; que , le cas échéant, François mettrait à la disposition du prince danois deux mille hommes de pied et douze vaisseaux ; que Christian ne serait tenu qu'à la moitié de ce secours; mais qu'il s'en-

Sageait à fermer le Sund aux ennemis e la France. Cet accord devait subsister entre les deux princes leur vie durant, et dix ans après leur mort.

Le traité de Brômsebro, où les deux beaux-frères eurent une entrevue, indique fidèlement les rapports et les intérêts des deux pays à cette époque; aussi fut-il plutôt considéré par les esprits sérieux comme une trêve que comme l'expression d'une paix solide.

Il résultait, en substance, des vingtsix articles dont se composait ce traité, qu'il y aurait alliance défensive et union sincère entre les deux couronnes pendant cinquante années; que chacun des deux princes fournirait à son allié, en cas d'attaque, un secours d'hommes et de vaisseaux , selon l'imminence du péril ; que la guerre, aussi bien que la paix et les alliances, ne se ferait que d'un commun accord ; que si

l'une des deux parties contractantes voulait se soustraire à cet engagement, elle serait contrainte de s'y conformer parles sujets de sa nation, et qu'à l'avenir, à leur avènement au trône , les rois de Suède et de Danemark s'engageraient par serment à observer le traité ; que des arbitres choisis par les deux parties jugeraient souverainement des démêlés ou contestations qui pourraient s'élever entre elles, et que la condamnation entraînerait l'obligation de réparer le dommage et de payer une amende de cent mille florins.

Tout ce luxe de précautions était annulé par l'article xxn, qui réservait les questions majeures, c'est-à-dire les prétentions de la Suède sur l'île de Gotland , et celles que le roi et la couronne de Danemark auraient à faire valoir contre le roi et la couronne de Suède.

Il n'est guère possible de supposer que les conséquences d'une pareille clause, qui détruisait toute l'économie du traité, aient pu échapper à la sagacité de deux princes tels que Gustave et Christian : il est plus probable, selon nous, que, tout disposes qu'ils étaient à profiter des avantages immédiats de l'alliance, ils convinrent entre eux de réserver des points qui touchaient au point d'honneur national encore plus qu'à des intérêts matériels , et que , sans renoncer à leurs prétentions respectives, ils crurent prudent de laisser à d'autres le soin d'en décider.

En effet , la séparation de la Suède était trop récente pour que la noblesse danoise ndt se résigner à la regarder comme définitive. Malgré la puissance du fait , cette renonciation, puisqu'elle était jugée nécessaire , ne pouvait être regardée que comme une concession ; mais cette concession était-elle compensée du moins par l'abandon des prétentions de la Suède sur l'île de Gotland ? Aucunement. Or, toutes les autres clauses du traité obligeant également les deux parties , l'article xxn ne pouvait formuler que des réserves, à moins d'être onéreux pour le Danemark. Tout ce que l'on peut dire,

c'est que, dans un tel état de choses , ie traité lui-même était inutile.

Cependant la guerre continuait entre Charles V et François I er . Lié par le traité de Fontainebleau , Christian n'avait pu se dispenser d'envoyer à son allié quelques troupes qui ravagèrent le Brabant. L'empereur, pressé par les Turcs, ne pouvait faire face en même temps au rival constant de sa puissance. Craignant que le Danemark ne profitât de l'occasion pour l'accabler, il entama des négociations avec la cour de Copenhague , mais uniquement pour gagner du temps. Le roi , las d'être joué, préféra les chances d'une guerre ouverte à des délais dont rien ne faisait prévoir le terme. Il fit fermer le Sund et séquestrer les navires de l'empereur et de ses alliés, qui usèrent de représailles.

Le palatin Frédéric, soit qu'il n'eût pas abandonné tout espoir, soit qu'il se regardât comme obligé de figurer dans tous les troubles du Nord , parut encore sur la scène politique; mais, pour cette fois, ce fut vers la Suède qu'il dirigea son ambitieuse activité. A cette époque, Gustave luttait avec peine contre la dernière et la plus sérieuse des révoltes qui agitèrent son règne. IN ils Dacke, paysan du Smâlana, faisait une guerre d'extermination aux nobles, aux employés, et surtout aux prêtres protestants. II avait des partisans dans les hameaux ; tantôt il se trouvait à la tête d'un corps de dix mille hommes, tantôt tout son monde se dispersait. Plus d'une fois il résista aux troupes royales. Cet homme, d'une énergie remarquable, et dont le génie militaire fit plus d'une fois trembler Gustave sur son trône, se vit l'objet des prévenances de l'empereur et du palatin ; ce dernier lui conféra des lettres de noblesse :

étrange prétention d'un prince toujours malheureux dans ses projets, et <|ui ne comprit point qu'un titre n'ajouterait rien à la fortune de Dacke s'il réussissait, et que, dans le cas contraire, cette vaine distinction n'atténuerait pas sa disgrâce. Selon quelques auteurs, Frédéric lui avait offert

le Smâland dans le cas où il réussirait à le mettre sur le trône. La mort de ce hardi partisan, qui, selon l'opinion la plus commune, périt d'un coup de flèche , mit fin aux inquiétudes de Gustave et aux espérances du palatin.

Cette tentative eut pour effet de rapprocher les deux beaux-frères. Christian résolut de pousser la guerre avec vigueur; il obtint un subside de la noblesse, leva des troupes, et, après avoir obtenu dans la même diète que son fils Frédéric serait déclaré son successeur, il pressa l'armement d'une grosse flotte destinée à ravager les côtes et à ruiner le commerce des Pays-Bas. La tempête et les dispositions hostiles des Habitants de la Zélande forcèrent l'amiral danois Gyldenstierna à rentrer dans les ports du royaume. Christian n'obtint que peu de secours de la ligue deSchmalkalden; on lui objecta que la guerre actuelle était étrangère aux intérêts protestants, ce qui était non-seulement faux, mais contraire de tous points à l'esprit des traités.

La flotte française eut un sort plus malheureux encore; assaillie par une violente bourrasque, elle fut jetée sur les côtes de Norvège. Sur le continent, la fortune n'était pas moins favorable à Charles V ; le duc de Clèves lui cédait la Gueldres; Henri VIII se réconciliait avec lui, et se déclarait contre la France. Cependant la guerre entre l'empereur et Christian atteignait surtout le commerce, et nuisait à tous deux , sans profiter à personne. On convint de part et d'autre de renouer les négociations, et la paix de Spire sortit de ces préliminaires (1543). Charles V ne figure dans ce traité qu'en qualité de souverain des Pays-Bas ; il réservait donc ses droits comme empereur. Au fond, ce prince ne s'engageait qu'à ne plus troubler à l'avenir le Danemark, et à laisser Christian en possession paisible du trône ; en retour de cette concession, le roi s'engageait à rompre toutes ses alliances avec les ennemis de l'empereur, et notamment avec François I er . Le roi captif devait être traité avec moins de

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rigueur, et ses filles recevoir une dot convenable. Henri VIII , alors en guerre avec les Écossais, fut compris dans cette paix; de sorte que Christian se vit engagé dans une politique toute nouvelle. Malgré l'épuisement de ses finances, il est difficile d'expliquer d'une manière honorable pour le caractère de ce prince une infraction si formelle à des engagements récents. L'électeur palatin et le duc de Lorraine avaient refusé d'être compris dans la paix de Spire ; ils firent encore quelques tentatives contre Christian, mais elles méritent à peine d'être mentionnées.

Les Dithmarses , qui avaient toujours favorisé les ennemis du roi, cessèrent de se montrer hostiles dès qu'ils ne se virent plus soutenus ; les troupes mercenaires furent congédiées, et Christian put tourner sa sollicitude sur l'administration intérieure. La captivité du vieux roi fut adoucie; on lui permit les délassements de la chasse et de la pêche , ce

3ui dut lui prouver qu'on avait cessé e le craindre. Il dut renoncer à ses prétentions sur le Danemark et les duchés. Cependant toute communication avec aes étrangers lui fut interdite. Quant à ses filles, on régla leur dotation. Le dernier des rois de l'union , celui qui avait écrasé sous son sceptre tant de résistances, en était réduit à se contenter de ces conditions.

Le parti protestant était aux abois ; Charles V, après avoir affaibli les religionnaires par des levées et des subsides , sous prétexte de la guerre contre les Turcs , venait de gagner la bataille de Mûhlberg; la ligue de Schmalkalden était dissoute; les princes luthériens n'espéraient plus que dans le roi de Danemark; Christian, qui, selon sa fortune, s'était engagé avec tous les partis , avait la ressource de paraître ndèle a quelque traité, tout en violant les autres. Cette fois , le danger de ses coreligionnaires le toucha peu ; il resta rallie de Charles V. Si quelque motif peut le justifier, c'est que les princes qui l'accusaient de manquer de foi ne s'étaient

pas conduits à son égard avec plus de désintéressement et de loyauté.

Au reste, comme les traités présupposent un désaccord ayant ses racines dans un passé qui s'est réglé sur ses nécessités propres et sur ses convenances , il est rare qu'ils changent d'une manière notable les tendances politiques des États , sans en altérer profondément la constitution et les bases; dans ce dernier cas, la politique , expression d'un nouvel ordre de choses, n'étant plus celle de l'État qui a contracté , il est naturel qu'on essaye de se soustraire à des charges dont on n'a plus les avantages, et d'utiliser ses nouveaux moyens d'action.

Si un traité laisse les parties contractantes dans la même situation, ce n'est plus qu'une trêve ; la collision, d'un moment à l'autre, pourra renaître des mêmes causes. La morale politique est trop complexe pour se régler sur des principes immuables; les États se conservent par les mêmes moyens qui ont fait leur grandeur, la duplicité et la violence.

Pour excuser Christian III, on a allégué que les confédérés de Schmalkalden avaient consenti à la paix de Spire, et que, depuis, la fortune leur étant devenue contraire . ils ne pouvaient invoquer le traité de Brunswick.

Mais entre la paix de Spire et la défaite de Mûhlberg, l'influence de l'empereur avait tellement grandi , que le roi , dont les États étaient intacts, ne pouvait sans déloyauté acheter la neutralité de CharlesV au prix de la ruine de ses alliés politiques et religieux. Il le comprit tellement, qu'il fit passer, à titre de prêt, à l'électeur de Saxe et au landgrave de Hesse une somme de 20,000 écus, en compensation du secours demandé. C'était tout simplement éluder les deux traités.

On a vu que le duché de Holstein était souvent un point de litige nonseulement en ce qui touchait l'Empire et le Danemark, mais par les discordes qu'il suscitait comme apanage des princes du sang. Ces difficultés ne pouvaient que s'accroître en raison dn nombre des ayants droit. CharlesV

prétendait que le duché serait imposé a l'égal des autres électorats ; il revendiquait même le droit de suzeraineté sur le Sleswiç. Ces demandes masquaient le point important, la consécration de la dépendance du Holstein, ce qui entraînait celle du droit d'investiture , dont l'évéque de Lubeck était en possession. Ce prélat , dans l'exercice de ce pouvoir délégué, était considéré abstractivement comme le représentant de l'Empire, tandis que le plus souvent il n'était qu'un subordonné des ducs. Cette situation n'était, au reste, qu'une conséquence naturelle de la nature mixte du duché.

Si les ducs ne consentaient qu'avec peine à recevoir l'investiture d'un évéque, ils étaient encore moins disposés à la tenir de l'empereur luimême, ce qui aurait fait ressortir trop nettement leur dépendance politique.

Le roi avait trois frères: Adolphe, Jean et Frédéric. Ce dernier, qui fut évéque de Brème, renonça à ses droits en faveur de ses aînés. Christian gouverna longtemps les deux duchés comme chef de la famille et tuteur; c'est en cette qualité qu'il confirma les privilèges des états, en 1543. On s'occupa enfin du partage en 1544; mais il ne fut consommé qu'en 1547, du moins en ce qui regardait le Holstein; quant au Sleswig, la diète de Cofding rencontra tant d'aigreur et de prétentions, qu'on crut un moment à une rupture ouverte. On se sépara sans avoir rien conclu. L'affaire du Holstein étant réglée, on convint

3oe , -sans préjudice des droits futurs e l'évéque de Lubeck, le roi , Adolphe et Jean recevraient l'investiture de l'empereur, mais qu'ils auraient la faculté de se faire représenter (1548).

La même année, Frédéric , déjà reconnu par les états de Danemark comme héritier de la couronne , fut reconnu également par la Norwége.

Auguste, duc de Saxe, épousa Anne, fille de Christian.

Dans la sécurité dont jouissait le Danemark , les cours étrangères recherchèrent son alliance; le cabinet de Copenhague , sollicité surtout par

l'Écosse, essaya de rentrer en possession des Orcades ; ces îles avaient été engagées sous Christian !•* pour une modique somme qu'on offrait de rembourser; mais cette négociation n'eut pas de suite.

Le danger commun qui avait momentanément rapproche le Danemark de la Suède n'existait plus; le pacte de succession avait substitué en Suède le principe héréditaire à l'ancien principe électif; ce grand changement annulait définitivement tout espoir de faire revivreles prétentions de l'union.

Une manifestation, futile en apparence, fut l'indice d'une rivalité mal éteinte. Christian , obtempérant à l'avis de son grand chancelier, mit dans son écu les trois couronnes qui, depuis Marguerite , étaient les armes de Suède. Les Suédois en prirent de l'ombrage, et rapprochèrent cette circonstance de l'article xxn du traité de Brômsebro. Tant que vécurent les deux rois , la guerre n'éclata point , mais le feu couvait sous la cendre.

Le protestantisme s'établit dans les

Says de la domination danoise avec es difficultés d'autant plus grandes , qu'ils étaient moins voisins de l'Allemagne , d'où rayonnait l'esprit de la réforme. C'est ainsi que la Norwége conserva longtemps encore des sympathies catholiques, et qu'il fallut en Islande imposer de force le nouveau culte. En 1539, le roi avait chargé quelques ecclésiastiques de préparer la réforme dans cette île où le christianisme régnait sans y avoir complètement effacé l'influence des traditions païennes. Le sang coula , et l'on accusa l'évéque de Skalholt d'avoir fait massacrer un bailli du roi. Christian envoya deux vaisseaux de guerre pour Convertir d'une manière plus expéditive les consciences rebelles; l'évéque fut remplacé par un luthérien, qui dut à son tour chercher un asile en Danemark. L'évéque de Holum, zélé catholique, soutenait le peuple dans sa résistance, et dans cette île éloignée, où se conservait dans la mémoire du peuple l'époque mythologique et héroïque des Scandinaves , des hommes

240 L'UNIVERS

s'égorgeaient , moins sans doute pour venait de suivre dans la tombe le padécider s'il fallait conserver le pape rent qui lavait retenu vingt-sept ans ^infaillible, ou accepter le libre examen captif. Le jeune roi était entouré de avec Luther, que parce que la tyran- cet espoir que le peuple confond sounie n'est jamais plus révoltante et plus vent avec l'amour, et qui dure autant absurde que lorsqu'elle attaque la li- que l'illusion. Les nobles auxquels son berté humaine dans ce qu'elle a de père avait dd le trône épiaient dans plus saint, dans le droit imprescrip- ses premiers actes les tendances et tible de croire et de prier. Enfin cette l'esprit du nouveau règne. La jeunesse

lutte se termina à l'avantage du pou- de Frédéric avait été studieuse et ac-

voir, en 1551. En même temps que tive. Dès qu'il eut vingt ans accom-

les Islandais prêtaient foi et hommage plis , son père lui avait confié le gou-

à la couronne de Danemark pour eux vernement de la Scanie pour le former

et leurs descendants , ils reconnais- de bonne heure au maniement des af-

saient Frédéric pour successeur, et faires , et l'année qui précéda celle de

renonçaient au catholicisme. sa mort, après l'abdication de Char-

Les dernières années du règne de les V, il l'avait envoyé à la cour d' Au-

Christian III furent paisibles. Il in- triche pour assister au couronnement

troduisit dans les lois du royaume les de Ferdinand. La réunion momenta-

modifications rendues nécessaires par née sous un même sceptre de l'Empire

les changements récents; il fit beau- et de l'Espagne, et les luttes contre

coup pour la réorganisation de l'uni- la France, avaient tempéré la gravité

versité de Copenhague. On peut dire germanique par un mélange cbevale-

de ce prince que ses défauts, qui resque. Frédéric, qui se trouvait à

étaient ceux de son époque , le servi- son retour maître d'un royaume pai-

rent mieux que ses qualités naturelles, sible, chercha l'occasion de signaler

Il était affable avec ceux qui l'entoii- le commencement de son règne par

raient ; mais ses faveurs , comme sa quelque action d'éclat. Ce désir de

sévérité , étaient calculées. La fortune guerroyer tomba, faute de mieux, sur

l'avait si souvent éprouvé que, toujours les Dithmarses, petite peuplade dont

méfiant du présent, il l'étudiait corn- le territoire s'étend le long de la mer

me un problème dont les données ren- du Nord entre les embouchures de

ferment toutes les solutions de l'a- l'Evder et de l'Elbe. Des digues les

venir. défendaient contre les envahissements

II mourut le 1 er janvier 1559, à de la mer et les attaques de leurs voi-

l'âge de cinquante-six ans, et après en sins. A plusieurs reprises, les ducs

avoir régné vingt-quatre. Il eut de sa de Holstein avaient tenté cette con-

femme Dorothée de Saxe-Lauenbourg quête ; mais le courage des Dithmar-

cinq enfants : l°Anne, mariée au duc ses et surtout la difficulté des com-

de Saxe Auguste; 2° Frédéric, qui lui munications avaient fait échouer

succéda; 3* Magnus, qui eut le sin- entreprises. Depuis la malheureuse

gulier honneur d'être fiancé à deux expédition du roi Jean et du duc Fré-

nièces du tsar Jean IV, surnommé le déric, son frère, la Dithmarsie croyait

Terrible ; 4° Jean , dit le Jeune , duc avoir assuré son indépendance , et

de Sleswig-Holstein ; 5° enfin Doro- Christian III semblait l'avoir recon-

thée, qui épousa Guillaume, duc de nue en comprenant cet État dans la

Lunebourg, tige des ducs et électeurs paix conclue avec Lubeck, en 1536. f,/ de Hanovre. - Selon quelques auteurs , le duc de

Holstein-Gottorn avait eu le premier

fbédéric il. l'idée de compléter ses frontières par

' cette conquête ; mais Henri Rantzow,

1559-1588. L'année de l'avènement gouverneur de Segeborg, ville appar-

de Frédéric II fut signalée par la tenant au roi , en avertit Frédéric. Ce

mort de Christian IL Ce vieux prince prince aurait saisi l'occasion de se si-

gnaler, et de surveiller en même temps les démarches du duc. Quoi qu'il en soit, il fut convenu que l'expédition se ferait en commun , et que les deux autres princes de Holstein y participeraient. Les forts et les villes des ennemis furent tour à tour attaqués et emportés. La sécheresse de la saison permit à la cavalerie d'agir sur un terrain ordinairement inondé. Les Dithmarses se défendirent avec une bravoure qui rappelait celle des anciens Cimbres ; leurs femmes combattaient à leurs côtés, préférant la mort à la servitude. Heyde, chef-lieu de tout le canton , balança si longtemps la victoire, que le général Rantzow ne put en déloger l'ennemi qu'après y avoir mis le feu. D'après les détails de la relation de cette campagne, l'armée danoise égalait en nombre la presque totalité de la population des Dithmarses; nous réduirons donc à sa juste valeur la gloire du succès.

Tous ceux qui avaient échappé au fer des Dan ois prêtèrent serment de fidélité au roi et aux princes , qui se partagèrent le territoire conquis, conformément aux conventions qui avaient été arrêtées d'avance; quelques années plus tard, Maximilien réunit la Dithmarsie au duché de Holstein , et en confirma le partage.

Frédéric rentra triomphant dans sa

X' aie, où se lit en grande pompe la nité du couronnement. La capitulation que le roi accepta des états donne une idée des privilèges de la noblesse à cette époque. Si l'on considère la nullité de l'ordre de la bourgeoisie et de celui des paysans, on conclura naturellement que depuis la suppression du haut clergé les tendances de la constitution danoise devenaient de plus en plus aristocratiques.

Deux idées dominent le texte de cette capitulation ; la première interdit au roi d'adjoindre au corps de la noblesse aucun individu qui ne serait pointlibre; la seconde lui prescrit de n'entreprendre la guerre qu'après avoir consulté le sénat, de ne conférer à aucun étranger la dignité sénatoriale , de ne jamais porter atteinte à

16 e Livraison. (Danemark.)

la liberté d'un gentilhomme; enfin, de reconnaître le droit de libre élection comme la base de la constitution du royaume. En d'autres termes , les exigences des nobles pouvaient se résumer ainsi : Le roi ne pourra modifier ni les privilèges ni l'esprit de la noblesse, et son élection dépendra de la noblesse ainsi constituée.

Nous ne nous étendrons pas sur les difficultés qui s'élevèrent, dès la première année du règne de Frédéric, au sujet de Hambourg ; nous nous bornerons à en indiquer sommairement les causes. La prospérité croissante de cette ville lui avait fait entrevoir la possibilité de se soustraire à la domination du Holstein. L'empereur encourageait cette disposition , et affectait de traiter avec Hambourg comme avec une ville impériale, dont le contingent à la diète eût été indépendant de celui du Holstein. Le roi et les ducs réclamèrent ; mais cette prétention des Hambourgeois ; aussi bien que celle de battre monnaie, ne reçurent une solution que plus tard.

A cette époque, la Livonie se trouvait ravagée par les Tauriens et par les Russes; Ta puissance de l'Ordre touchait à son déclin ; le grand maître cherchait partout des appuis, et signalait le danger de laisser envahir cette province, soit par les Tatares, soit par les Russes. Jean IV jetait les fondements de la puissance russe, et convoitait les provinces orientales de la Baltique. Après avoir conclu la paix avec Gustave Vasa , il se jeta sur la Livonie, prit Narva et Dorpat, et fit un grand nombre de prisonniers. Revel implora le secours du Danemark.

Christian III saisit l'occasion de donner à son fils Magnusun établissement à la place de la part qu'il aurait eue à revendiquer dans les duchés. L'évéque d'Oesel consentit à lui céder cette île et la province de Wick moyennant une somme convenue; mais le roi mourut avant la conclusion définitive de ce marché. Frédéric aima mieux acheter pour son frère l'île d'Oesel, à laquelle il joignit le diocèse de Courlande , que de lui assigner un domaine

L'UNIVERS

dans le Holstein. La politique l'engageait en outre à mettre le Danemark a portée de profiter des changements

3ue l'état de la Livonie faisait regarer comme prochains.

Jean IV était peu flatté de voir un prince danois s'établir dans une province voisine du théâtre de la guerre.

Ferdinand et Frédéric le sollicitèrent en vain de mettre un terme à cette lutte d'extermination. La nouvelle de l'arrivée de Magnus fut donc reçue avec joie par les Livoniens et les Esthoniens ; on accueillait dans ce jeune prince, moins un souverain isolé, que le frère d'un monarque capable de balancer l'influence des Russes, et dont l'autorité, dans le cas où sa protection eût caché des projets de conquête, paraissait mille fois préférable aux violences et aux cruautés d'un peuple qui guerroyait à la manière des Mongols , brûlant les villes, ravageant les terres, et emmenant en esclavage, sans distinction d'âge ni de sexe, tout ce qui avait échappe a la fureur du soldat. L'évê-

3ue de Revel se soumit avec tout son iocèse au prince danois ; le gouverneur de Sonnenbourg suivit cet exemple; mais Magnus, d'un caractère vain et léger, tranchait du souverain avant d'avoir affermi sa puissance, et dissipait en prodigalités les sommes qu'il tenait du roi son frère.

Kettler, le dernier grand maître, prévoyant que, quelle que fût l'issue du conflit de tant d'intérêts, l'Ordre allait cesser d'exister, cherchait à se ménager une compensation, et interrogeait tour à tour les intentions de la Suède, de la Pologne et du Danemark. Aux ouvertures qu'il lit a Magnus, ce dernier se borna à répondre qu'il pouvait compter sur la bienveillance du roi son frère, qui n'avait rien plus à cœur que de détendre les chevaliers teutoniques et les Livoniens contre leurs ennemis.

Jean poursuivait ses avantages et ruinait le pays; Magnus convoquait la noblesse à Pernau pour délibérer sur les mesures a prendre, lorsque l'approche des Russes rompit l'assemblée, ne laissant au prince danois que le

temps de se réfugier dans l'île d'Oesel.

Kettler eut bientôt jugé de ce qu'il pouvait attendre de Magnus; il se tourna du côté de Sigismond, et reçut en éehange de la Livonie les duchés de Courlande et de Sémigale qui relèveraient de la couronne de Pologne. Les chevaliers n'obtinrent dans cette transaction que la confirmation de leurs privilèges et le libre exercice de la religion protestante. Dans le même temps , Revel , menacée par les Russes, se donna à la Suède avec quelques districts de l'Esthonie. Éric XIV accepta cette offre, défendit la ville avec succès, et jeta ainsi les fondements de la domination suédoise sur la côte méridionale-de la Baltique.

Frédéric, mécontent de la conduite de Magnus, envoya des ambassadeurs à Moscou pour tâcher d'obtenir du tsar qu'il n'inquiétât plus son frère dans la portion de la Livonie qu'il avait acquise. Jean, menacé parles Tauriens, eut l'air d'accorder, par considération pour le roi de Danemark , une trêve de deux ans, qui lui était devenue nécessaire ; il voyait d'ailleurs avec satisfaction les efforts que faisait Frédéric pour introduire dans la Courlande le protestantisme, qu'il regardait comme un obstacle pour la Pologne catholique (1561).

Les relations du Danemark avec l'Ecosse, l'Angleterre et la France, ne turent troublées ni par le refus des Écossais de céder les Orcades , ni par quelques contestations au sujet des droits du Sund. Charles IX envoya solennellement à Frédéric l'ordre de Saint-Michel , et les ambassadeurs renouvelèrent les anciens traités. Quant aux efforts de l'empereur Ferdinand pour ramener le roi à l'unité catholique , ils échouèrent complètement. Le monarque danois refusa même de se faire représenter au concile de Trente.

Comme les intérêts politiques dominaient la question religieuse, il fallait, pour la résoudre, moins des arguments que des armées.

Les motifs qui avaient cimenté l'alliance du Danemark et de la Suède n'existaient plus, tandis que ceux qui,

à diverses reprises, avaient été sur le point de brouiller Gustave et Christian, se présentaient à leurs successeurs avec d'autant plus de force, qu'ils étaient dégagés de toute influence étrangère. Eric avait à sa disposition de grandes ressources financières entassées par la prévoyance du vieux roi; le commerce, l'exploitation des mines, l'industrie, l'agriculture, tout en Suède était en progrès. Le Danemark se trouvait dans des circonstances également favorables ; la noblesse des deux pays, quoique placée dans des conditions différentes, aspirait à une rupture prochaine. La noblesse suédoise, sévèrement traitée par Gustave, n'avait consenti au pacte de succession que pour prévenir le retour de l'union des trois royaumes ; mais , ce danger écarté, elle voyait avec jalousie l'aristocratie danoise investie du droit d'élection , et en possession des plus grands privilèges. D'un autre côté, les Danois , maîtres des détroits , de la Norvège et de la Scanie, considéraient comme une menace l'accroissement de la Suède , surtout à une époque où l'attention de l'Europe politique comroencait à se porter sur la Livonie et l'Esthonie. Outre ces motifs qui appartenaient a -la situation , le caractère personnel des deux jeunes rois ne permettait guère de supposer que leur accord serait sincère et stable. Cependant (1562) ces dispositions hostiles furent déguisées de part et d'autre; on convint de renouveler l'alliance sur les rases du traité de BrÔmsebro , et l'on écarta de concert tout ce qui aurait pu soulever des difficultés sérieuses.

Cette bienveillance apparente ne cachait qu'imparfaitement le désir de pénétrer '<» intentions rivales. Le traité fut si- 8 n *» mais, comme il ne donnait aucune solution sur les points en litige, jj^ne présentait aucune condition de

Éric s'était bercé de l'espoir d'épouser Elisabeth d'Angleterre; cette passion romanesque semblait s'être accrue par les difficultés. Tout à coup, soit dépit, soit que les conseils de sa fa- Bille raient détourné de cette pour-

suite , il fit demander la main de la fille de Philippe , landgrave de Hesse.

Parmi les Suédois qu'il envoya à Cassel pour conclure ce mariage, se trouvait un seigneur connu par sa haine contre le Danemark ; ces ambassadeurs passèrent par Copenhague, où ils furent retenus sous différents prétextes. Outrés de ces délais, ils résolurent de passer outre , et d'opposer la force à la violence. On les désarma , et ils durent attendre qu'on eût référé de leur conduite à leur cour.

En même temps, Uhlefeld fut envoyé en toute hâte a Stockholm, mais avec une mission toute différente. Il devait prendre une connaissance exacte des dispositions et des ressources de la Suéde, et repartir avant que la nouvelle de l'arrestation des ambassadeurs eût pu parvenir à la cour d'Éric. A son retour, il annonça que le Danemark n'avait qu'à se préparer à la

Suerre , à moins que l'on ne se hâtât e donner satisfaction aux Suédois au sujet de l'île de Gotland , et que l'on ne fît disparaître les trois couronnes des armes du royaume. Il ajouta que le chef des ambassadeurs ne cessait d'exciter Éric contre le Danemark , et qu'à la veille d'une rupture il serait imprudent de rendre la liberté à un homme encore aigri par une injure récente. On suivit cet avis, qui était une violation flagrante du droit le moins contesté. Éric, en même temps qu'il demandait réparation de cette offense, envoyait une flotte pour prendre à Rostock la princesse de Hesse, sa fiancée; quelques vaisseaux danois la rencontrèrent à la hauteur de l'île de Bornholm. Un engagement eut lieu, dans lequel les Danois, inférieurs en nombre, eurent le dessous. Les prisonniers furent conduits à Stockholm, et exposés aux insultes de la populace.

Des deux côtés, ces traitements, indices de la haine nationale, présageaient des luttes plus sérieuses. Les Lubeckois, mécontents des entraves que la politique de Gustave avait mises à leur commerce , se déclarèrent pour Frédéric, qui s'empressa de confirmer leurs privilèges. Les cours étrangères,

L'UNIVERS

et surtout les princes protestants, interposèrent leurs bons offices pour prévenir la guerre qui menaçait le Nord; mais leurs efforts furent inutiles; et un incident qui dut blesser l'orgueil d'Éric fit évanouir tout espoir d'un rapprochement. Un officier danois, gouverneur de l'île de Gotland , intercepta une lettre que le roi de Suède adressait à Élisabeth. Il s'excusait d'avoir recherché Christine, fille du landgrave, et priait la reine de ne pas prendre cette demande au sérieux. Frédéric aurait pu tirer parti de cette lettre dans un intérêt pacifi-

3ue; il n'eut rien de plus pressé nue e la communiquer au landgrave. Philippe , indigné de ce que son alliance était regardée comme un pis-aller, et n'ignorant pas qu'Éric avait récemment brigué la main de Marie d'Écosse, congédia les ambassadeurs de Suède , et choisit peu de temps après pour gendre le duc de Holstein , Adolphe.

Après de tels procédés, une déclaration de guerre n'était plus qu'une formalité : cependant elle eut lieu. Frédéric prit l'initiative, et compléta par cette démarche son rôle d'agresseur.

Les principaux griefs étaient que la Suède s'était approprié sans aucun droit les armes de Danemark et de Norvège; qu'Éric s'était montré hostile à l'établissement de Magnus dans la Livonie , et que tout récemment il avait attaqué sa flotte sans déclaration préalable. Il fit répandre en même temps en Suède un manifeste, où il essayait de justifier sa conduite , et engageait la noblesse suédoise à ne pas négliger l'occasion qui se présentait de faire revivre l'union de Calmar, si favorable à ses privilèges. De part et d'autre, on fit des préparatifs formidables. Lubeck , qui s'était déclaré pour le Danemark, équipa une flotte.

Heureusement pour la Suède , la prévoyance de Gustave avait créé une marine puissante ; la mer devait être le principal théâtre de cette lutte, où les Suédois et les Danois eurent tour à tour l'avantage. Sur terre , les succès furent également balancés. La campagne s'ouvrit par le siège

et la prise d'Elfsborg , place alors importante , non par sa force , mais par sa position qui en faisait la clef des communications entre les provinces danoises limitrophes de la Suède et la Norvège méridionale.

Il y eut entre les deux flottes, dans les parages de l'île d'Oeland, un engagement sérieux, à la suite duquel Tes Suédois rentrèrent dans leurs ports.

Éric essaya inutilement de reprendre Elfsborg , et essuya un nouvel échec à Markerôd, dans le Smâland. Au reste, ces faits d'armes n'avaient rien de décisif, et des deux côtés on semblait moins disposé à terminer la guerre par quelque bataille, qu'à ravager le territoire ennemi. Cependant un grand combat naval eut heu l'année suivante (1564). Dans l'action , qui dura deux jours, le vaisseau amiral suédois le Makalôs {V Incomparable),(\xi\ portait 225 canons, sauta à l'instant où les Danois et les Lubeckois venaient de s'en emparer. Cet échec ne découragea point les Suédois, .qui eurent bientôt réparé leurs pertes.

Les affaires de Suède manquaient d'une direction intelligente: Éric n'était aimé ni de ses frères ni de la noblesse. Le duc Jean avait épousé la princesse Catherine Jagellon, sœur de Sigismond II, roi de Pologne. Le caractère ombrageux d'Éric , et quelques démarches que le duc avait faites en faveur de son beau-frère, furent sur le point d'amener une rupture entre les fils de Gustave. Il n'est guère douteux que Jean, cédant à l'influence de Catherine, n'ait eu l'idée de se déclarer indépendant, non-seulement en Finlande, mais dans la partie de la Livonie que Sigismond lui avait cédée comme garantie d'un prêt considérable. Quoi qu'il en soit, Jean reçut l'ordre de venir à Stockholm pour y rendre compte de sa conduite; mais il retint en Finlande les envoyés du roi; et, informé que les états l'avaient condamné comme coupable de haute trahison, il s'enferma dans Abo, où il se vit bientôt réduit à capituler. H fut enfermé dans le château de Gripsholm ; sa jeune et belle femme i'ac-

compagnait. On lui offrit la liberté et un traitement convenable, si elle voulait se séparer de son mari. Pour toute réponse, elle montra son anneau nuptial où était gravée cette devise latine : Nil msi mors, et elle partagea la captivité de Jean. Depuis ce moment, Éric devint de plus en plus soupçonneux; il cessa d'appeler la noblesse aux diètes; en un mot, tout semblait présager une catastrophe prochaine.

La guerre continuait avec des succès divers : le général Rantzow délit les Suédois près de Jônkôping; Eric se jeta dans le Blekingen, et brûla la ville de Rodnebv ; une grande partie de la Scanie fut impitoyablement ravagée; les Danois accoururent pour disputer ces ruines à l'ennemi; ils poussèrent même jusqu'à Calmar, dont la saison avancée ne leur permit pas de faire le siège. Dès que la mer fut libre, une flotte suédoise de cinquante voiles rencontra et défit une escadre danoise , dont les débris se réfugiévent sous le canon de Copenhague* Horn les poursuivit jusqu'au Sund , perçut le droit de passage des navires neutres , et fit un assez grand nombre de prises. Les flottes du Danemark et de Lubeck parvinrent a se réunir ; mais dans les combats qui se livrèrent, les Suédois conservèrent un avantage marqué. Le Nord était intéressé à cette lutte, dont il n'était donné à personne de prévoir l'issue; plusieurs princes offrirent leur médiation. Charles IX , roi de France , essaya de réconcilier les cours rivales en les comprenant dans le traité de Troyes, et envoya à cet effet Charles Dancé pour préparer les négociations; mais tous ces efforts échouèrent devant l'obstination d'Éric , qui n'exigeait rien moins que ce qu'il eût pu attendre d'une victoire. Les hostilités se renouvelèrent donc avec un redoublement de haine et de cruauté. Les Danois ravagèrent la Vestro-Gothie , et l'ennemi sê jeta dans le Haliand, où il emporta d'assaut la ville de Varberg. Parmi les prisonniers qui échappèrent au massacre de la garnison et

des habitants de Varberg, se trouvait Pontus de la Gardie, gentilhomme languedocien, qui prit ensuite du service en Suède, et dont les descendants se distinguèrent avec tant d'éclat dans leur patrie d'adoption.

Daniel Rantzow, qui commandait l'armée danoise, faisait les plus grands efforts pour reprendre Varberg , lorsqu'il apprit que les Suédois s'étaient portés en force dans le Haliand pour couper ses communications avec la Scanie. Ce général abandonna le siège, et pressa sa retraite ; mais , trouvant les ports détruits , il vit bien qu'il ne pourrait échapper à une perte certaine que par une victoire. Il n'avait avec lui que 5,000 hommes , tandis que l'ennemi était deux fois plus nombreux. Le Danois fit occuper à sa petite troupe une position avantageuse, et attendit résolument l'attaque. Après une lutte acharnée , la victoire resta aux Danois. Cependant Rantzow, trop faible pour profiter de cet avantage, se retira précipitamment.

Éric, a la nouvelle d'un échec si peu attendu , déploya une sévérité excessive ; il cassa et fit mettre à mort plusieurs officiers, comme si l'obligation de le servir entraînait celle de vaincre. Indignés de ce traitement, un grand nombre d'étrangers quittèrent l'armée et la Suède. De son côté, Frédéric devint plus exigeant , et les Suédois repoussèrent les conditions qu'il mettait à la paix. Ils tiraient des secours des villes hanséatiques , et leur armée se recrutait de volontaires étrangers. Pontus de la Gardie enrôla en France 6,000 soldats, cavalerie et infanterie; ils firent avec succès des courses en Scanie et en Norvège; mais ils échouèrent au siège de Bohus.

La même année (1566), l'amiral Horn parut sur les côtes de l'île de Séland avec une flotte considérable, et établit des croisières dans les parages les plus fréquentés de la Baltique. Les escadres de Danemark et de Lubeck , quoique de beaucoup inférieures, rencontrèrent l'ennemi à la hauteur de l'île d'Oeland. Le combat, longtemps prolongé, laissait la victoire indécise,

L'UNIVERS

lorsqu'une violente tempête dispersa les vaisseaux, rejetant la flotte de Horn vers la pleine mer, tandis que celle des Danois alla se briser contre les écueils de Gotland. Seize vaisseaux de haut bord y périrent avec environ 6,000 hommes; les bâtiments montés par les deux amiraux danois eurent le même sort.

Les Danois portèrent le ravage dans l'Ostrogothie , où ils brûlèrent quelques villes, et les Suédois soumirent la Norvège à de cruelles représailles :

c'était massacre pour massacre, ruines pour ruines; des deux côtés, l'irritation semblait s'accroître de ces revers et de ces succès alternatifs.

Rantzow , qui s'était avancé jusqu'au cœur de la Suède, fut sur le point d'être enveloppé; il sortit de cette position presque désespérée, grâce à l'ineptie d Éric ; il battit les ennemis malgré leur supériorité numérique, fit prisonniers leurs généraux, et ramena les restes de son armée en Scanie, au moment où on le regardait comme perdu. Pour perpétuer la mémoire de ce fait d'armes, le roi fit frapper une médaille (1668). Aux calamités qu'entraînait la guerre, se joignaient en Suède tous les mécontentements et les difficultés qui naissent d'une direction vicieuse. Les emportements d' Éric X IV allaient jusqu'à la démence ; ses frères coloraient leur ambition sous le prétexte du bien public ; la famille des Sture , victime de la haine du monarque, tenait à toutes les grandes maisons du royaume, qu'elle animait de ses ressentiments; le favori GÔran Pehrsson avait organisé une police odieuse qui encourageait les délations ; les causes jugées par le tribunal su-

firéme s'accroissaient dans une efrayante proportion ; bientôt le caprice seul d'un roi aliéné décida du sort des coupables. Pour donner une idée de l'esprit qui présidait à ces procédures, il suffira de dire qu'en 1566, époque où Éric passait plus généralement pour bizarre que pour insensé , il fit condamner a mort un palefrenier pour avoir peint sur une porte lés armes de Suède et du roi, les trois couronnes

renversées ; deux gardes de la tente du roi subirent la même peine comme convaincus d'avoir disposé trois bâtons en forme de croix dans un but présumé de sorcellerie. Dans la guerre contre le Danemark , il donna quelquefois l'exemple d'une lâcheté qui n'était point dans son caractère ; il grossissait ses avantages, et présentait au peuple ses défaites comme des triomphes. Après qu'il eut fait exécuter les Sture , poignardé l'un d'eux de sa main, et laissé massacrera ses yeux Burrhéus, son ancien gouverneur, ii entra dans une mélancolie profonde; soit remords, soit effet de sa maladie, il erra durant plusieurs jours dans un état digne de pitié. Ensuite il parut rentrer en lui-même , remit au sénat les rênes du gouvernement, et rendit la liberté au duc Jean, son frère; mais bientôt il rappela Gôran Pehrsson , et se livra de nouveau à tous les emportements d'une folie sombre et sanguinaire. Par une singularité étrange, les lettres d'Éric, pendant sa démence, sont d'une rédaction lucide ; et cependant , quoiqu'il fût entièrement libre, il se croyait prisonnier. Tantôt il se regardait comme le sujet do duc Jean, tantôt il reprenait l'exercice du pouvoir royal , dirigeant la guerre contre le Danemark , et obligeant ses frères à servir sous ses ordres, moins pour profiter de leur concours que pour être à portée de les surveiller.

La dernière année de son règne, il fit célébrer son mariage avec Catherine Mânsdotter, sa concubine, qui venait de lui donner un fils.

Quand le mécontentement est général, les intérêts secondaires se rallient instinctivement aux intérêts les plus élevés. Les ducs, toujours suspects à un prince insensé, n'eurent d'autre ressource que la révolte ouverte; ils se liguèrent, sûrs de l'appui du plus grand nombre. Leur parti eut bientôt rallié la partie la plus saine de la noblesse; les châteaux et les places fortes s'ouvrirent à leur approche ; l'armée d'Éric , battue en plusieurs rencontres, était tombée dans le découragement; enfin le roi , réduit à se ren-

fermer dans Stockholm, fut contraint de capituler. Il eut la douleur devoir monter sur le trône ce même duc de Finlande qu'il avait privé de la liberté; et, plus à plaindre que ce dernier, il passa du trône dans toutes les rigueurs de l'esclavage.

Éric, avant son abdication, avait fait demander du secours à Frédéric, moyennant des conditions avantageuses; le duc Jean sollicitait en même temps du Danemark une trêve, qui fut accordée pour six mois. L'événement prouva qu'une suspension d'hostilités dans un moment où la Suède, épuisée d'hommes et de ressources, ne se soutenait plus que par la prépondérance de sa marine, était un acte impolitique. Mais, en réfléchissant aux conséquences probables d'une guerre civile, on comprend que le cabinet de Copenhague crut obtenir une paix plus avantageuse d'un ennemi affaibli par la discorde , que si on le forçait à réunir ses forces contre l'étranger. Jean, élu roi par les états de Suède, parut d'abord persister dans ces dispositions pacifiques. Des plénipotentiaires de Lubeck se joignirent aux ministres de Danemark et de Suède, et, dans un congrès tenu à Roschild , on conclut un traité de paix perpétuelle dont voici les principaux artic/es :

Le roi de Suède cessera de porter dans son écusson les armes de Danemark et «le Norvège ;

Les deux rois auront la faculté d'ajouter les trois couronnes à leur écu, mais sans prétendre s'arroger aucun droit sur les États l'un de Vautre.

La Suède renonce à toutes ses prétentions sur la Norvège, le Halland , la Scanie , le Blekingen et l'île de Gotland.

De son côté , le roi de Danemark se désiste de toute prétention sur la Suède.

La Suède restituera au Danemark le Jemtland, le Heriédal et la forteresse de Varberg; et le Danemark rendra à la Suède la place d'Elfsborg.

Le prince Magnus gardera Sonnenbourg , l'île d'Oesel, le diocèse de Rével et de Courlande.

La Suède s'engageait en outre à payer une somme, que détermineraient ultérieurement des arbitres , comme dédommagement des frais de la guerre.

Frédéric ratifia immédiatement ce traité; mais le roi Jean, qui n'avait voulu que gagner du temps, se récria sur ces conditions, et prétendit que les ministres , en les signant, avaient outre-passé leurs pouvoirs. Aussitôt, sans essayer de renouer les négociations, il mit ses frontières en état de défense, et demanda du secours au roi de Pologne.

L'année suivante, dès que la navigation de la Baltique fut libre, Munck, amiral danois , rallia une escadre lubeckoise , et , après avoir capturé plusieurs vaisseaux marchands , il alla s'emparer du port de Revel, qui faisait un commerce considérable avec la Suède. Cette expédition le rendit maître d'un grand nombre de navires richement chargés qu'il conduisit heureusement dans les ports de la domination danoise (1569). Frédéric ouvrit la campagne par le siège de Varberg; la place fut emportée après une belle défense ; Daniel Rantzow tomba devant cette place. Le duc Charles conduisit une armée suédoise en Scanie , et le général Donna , qui avait succédé à Rantzow , marcha sur le Smâland ; c'était une de ces guerres d'extermination oui expliquent surabondamment la ténacité des naines nationales. Aucun événement de quelque importance ne signala la fin de l'année ; enfin , les négociations furent reprises, et Daneé, ministre de France, prolita d'un moment de lassitude pour ramener les esprits à un rapprochement. Au mois de juillet 1570 , un congrès s'ouvrit à Stettin. L'empereur Maximilien II, le roi de France Charles IX , Auguste , électeur de Saxe, et Sigismond II, roi de Pologne, s'y firent représenter comme conciliateurs , à l'exception toutefois de Sigismond qui, engagé dans la guerre de Livonie, aurait désiré que les Suédois restassent occupés en Danemark.

Les plénipotentiaires danois et sué-

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