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PÉRIODE HISTORIQUE

De 794 à 941, époque de la mort de Gorm le Vieux , dernier roi païeu.

' Après la mort de Régner Lodbrok , en 794 , ses titats fureut ainsi partagés entre ses fils : Biôrn Jernside (côte de fer) eut la Suède et la Gothie ; Sigurd Snogôie (*) le Halland, la Scanie, les îles, et une portion de la Norvège; Ivar, le pays d'York et une partie de la Venède en Angleterre; Hvidsôrk , le Reitligothland ( le Holstein) ; Godefroi, le Jutland. Ce dernier, mort en 810, régna comme tuteur de Canut (Haarde-Knut), (ils de Sigurd Snogôie.

C'est depuis la fin du huitième siècle que l'on commence à trouver, chez les auteurs contemporains qui ont écrit les annales et les chroniques des peuples francs et allemands , la première mention positive des rois de Danemark, et des dates précises pour leur histoire; cependant il faut noter qu'ils donnent ce titre à des rois de Jutland.

Eginhard raconte qu'en 777 , Witikind, un des principaux chefs des

(*) Snogôie, c'est-à-dire à l*œil de serpent, à cause de taches qu'il avait dans les yeux.

Westphaliens, au lieu de se présenter devant Charlemagne dont il redoutait la colère, se réfugia auprès de Sigefrid , roi des Danois (*). Ce Sigefrid était Sigurd; Witikind prit le même parti après 779.

En 782, Charles étant dans son camp aux sources de la Lippe, entendit des députés que Sigefrid lui avait envoyés

Îour négocier la paix , et les congédia, îginhard ajoute que Charles avait re-

{>assé le Rhin pour rentrer en Gaule, orsque Witikind , qui s'était enfui chez les Normands , revint dans son pays, et se mit à exciter, par de fausses espérances, les Saxons à la rébellion.

Leur soulèvement a une issue malheureuse; il se réfugie de nouveau chez les Normands.

En 798, les Saxons transalbiens , profitant de l'absence des troupes de Charles, se saisissent des officiers qu'il avait envoyés pour rendre la justice parmi eux , et les mettent à mort ; ils n'en réservent que quelques - uns , comme pour en tirer rançon , et massacrent avec les autres un ambassadeur nommé Goteschald, que Charles avait envoyé peu de temps auparavant vers Sigefrid, roi de Danemark. Ce seigneur revenait alors; il fut arrêté et égorgé par les auteurs de la révolte (**). Ces faits annoncent une suite de rapports établis entre Charlemagne et Sigurd; ce dernier disparait alors de l'histoire.

1 Godefroi, qu'une chronique islandaise nomme Gôtrik , s'est acquis une grande célébrité par la hardiesse avec laquelle il osa s'opposer aux projets du puissant empereur qui voulait subjuguer le pays des Saxons septentrionaux. C'est en 804 qu'il est nommé

Kour la première fois par Eginhard.

I. Molbeeh n'adopte pas le sentiment des auteurs qui le regardent comme fils de Remier: il dit que l'on ignoré quelles étaient sa famille et sa race.

Les Saxons transalbiens, que l'on appela Normands, suivant la leçon

(*) Annales Francornm (ad annum 777).

(**) Eginhard , Annales Francorum ad annum 798.}

d'une édition d'Eginhard , fiers d'avoir mit à un tribut les deux parties du pays, pu massacrer impunément des officiers et vint camper avec ses troupes sur les de Charles, prennent les armes et bords de l'Elbe. Il est vrai qu'il perdit marchent contre les Obotrites, peuple beaucoup de ses meilleurs et de ses de race slave, qui étaient toujours principaux guerriers; entre autres, restés fidèles auxiliaires des Francs, Reginold son neveu, tué au siège d'une depuis qu'ils avaient été reçus dans forteresse, avec plusieurs autres chefs leur alliance. Trasco, duc des Obo- danois. Il s'était emparé de plusieurs trites, instruit du mouvementdesTran- châteaux appartenant aux Obotrites; salbiens, va à leur rencontre jusgu'à cependant, lorsqu'il apprit que Charun lien nommé Swindcn, probable* les, fils de l'empereur, marchait vers ment Schwan sur le Warne, dans le l'Elbe avec un corps considérable de Mecklenbourg ; il leur livre bataille, Francs et de Saxons, il pensa que le et en fait un grand carnage. Quatre parti le plus saae était de rentrer dans mille tombèrent au premier choc , se- ses États. Il conclut donc une trêve ou Ion le récit d'Ebers, envoyé de Charles, suspension d'armes avec les Obotrites, qui prit part à ce combat, où il com- et repassa l'Eider. mandait l'aile droite des Obotrites. Charles, ayant jeté un pont sur Battus et mis en fuite, après avoir l'Elbe, mena son armée contre des perdu un grand nombre des leurs, les tribus slaves, voisines de l'Oder, qui Transnlbiens rentrèrent chez eux dans avaient pris le parti de Godefroi, ra-

un triste état. vagea leur pays, puis reconduisit

Godefroi , allié et ami des Saxons, troupes en Saxe, au sud de l'Elbe, n'avait pu voir tranquillement les suc* sans qu'elles eussent souffert, cès de Charles. Ce dernier conduisit Les Wiltzes, autre tribu slave, de une armée en Saxe au retour de l'été tout temps ennemie des Obotrites, de 804 , transporta dans le pays des s'étaient joints volontairement à Go- Francs toutes les familles saxonnes defroi dans son expédition ; lorsqu'il qui habitaient au delà de l'Elbe, et regagna ses États, ils retournèrent donna leur territoire aux Obotrites. aussi chez eux , emportant tout le bu- Godefroi , irrité , vint avec sa flotte et tin qu'ils avaient pu faire chez les Obotoute la cavalerie de sou royaume au trites.

Heu nommé Sliesthorp (Slesvig), sur les Cependant Godefroi , avant de se reconfins de ses États et de la Saxe. Il tirer, détruisit Rerich, port marchand, promit de venir conférer avec Tempe- situé sur la mer Baltique , qui rapporreur; mais les conseils des siens l'en tait beaucoup à son royaume par les ayant détourné, il ne s'approcha pas droits considérables qui s'y percedavantage. L'empereur s'était arrêté à vaient , en emmena tous les marchands, Hollenstedt, au sud de l'Elbe. Il en- mit à la voile, et, avec toute son arvoya des députés à Godefroi pour ré- mée, entra dans le port de Sliesclamer les transfuges qui s'étaient re- thorp.

tirés chez lui, puis, au milieu de II s'y arrêta quelques jours, et pen-

septembre, regagna les bords du Rhin, dant ce temps , songea au moyen de

Il paraît que tout se passa en négo- défendre l'entrée de son pays par terre,

eiations. Les Romains en avaient donné l'exem-

On voit, par la conduite de Godefroi pie dans la Bretagne; il lit construire

dans cette circonstance, qu'il unissait au nord de l'Eider, depuis la baie de

la prudence à la générosité. En 808, Slie sur la mer Baltique, à l'est, jus-

il se déclara ouvertement, fit passer qu'à la côte de l'Océan, à l'ouest, un

l'Eider à son armée, entrn sur le ter- retranchement bien fortifié, dans le-

ritoire des Obotrites, chassa leur duc quel il ne laissa qu'une seule porte, par

Trasco, de la fidélité duquel il se dé- laquelle les Danois pouvaient entrer

fiait , fit pendre Godelaîd , leur autre et sortir avec leurs chars et leurs che-

duc, qu'il avait pris par trahison, sou- «vaux. Après avoir réparti le travail

L* UN IV ERS

entre les chefs de ses troupes, il revint dans son pnlais. Ce grand ouvrage fut appelé Danecirk; on en voit encore des traces d'une étendue considérable.

On serait disposé à croire que Godefroi avait à cœur de ne pas exciter le courroux de Charles; car, selon Eginhard , il chargea , en 800 , des marchands qui venaient dans le pavs des Francs, de d i re à l'em pereur : « J 'ai « appris que tu es irrité contre moi , « parce que, l'an passé, j'ai conduit mon « armée dans le pays des Obotrites, et a vengé l'injure qui m'avait été faite; «je veux me justifier des accusations « dont je suis l'objet; ce sont les Obo- « trites qui les premiers ont rompu les « traites. » Il demandait qu'il fût tenu, au nord de l'Elbe, sur la limite de ses États, une assemblée de comtes délégués par l'empereur et par lui , afin que les choses qui s'étaient passées pussent être mutuellement expliquées, et les griefs réparés de concert. L'empereur ne rejeta pas cette proposition. La conférence fut donc ouverte a\ec les chefs danois a Badenfïiot, aujourd'hui Podenstedt, paroisse voisine de Neumunster en Holstein. Des deux côtés on allégua beaucoup de faits; la discussion fut très-longue , puis on se sépara sans avoir rien conclu.

Cependant Trasco, duc des Obotrites, revenu dans son pays après avoir remis en otage son Ûls à Godefroi qui l'exigeait, rassembla des troupes chez lui, et, aidé d'un corps de Saxons, entra chez les Wiltzes ses voisins, ravagea leurs champs par le fer et par le feu; de retour dans ses États avec un butin immense , il profite d'un secours plus considérable que Jui fournissent les Saxons pour s'emparer de la plus grande ville des Smelainges; on suppose qu'elle occupait à peu près l'emplacement actuel de Hambourg. Il força ainsi , par ses succès, ceux qui s'étaient séparés de lui a recourir de nouveau a son alliance.

L'empereur, instruit de toutes les tentatives de Godefroi dans la contrée au nord de l'Elbe, ordonna d'y bâtir une ville, et d'y placer une forte garnison de Francs. Les guerriers qui y

furent envoyés avaient été levés en Gaule et en Germanie. Lorsque le lieu où devait s'élever la nouvelle ville eut été déterminé, l'empereur chargea le comte Egbert de l'exécution du projet; le terrain qu'il occupa , situé sur les rives du Stori , était nommé alors Esselfeldt; c'est aujourd'hui Itzehoe, à douze lieues au nord-ouest de Hambourg. Ce fut vers le mois de mars qu' Egbert et les comtes saxons s'y établirent, et commencèrent à le fortifier.

Alors Godefroi , voyant qu'il ne pourrait pas lutter contre l'accroissement de forces de l'empereur dans la Word- Albingie, eut recours à l'ancienne puissance des Danois par mer.

Au printemps de 810, il équipa une flotte de doux cents vaisseaux, et,

(>artant de la côte occidentale du Jutand, se dirigea vers le pays des Frisons; il pilla toutes les îles, brûla les villes, vainquit les habitants dans trois batailles sur la terre ferme , et revint avec un butin de deux cents marcs d'argent et d'autres choses précieuses.

L'empereur apprit ces nouvelles à Aix-la-Chapelle, et en fut d'autant plus ému que, suivant les bruits qui couraient , Godefroi , bien loin de témoigner la moindre crainte des armées impériales, avait menacé d'aller demander raison à Charles lui-même, dans sa résidence , de ses cruautés en Saxe.

Charles, après avoir expldié de tous côtés des officiers pour assembler des troupes, se mit a leur tète, marcha en toute hâte vers l'Aller, et campa auprès du confluent de cette rivière avec le Veser. 11 attendait là l'effet des menaces de Godefroi , quand on vint lui annoncer que ce prince avait été tue par un des hommes de sa garde.

Alors rappelé a Aix par d'autres événements, il réula, convenablement aux circonstances, les affaires de la Saxe, et revint dans sa résidence.

On voit par ces récits que Godefroi fut , pour son temps , un chef et un guerrier remarquable, et qu'il pouvait mettre en mouvement des armées que

Charlemagne, un des plus puissants et des plus habi.es monarques des temps modernes, était loin de mépriser.

Il est très-difficile de faire cadrer la chronologie de son règne , telle que la donnent les Annales des Francs , avec celle des rois nommés par les chroniques islandaises; celles-ci le passent même sous silence; il est cependant très-certain qu'il a existé. Il paraît de même indubitable que sa domination ne s'étendait que sur les Danois de l'ouest, et peut-être seulement sur une partie des habitants du Jutland.

Il eut pour successeur son neveu Hemining, qui convint de faire la paix avec l'empereur; la rigueur de la saison ayant rompu tout moyen de communication entre les deux pays, la paix , déjà jurée sur les armes, fut observée. Lorsque le retour du printemps, en 811, eut rendu de nouveau les chemins praticables, une conférence fut tenue sur les bords de l'Eider; douze seigneurs danois et autant de Francs confirmèrent les conditions du traité, chacun suivant les usages et le cérémonial de sa nation. Ainsi, le grand empereur des Francs traita avec le roi des Jutiandais, comme un iirinçe souverain et son, égal. M. Mol- Lech, qui fait cette réflexion flatteuse pour le petit monarque danois, aurait pu ajouter que le but de Charlemagne, en étendant son empire au nord du llhin, était de faire entrer dans la communauté européenne les peuples encore barbares qui habitaient l'Allemagne. Il importait à la sécurité de ses Etats de dompter ces nations , pour qu'elles ne vinssent pas troubler l'œuvre de la civilisation, comme il était arrivé quatre siècles auparavant , au déclin de l'empire en Occident, par leurs invasions répétées. Ses aïeux avaient déjà envoyé des missionnaires au milieu d'elles; il suivit leur exemple, et lui-même, à la tête de ses armées, assura le succès de l'entreprise; ce succès fut lent, à cause de la résistance prolongée et désespérée que lui opposèrent ces populations indomptables, toujours battues, jamais soumises.

Enfin, persuadé que, malgré les défaites répétées , les soumissions contraintes, les serments prêtés-, les otages reçus, la dépendance des Saxons qui , occupaient les deux rives de l'Elbe, et qui confinaient avec les Danois ses ennemis, ne serait jamais assurée, il s'était décidé à prendre à leur égard une mesure définitive. Ainsi qu'on Ta vu plus haut, il avait, en 804, transplanté en masse , par tribus et par familles, les Saxons dans la Gaule et dans l'Italie, et donné leur territoire aux Obotrites, qui, depuis plusieurs années , étaient ses fidèles alliés contre eux (*).

11 atteignit donc son but, du moins en partie, puisque, depuis qu'il eut éloigné les Saxons de la Kord-Albingie , il lui fut possible de conclure un traité de paix avec les Danois. La même année, Hemming lui envoya deux ambassadeurs qui lui apportèrent des présents, et rassurèrent du maintien de la paix. Peu de temps après, llemming mourut, en 812; cet événement occasionna une guerre intestine, longue et sanglante , entre les prétendants à la souveraineté du Jutland au moins, mais les Danois de l'est y prirent part aussi. Les aspirants au pouvoir suprême étaient Sigcfrid ou Sigurd , frère du défunt et neveu de Godefroi , et Ring, également son neveu , mais fils d'un autre frère; ils le- • vèrent des troupes, et se livrèrent une bataille; Iling fut tué dans la mêlée, Sigurd mourut de ses blessures. Le parti de Ring, qui avait remporté la victoire, lui donna pour successeurs ses deux frères Harald K.lak (Ileriold) et Régner (Rainfroy). Le parti vaincu ne put se dispenser "de les reconnaître.

Suivant l'annaliste des Francs, dix mille neuf cent quarante hommes avaient péri dans le combat. Les deux rois envoyèrent une ambassade à l'empereur pour demander la paix , et prier

(*) Mignet, Comment l'ancienne Germanie est eut têe dans la société de l'Europe occidentale, pag. 769-784. (Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques.)

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qu'il leur rendît Hemming, leur frère, qui lui avait été remis en otage.

L'année suivante (813), Charle- » magne, qui tenait une grande assemblée à Aix-la-Chapelle , choisit seize grands personnages parmi les Francs et les Saxons, et les chargea d'accompagner Hemming qu'il renvoyait à ses frères, et de conclure la paix qu'ils avaient demandée. Quand ces ambassadeurs furent arrivés dans la Nord- Albingie, près des limites du pays des Normands , seize grands personnages des Danois vinrent au lieu désigné; après que , de part et d'autre , on eut prêté serment, la paix fut continuée, et le prince rendu.

Ses frères étaient alors absents ; ils avaient , conduit une armée dans le Vesterfulde , la partie de leurs États la plus reculée au nord-ouest , et située vis-à-vis de l'extrémité septentrionale de la Bretagne : c'est la partie occidentale du Jutland. Les chefs et le peuple refusaient de se soumettre aux rois danois. Ceux-ci , après les avoir domptés, revinrent chez eux, et reçurent leur frère; mais bientôt ils furent attaqués par les fils de Godefroi, qui, avec plusieurs seigneurs, s'étaient , après sa mort violente , réfugiés en Suède , par conséquent chez un roi des Danois orientaux , probablement un des fils de Régner Lodbrok. Ayant rassemblé des troupes de tous côtés , ils marchèrent contre Harald, Régner et Hemming; les habitants du pays accoururent en foule sous leurs drapeaux ; à la suite d'une bataille , les trois frères furent chassés sans beaucoup de peine du Jutland.

En 814, Harald et Régner revinrent avec une armée; ils furent de nouveau vaincus ; Régner et Olaùs , l'aîné des fils de Godefroi , perdirent la vie sur le champ de bataille. Harald , désespérant du succès de son entreprise, vint implorer le secours de Louis le Débonnaire, qui l'accueillit bien, et lui dit d'aller en Saxe, attendre le moment où il pourrait lui donner l'aide qu'il sollicitait.

Effectivement, Pannéed'après Louis

donna aux comtes saxons et obotrites l'ordre de se préparer à cette expédition ; et , au mois de mai , une armée allemande pénétra , pour la première fois, dans le Jutland méridional; ayant passé l'Eider, elle marcha pendant sept jours le long de la mer Baltique, et campa sur ses bords, probablement ceux du petit Belt. Elle s'y arrêta pendant trois jours. Les fils de Godefroi , qui avaient rassemblé des troupes nombreuses et une flotte de deux cents vaisseaux , s'étaient retirés dans une île séparée du continent par un bras de mer lar^e de trois milles , vraisemblablement Fionie; ce qui prouve qu'alors elle était soumise aux rois de Jutland.

Les Saxons manquaient de navires pour aller les attaquer; ils ravagèrent le pays, se firent donner quarante otages, et repassèrent l'Eider. Harald retourna vers Louis , qui était alors à Paderborn , et qui le renvoya ett Saxe.

Il lui avait certainement fourni le moyen d'entretenir des troupes, car, en 817, les fils de Godfroi, fatigués des ravages continuels qu'il commettait sur leurs terres, envoyèrent une ambassade à Louis pour lui demander la paix, qu'ils promettaient d'observer fidèlement. Ces protestations ayant paru plus feintes que sincères, on n'en tint aucun compte , et de nouveaux secours furent envoyés à Harald.

Cette même année, les fils de Godefroi , sollicités par Sclaomir, duc des Obotrites, qui refusait de partager le pouvoir suprême avec Ceadrag, fils de Trasco, expédièrent une flotte qui remonta l'Elbe, et ravagea le pays jusqu'aux rives du Stôr; mais le comte de la Marche du Nord les força d'abandonner le siège d'Essefeldt (ïtzehoe) , et de se retirer.

En 819, on voit que Harald fut, sur Tordre de l'empereur, reconduit par les Obotrites jusqu'à ses vaisseaux , et se dirigea par mer vers son pays, dans l'espérance d'y reprendre une partie de l'autorité suprême, les fils de Godefroi s'etant brouillés entre eux ; deux se réunirent à lui pour expulser les deux autres. Ce rapprochement entre

Harald et ses parents ne pouvait être bien sincère. Ceux-ci tenaient aux anciens usages de leur pays; Harald était plus enclin à se rapprocher des étrangers. Cependant les premiers envoyèrent, de concert avec lui, des députés

3ui offrirent des présents à l'empereur ans une grande assemblée tenue à Francfort en 822. Mais, dès Tannée suivante, Harald vint à l'assemblée de Compiègne pour solliciter des secours contre les fils de Godefroi, quPmenaçaient de le chasser. Deux oomtes lurent dépéchés vers ceux-ci pour prendre des informations exactes sur l'état général du pays des Normands ; revenus avant le départ de Harald, ils mirent sous les yeux de l'empereur les renseignements qu'ils avaient recueillis. Ils ramenèrent avec eux Kbbon, archevêque de Reims , qui , du consentement de l'empereur, et avec l'autorisation du |iape, était allé dans le pays des Danois pour y prêcher l'Évangile, et qui, l'été précèdent, en avait converti et baptisé un grand nombre.

Il paraît que les fils de Godefroi cherchèrent ensuite plutôt la paix que la guerre avec l'empereur : au mois d'août 825, il tint, suivant l'usage , une assemblée générale de la nation à Aixla-Chapelle. Il y donna audience aux ambassadeurs de ces princes, et fit ratifier, au mois d'octobre, sur la frontière même de leur territoire , la paix qu'ils lui demandaient. Cependant elle fut rompue plusd'unefois par des incursions dans la Nord-Albingie, occasionnées souvent par les attaques de Harald contre le Jutland méridional. Harald fut baptisé, en 826, avec sa femme et un grand nombre de Danois, à Mayence, dans l'église de Saint-Alban. La même année , Louis reçut les députés des fils de Godefroi , qui demandaient un traité de paix et d'alliance. Plus tard , ils ne voulurent plus consentir à partager le pouvoir avec lui , et s'efforcèrent de le chasser. Horic ou Éric, surnommé l'Ancien , qui était l'aîné , avait pris l'engagement de se présenter devant l'empereur a l'assemblée de INimègue, mais il n'y vint pas.

Après la mort de Louis le Débon-

naire, en 840, les rapports entre les rois de Jutland et les Francs furent encore moins pacifiques que par le passé. Les ambassades réciproques, qui étaient assez communes, semblent avoir été interrompues au bout d'un certain temps. Éric, celui des fils de - Godefroi qui est nommé le plus souvent, équipa, en 845, une puissante flotte de six cents vaissaux , et remonta l'Elbe pour attaquer l'Allemagne; s'empara de Hambourg, bâti par Charlemagne, brûla l'église, pilla et dévasta la ville. Toutefois , ce roi de Jutland a pu trouver qu'un accommodement valait mieux que la guerre, car, la même année, il envoya des députés à Louis le Germanique , avec des propositions de paix, s'engageant à rendre les prisonniers et les trésors enlevés. Louis chargea, l'année suivante , un comte d'aller en ambassade chez Éric. En 847, une nouvelle légation des trois fils de Louis le Débonnaire vint en Jutland , et adressa de fortes remontrances à Éric, sur ce qu'il ne s'opposait pas aux pirateries de son peuple; mais il était difficile à ce roi de satisfaire à ces justes réclamations.

Éric régna sur le Jutland pendant plus de trente ans, et fut tué, en 854, dans une guerre que lui fit un de ses parents, qui aspirait au trône. Suivant les chroniques allemandes, plusieurs priuces de race royale et un grand nombre des principaux chefs périrent dans la même bataille. Il ne resta de la famille royale qu'un fils d'Éric, portant le même nom , et si jeune qu'il fut surnommé Barn (l'enfant). Il fut roi après son père ; il passe pour avoir protégé le christianisme; il mourut vers 868.

Louis le Germanique ayant convoqué , en 872, une diète à Worms, des ambassadeurs de Sigurd et de Helfdam , rois des Danois, c'est-à-dire, du Jutland, y parurent; ils apportaient des propositions de paix ; c'était sans doute un usage adopté par ces souverains, quand ils voulaient fortifier leur

Souvoir par un traité avec l'empire 'Allemagne. Peut-être ces roitelets

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avaient-ils été expulsés par Gorm. Depuis cette époque, les annales des Francs cessent de faire mention des Danois; et l'histoire de ce peuple offre pour les dates les mêmes incertitudes que l'on y rencontrait auparavant.

Canut I" eut pour successeur son fils Gorm, surnommé l'Ancien; ce fut, disent les chroniques islandaises,

f)ar la volonté de son père qu'il avait e nom de Gorm; c'était celui d'un roi de Jutland qui l'avait élevé; car il n'avait été porté par aucun des rois skjoldundens. Gorm, remarquable par sa grande taille, sa force extraordinaire , et son adresse à tous les exercices du corps , devait posséder aussi de l'habileté pour le gouvernement, quoiqu'on ait dit qu'il manquait de prudence. Roi de Seeland vers 860, de Scanie vingt ans après, de Jutland vers 838, il réunit ainsi les membres épars de la monarchie danoise. Il ne voulut jamais abandonner la religion de ses pères; il est représenté comme un persécuteur ardent du christianisme, qui avait déjà fait des progrès dans le Jutland; il chassa les prêtres, et quelques-uns furent mis à mort. Il ne s'en tint pas la : réuni aux chefs païens de la Venédie, il attaqua les Saxons de la Nord-Albingie, dévasta ce pays, poussa même ses ravages et la persécution des chrétiens au delà de l'Elbe, et répandit l'effroi dans tout le pays des Saxons. L'approche de l'empereur Henri l'Oiseleur, a la tête d'une année, mit un terme aux succès de Gorm. Battu avec ses alliés, dans une bataille rangée, le roi des Danois fut obligé de souscrire aux conditions de la paix, qui le forcèrent d'abandonner le pays situé entre l'Eider et le S lie, c'est-à-dire, le Slesvjg. On ajoute que l'empereur y établit une colonie allemande, et qu'il en donna le gouvernement à un margrave. Ce dernier point est contesté par les historiens danois, parce que les annales contemporaines n'en parlent pas. Quant à la colonie, il est certain que la population du Slesvig fut toujours mélangée de Danois et d'Allemands, et que ceux-ci étaient les

plus nombreux , comme ils le sont encore aujourd'hui.

Gorm épousa , probablemei t dons un âge avancé, Tnvre, fille d'un iarl ou roi tributaire du Jutland méridional, ou peut-être de PAnglie. £ le était belle, prudente et vertueuse. S< n souvenir est resté cher à la nation danoise; elle fut surnommée Da?ic-bod (bienfaitrice des Danois). Elle parvint, par son adresse, à diminuer les prétentions de l'empereur d'Allemagne sur les cantons du nord de l'Eider , et fit réparer et augmenter le Danevirk ; une espèce de redoute ou de boulevard, qui fait partie de cet ouvrage, est encore appelé Thyreborgg.

Gorm régna longtemps , et mourut très-vieux en 941. Il persista jusqu'à la lin de ses jours d ns le paganisme.

Thyre embrassa la religion chrétienne.

Gorm, devenu pacifique quand il fut avancé en âge , laissa prendre à sa femme et à son filsHarald une grande part dans le gouvernement.

Canut, fils atné de Gorm et de Thyre; fut surnommé Dana-ast (l'amour des Danois). Sa beauté le faisait chérir de ses parents et du peuple; ayant entrepris avec son frère une expédition en Angleterre, il fut tué d'un coup de flèche.

On a vu, par le récit des événements de cette période, qu'alors la partie occidentale de la Nord-Albingie était habitée principalement par des Saxons, et l'orientale par les Venèdes; ceuxci formaient deux peuples, les Vagriens et les Obotrites, qui y avaient été amenés par Charlemagné; chacun d'eux avait ses rois particuliers. Le restedelaNord-Àlbingiereconnaissait, suivant les circonstances qui changeaient les limites, soit l'autorité des rois danois , soit celle des empereurs francs, et plus tard celle des rois d'Allemagne.

Le christianisme s'était déjà répandu en Nord-Albingie; on croit que la première église fut fondée à Meldorp, en Holstein.

Ce fut dans cette période que les entreprises maritimes des Danois et des Norvégiens prirent leur plus

grande extension. Elles avaient commencé dès le sixième siècle, n'avaient pas discontinué depuis , et devenaient chaque année plus nombreuses et plus considérables ; on peut eu retrouver la cause soit dans la situation des pays du Nord , qui excitait leurs habitants à aller chercher, de ci*tte manière, du butin dans des contrées plus riches; soit dans la stérilité de la terre, qui ne pouvait nourrir une forte population ; soit dans les progrès de Cliarlemagne vers le nord de l'Allemagne; soit dans les tentatives que ce prince et ses successeurs ne cessaient de faire partout, et aussi en Danemark, pour y introduire le christianisme ; soit enfin dans les conquêtes de Gorm et de Harald llaarfager, roi de Norvège.

La plupart de ces expéditions n'étaient composées que d'un petit nombre de navires ; mais quelquefois plusieurs de ces escadrilles formaient, par leur réunion, une flotte considérable, portant une armée très-forte.

Celle des Normands qui firent le siège de Paris, en 886, comptait quarante mille hommes. Ils s'emparèrent d'une grande partie de la Nord - Hollande actuelle, et l'appelèrent Kinheim et Danemark; en 912 ils fondèrent en France le duché nommé d'après eux Normandie; en Angleterre, ils établirent les royaumes danois d'Ost-Anglie et de Northumberland. Les Norvégiens étendirent leur puissance en Ecosse et en Irlande.

On désignait partout, par la dénomination générale de Normands , ces audacieux marins qui infestèrent même, dans la Méditerranée, les côtes d'Espagne , d'Italie et de l'Afrique méridionale. Les Danois et les Norvégiens composaient leur principale force; ils avaient aussi dans leurs rangs des Nord-Albingiens ou des Saxons du Holstein, ainsi que des Frisons , des Vendes et des Suédois.

Leurs chefs, qui souvent étaient de race royale, portaient ordinairement le titre de rois. La cause de leurs grands succès peut être attribuée à leur bravoure qui tenait beaucoup de

la témérité , à leur habileté , extraordinaire pour le temps, dans la navigation ; à la faiblesse de la France , de l'Angleterre et des autres pays, dont les flottes étaient mal équipées et en* core plus mal conduites; par une suite de l'avilissement de l'autorité royale, les grands n'obéissaient que lorsque cela convenait a leurs intérêts, et quelques - uns même s'entendaient avec les Normands.

Quand le Danemark et la Norvège eurent respectivement un seul roi (*), le régime téodal ou des fiefs ne tarda pas à se développer dans le Nord , car Gorm et Hartld concédèrent aux hommes qui avaient mérité leur confiance, des terres dont le revenu leur était abandonné, sous la condition de payer une redevance fixe au roi, et d'entretenir pour son service un certain nombre de gens do guerre. Ces fiefs, à très-peu d'exceptions près, n'étaient pas encore héréditaires; peu à rf peu les rois les laissèrent dans la possession du fils après la mort du père, et, de cette manière, l'hérédité s'étahlit bientôt.

Le christianisme fut introduit, dans la Nord-Albingie , sous le règne de Louis le Débonnaire, et y fit des progrès rapides. On a vu plus haut que Harald Klak , un des roitelets du Jutland, se fit baptiser en 826, à Ingelheim, près de Mayence, où ce monarque tenait alors sa cour.

A la même époque, saint Anschaire,moine du couvent de Corbie en Picardie , et ensuite de Corvey en Allemagne, commença à prêcher dans le Jutland méridional, bâtit des églises à Hedebye, près de Slesvig, à Ribc, et dans différentes villes du Holstein.

Louis le Débonnaire fonda pour lui l'archevêché de Hambourg, qui fut ensuite transféré à Brème. Malgré le succès dont furent accompagnes les travaux apostoliques d'Anschaire , le christianisme ne se propagea que difficilement dans le Danemark; les obstacles venaient en partie des rois qui, voyant dans l'introduction de la reli-

f*) Suhro.L. C.

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gion nouvelle un acheminement à Té* en Danemark dans le neuvième siècle,

tabhssement de la suzeraineté de y aurait moins réussi. D'ailleurs, saint

l'Allemagne, s'y opposèrent pendant Anschaire était doué de toutes les

longtemps. Gorm ayant mis fin au qualités qui devaient assurer le succès

royaume de Jutland, s'efforça d'extir- de son apostolat. Libre de toute am-

per le christianisme dans cette pé- bition, il n'était mû que par le senti-

ninsule. ment de la charité chrétienne, et il

Le peuple aussi se montra ennemi joignait à ces vertus cette prudence

de cette religion , parce que ses minis- nue l'Ecriture recommande quand

très défendaient de manger de la chair l'occasion la rend nécessaire. Il s'ef-

de cheval , et il craignit de manquer forçait de gogner les rois et les grands;

de moyens de subsistance, s'il était il instruisait des enfants du pays, et

privé de cette viande généralement quand il les avait formés convenable*

en usaiîe ; on ne se soumettait qu'avec ment, il les envoyait prêcher l'Évan-

répugnanee à la défense de travailler gile.

le dimanche; enfin, on montrait une La culture de l'esprit était à peu aversion extrême pour la défense d'à- près la même que dans la période prévoir plus d'une femme; on ne pouvait (édente, et il convient de remarquer s'accoutumer à l'idée de regarder le que, comme alors , les Islandais, coloconcubinage comme un péché. Les nie de Norvégiens , montraient un habitants du Nord n'avaient, pour la goût décidé pour la poésie et l'histoire, plupart, qu'une femme dans le temps Probablement une espèce de calendu paganisme, mais il ne leur était pas drier, taillé en lettres runiques sur interdit d'en avoir plusieurs, et pro- des bâtons, n'était pas inconnu. Il pacréer des enfants avec des esclaves et raît que l'on savait travailler l'or et des étrangères ne passait pas pour forger des armes. Les femmes s'apune infraction aux lois de la société. pliquaient à toutes sortes d'ouvrages.

Les prêtres païens , auxquels la nou- Les rois, possédant un territoire velle doctrine causait un dommage plus étendu qu'auparavant, pouvaient irréparable* la combattaient pour leur réunir des armées plus considérables, propre intérêt, et le peuple, par habi- La guerre , surtout en Norvège , se tude, tenait aux idées qui lui avaient faisnit plus par mer que par terre, été inculquées dès l'enfance. Cepen- On trouve, sous Gorm le Vieux , le dant , les cérémonies auxquelles il premier indice de jardinage en Daneétait accoutumé, contribuèrent à faire mark, et sous Harald Haarfager en embrasser le christianisme par beau- Norvège. Tous les paysans étaient encoup d'habitants. La pompe qui ac- core propriétaires de terres , et emcompagnait le service divin satisfaisait . ployaient des esclaves au labourage, les veux ; les chants de l'église plai- Les rois recevaient leurs revenus en saient aux oreilles, et, pour des nom- grains, en bétail, en beurre, car on ne mes grossiers, les émanations de l'en- pouvait pas encore convertir ces dencens, agréables à l'odorat, étaient bien rées en argent, qui était très-rare. Les propres à compléter leur ravissement, terres étaient déjà mesurées comme La vue des statues des saints ne les elles le sont aujourd'hui. Il est queschoquait pas , habitués qu'ils étaient tion, sous Gorm le Vieux, de

à celle de leurs idoles; même les pra> sins pour les grains, qui furent trèstiques superstitieuses de ces temps utiles pendant deux ans à cause des d'ignorance avaient des attraits pour mauvaises récoltes. Néanmoins, on ne eux. Des auteurs danois , protestants, peut pas dire que , durant cette péet pour lesquels par conséquent le riode , l'agriculture ait fait une des catholicisme est très -éloigné de la pu- principales industries de la Scandinareté primitive de l'Église chrétienne, vie, si ce n'est en Danemark, conviennent que peut • être un culte Le commerce éprouvait beaucoup plus simple que celui qui fut apporté d'empêchements parla piraterie, quoi-

ue dans certaines circonstance s on fît un et l'autre simultanément. La ville de Slesvig reçut de grands accroissements , parce que le roi Godefroi y amena les habitants de Reeik, qui paraît avoir été situé à peu de distance de Wismar; les autres villes citées étaient, en Danemark : Lethra, Ribe, Lund; en Holstein : Hambourg, Itzehoe, Meldorp; en Norvège : Tonsberg, Konijhell, Steenkieer. Les expéditions" maritimes étendirent l'usage des monnaies étrangères ; et le mark , l'œre, le skilling, le penning, sont déjà désignés par ces noms; toutes ces pièces avaient, dans le commencement, un poids fixe. On avait aussi des monnaies d'argent des rois Scandinaves de Dublin. Le commerce se faisait principalement entre le Danemark et la Norvège ; et aussi entre ces royaumes et l'Angleterre , l'Écosse , l'Irlande, la Frise , la Flandre , le nord -ouest de l'Allemagne, la Suède et les pays baignés par la Baltique; il avait surtout lieu par échange , et en moindre partie par le moyen des monnaies.

On tirait o'Angleterre du froment, du vin, des draps; de Russie, des pelleteries de prix : ce dernier objet était ensuite exporté en Angleterre.

On commençait à être mieux vêtu; on portait des chapeaux de Russie , de riches manteaux , des anneaux d'or, des bracelets plus précieux qu'auparavant. « Les amusements de nos ancêtres, dit Suhm, consistaient encore, durant cette période , en exercices du corps de toute espèce, tels que courir, monter à cheval , s'élancer sur les rochers et les navires, jouer à la balle, lutter, s'escrimer, nager, lancer alternativement en l'air et recevoir dans chaque main trois épées courtes ou petites haches. Ils aimaient aussi la chasse, le jeu des échecs , et se plaisaient à donner de g'rands repas où régnaient une liberté et u ne gaieté extrême ; mais > comme on y buvait avec excès, ces festins se terminaient souvent par des animoîités des querelles et des voies de fait. C'était également Pusagede se divertir à écouter les chants des scaldes ou les récits d'aventures, soit véritables,

soit fabuleuses. Les droits civils dont les femmes jouissaient étaient en petit nombre ; elles n'héritaient de rien , n'avaient nulle liberté de choix pour le mariage, et les veuves étaient sous la tutelle de leurs fils ou de leurs frères. »

Des détails précieux sur la géographie et la statistique u>s pays du Nord, dans la période qui nous occupe , ont été conservés dans la relation des deux aventuriers normands, Otter et XJIfsten, que le roi Alfred le Grand joignit à sa traduction d'Orose. Ces voyageurs avaient vécu à sa cour, et c'est d'après leurs récits qu'il écrivit leurs itinéraires. Otter doubla le cap Nord et arriva en Biarmie; IJIfsten alla de Hedebve (Slesvig), par la mer Baltique , à Truso , près d'Elbing en Prusse. Voici ce que nous apprend ce document : « Le Halland et la Scanie étaient spécialement appelés Danemark , probablement parce que les Danois étaient venus de ces contrées ; Bornholm avait alors ses rois particuliers; la Blekingie et l'île de Gotland appartenaient à la Suède. On allait en cinq jours , par mer, de la Norvège méridionale a Hedebve. En Norvège, les terres voisines des cotes étaient employées à l'éducation du bétail et au labourage. Dans le Halogaland norvégien (le Nordland actuel), on n'élevait guère d'autre bétail que des rennes ; la culture des champs , pour laquelle on se servait dechevaux, était peu importante. Les habitants du Finmark ( les Lapons ) étaient tenus de payer leur tribut en pelleteries, en fanons et ossements de baleines, et en plumes d'oiseaux.

Il" PÉRIODE HISTORIQUE.

Dé 941 à 1042, ou de l'établissement du christianisme à la fin de la domination des rois de Danemark en Angleterre.

Harald Blaatand (à la dent bleue) reçut le premier en héritage la totalité du royaume de Danemark ; toutefois , ce fut en se conformant a un ancien usage consacré par le temps chez les habitants du Nord : il fallait que le

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peuple donnât son consentement à l'inauguration du roi nouvellement élu ou parvenu au troue par droit de naissance, ce qui se faisait en lui rendant hommage et le proclamant dans plusieurs villes. Harald se présenta comme le seul héritier de Gorm; cependant, son frère Canut avait laissé un fils nommé Harald, tçpp jeune pour élever des prétentions contraires aux droits de son oncle II fut d'ailleurs d'autant plus facile à celui-ci de se mettre en possession de ses États et de les conserver dans leur ensemble , que vers la lin de la vie de son pere, ainsi qu'on l'a vu précédemment, il avait pris part au gouvernement du royaume. A son avènement, il était encore païen

Son règne , qui fut long , présente encore beaucoup d'obscurités et d'incertitudes. Suivant plusieurs historiens contemporains français et normands, il était depuis peu de temps sur le trône, lorsque Bernard le Danois , l'un des régents de Normandie pendant la minorité de Richard I er , petit-fils de Raoul , premier duc, lui demanda , en 1)42 , de venir au secours du jeune prince contre Louis IV, roi de France, qui cherchait, par ruse et par force, à le dépouiller de son patrimoine. Harald . que les auteurs français nomment Havgrold, arrive avec soixante vaisseaux portant une armée considérable, et débarque à Cherbourg. Il s'avance vers la Dive, et se réunit aux guerriers de Coutances etdeB.iyeux. Louis vient à sa rencontre; des conférences s'ouvrent et n'ont aucun résultat. On combat : Louis est fait prisonnier en 945, et conduit à Rouen. Il ne recouvre la liberté qu'en renonçant à ses prétentions sur la Normandie, dans une assemblée solennelle tenue sur les bords de l'Epte, qui faisait la limite du duché; puis Harald revient avec sa flotte en Danemark. Aucun historien danois ou Scandinave n'a parlé de cet événement. Il est cependant indubitable que Richard , duc de Normandie , a reçu des secours du Danemark , mais il est moins certain que Harald Blaatand soit allé lui-même en Normandie, ou qu'un autre prince ou fils de roi de ce

nom ait conduit en personne ces troupes. Un historien moderne présume que c'était Harald , neveu du mi Harald Blaatand, et nommé Guld-Harald (Harald le Doré) , à cause des trésors qu'il avait amassés dans ses expéditions de piraterie.

Les guerres de Harald avec la Norvège eurent des résultats bien autre- .ment importants pour le Danemark; en voici l'origine : Éric Blodôxe ( à la hache sanglante), fils et successeur de Harald Haarfager, roi de Norvège, avait fait, égorger plusieurs de ses frères, afin de s'assurer la possession de tout le pays. Ces cruautés et d'autres actes de violence de ce prince et de son épouse Gounild , femme habile, mais audacieux et méchante, leur attirèrent la haine de la plus grande partie des peuples. Au bout de quelques années , Éric fut contraint de s'enfuir du pays, où arriva son frère Haquin, surnommé Adelsteen, parce que, dans son enfance, Adelstan, roi d'Angleterre, l'avait élevé. Celui ci était chéri pour ses belles qualités. Ayant i nu liment proposé à Éric de partager le royaume, il s'avança vers Drontheim, reçut de l'aide du puissant iarl Sigurd , et promit aux paysans de leur res dre le droit de posséder des terres de franc-alleu, dont Harald-Haarfager les avait dépouillés. Alors ils le proclamèrent roi (938). La nouvelle s'en répandit bientôt dans le pays, qui se déclara pour lui. Éric se retira, avec sa femme et ses enfants , aux îles Orcades , et ensuite dans le Northumberland , en Angleterre, où, quelques années après, il fut tué dans une bataille/

Haquin régna longtemps avec gloire, et fut le premier législateur de la Norvège; mais ayant voulu établir le christianisme dans ce pays, la plus grande partie de la population se souleva contre lui; en même temps, des pirateries exercées sur les cotes de Danemark le brouillèrent avec Harald.

Gounild, veuve d'Éric, profitant de cette circonstance , accourt en Danemark avec ses fils ; elle y est bien accueillie , des terres sont assignées à ses enfants ; le roi en adopte un : Harald

Graafell (à la pelisse grise); et quand celui-ci arrive à l'âge viril, des troupes et des vaisseaux lui sont fournis. Harald Graafell recouvre une partie du domaine de son père dans le sud ; puis il s'avance plus au nord avec ses frères. Gouttorm, un de ceux-ci, est tué dans une bataille livrée en 956, près du cap Augvald, sur l'île Karinen , et Harald , défait par taquin, regagne le Jutland.

Dpux ans après , nouvelle tentative sur la Norvège septentrionale: Harald- Graafell débarque à Fredôe , aujourd'hui Qvamsôe ; malgré la supériorité de ses forces, il est vaincu, perd un autre de ses frères , et se réfugie de nouveau en Jutland. En 963 , il se montre une troisième fois sur la côte de Norvège avec soixante vaisseaux, et débarque à Storôe, dans leHordaland ou Sôndhordlehn, qui fait partie du diocèse de Bergen. Bien que pris au dépourvu» et n'ayant qu'une armée quatre fois moins forte que celle de ses ennemis, Haquin est encore vainqueur; mais il est atteint mortellement par une flèche. Comme il mou/ut sans enfants, Harald-Graafell et ses frères obtinrent le royaume de Norvège. Harald paya pendant trois ans au Danemark un tribut convenu d'avance.

Cependant des neveux de Haquin et d'Eric possédaient plusieurs cantons du sud de la Norvège, et Sigurd, iarl, était bien plus puissant dans le nord.

Harald-Graafell parvint à gagner un des frères de Sigurd , et , de concert avec ce traître, entoura une métairie où couchait le iarl , y mit le feu , et l'y fit périr avec toute sa suite.

Le peuple de Drontheim , indigné , choisit pour iarl Haquin , fils de Sigurd , qui, pendant trois ans, combattit contre Harald-Graafell et ses frères ; alors il conclut avec eux un traité qui lui conserva la dignité et la puissance de son père ; ils avaient pour leur lot la partie moyenne de la Norvège. Haquin, se défiant d'eux avec raison", fit ail anee avec les chefs du sud. Harald Graafell et un de ses frères, ayant réussi à se défaire d'eux, devinrent trop puissants pour le iarl.

Il put, à la vérité, leur résister pendant quelques années, et même les força une fois à quitter le pays. Ils prirent ensuite leur revanche, et, en 976, il fut, à son tour, obligé, de s'en aller en Danemark avec sa flotte.

Il y rencontra Guld-Harald, qui lui communiqua son projet de réclamer sa part du Danemark. Haquin le fortifia dans ce dessein. Guld-Harald demanda donc à son oncle la moitié du royaume; Harald lui répondît par un refus.

Guld-Harald retourna consulter Haquin, et lui confia qu'il voulait soutenir son droit par les armes ; le iarl l'en dissuada. Le rot, dont Haquin avait gagné la confi mce, lui avoua que, pour sa propre sûreté, il était décidé a se défaire de son neveu. Haquin lui représenta qu'il se ferait le plus grand tort en prenant ce p.irti violent, parce que le peuple, qui avait tant aimé Canut, se soulèverait probablement en apprenant la catastrophe de son fils.

Ayant inspiré des craintes et des doutes au roi, il ajouta : « En Norvège, « les rois sont haïs par le peuple , à « cause de leur méchanceté et de leur « dureté ; leur puissance n'est pas « unie ; il est facile de s'empnrer de ce « pays. » Harald Blaatand manifesta de là répugnance et des scrupules d'agir contre un roi qu'il avait élevé. Le rusé iarl lui rappela que ses servires avaient été bien mal reconnus par les fils d'Éric , et finit par lui pe^uader qu'il choquerait moins les Danois en dépouillant des étrangers, qu'en faisant périr son neveu. Ensuite il courut annoncer à Guld-Harald que la Norvège serait à lui, et qu'il l'aiderait à l'obtenir.

Bientôt Harald-Graafell reçoit une invitation de venir payer son tribut au roi de Danemark ; ii arrive en Jutland, sur les bords du Liimfiord, près de Hais. Guld Harald l'attaque avec neuf vaisseaux. Le roi de Norvège succombe avec un grand nombre des siens , après s'être vaillamment défendu. Tout à coup apparaît Haquin, avec douze vaisseaux ; il annonce qu'il vient venger la mort de Harald-Graafell. Il disperse les troupes de Guld-

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Harald, et fait pendre celui-ci. Condamné , par HaraUl-Blaatand , à une forte amende, pour ce meurtre, il lui fut aisé de la payer avec les trésors de sa victime.

Tous deux partirent ensuite pour la Norvège , avec une flotte très-nombreuse. Harald-Blaatand y fut reconnu roi suprême , sans la moindre opposition , en 978. Il donna toute la partie septentrionale du pays, depuis le golfe de Drontheim, au iarl Hauuin, comme héritage de ses pères, et la partie occidentale, depuis ce golfe jusqu'au cap Lindesnœs, en fief, et à charge d'un tribut annuel et d'un hommage de soixante faucons; Harald-Granske , jeune prince du sang royal, eut toute la partie orientale et méridionale, jusqu au cap Lindesnaes, avec le titre de roi, à condition de payer un tribut; le roi de Danemark ne se réserva que la partie du royaume désignée par le nom de Vig , et comprise entre le Gœtha-Elf et l'Eggersund.

Harald n'avait pas toujours été aussi heureux dans ses entreprises. En 947, sous le règne de l'empereur Otton I er , le comte Wikmann, qui s'était révolté contre ce prince, ayant été battu, vint chercher du secours chez les princes obotrites de la Vagrie, et chez les Danois , tous également avides de combats et de pillage. Déjà ceux-ci avaient attaqué la garnison allemande du Slesvig, et tué le margrave, et s'étaient ainsi emparés des cantons situés entre le Slieetl'Eider.

Instruit de ces faits, disent les anciens historiens, Otton marcha contre les Danois, entra dans le .lut! and, le ravagea par le fer et le feu, et ne s'arrêta que sur les bords du Liimfiord, dans un endroit où ses eaux , resserrées près d'Aaiborg, ont conservé le nom d'Ottesund (détroit d'Otton); mais il serait plus exact d'écrire Oddesund ou Oddsund (détroit du Cap), à cause du cap Tyholm , situé dans ce lieu.

Suivant les chroniqueurs , Otton avait enfoncé sa lance dans la terre en signe de souveraineté; ce fait est trèssujet à contestation. Qttond Otton

revenait vers l'Allemagne, Harald- Blaatand, qui l'attendait près de Slesvig , l'attaqua. On combattit vaillamment des deux côtés; mais la victoire se déclara en faveur des Allemands, et les Danois furent obligés de se retirer sur leurs vaisseaux. Harald ne put obtenir la paix qu'en promettant d'embrasser la religion chrétienne, de payer un tribut annuel aux empereurs d'Allemagne, et de reconnaître leur suzeraineté sur le Jutland méridional. En conséquence du traité, le roi se fit baptiser avec sa femme et son fils.

L'empereur fut parrain de ce dernier,

3ui, à son nom de Svend, ajouta celui 'Otton. Un grand nombre de Danois suivirent l'exemple de leur souverain.

Des critiques modernes ont, avec grande apparence de raison , nié que le résultat de cette campagne d'Otton I er en Jutland ait amené la conversion du roi de Danemark au christianisme. Cette expédition eut lieu de 952 à 958; et il semble avéré que Harald ne fut baptisé que vers 965 ou 966. Quoi qu'il en soit, il était de l'intérêt de l'empereur que l'introduction du christianisme chez les Danois adoucît les mœurs de ce peuple, qui, par les doctrines de son ancienne religion, conservait un caractère farouche , intraitable , enclin à la piraterie et au brigandage. Mais il se passa plusieurs années avant que les prédicateurs de la religion chrétienne parvinssent à la répandre; toutefois, ses bons effets se manifestèrent graduellement : la population , la culture de la terre, le commerce , firent des progrès , à mesure

?|ue la piraterie diminua. Des évéchés urent fondés à Slesvig, à Ribe, à Aarhuus, à Odensè, et en même temps par Otton, à Altenbourg, en Vagrie; celui-ci fut ensuite transféré àLubeck; tous étaient suffragants de la métropole de Hambourg.

Des troubles ayant éclaté dans l'Allemagne méridionale, Harald ne put résister à la tentation d'en profiter; il reprit le margraviat de Slesvig, répara le Danevirk, et le fortifia par de nouveaux ouvrages. Néanmoins, ce rempart fut force par Otton II , qui reprit

le Slesvîg et y rétablit un gouverneur et des milices pour le défendre contre les Danois. On raconte que Haquin, iarl de Norvège, amena des secours à Harald, qui, après avoir fait la paix avec l'empereur, obligea le iarl à recevoir le baptême. A peine celui-ci fut-il retourné sur ses vaisseaux, qui devaient le ramener en Norvège, qu il fit débarquer les prêtres qui devaient l'y accompagner ; il était si irrité de ce baptême forcé , qu'il pilla les côtes du Danemark , et ensuite refusa de payer le tribut qu'il devait.

Harald s'appliquait cependant à donner à son royaume des lois et des institutions que l'introduction du christianisme rendait nécessaires; il les étendit aux Saxons et aux Frisons de la NordAlbingie. Pour assurer l'obéissance de la Poméranie , conquise par ses prédécesseurs, il y envoya une colonie de Danois, et y fit bâtir Vineta ou Iomsborg, forteresse qui devint fameuse sous ce dernier nom ; elle était dans l'île de "Wollin , à l'embouchure de l'Oder. C'est pourquoi les historiens font souvent mention de la ville de Julin. Son chef le plus célèbre fut le prince suédois Styrbiôrn, neveu d'Éric le Victorieux , et après lui Palnatoke. Cette colonie s'était transformée en une espèoe de république , où l'on retrouvait toutes les qualités farouches des anciens Scandinaves ; il n'est donc pas surprenant que la jeunesse danoise vînt s'y former à la piraterie, car l'abandon de ce métier lucratif la chagrinait et la contrariait.

Tout occupé du soin de propager le christianisme, Harald quitta le séjour de Lethra, souillé par des sacrifices de victimes humaines, et transporta sa résidence à Rôskild, ville également située en Seeland. Son zèle avait fait beaucoup de mécontents. Svend, impatient de régner, mit ces dispositions à profit et se révolta. Suivant quelques auteurs, ce jeune prince, féroce et impétueux , avait été élevé à Julin. Il demanda à son père une partie du royaume à gouverner. Ayant éprouvé un refus, il se fait un parti chez les Tenèdes ; it promet aux Danois, encore

païens dans le cœur, pour la plupart, de rétablir le culte de leurs pères; il arme secrètement ; Palnatoke lui amène des troupes; Harald, hors d'état de résister, fut contraint de quitter ses États et de chercher un asile chez ce même duc de Normandie qu'il avait autrefois secouru. Richard se montra reconnaissant. Il lui donna le comté de Coutances , en attendant qu'il pût armer pour son rétablissement ; et il fut assez heureux pour rendre à Harald un service égal à celui qu'il avait reçu de lui. Ce fait n'est pas raconté par les anciennes chroniques danoises.

Harald ne jouit que peu d'années du bienfait de Richard. Svend , loin d'être touché du pardon qui lui avait été accordé, quelques auteurs ajoutent même du don d'une partie du royaume, trama de nouveaux comlots contre son père ; il opposa une otte à la sienne : elle fut défaite ; mais peu de temps après, Palnatoke arrive avec une escadre, descend secrètement en Seeland , et apprenant que le roi passait la nuit dans un bois , avec un petit nombre de gardes , il le surprend et le tue d'un coup de flèche.

Ce triste événement se passa en 991.

Harald fut enterré dans l'église de Rôskild.

11 avait eu trois fils : Éric , devenu roi des Anglo-Saxons du Northumberland, en Angleterre, de 952 à 954 , fut chassé et tué ; Haquin fit des conquêtes en Samland (Prusse), et y régna jusqu'à sa mort, en 976; enfin Svend.

SvendI** Tveskiaeq. Svend Tveskiaeg (à la barbe fourchue) avait soutenu une guerre opiniâtre en Scanie, contre Éric le Victorieux , roi de Suède. Fauteur secret du paganisme , il y revint dès qu'il fut roi, et persécuta les chrétiens ; il ne répondait que par le mépris aux sollicitations de l'archevêque de Brème, qui l'invitait à épargner les hommes professant cette religion. Son règne fut extrêmement agité. Ayant attaqué les habitants de Julin, if fut fait prisonnier, et ne put recouvrer la liberté qu'en payant une très-grosse rançon.

Si les dernières années du règne de

Harald sont enveloppées de beaucoup de doutes et d'obscurité, les premières de celui de son successeur ne le sont pas moins. Quelques anciennes chroniques disent que Svend Tveskiœg tomba trois fois entre les mains des pirates de Julin, et qu'il fut constamment délivré par le même moyen employé à l'occasion de sa première captivité. Les historiens modernes ont remarqué, avec raison, que cette répétition du même événement devait sembler d'autant plus improbable, que chaque fois , celui de la délivrance était accompagné de circonstances plus marquées au coin de la fiction. D autres ont borné à deux ses mésaventures dans ce genre.

Ils ont ajouté que les succès d'Éric le Victorieux par mer avaient forcé Svend à quitter son royaume , et que pendant quatorze ans, le Danemark avait été assujetti à la Suède. Éric, païen, persécuta les chrétiens; Laofdag , premier évêque de Ribe , souffrit le martyre. En 994, une flotte immense de navires suédois et danois parut dans la mer du Nord, le 25 juin; une partie remonta l'Elbe ; l'armée débarqua près de Stade; celle des Saxons fut vaincue, la ville emportée d'assaut, des cruautés horribles furent commises sur les prisonniers. Des secours arrivèrent : les vainqueurs devinrent victimes de leur ardeur pour le pillage. L'autre moitié de leur armée, qui avait abordé à l'embouchure du Weser, et déjà dévaste une partie du pays, fut atteinte dans sa marche pour se réunira la première, et partagea son sort; le nombre des Normands qui périrent dans cette occasion est porté à 20,000.

Cependant Svend ne restait pas oisif.

Il se réfugia d'abord en Norvège; le iarl Haquin , peu soucieux de reconnaître la suzeraineté du Danemark , accueillit assez mal le roi fugitif.

Svend, qui était à la tête d'une flotte assez considérable, fit des courses dans la mer du Nord , débarquant tantôt en Écossc, tantôt en Irlande, où sans doute il ne se présentait pas en supphaut et ne restait pas longtemps. Il

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