‹ DanemarkChapitre 21 sur 32 · CHRISTIAN IV · texte numérisé non relu

CHRISTIAN IV

L'aristocratie danoise, au moment où Frédéric II succombait prématurément, n'était divisée par aucune de ces tendances rivales qui , à la faveur des minorités, luttent contre un pouvoir dont l'action s'arrête, et dont la force n'est plus qu'un principe.

Nous avons vu le sénat maître de l'élection , et tuteur de la puissance royale. On eût dit que le trône n'avait été conservé que pour jeter plus de lustre sur ce corps ambitieux et jaloux. Il s'occupa immédiatement de composer un conseil de régence, et repoussa les prétentions du duc de Sunderborg, irèredu roi défunt, aussi bien que celles de la reine mère, dont les droits furent limités à ce qui regardait le Holstfin , fief mouvant de l'Empire.

Les membres du conseil de tutelle furent choisis exclusivement parmi les sénateurs ; c'étaient le grand chancelier Kaas , le {zrand amiral Munck , Rosenkrantz et Walkendotff. Cependant leur pouvoir, qui remplaçait celui du roi, avait les mêmes bornes, et l'action des tribunaux inférieurs était maintenue dans son indépendance. Ces précautions étaient un avertissement

aux nouveaux administrateurs de conserver intacts les privilèges du sénat :

comme pour témoigner de leur déférence à ses volontés , ils repoussèrent avec hauteur les réclamations de la noblesse, blessée dans quelques-uns de ses droits par une oligarchie tyrannique. Ce qui indigue plus évidemment peut-être l'omnipotence sénatoriale et son action particulière sur les régents, c'est la conduite des représentants du sénat danois dans le Holstein. La mort de Frédéric et celle du comte Adolphe laissaient le duché sans chefs. Les états du duché crurent cette occasion favorable pour revendiquer le droit d'électiomdroitque leuravaitconcédé Christian I er , mais qu'ils n'avaient jamais exercé. Le sénateur Rantzow et Rammel, gouverneur du prince mineur, quoique délégués pour appuyer les droits de Christian, cédèrent à cette prétention, non par faiblesse ni par prudence, comme l'ont pensé plusieurs historiens, mais parce que le principe électif reconnu dans le duché mettait les rois de Danemark dans une dépendance plus étroite de la haute aristocratie. Philippe, fils aîné du duc Adolphe, qui avait d'abord refusé de se soumettre à l'élection, et qui réclamait, à titre d'héritage, sa part de souveraineté , fut obligé de subir les conditions des états, lorsqu'il se vit menacé d'être exclu de la succession.

L'investiture de Hambourg offrit quelques difficultés auxquelles nous ne nous arrêterons pas. Cette ville, enclavée dans le Holstein , voyait son commerce décroître rapidement, et elle saisissait toutes les occasions de revendiquer ou d'étendre ses privilèges; mais son influence diminuait comme sa prospérité, et elle n'avait plus qu'à se résigner, n'étant plus en état de se faire craindre. Cette situation, qui était celle de toute la ligue hanséatique, tenait à des causes générales qui se présentent d'elles-mêmes, et que nous nous abstiendrons d'énumérer.

Christian alla recevoir à Opslo l'hommage des Norvégiens. Après la cérémonie , on lui remit un mémoire

qui contenait les doléances des divers ordres ; les régents promirent d'y faire droit, et s'en occupèrent en effet assez pour nourrir les espérances que fait toujours naître un nouveau règne; trop peu pour élever la Norvège a cet état de prospérité qui touche de si près à l'indépendance. On promit de ne nommer leur chancelier que parmi un certain nombre de nobles qu'ils désigneraient eux-mêmes, et de n'accorder désormais qu'à des Norvégiens les grands fiefs de cette couronne, faveur qu'on aurait pu regarder comme exceptionnelle depuis les différends des deux royaumes sous Christian IH (1591).

Christian montrait une intelligence précoce, et qui semblait se tourner vers les objets sérieux. Il témoignait àTycho-Brahé une estime particulière; les faveurs dont il le combla excitèrent plus tard la jalousie des courtisans , qui parvinrent à le perdre dans l'esprit du monarque. Ce savant, une des lumières du seizième siècle , n'était pas exempt des préjugés de son époque; il avait foi dans l'astrologie; et lorsqu'on pense aux bizarreries de l'empereur Rodolphe II, qui lui avait offert un asile, et sur lequel Tycho- Brahé exerça une espèce de fascination , on est tenté de féliciter Christian d'avoir réglé sa politique et sa conduite sur les rapports du inonde positif, et non sur les prétendues influences des corps célestes. Au reste, si le monarque honora le savant, le savant ne fut pas inutile au monarque; les encouragements que le jeune Christian accordait aux arts libéraux lui concilièrent l'estime de Rodolphe, qui lui accorda une dispense d'âge pour qu'il pût entrer immédiatement en possession du Holstein. Cette faveur, qui contrariait les vues du sénat , et à laquelle, dit-on, le crédit de Tycho- Brahé ne fut pas étranger, précipita sans doute la disgrâce de l'astronome.

La majorité du roi avait été fixée à vingt ans; ce fut précisément lorsqu'il eut atteint cet âge que les conseillers, et surtout le grand trésorier Walkendorff, forcèrent Tycho-Brahé à quitter

son observatoire de Hveen pour aller s'établir à Prague. Il fut reçu avec empressement par Rodolphe , prince qui aimait par-dessus tout l'alchimie, l'astrologie et l'équitation , passions , disent les annalistes allemands, dont une seule suffirait pour faire un mauvais empereur.

Le Danemark jouissait d'une paix profonde, et que les historiens attribuent à la sagesse du gouvernement de Christian IV. Nous y voyons plutôt un indice de décadence. La prépondérance du Nord était une question qui se débattait entre la Russie et la Suède; le calvinisme agitait toute l'Allemagne, où fermentait le levain des guerres religieuses. L'Angleterre disputait à l'Espagne et à la Hollande l'empire des mers. Le repos dans ces graves circonstances signalait déjà une influence déchue, à laquelle la guerre de Trente Ans devait bientôt porter le dernier coup.

Dans un voyage que Christian avait fait en Allemagne, il eut occasion de voir la princesse Anne Catherine de Brandebourg; il l'épousa à Hadersleben, en Jutland (1597). Deux années après, il équipa une flotte, fit le tour de la Norvège, et s'avança jusqu'aux parages de la mer Blanche. Les Russes et les Suédois , dans leurs luttes en Finlande, avaient souvent empiété sur la Laponie norvégienne; ils levaient des tributs sur ces peuplades qui ne savaient plus à quel maître elles étaient tenues d'obéir. Le roi demanda des explications à la Suède, qui se montra peu empressée de justifier sa conduite.

Pendant la minorité du roi , plusieurs changements avaient eu lieu dans le personnel de la régence ; Christian, émancipé par l'empereur, avait déjà pris possession du Holstein , ce qui n'empêcha point qu'il dût attendre le temps prescrit pour être couronné roi de Danemark. Ce fut en 1596 qu'eut lieu cette solennité, dont l'éclat .

fut encore relevé par le mariage de la

[>rincesse Augusta, sœur du roi, avec e duc Jean-Adolphe de Holstein Gottorp. Christian nomma aux grandes

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charges du royaume, dont quelquesunes étaient vacantes par la mort des titulaires. Christophe Walkendorff fut fait grand maître, Christian Frùs grand chancelier, Pierre Muuck grand maréchal ; il créa de plus huit sénateurs, ce qui en portait le nombre à vingt et un.

Nous rapporterons ici la capitulation imposée au roi par les sénateurs.

Cette pièce indique plus fidèlement que tous les commentaires historiques les causes de la révolution monarchique qui changea la constitution du Danemark sous le règne suivant. Nous emprunterons, en l'abrégeant, la traduction de Mallet , qui a rangé dans un ordre méthodique les quarante-huit articles dont se compose cette capitulation :

« Nous, Chrétien IV, etc. , déclarons par les présentes que les sénateurs de Danemark nous ayant élu du vivant de notre bien-aime père Frédéric II, de glorieuse mémoire , et nous ayant désigné pour être après lui seigneur et roi des royaumes de Danemark et de Norvège, avec l'adhésion de la noblesse, des habitants des villes , des paysans, qui nous ont prêté foi et hommage ; nous conformant en outre à l'usage qui prescrit au roi, en recevant la couronne, de s'engager avec les sénateurs représentant la noblesse et les autres états, par des lettres scellées de son sceau, et confirmées par serment , et de promettre à tous et à chacun en particulier de faire droit et justice, conformément à la loi, et de confirmer leurs libertés et leurs privilèges; à ces causes, en présence de nos sénateurs, et au nom de la sainte Trinité , nous avons promis l'exécution des articles suivants :

« Le roi s'engage à maintenir et à défendre la religion protestante dans ses États, et à faire observer une bonne et stricte justice.

« La suprême autorité résidant particulièrement dans la personne du roi, qui ne pourrait l'exercer par lui-même, le grand maître, le grand chancelier et le grand maréchal l'assisteront dans le gouvernement de l'État et l'expédition des affaires publiques.

« Le roi ne pourra faire la guerre que du consentement des sénateurs.

« Les sénateurs, la noblesse et tous les habitants du royaume, sont tenus de se soumettre à la juridiction du roi et du sénat, comme, de son côté, le roi devra faire justice à tout sénateur, et veiller à l'exécution des jugements émanés du sénat.

« Si un individu, noble ou roturier, avait quelque grief contre le roi, il sera libre d'en informer le grand maître, le grand chancelier ou le grand maréchal, qui feront au roi les représentations nécessaires; et dans le cas où cette intervention serait de nul effet, le plaignant pourra plaider sa cause devant les sénateurs et quelques membres de la noblesse, et il sera statué conformément aux lois du pays.

« Si un homme bien famé est accusé et calomnié devant le roi, l'accusateur devra porter sa plainte devant le roi et le sénat en présence de l'accusé; à défaut de preuves , la dénonciation réputée calomnieuse sera punie selon les lois.

« Des fiefs de la couronne seront conférés par le roi aux sénateurs pour qu'ils puissent soutenir dignement leur rang.

« Nul étranger ne pourra ni siéger au sénat ni obtenir aucun ûef de la couronne.

« La noblesse danoise possédera librement et à perpétuité ses terres et ses vassaux. Sa juridiction et ses franchises seront les mêmes aue celles du roi dans les domaines de fa couronne.

Elle jouira de tous ses autres privilèges, comme droit de chasse, de pêche, patronage, etc. , sans aucune diminution ni restriction.

« Le roi n'exigera de la noblesse que les impôts et contributions consentis par le sénat.

« La noblesse sera libre de faire le commerce avec les marchands étrangers, et le roi ne pourra interdire l'exportation d'aucune denrée sans le consentement du sénat.

« Le roi ne pourra ni par lui-même ni par l'intervention de tiers acquérir des terres nobles, ni se les approprier

à titre d'hypothèques ; et de leur côté, les sénateurs n'auront point la faculté d'acheter aucun bien appartenant à un paysan libre, sans la permission formelle du roi.

«Le roi ne pourra conférer la noblesse à un roturier sans le consentement unanime du sénat, si ce n'est en temps de guerre, et pour récompenser quelque action d'éclat.

• Si un individu anobli, et possédant des terres nobles, ne laisse à sa mort que des héritiers roturiers, ses terres ne passeront ni à ses héritiers ni à la couronne, mais les héritiers seront tenus de les vendre dans l'espace d'un an et un jour à un acquéreur noble.

« Les officiers du roi n'arrêteront ou- n'emprisonneront aucun gentilhomme avant jugement, sauf le cas de flagrant délit.

« Les officiers du roi ne pourront délier un gentilhomme; ils seront tenus de se pourvoir en justice pour obtenir satisfaction. Toute lettre de défi doit être envoyée ouverte, et scellée par deux gentilshommes. La personne, ainsi provoquée, sera tenue de suivre ceux qui lui auront signifié le cartel , un jour et une nuit après cette signification.

«Nul gentilhomme ne sera dépossédé de ses biens ni des fîefs qu'il tient de la couronne, qu'après avoir été juridiquement convaincu de trahison envers le roi et le royaume.

« Le roi ne pourra accorder à des étrangers aucun privilège, aucun monopole, dont l'exercice se rattacherait aux intérêts généraux du royaume.

«Il maintiendra toutes les libertés, grâces et concessions accordées par ses prédécesseurs.

« Les baillis ou gouverneurs et leurs officiers ne pourront, à la sollicitation du roi , soustraire aucune cause à la juridiction compétente ; le rapport des jurés ne sera admis que dans les procès sur les limites.

« Les terres que le roi aurait acquises par les armes ou par des traités seront annexées à la couronne de Danemark.

« Si quelque province danoise, ce qu'à Dieu ne plaise, était conquise par 1 ennemi, et reprise ensuite sur lui, les habitants de cette province seraient réintégrés dans tous leurs droits et possessions.

« Le roi ne négligera rien pour recouvrer les îles de Shetland et les Orcades.

« Il donnera tous ses soins à l'agrandissement et à la prospérité du royaume.

« Le Danemark demeurera un royaume libre et élertif.

« Le roi, sur sa foi et son honneur, jure d'observer collectivement et séparément, dans leur esprit et leur teneur, tous les articles ci-dessus énoncés. »

Les vices de cette capitulation, qu'on pourrait appeler la Charte du sénat de Danemark , ne se révélèrent que

I)lus tard. La longue minorité du roi 'avait discipliné, pour ainsi dire, à toutes les exigences de l'aristocratie.

Les grands eux-mêmes n'avaient aucun intérêt à changer un état de choses qui leur était si favorable; aussi la paix du royaume ne fut-elle pas sérieusement menacée. Cependant quelques différends s'élevèrent entre le Danemark et l'Angleterre au sujet du droit de pêche : la mort d'Élisabeth (1603) empêcha d'y donner suite.

Des contestations assez vives sur les limites de la Laponie suédoise auraient peut-être amené une rupture entre les deux royaumes Scandinaves , si le poids de deux couronnes n'eût imposé à Sigismond la patience et la modération. Ce monarque, pour ménager le Danemark, consentit même à accorder à l'électeur de Brandebourg, beau-père de Christian, l'investiture du duché de Prusse.

Malgré les efforts de la Suède , la politique danoise se rapprochait de celle de la Russie. Le tsar Boris Godounof envoya des ambassadeurs pour négocier le mariage de sa fille Xénie avec le duc Jean, second frère du roi, qui faisait alors la guerre dans les Pays-Bas sous les drapeaux de l'Espagne. Christian, que le sort de Magnus

aurait pu faire hésiter, consentit à cette alliance, et ie duc partit pour Moscou. Une fièvre nerveuse l'enleva dans la fleur de l'âge, au milieu des fêtes et des préparatifs de son hymen.

Le roi se préparait à la guerre, tout en mettant à profit les loisirs de la paix. Il mettait en état de défense les places fortes qui couvraient ses frontières , quoique des refus de subsides aient souvent ralenti son zèle. Il veillait à l'observation de la justice par un sentiment de droiture , et pour contre-balancer par le contrôle royal l'influence toujours croissante du sénat.

Le commerce, l'exploitation des salines, la facilité des transactions, étaient l'objet de sa sollicitude. Il n'est point douteux que l'état de servage des paysans et l'abaissement de Tordre de la bourgeoisie n'aient fourni à la noblesse des occasions fréquentes d'abuser de ses privilèges. « Le Danemark, ditTycho-Brahé dans une élégie latine, sympathise avec ma disgrâce, et gémit sur ses propres maux. {Dania)... condolet, etpropriis ingemit ipsa ma lis. »

En effet, plusieurs tentatives, et notamment celle que fit Christian pour assurer à ses sujets les avantages du commerce maritime qu'exploitaient les villes de la Hanse , échouèrent par le mauvais vouloir des nobles. La fondation d'un arsenal compléta la défense de Copenhague; il fit élever près de cette capitale la résidence de Rosenborg, qui est aujourd'hui dans l'enceinte de la ville, et fonda sur la frontière de la Scanie la ville deChristianstadt. La codification raisonnée des lois de Norvège et l'ordonnance ecclésiastique sont regardées comme un des monuments les plus utiles de ce règne (1604-1607).

On a vu par ce qui précède que le Danemark, malgré les vices de sa constitution, jouissait d'une tranquillité profonde. Le peuple, qui porte en grande partie le poids de la guerre et de l'ambition de ses maîtres, ignore souvent que ces périodes de calme sont les avant-coureurs de son abaissement.

La paix n'est désirable et utile que lorsqu'elle vient couronner des insti-

tutions fortes. Dans le cas contraire, elle énerve et fausse le sens national, et fonde sur une base fragile la prospérité matérielle. Les dissensions intestines, les guerres de principes, peuvent ébranler les États; mais, an sortir de ces crises, le repos conserve quelque chose de puissant et de digue, qui passe dans la vie publique, et protège le présent de toutes les gloires du passé. La Suède, déchirée par les querelles des fils de Gustave Vasa, dut peut-être son salut à l'énergie de leurs vices. C'est au milieu du supplice des nobles , des intrigues de la papauté .

des désordres nés du choc des intérêts suédois et polonais, que se préparait la grandeur de la Suède, personnifiée dans Gustave-Adolphe.

Sigismond voyait le sceptre paternel lui échapper pour passer dans les mains de Charles, son oncle. Ce dernier, qui frappa sans hésiter tant de têtes illustres, reculait devant la puissance d'un principe ; son caractère entier et fougueux lui faisait haïr Sigismond, prince plus polonais que suédois , et que ses croyances catholiques excluaient du trône, d'après le pacte de succession. La guerre de Livonie avait formé des officiers expérimentés, et les ressources de cette contrée fertile permettaient à la Suède de consacrer aux armes des bras que réclamait naguère l'agriculture.

Christian ne pouvait voir, sans en être alarmé , les progrès d'une puissance rivale , et dont la marine devenait menaçante. Le moment lui paraissait favorable, et les empiétements de la Suède en Laponie offraient un prétexte plausible de rupture. Le roi convoqua les états à Odensée, et fit valoir inutilement ces motifs ; le sénat et la noblesse n'étaient pas disposés à faire les sacrifices qu'aurait exigés la guerre. Christian , forcé de renoncer au projet d'attaquer la Suède, envoya quelques vaisseaux à la recherche des anciens établissements islandais dans le Groenland. Soit incapacité des officiers qui commandaient ^'expédition , soit que les dispositions hostiles des naturels aient présenté trop d'obstacles

à une exploration difficile , cette tentative et quelques autres qui la suivirent restèrent sans succès.

Le roi était impatient des entraves ou le retenaient les sénateurs; faute d'aliment , son activité se portait sur ses relations extérieures ; c'est ainsi qu'il alla lui-même soutenir les prétentions du duc de Brunswick, engagé dans une lutte malheureuse contre ses États héréditaires. La même année (1606), il alla visiter le roi Jacques I er , dans le hut présumé de se concerter avec ce monarque sur les intérêts protestants, menacés de plus en plus par l'Espagne et l'Autriche. Si Christian ne demandait que l'occasion d'agir, Jacques éloignait avec un soin égal tout ce qui aurait pu troubler son repos et ses plaisirs , de sorte que l'entrevue des deux beaux-frères n'eut aucune influence appréciable sur la politique générale.

La noblesse avait reconnu pour successeur Christian , fils du roi, et que la mort enleva quelque temps après.

L'année suivante (1 609) fut marquée paT la peste qui ravagea le Danemark, et particulièrement le Jutland. C'est au milieu de ce deuil public que naquit le prince Frédéric, qui régna depuis sous le nom de Frédéric III. A In même époque, mourut le chancelier Hvitfeld, compilateur judicieux et savant du vaste recueil ayant pour titre Chronique de Danemark.

Charles IX, roi de Suède, marquait la fin de son règne par des actes où dominent tour à tour le désir de rester en paix avec le Danemark, et l'intention de provoquer une rupture. Il accordait des privilèges pour la pêche et le commerce à la ville de Gotheborg, s'arrogeait des droits exclusifs sur les ports de la Livonie , et prélevait des tributs arbitraires sur quelques peuplades de la Laponie norvégienne (1611). Pour cette fois, le sénat de Danemark, qui avait toujours à cœur la question des trois couronnes, et celle de l'île de Gotland , entra dans les idées du roi. Les contingents militaires furent mis sur un pied respectable; on éleva les droits du Sund

pour suppléer à l'insuffisance des subsides, et la marine reçut les accroissements que réclamaient les circonstances.

Tandis que 12,000 Norvégiens gardaient les frontières, l'armée principale, composée de 12,000 Danois et de 4,000 étrangers, s'apprêta à pénétrer dans la Suède méridionale. Une forte colonne se porta sur le Halland, tandis que Christian, après avoir longtemps attendu une réponse à sa déclaration de guerre, marcha sur Brômsebro, et alla investir Calmar. Ce fut devant cette place qu'il reçut la déclaration de guerre ae Charles. Ce roi opposait ses propres griefs à ceux de Christian. Quant à la Laponie, les limites n'avaient jamais été tracées avec assez de précision pour que, des deux côtés, les prétentions ne pussent être attaquées et justifiables. Si la navigation de la Baltique avait été troublée par les Suédois, c'était, selon le roi de Suède, parce que sous la garantie de l'alliance on avait envoyé des secours à ses ennemis. Après cette justification, il accusait Christian de porter dans son écu les trois couronnes, d'avoir accueilli dans ses États des mécontents, obligés de quitter la Suède pour se soustraire à l'action des lois; il réclamait le château de Sonnenborg dans l'île d'Oesel, et semblait particulièrement blessé de ce que les réclamations du roi de Danemark eussent été adressées aux états de Suède , ce qui était injurieux aux droits d'un prince régnant, surtout dans un royaume héréditaire.

L'armée suédoise, forte de 24,000 hommes, suivit de près cette déclaration. Christian, craignant de ne pouvoir résister à des forces supérieures,

f tressa le siège; la ville se rendit; mais a citadelle, où s'étaient retirées la bourgeoisie et la garnison, opposa une résistance sérieuse. Sur ces entrefaites, l'armée suédoise étant venue camper à peu de distance de Calmar, Christian envoya l'ordre à Séhested, qui commandait le second corps, d'abandonner le Halland, et de marcher en toute hâte à son secours ; lui-même se

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rendit à Copenhague pour chercher de nouveaux renforts, laissant au duc George de Lunébourg et aux deux Rantzow le soin de se maintenir dans Calmar et de réduire la citadelle. La situation de ces chefs était critique; ils attaquèrent avec résolution les Suédois. On combattit avec acharnement, mais sans avantage marqué, et les deux partis s'attribuèrent la victoire.

Gustave-Adolphe s'était emparé par surprise d« la ville de Christianstadt , dont les ruines furent reprises par les Danois quelque temps après. Quant à la citadelle de Calmar, elle fut secourue et approvisionnée ; mais l'approche du corps de Séhested compensa

f)our les Danois ce désavantage. Chares se vit sur le point de reprendre la ville; mais il dut se retirer avec une perte considérable. On se battait encore lorsque le général arriva et décida la victoire. La capitulation de la citadelle couronna cet avantage. Les historiens danois soutiennent que le commandant delà place, Some, n'ayant plus de poudre, fut obligé de se rendre; les Suédois, au contraire, prétendent que cet officier, qui avait été maltraité par Charles, jeta ses munitions à la mer, et passa à l'ennemi. Ils ajoutent que le roi de Suède se montra tellement irrité de c ette trahison, qu'il défia en combat singulier le monarque danois. Nous rapportons ici cette lettre , moins parce qu'elle est conforme aux mœurs du temps, que parce qu'elle donne une idée du caractère emporté de Charles.

« Tu as manqué à l'honneur et aux « devoirs d'un roi chrétien, en violant « le traité de Steltin , en assiégeant » Calmar, en prenant la citadelle par « trahison. Tu rendras compte devant « le Juge suprême du sang que tu as « fait verser. Jusqu'ici tu as rejeté « tous les moyens de réconciliation « que nous avons bien voulu t'offrir; « aujourd'hui que nous sommes près « l'un de l'autre, nous te proposons « un expédient qui mettra fin à nos « différends. Présente-toi donc, sui- « vant l'ancienne et noble coutume

«desGoths, et viens combattre avec « nous en plein champ, avec deux de « tes serviteurs, gens de guerre et d'un « sang noble. Nous nous y rendrons « aussi, nous troisième, sans cuirasse « et sans autre arme que le casque et «l'épée. Si tu manques au rendez- « vous , nous te tenons pour un roi « sans honneur et pour un soldat in- « digne. »

Charles, en écrivant un tel cartel, avait du moins une excuse dans son âge et dans l'irascibilité de son tempérament ; mais Christian, en lui répondant sur le même ton, autorisait à croire que quelques-uns des reproches qu'on lui adressait étaient fondés. «Malade de «cerveau et infirme, lui répondit-il « entre autres sarcasmes injurieux, tu « es plus fait pour rester auprès de « ton médecin et de ton feu que pour « te mesurer avec nous. » Si les princes ne se battirent pas en combat singulier, les deux armées, qui semblaient animées de toute la haine de leurs chefs, luttèrent avec acharnement, les Suédois pour conserver leur position, les Danois pour les en déloger. Des deux côtés, la perte fut considérable; mais bientôt la saison avancée, les maladies et la difficulté d'assurer les approvisionnements , contraignirent les armées à prendre leurs quartiers d'hiver. Christian confia à l'Écossais Sinclair la défense de Calmar, et conduisit la flotte à Copenhague.

Pendant que Gustave-Adolphe s'emparait de 1 île d'Oeland, et que la flotte danoise capturait sept vaisseaux de guerre, Charles IX terminait sa carrière (13 octobre 1611), à l'âge de soixante ans. Ce prince, qui avait de grands défauts et des qualités plus grandes encore, avait laissé au sénat, par son testament , le soin de choisir entre le duc Jeau, son neveu, et Gustave-Adolphe. Les deux jeu nés princes avaient été élevés ensemble, et soit que le titredefils dudernierroi aitfamiliarisé le duc Jean avec l'idée de voir Gustave sur le trône, soit plutôt que l'ascendant d'un mérite précoce ait décidé la question à une époque ou a Suède avait tant besoin d'un chef babiw

et brave, les scrupules de Charles ne du jeune roi de Suède, mal servi et

corn pl iauèrent point la question si mal obéi, ne pouvait faire face à tous

grave de la succession. Après un in- les périls. De son côté, Christian ne

terrègne de deux mois, la reine et le se dissimulait point que les disposi-

duc abandonnèrent la régence, etGus- tions de sa noblesse tournaient à la

tave prit le titre de son père : Roi élu paix; elle semblait craindre que l'exer-

et prince héréditaire de Suède, des cice du commandement militaire, si

Goths et des Pendes. Il entrait dans la lutte se prolongeait, n'offrît au roi

sa dix-huitième année. l'occasion de réduire les privilèges du

L'hiver sévissait encore, lorsque les sénat.

Suédois ouvrirent la campagne par une Les influences étrangères contriinvasiondans le Halland ; de son côté, huaient aussi à faire espérer une rél'armée danoise, pénétrant dans la conciliation prochaine. Jacques r r s'y Gothie, fit une pointe jusqu'à Vexiô, employa surtout, et offrit sa médiaqu'elle réduisit en cendres. Gustave- tion. Enfin, la paix fut signée à Knô- Adolphe ravagea la Scanie, et alla in- rôd, malgré les hésitations de Chrisvestir Helsingborp. tian, qui céda enfin, craignant que C'est là que ce jeune prince, surpris les Hollandais et les villes de la Hanse, par le général Rantzow, dut son salut dans le mécontentement qu'ils éprouau dévouement d'un officier, nommé vaient de la surtaxe des droits du fianar. Cet échec fut suivi de la prise Sund , ne fissent cause commune de Scara par Christian, qui, enve- avec la Suède, loppé à son tour, perdit une grande Le grand chancelier Frùs, pour le partie de ses troupes, et se replia en Danemark, assisté des sénateurs Perstoute hâte sur Wardberg (1612). berg, Brahé et Brok; pour la Suède , Bientôt les flottes purent prendre la le chancelier Oxenstierna, depuis si mer -, mais la supériorité de la marine célèbre , le maréchal Horn et les sédanoise fit d'abord éviter aux Suédois nateurs Bielke et Stenbock , arrétout engagement sérieux. tèrent, en présence des ministres an- Christian n'avait rien négligé pour glais , les articles d'une paix défini réparer ses pertes; son armée, où se tive (1613). La Suède renonçait à ses trouvaient beaucoup de mercenaires prétentions sur la place de Sonnenborg, étrangers, était belle et nombreuse. 11 dans l'île d'Oesel, et à toute dominaalla mettre le siège devant Elfsborg, tion sur les Lapons des côtes depuis qui capitula après une vive résistance. Tetesfiord jusqu'à Waranger, en Nor- Les Danois trouvèrent dans le port vége, et restitua le Yemtland et le six vaisseaux de guerre, de l'artillerie Hériédal. Le Danemark rendit Calmar et des munitions. et l'île d'Oeland : la citadelle d'Elfs- La guerre continuait avec des suc- borg restait entre ses mains jusqu'à ces variés, mais dont le résultat était l'acquittement, en uix années, d'un à l'avantage des Danois. Christian million d éçus, alla prendre le commandement de la C'était, dit Geier, la seconde fois flotte, tandis que Rantzow, s'ouvrant que la Suède rachetait des Danois la un chemin dans l'intérieur de la Suè- ville d'Elfsborg , la seule qu'ils possède, brûlait les villes de Westerswick dassent sur la mer du Nord. Quant au et de Sùderkôping, et ramenait sous différend sur les trois couronnes, l'un Calmar son armée harassée et mécon- et l'autre État pouvait écarteler les tente. La flotte danoise, forte de trois couronnes dans ses armoiries, trente voiles , se contenta d'une dé- Le libre passage du Sund et une eninonstration qui alarma Stockholm, tière franchise de commerce étaient et rentra dans Copenhague. Gustave- garantis aux Suédois, qui promettaient Adolphe se trouvait dans une position aux Danois des avantages réciproques. » critique. Jônkôping était menacée par Chacun conservait les vaisseaux , l'arl'armée danoise, et le génie militaire tillerie, les munitions de guerre dont

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il s'était emparé ; mais les prisonniers étaient renvoyés sans rançon. Pour tout le reste , le traité de Stettin restait en vigueur. ,

Délivré de toute appréhension du côté de la Suède , Christian put contenir les prétentions de la ligue hanséatique. Bientôt après, il fit un voyage en Angleterre, et, à son retour, il épousa morganatiquement Christine Munck, fille d'un gentilhomme jutlandais, pour éviter sans doute les démêlés que les enfants d'un second lit auraient pu avoir avec ceux que lui avait donnés Catherine de Brandebourg, morte en 1612.

Quelques années auparavant, Christian , de concert avec le duc de Holstein, avait obtenu de l'empereur Rodolphe que l'investiture du duché serait transmissible dans la maison royale, à titre héréditaire. Cet acte fut tenu secret, dans la crainte que la noblesse, jalouse du droit d'élection , n'y mît obstacle, en faisant cause commune avec le sénat de Danemark. La mort du duc Adolphe (1616)offrait pour la première fois l'occasion d'exécuter la nouvelle loi que Christian avait également étendue au duché de Sleswig. On ne peut que blâmer un empiétement de cette nature, qui n'avait pas même le mérite des injustices courageuses, et qui, dans d'autres circonstances, aurait pu soulever tout le corps de la noblesse contre une usurpation si flagrante.

Les états furent réunis à Colding.

La noblesse était non moins irritée que surprise; le décret sur lequel s'appuyait Christian avait été conûrmé par l'empereur Mathias, conformément aux constitutions germaniques.

Toutefois, pour donuer plus de poids à ses prétentions , le roi avait sous la main un corps d'armée tout prêt à agir.

Prise au dépourvu, la noblesse céda et prêta serment à Christian et au duc Frédéric, fils d'Adolphe.

Plusieurs années s'étaient écoulées sans aucun événement important , car l'expédition destinée à chercher un passage aux Indes par les mers du nord-ouest n'eut point de succès, non

plus que celle oui devait établir, à l'aide des Hollandais , des relations de commerce avec l'île de Ceylau. Tant d'efforts et de sacrifices ; n'q|)Outirent

Ïu'à l'établissement du comptoir de ranquebar (1618).

Nous touchons à l'époque où la fermentation de l'Allemagne devait allumer le vaste incendie que l'histoire a nommé la guerre de Trente Ans. Les catholiques et les religion naires s'observaient encore ; mais trop d'efforts avaient été inutilement tentés dans e but de concilier des intérêts si opposés, pour qu'on pût espérer un dénomment pacifique. La politique et l'intérêt, d'une part; de l'autre, la conviction ou la honte de se rétracter ; en un mot, les motifs les plus puissants qui aient prise sur la volonté de l'homme, allaient recourir à la force, cette dernière raison des querelles passionnées.

La seule condition 'qui put établir quelque équilibre entre le parti de 1 Empire et les princes protestants, c'était l'intervention étrangère. Les intérêts de la France dans la question religieuse n'étaient favorables à la réforme que sous le point de vue politique; ils cessaient de devenir sympathique, si l'Allemagne, dans son unité, se constituait sous la bannière de Luther.

L'Angleterre, plus touchée de la question antipapiste que de l'issue politique du conflit, ne pouvait se montrer un auxiliaire bien zélé dans une lutte dont le résultat changerait les limites comme les influences des puissances continentales. Restait le Nord, où l'esprit de la réforme s'était conservé pur de tout mélange de sectes. La Suéde était engagée dans une guerre ruineuse avec la Pologne et la Russie. La paix récente de KnorÔ avait été conclue a l'avantage du Danemark ; c'était donc vers Christian que devaient se tourner les négociations des catholiques et l'espoir des protestants. L'Espagne et la Hollande sollicitaient son alliance; la prudence le faisait hésiter; mais le désir de signaler ses talents militaires sur un grand théâtre, la perspective flatteuse d'exercer une prépondérance marquée dans le Nord, comme protec-

teur de la réforme , et l'espoir d'obtenir pour le second de ses fils quelque riche évéché, tel que ceux de Brème, d'Osoabrùck ou de Werden . tentaient son esprit naturellement ambitieux et entreprenant. Mais, pour jouer un tel rôle, il fallait, outre des alliances sûres, une armée et une flotte considérables. La guerre contre la Suède avait épuisé les ressources du royaume ; dans tous les cas, il fallait être prêt à tout événement ; en un mot, il fallait de nouveaux subsides, et le sénat était peu disposé à en accorder. Ce corps, plus soucieux de ses privilèges que de la gloire du monarque, conseilla d'abord un système de neutralité et d'observation; puis, dominé lui-même par l'esprit général de l'époque , il finit par céder. La liquidation de la dette de la Suède, empressée de rentrer dans la possession d'Elfsborg, grossit Je trésor et facilita les armements. La loyauté de Gustave-Adolphe et cette vertu secrète des grandes âmes qui ennoblit jusqu'aux ambitions rivales, avaient produit leur effet sur Christian, et la politique prêtait à ces impressions une nouvelle force. Sigismond conservait toujours des prétentions sur la Suède, et ses intrigues s'y ménageaient un parti qui pouvait devenir menaçant ; mais si le Danemark avait à espérer quelques avantages des embarras de la Suède, la dernière guerre avait prouvé qu'ils seraient au moins balancés par les sacrifices; d'un autre côté , la prépondérance de l'Autriche aurait bientôt triomphé des protestants de l'Allemagne, si le Nord eût neutralisé ses forces en dehors de la lutte. Sigismond, influencé

Sar les jésuites, entrait dans les vues u cabinet impérial ; il essaya , mais inutilement,de brouiller Christian avec Gustave. Les deux monarques eurent une entrevue qui leur épargna les délais attachés aux négociations. L'année précédente (1617), Gustave avait signé avec la Russie la paix de Stolbowa , Qui lui assurait l'Ingrie et quelques fortes positions contre les Polonais ; une trêve de deux années avec la Pologne lui permettait de porter sa sol-

licitude sur les affaires générales et sur l'administration de ses nouvelles conquêtes. On ignore quelles furent les déterminations que l'on prit dans cette conférence ; il est probable que Christian et Gustave s'occupèrent surtout de certaines éventualités qui auraient menacé les intérêts communs, telles que la ruine du protestantisme et un accroissement trop considérable de puissance dans la maison d'Autriche.

La Bohême venait de jeter le gant à l'Empire , en conférant la couronne à l'électeur palatin, chef de l'union protestante. Cependant le parti catholique était l'agresseur : les états ecclésiastiques de Bohême avaient fait abattre plusieurs temples dans leurs domaines particuliers, prétendant que les lettres patentes de Rodolphe II ne regardaient que les terres de la couronne. De là des résistances, que suivit la défénestration de Prague. Le caractère de Mathias laissait encore quelque espoir de pacifier la Bohême, lorsque l'avènement de Ferdinaud II vint compliquer encore les embarras de la situation (1619). Les succès du comte de la Tour firent trembler uu moment les catholiques. Avec un peu plus de diligence , il pouvait s'emparer de Vienne. Cependant Ferdinand fut solennellement déposé comme roi de Bohême, et Frédéric eut la hardiesse d'accepter cette couronne. L'électeur avait compté sur une coopération qui lui manqua. Le roi d'Angleterre se borna à des vœux et à des conseils.

Quant à Christian , non-seulemeut il ne promit aucun secours à ses coreligionnaires, mais il alla jusqu'à offrir son intervention pour réconcilier Ferdinand et Frédéric (1620). Le roi Jacques sortit enfin de sa léthargie; il envoya quelques milliers de soldats dans le cercle de la basse Saxe pour soutenir son gendre. La politique de Louis XIII paralysa ce secours. Le nouveau roi , battu sous les murs de sa capitale, se vit forcé de fuir en Hollande.

Ferdinand craignait de laisser à la résistance le temps de s'organiser.

Aux uns, U promettait qu'il ne sévi-

L'UNIVERS

rait contre les protestants que lorsqu'il les rencontrerait sous le drapeau de la révolte; aux autres, il montrait comme récompense de leur neutralité les dépouilles des révoltés. Après avoir inutilement tenté de détacher Christian de l'alliance suédoise, il ne négligea rien pour rallumer la guerre entre Gustave et Sigismond ; puis , pour occuper le roi de Danemark , il concéda à Ernest comte de Schaueubourg, le titre de prince de Holstein.

Les droits du comte étaient aliénés de plein droit par la renonciation formelle de ses ancêtres; mais le rescrit impérial était un titre qui semblait devoir raviver d'anciennes querelles.

Christian sentit le péril, et le prévint. Après avoir fait vainement des représentations à Ferdinand et à Ernest, il envahit les domaines de celuici , et cet acte de vigueur trancha la question de droit par le fait. Peu de temps après, il bâtit en face de Hambourg la ville de Glùckstndt, qui commandait le cours de l'Elbe, interdit aux Hambourgeois le commerce du Jutland et des îles du Nord-Ouest , et fonda une compagnie avec privilège exclusif de négocier avec l'Islande, la Laponie, les îles de Shetland et de Ferroe. Cette mesure, contraire aux privilèges de Hambourg , avait été provoquée par un arrêté de la chambre impériale de Spire, qui la déclarait ville libre et immédiate de l'Empire. Christian obtint que l'effet en fût suspendu jusqu'à décision ultérieure. C'était toujours le même système sous l'influence des mêmes motifs. Les années suivantes furent marquées par la nomination de Frédéric, frère du roi, à l'évéVhé d'Osnabrùck, par la fondation de la ville de Christiania en Norvège, qui s'éleva sur l'emplacement de l'ancienne capitale Opslo, récemment incendiée, et par un accord entre Christian et le duc de Holstein Gottorp, en vertu duquel ils s'engageaient à se secourir mutuellement dès que les circonstances le rendraient nécessaire (1623- 1624).

Toute l'Allemagne tremblait devant le despotisme sombre de Ferdinand ;

on l'avait vu proscrire l'électeur pain tin, au mépris des droits du corps électoral, et dans une question qui ne regardait que la maison d'Autriche.

Les succès des Espagnols dans le Palatinat liaient en un vaste système toutes les forces comme toutes les influences des catholiques, et le traité de Mayence avait dissous l'union protestante. Aux efforts malheureux de Mansfeld, l'empereur avait répondu par des exécutions sanglantes a Prague et à Lintz. Le duc de Brunswick et le margrave de Baden-Dourlach , battus àHoëchst et à Wimpfen, livrent la Souabe à Tilly (1622).

On lutte moins pour vaincre mic pour exterminer; c'est qu'en effet deux principes irréconciliables sont en présence; ils ne s'arrêteront qu'épuisés. La dignité électorale est transportée au duc de Bavière ; Tilly confirme cette spoliation par une double victoire. Les fiefs, les principautés, deviennent le prix du dévouement à la cause des catholiques, personnifiée par Ferdinand; le duc de Saxe retire sa protestation au sujet de la transmission du Palatinat; partout l'Eglise rentre dans les biens qu'elle avait perdus; mais le pouvoir politique quelle appuie effraye l'Europe ; les rois de France, d'Angleterre, de Danemark, le duc de Savoie, les républiques de Venise et de Hollande, s'engagent par le traité de Paris (août 1624) à rétablir le palatin et à conserver aux Grisons la Valteline.

Il s'agissait surtout de donner à la résistance du parti protestant une force d'organisation qui lui manquait.

Il fallait un chef assez puissant pour profiter des avantages de la fortune, et pour réparer les désastres imprévus.

Sans doute, Spinola, Tilly, Wallenstein et Pappenheim furent de grands capitaines; mais les moyens dont ils disposaient

durent assurer leur supériorité sur le palatin , comme sur Mansfeld et le duc de Brunswick, dont les victoires mêmes épuisaient les ressources, et qu'un revers réduisait à la dernière extrémité. La France, qui avait ses vues sur les provinces rhénanes, pouvait

être regardée comme un auxiliaire sérieux; mais les protestants auraient craint de se mettre à sa merci. Le roi de Danemark réunissait les conditions les plus favorables à un chef de l'union. Intéressé , comme duc de Holstein, aux privilèges de l'électorat; maître d'une marine puissante et d'une année facile à recruter, ses droits , comme ses espérances , le désignaient à la fois comme défenseur et protecteur. Si la fortune ouvrait une carrière trop vaste à son ambition , on savait que la Suède s'opposerait infailliblement à ses progrès.

Christian hésitait cependant devant une tâche si difficile et si périlleuse; mais, lorsqu'on lui eut fait entendre qu'on s'adresserait à Gustave-Adolphe, auquel on avait déjà fait quelques ouvertures, le roi de Danemark ne vit plus que la gloire du succès. L'envoyé français , le baron des Hayes , n'avait rien négligé pour le porter à cette détermination , et sur les plaintes qui arrivaient de tous côtés a Christian , au sujet des déprédations des bandes de Tilly dans la basse Saxe , il partit pour Lauenbourg , et accepta la dignité de capitaine général du cercle.

L'empereur essaya de conjurer ce nouveau péril ; il écrivit au roi qu'il serait fait droit à ses réclamations, et qu'il accorderait aux protestants soumis ce gu'il ne pouvait que refuser à des sujets rebelles. Tilly s'expliqua dans le même sens ; mais sa conduite donnait un démenti trop direct à ces protestations, et la politique de Ferdinand était trop connue pour que les princes protestants s'y laissassent prendre.

En présence des forces de la maison d'Autriche, de l'hésitation et du mauvais vouloir de la haute Saxe, le seul appui de la Hollande ne pouvait donner au roi l'espoir de soutenir une lutte si inégale. Ni Charles I er , occupé M ses querelles avec le parlement, ni Louis XIII, que retenaient des intérêts plus pressants, ne soutinrent d'une manière efficace le parti qui avait compté sur leur coopération. L'électeur de Brandebourg se tenait dans «ne réserve suspecte; mais la question

politique, compliquée de tant d'intérêts, en était arrivée à ce point de maturité, où une crise était imminente.

Une partie de l'armée espagnole, après la prise de Bréda , avait fait sa jonction avec le corps que Tilly organisait sur le Weser. Christian passa ses troupes en revue dans le Holstein.

Elles présentaient un effectif d'environ 25,000 hommes , cavalerie et infanterie, parmi lesquels figuraient un assez grand nombre d'étrangers. Le roi ayant reçu le contingent du cercle , c est-à-di're 7 à 8,000 hommes , passa l'Elbe, et prit position près de Hameln, sur le bord du Weser. Ce fut là que Christian, comme il visitait à cheval quelques postes, fit une chute, et roula dans un fossé profond , d'où on ne le tira qu'avec peine. Sa vie fut en danger pendant plusieurs jours; les chefs danois crurent prudent de mettre en état de défense les villes voisines, et se retirèrent surWerden. Tilly les suivit de près ; il reprit Hameln , Menden et Stoltznau ; mais sa cavalerie essuya un échec au passage de Rohberg, et il perdit beaucoup de monde au siège de Nienbourg ; dans une autre rencontre, il battit un corps de Danois , et fit prisonnier le duc de Suxe- Altenbourg.

Tandis que le général de Maximilien était aux prises avec le roi de Danemark, Ferdinand confiait à Wallenstein le commandement de l'armée impériale pour appuyer celle de la ligue catholique. En peu de mois , ce

Srand capitaine eut complété ses rares, assuré ses ressources, et tracé un

Çlan de campagne. Il marcha vers le lord, oui était le théâtre de la guerre, levantdes contributions, et pillant amis et ennemis. Goettingen, Eimbeck, Halle, Dessau, tombèrent successivement en son pouvoir. Cependant Mansfeld, faisant ressource de tout, traversait la Westphalie avec une ar- »

niée improvisée, composée d'Allemands , de Français et d'un corps de troupes anglaises que Charles avait enfin envoyé au secours des protestants.

Le duc "Christian amenait en même temps quelques renforts au roi.

L'UNIVERS

Tandis que ce prince garderait la ligne du Weser pour conserver la basse Saxe, deux corps d'armée devaient opérer une double diversion, le premier dans la Silésie, sous les ordres de Mansfeld ; le second dans les évêchés et la Westphalie , sous les ducs de Brunswick et de Weimar. Déjà Mansfeld , après quelques avantages , essayait d'emporter Dessau , lorsque Wallenstein le surprit et remporta sur lui une victoire complète. Avec quelques débris de son armée , le général vaincu se retira dans le Brandebourg ; quelques mois après, il menaçait, à la téte d'une nouvelle armée, la capitale de l'Autriche.

Le roi de Danemark obtenait en Westphalie quelques avautages faciles qui l'obligeaient à disséminer ses forées. Tillv, qui attendait l'occasion de frapper un coup décisif, prenait Mùnden, et forçait le landgrave de Hesse- Cassel à se séparer du parti protestant.

Cette défeetion n'était pas la seule; les ducs de Lunebourg venaient de se déclarer pour l'empereur. Les chefs les plus énergiques avaient succombé ou étaient réduits à l'impuissanee (1626); jamais, depuis le commencement de la guerre , la lutte n'avait été si inégale. Cependant la fortune offrit à Christian l'occasion de battre Tilly. Ce général, réduit à une armée bien inférieure à celle du roi , était atteint d'une maladie grave, et attendait avec anxiété un renfort que Wallenstein lui envoyait de la Silésie.

Le roi redoutait les affaires décisives; au lieu d'attaquer l'ennemi , il alla lever des contributions jusque sur les frontières de la Thuringe. A son retour, le renfort était arrivé, et Tilly, rét<tbli, vint le forcer à livrer bataille près du village de Lutter. Le roi montra dans cette journée du courage et de l'habileté. Deux fois il lut sur le point de vaincre; mais sa cavalerie le seconda mai ; l'infanterie danoise , après avoir repoussé pendant huit heures tous les efforts d'une armée habituée à vaincre, fut enfin rompue par une charge de cavalerie , sous les ordres du duc George de Lunebourg.

Les Danois , outre un grand nombre de prisonniers, laissèrent sur le champ de bataille b a 6,000 morts; échec irréparable , qui porta un coup funeste au parti protestant.

TIMy savait vaincre et profiter de ses avantagea Hoya, Werden, Rotenbourg, Hanovre, lui ouvrirent leurs portes.

Les états de basse Saxe , intimidés par l'ascendant de Tilly, désespéraient de leur cause ; le duc de Brunswick se hâta d'obtenir par un accommodement ce qu'il 'n'espérait plus d'imposer par les armes. Les Danois durent sortir de toutes les places de son duché , à l'exception de Wolfenbùttel. Les villes impériales de Goslar, de Mùhlbauseu, de Lubeck , les chapitres de Magdedourg et de Halberstadt, les ducs de Saxe-Lauenbourg et de Poméranie, se soumirent et désarmèrent; leur exemple fut bientôt suivi par les ducs de Mecklembourg,de Schwerin et de Gustrow. Mais le roi s'empara des villes qui étaient à sa convenance, et prévint Tilly. L'électeur de Brandebourg, isolé par toutes ces défections, consentit à reconnaître le chef de la ligue catholique comme électeur palatin.

Le roi ne pouvait se dissimuler le danger qui le menaçait; il pensait dès lors lui-même aux moyens de se réconcilier avec Ferdinand ; mais, pour obtenir une paix honorable, il levait des troupes dans ses États, et obtenait quelques secours de l'Angleterre et de la France. A l'ouverture de la campagne , son armée était d'environ 40,000 hommes ; les forces réunies de Wallenstein et de Tilly doublaient au moins ce nombre , et , sans parler du génie militaire de leurs chefs, elles joignaient à l'avantage d'une organisation mieux entendue celui qui naît de la confiance et de l'ensemble.

Le siège de Nordheim et celui de Wolfenbùttel coûtèrent cher à Tilly; mais la première de ces places le rendit maître du cours de l'Elbe; àès tors l'électeur de Brandebourg n'eut plus qu'à se déclarer pour l'empereur. Wallenstein s'approchait à grandes journées. Le roi en était réduit à défendre

ses propres États. Dans cette extrémité, il voulut savoir quelles conditions l'empereur mettrait à la paix.

Elles étaient telles, que Christian eût mieux aune succomber avec honneur que de s'y soumettre. Entre autres exigences moins humiliantes, il devait abandonner à l'empereur le duché de Holstein, la forteresse de Glûckstadt, et payer lés* frais de la guerre.

Bientôt '■ les Impériaux entrèrent dans le Holstein, et Pappenheim mif le siège devant Wolfenbuttei. Les Impériaux ne rencontraient plus de résistance sérieuse ; partout où Tilly avait vaincu, Wallenstein amenait ses bandes, comme pour consommer cette œuvre de pillage et de dévastation. Christian ne se trouvait plus en sûreté dans le J ut I and ; il passa dans l'iledeFunen; les places qui tenaient encore pour le roi capitulaient Tune après l'autre. A la suite des engagements partiels qui se succédaient , car la guerre proprement dite pouvait être considérée comme finie , les Impériaux incorporaient dans leur armée les soldats mercenaires du parti vaincu. Ces milices,babituées à se battre pour une paye, Redemandaient pas mieux que de s'attacher aux Impériaux. De tous les secours étrangers qui étaient parvenus au roi, le plus utile fut un corps de 6,000 Anglais et Écossais, à la tête desquels le colonel Morgan défendit le pays de Brème.

, Presque tout le nord de l'Allemagne était pacifié ou conquis; mais la retraite de l'armée impériale pouvait tout remettre en question. Le génie de Wallenstein conçut un plan vaste, et qu'il eût probablement exécuté , si une influence d'un ordre plus élevé que la sienne n'était venue donner aux événements une face nouvelle. Il avait eu l'adresse de persuader à Tilly de passer l'Elbe pour observer les mouvements des Hollandais; les troupes qu'il commandait, et dont le réseau enlaçait le Brandebourg, le Mecklem- D °urg , le Holstein et le Sleswig , le mettaient à même de terminer seul la guerre contre le Danemark, gloire qui semblait due à Tilly.

Le système de Wallenstein , nourrir la guerre par la guerre, pouvait (Hre justifié par la nécessité, mais seulement dans la période active de la lutte; après la victoire, il était contraire à toute organisation, détruisait les ressources des provinces, et faisait hésiter les vaincus entre les charges de la soumission et les dangers du désespoir.

Une autre conséquence de ce système , C'est qu'il rendait le général maître absolu de ses troupes et indépendant du pouvoir qui le faisait agir. Mansfeld et Christian de Brunswick avaient donné ce funeste exemple, et, en principe , l'usage des enrôlements étrangers conduisait fatalement à ce résultat. Mais le pillage et l'oppression organisés militairement et sur une grande échelle, c'est ce gui ne s'était vu que dans les invasions des barbares :

protestants et catholiques semblaient renier dans cette lutte impie le génie du christianisme. Quelques années plus tard, la modération de Gustave-Adolphe fut un sujet d'étonnement pour l'Allemagne, et lui soumit peut-être autant de provinces que le glaive.

L'instinct despotique de Ferdinand flottait entre le désir d'écraser toutes les résistances en anéantissant toutes les ressources, et la crainte qu'un homme , habitué à tout oser, ne renversât d'un coup d'épée la couronne des Césars. A vrai dire , Wallenstein régnait dans son camp; il nommait lui-même les officiers et les colonels; prodigue défaveurs et d'argent, renouvelant sans scrupule ses ressources par des impositions arbitraires, il semblait prendre à tâche d'effacer les souverains en magnificence. Il entretenait à grands frais des agents à Vienne pour soutenir son crédit à la cour et ruiner l'influence de ses ennemis. Ferdinand, en nommant Wallenstein duc de Friedland, semble avoir eu le dessein de classer cette ambition extraordinaire. Dans l'intérêt de sa fortune , le général eut tort d'accepter un de ces titres que la guerre donnait et retirait tour à tour. Un duc de Friedland ne représentait qu'un courtisan récompensé; le général Wallen-

L'UNIVERS

stein était l'expression de toute une époque. La concession du Mecklembourg, qu'il exigea comme compensation et garantie des sommes qu'il avait avancées à l'empereur, était une prétention bien autrement profonde.

Placé sur les limites de l'Allemagne, appuyé à la Baltique , il pouvait, selon les circonstances, fonder sa grandeur en Allemagne, ou, si l'empereur lui devenait contraire, donner la main à la Suède et au Danemark, et renverser tout l'édifice de l'Allemagne catholi-

3ue. Cet homme, si magnifiquement oué, manquait de foi; la grandeur individuelle est peu de chose lorsqu'elle s'isole dans l'égoïsme ; les hommes s'attachent à la prospérité ; mais le dévouement et les sacrifices ne suivent que les nobles infortunes.

La possession de Stralsund était nécessaire au duc de Friedland. Ce port pouvait protéger la marine qu'il méditait de fonder sur la Baltique ; mais les magistrats refusèrent avec fermeté de livrer la ville, et même d'accorder un libre passage aux Impériaux. Christian encouragea cette résistance par des secours en hommes et en vaisseaux. Gustave n'était pas moins intéressé à faire respecter la neutralité de Stralsund. Une place de commerce devenait le nœud qui rattachait à la cause protestante le plus noble et le plus dangereux adversaire du catholicisme et de l'ambition de la maison d'Autriche.

Wallenstein considérait ce refus comme un affront. Sans marine pour faire le blocus d'un port fortifié, il s'irrita de l'obstacle, et fit dire aux assiégés qu'il prendrait leur ville, fûtelle suspendue au ciel par des chaînes de fer. Stralsund résista, et 12,000 Impériaux tombèrent devant ses murailles. Ferdinand avait désapprouvé l'opiniâtreté de son général ; mais Wallenstein , qui savait que le caractère de l'empereur était inflexible comme le principe catholique lui-même, couvrit sa désobéissance d'un voile spécieux : il lui représenta que l'urinée chargée de faire triompher les intérêts de l'Église ne pouvait rétro-

grader sans porter un grave préjudice à la cause. Jamais , dans un acte si voisin de la révolte ouverte, on ne s'était montré courtisan plus délié.

Christian, soit impossibilité de secourir de nouveau Stralsund, soit

f)lutôt que les avances du duc de Meckembourg lui eussent donné l'espoir de conclure une paix honorable, se retirait de la lutte ; et , en effet , il obtint des conditions inespérées. Le guerrier qui dépossédait les anciens ducs de Mecklembou rg recevait en même temps la dignité de grand amiral de la Haïti ue. Or, le grand amiral n'avait pas e flotte, et les tentatives qu'il avait faites pour détruire la marine du Danemark avaient tourné à sa confusion.

A l'instant où un nouvel ennemi se montrait, il fallait donc désintéresser Christian, établir avec ce prince des rapports de bon voisinage ; une foisque les ressources maritimes de son allié auraient permis à Wallenstein de prendre les Suédois corps à corps , les trois couronnes royales du Nord n'eussent été bientôt que les vassales de la couronne ducale. Christian connaissait le côté faible du vainqueur; chaque jour Wallenstein pouvait se convaincre qu'on n'improvise point une marine.

Les paysans des cotes , la population des îles se soulevaient contre les Impériaux; se confiant à leurs mers natales , ils interceptaient les convois, et ces succès ranimaient leur confiance et leur espoir. Quelques faits d'armes témoignaient que le roi de Danemark

fiouvait encore être redoutable. Dans a province d'Angelen, ancienne patrie des Angles, les Impériaux avaient été massacrés ; une escadre danoise avait jeté du secours dans Glùckstadt et dans Krempe. Cette dernière place se rendit après sept mois de siège; mais Glùckstadt tint jusqu'à la paix, et plus d'une fois les sorties des assises turent fatales aux Impériaux. La ville de Stade, vigoureusement défendue par Morgan et ses Écossais, tint longtemps les Autrichiens en échec; elle ne capitula qu'à la dernière extrémité et à des conditions acceptables.

Le roi de Suède, quelque temps

avant de secourir Stralsund , avait conclu le traité de Copenhague (1628).

Christian et ce prince s'engageaient à défendre réciproquement leurs États et à maintenir la liberté de la Baltique.

Gustave , occupé de la guerre de Pologne, payait d'ailleurs sa dette à la cause protestante en combattant Sigismond.

L'Allemagne était couverte de sang et de ruines ; la paix apparaissait a tons comme une nécessité. Déjà des indices d'un rapprochement avaient trahi la lassitude des parties belligérantes; Ferdinand, occupé des troubles [qu'occasionnait en Italie la succession de Mantoue, semblait disposé à négocier ; le duc de Holstein-Gottorp avait proposé sa médiation ; mais le roi ne l'avait acceptée qu'avec répugnance. Le sénat danois prit sur lui de demander la paix à l'empereur; à la suite de cette démarche, Wallenstejn et Tilly reçurent des pleins pouvoirs pour traiter. Ce ne fut que lorsque les impériaux eurent levé le siège de Stralsund que les négociations furent renouées sérieusement. Après quelques difficultés de formes , on débattit les articles du traité de Lubeck. De part et d'autre, les prétentions parurent si exagérées, que les conférences demeurèrent suspendues. Christian, impatient de ces lenteurs, et blessé de l'orgueil de Wallenstein , attaqua les Impériaux dans le Sleswig et le Holstein, les défît et assiégea Gottorp. Dès l'ouverture du congrès, les envoyés suédois qui s'étaient présentés pour participer au congrès, furent éconduits de la manière la plus blessante. La suite prouva que ce manque d'égards était une haute imprudence. On a reproché à Christian d'avoir mauquéau traité de Copenhague en n'insistant pas sur la participation de la Suède dans un traité qui regardait spécialement le Nord. On serait tout aussi fondé à demander pourquoi Gustave- Adolphe ne secourut son allié qu'indirectement, et lorsque la Suède fut sérieusement menacée.

Quand les traités ne sont basés que sur des convenances , la nécessité, qui

est le dernier terme des convenances, les modifie ou les annule. Au reste , il parait que les deux monarques, dans une entrevue qu'ils eurent à Markerôd, immédiatement après l'affront fait aux envoyés suédois, se donnèrent des explications satisfaisantes , et que les marques d'estime qu'ils se témoignèrent ne furent pas sans influence sur les conclusions de la paix de Lubeck. Ce traité portait en substance :

Qu'il y aurait à l'avenir une paix sincère entre l'empereur et le roi de Danemark ;

Que le roi ne s'immiscerait dorénavant dans les affaires de l'Empire que comme duc de Holstein ;

Qu'il renoncerait pour lui et ses fils à toute prétention sur les archevêchés et évéchés de l'Empire ;

Que, de son côté, l'empereur ne se mêlerait sous aucun prétexte des affaires du Danemark ;

Qu'on s'en remettrait à des arbitres pour la solution des différends qui pourraient s'élever;

Que ni l'Empire ni le Danemark ne pourraient émettre aucune prétention de dédommagement pour les frais de la guerre;

Que l'empereur restituerait au roi de Danemark toutes ses conquêtes, ne réservant que ses droits sur les provinces qui sont des fiefs de l'Empire;

Que les prisonniers seraient rendus sans rançon ;

Que l'on réserverait une place dans le présent traité aux couronnes d'Espagne et de Pologne,, à l'infante des Pays-Bas , à tous les États de la maison d'Autriche, à l'électeur de Bavière et à tous les autres électeurs ou États de l'Empire, de même qu'aux couronnes de France, de la Grande-Breta-

§ne et de Suède, et aux états généraux es Provinces-Unies, afin que ces puissances fussent comprises dans le traité, si elles le désiraient.

Par un article spécial, le roi de Danemark s'engageait à restituer au duc de Holstein-Gottorp toutes les places et dépendances que la guerre avait mises en son pouvoir, et à

LWMVERS.

n'exercer aucune vengeance contre aucun État de l'Empire , à l'occasion <le griefs antérieurs a la conclusion du traité de Lubeck.

Cette clause explique, par les précautions du duc de Holstein-Gottorp, sa participation aux hostilitésrécemment dirigées contre le chef de sa maison.

Le roi n'était pas en position d'obtenir des conditions favorables pour l'électeur palatin; cependant, pour ne point paraître avoir négligé le point (jui était comme le nœud de la guerre, il obtint qu'il en serait fait mention , mais en termes généraux, qui laissaient à l'empereur une entière liberté d'action. Quant aux ducs de Mecklembourg, la question intéressait trop directement Wallenstein pour qu'il fût possible d'aborder ce point sans rompre les négociations.

Loin d'adresser des reproches à Christian , il faudrait au contraire lui faire un mérite d'avoir réparé par quelques traits de plume des désastres qui l'avaient mis à deux doigts de sa ruine, s'il n'était évident qu'il dut tous ces avantages à un concours de circonstances presque toutes indépendantes de sa volonté.

Quelques historiens ont avancé que Christian était un grand capitaine, mais que la fortune lui avait manqué.

Il aimait la guerre, et la connaissait; mais dans le siècle des Tilly, des Wallenstein , des Pappenheim , des Gustave-Adolphe, des Bernhard de Weimar, des Mansfeld, la capacité s'effaçait devant le génie.

Ferdinand aurait pu proOter de la paix de Lubeck pour faire à l'Allemagne protestante quelques concessions; la guerre qu'il soutenait en Italie lui était onéreuse ; le repos était une nécessité pour les deux partis. D'un autre côte, la paix, telle qu'elle eût pu sortir des circonstances, n'aurait eu que le caractère d'une trêve : la diplomatie peut régler les intérêts qui découlent des principes; son action s'arrête sur les principes eux-mêmes. La ligue insistait plus que jamais sur la restitution des biens du clergé; l'empereur nomma des commissaires pour

exécuter cette mesure irapolitique.

Un tel abus de pouvoir effraya jus-

au'aux électeurs catholiques : la ruine es constitutions germaniques était imminente. Ferdinand recula devant ce mécontentement général ; les iijtçjeues de Richelieu l'amenèrent à oter Te commandement à 'Wallenstein, à qui l'Allemagne attribuait l'épuisement de ses ressources , et qu'elle redoutait comme l'instrument fatal de la tyrannie. Un moine , le père Joseph , formé à l'école du cardinal , obtint ce succès; ce qui fit dire depuis à l'empereur : Ce moine m'a désarmé avec son rosaire; il a trouvé moyen 'm faire entrer dans son capuchon six couronnes d électeur. En apprenant sa destitution, le duc de Friedland s'était écrié : « L'empereur est trahi , mais je lui pardonne. » Il rentra dans la vie privée avec une soumission apparente , et il y étala un luxe qui donnait la mesure de son ambition. L'armée semblait avoir été frappée dans la personne de son chef. «L'empereur, disaient les soldats, vient de destituer la victoire. »

Tilly passa du service de la ligue à celui de Ferdinand, et remplaça Wallenstein comme généralissime. Les forces disponibles du parti catholique entretenaient la sécurité de la cour de Vienne. On se flattait qu'un pays comme la Suède aurait bientôt épuisé ses ressources dans une lutte si inégale, et que les états refuseraient des subsides. Malgré tout le génie de Gustave-Adolphe , il est probable que si la guerre eût été transportée dans son royaume, il n'eût point trouvé dans un système défensif ces inspirations soudaines qui ont fait sa gloire. Il écrivait lui-même à son chancelier Axel Oxenstierna : Les Suédois ne sont jamais plus faibles que lorsqu'on les attaque chez eux. En apprenant que Gustave s'était déclare contre 1 Empire, Ferdinand s'était contenté de dire : « Nous avons un petit ennemi de plus.» Certes, le roi de Suède avait de graves motifs de mécontentement contre Ferdinand. Ce prince avait donné des secours à Sigismond;

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les envoyés de Gustave avaient été insultés a la face de l'Europe au congres de Lubeck ; cependant le projet d'entrer en lice contre le souverain le plus puissant de l'Europe était dans Gustave- Adolphe une résolution qui ne faisait pas moins d'honneur à sa haute raison qu'à son courage. Le triomphe du catholicisme allait entraîner la ruine des libertés dans toute l'Europe. Il devait donc compter nonseulement sur les sympathies des princes protestants, mais sur une coopération sérieuse. Charnassé, l'envoyé français , était parvenu à faire signer au roi de Pologne une. trêve de six ans; c'était un gage donné à la Suède par la politique de Richelieu; mais jusqu'à quel point le cardinal protégerait-il les armes d'un roi zélé luthérien ? Gustave-Adolphe avait pénétré les vues de ce grand homme d'État, qui poursuivait l'agrandissement de la France à la faveur de l'équilibre des forces belligérantes. Les vues du cardinal étaient surtout alarmantes pour la maison d'Autriche; d'un autre côté, c'était beaucoup , dans J'état désespéré où se trouvaient les protestants , que de leur assurer simplement le droit d'exister. La raison d'État suffisait donc pour déterminer Gustave-Adolphe; mais ce qui donne à sa résolution un caractère plus élevé, c'est l'inspiration religieuse qui la domine ; c'est le pressentiment qu'il tombera au sein même de sou triomphe.

Il n'entre pas dans notre cadre de retracer toutes les phases de cette période de la guerre de Trente Ans; mais l'histoire de cette grande lutte est à cette époque celle de tous les États de l'Europe ; elle se lie d'une manière si intime aux destinées du Danemark, que nous ne pourrions en omettre les circonstances principales saus nuire à l'intelligence de notre sujet.

En effet, quelle que pût être l'issue delà guerre, l'indépendance du Danemark était menacée. Ferdinand , vainqueur, n'eût pas été arrêté par la paix de Lubeck; Gustave, dictant des

conditions à l'Allemagne, et devenu maître de la Bultique, était peut-être plus dangereux encore. Une seule chance était favorable à la politique danoise; c'était celle où, la victoire restant indécise, ni l'Empire ni la Suède n'auraient eu le loisir de s'occuper des intérêts neutres. Par bonheur pour Christian , le cardinal de Richelieu tendait à ce dernier résultat.

Gustave-Adolphe venait de débarquer en Pomeranie; le duc Bogislas lui ouvrit , uuoique à regret , les portes de Stettin. Cette nouvelle Ut peu d'impression à Vienne. Ce roi de neiye, disaient les Allemands, ne peut manquer de fondre à notre température.

Gustave-Adolphe, auquel on affectait de refuser le titre de roi , répondit à ces sarcasmes par des victoires. Apre* avoir ruiné l'armée de Torquato Conli, et menacé le Brandebourg, il acheva la conquête de la Pomeranie, où Tilly n'osa attaquer son camp. La prise de Francfort-sur-l'Oder par le héros suédois donna une haute idée de ses conceptions stratégiques. L'électeur de Saxe, Jean -George, crut l'occasion favorable pour faire révoquer Pédit de restitution; il convoq.ua a cet effet les princes protestants à Leipzig , où ils prirent la résolution d'appuyer leur réclamation par les armes. Peu de temps après, le traité de Berwald établit les conditions d'une alliance entre la France et la Suède ; les concessions de Gustave-Adolphe à la politique de Richelieu le désignèrent des lors comme le chef réel de l'union , quoique la vanité et la crainte empêchassent encore les princes protestants de le reconnaître comme tel. Les généraux de l'empereur étaient pressés de frapper les esprits par quelque grand succès. Le sac de Magdebourg, où la férocité des Impériaux se surpassa elle-même, Ut ressortir avec un éclat plus pur la justice et la modération des armées suédoises.

Tandis que Gustave-Adolphe, après avoir triomphé des répugnances de l'électeur de Brandebourg, sollicitait vainement l'électeur de Saxe de lui livrer un passage dans ses Etats pour voler au secours de Magdebourg, il apprit le

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désastre de cette ville. Les princes protestants, frappés de terreur, renonçaient l'un après l'autre au pacte de Leipzig; mais le landgrave de Hesse-Cassel résista avec fermeté, et conclut une alliance offensive et défensive avec Gustave. L'arrogance de Tilly força bientôt l'électeur de Saxe à se jeter 'dans les bras du roi. Le feldmaréchal marcha sur Leipzig , et s'en empara; les Saxons, réunis aux Suédois, s'avancèrent contre les Impériaux, et leur livrèrent la bataille de Leipzig, qui flétrit la gloire de Tilly, et mit le comble à celle de Gustave- Adolphe.

Le roi de Suède aurait pu marcher sur Vienne, et dicter la paix au centre même de la puissance autrichienne ; il aima mieux attaquer et affaiblir l'un après l'autre tous les États de la ligue ; il se porta d'abord sur la Franconie, abandonnant à l'électeur la tâche facile de défendre la Saxe.

Il ne faut point perdre de vue que la guerre de Trente Ans étdit surtout une lutte d'influences politiques; ce caractère lui est tellement propre, que le système d'équilibre en est sorti savamment et péniblement élaboré dans les traités d'Osnabrûck et de Munster.

C'est pour cette raison qu'on voit si souvent à cette époque la victoire amener des défections , tandis que les défaites resserrent et sanctionnent les alliances. Ces dispositions étaient particulièrement sensibles dans la conduite des puissances de premier ordre; toutes espéraient s'attribuer les principaux avantages que la guerre accorderait à leur* parti , tandis que les petits princes , plus préoccupés de la crainte de perdre que du désir d'acquérir, s'attachaieut à la fortune du roi de Suède avec une confiance que justifiaient d'ailleurs sa justice et sa modération. Quand le sort des armes était décidément contraire à la cause des protestants , les petits princes cédaient les premiers , et trouvaient une excuse dans leur impuissance; quant aux grands électeurs, ils se montraient alors d'autant moins disposés à traiter, que leurs prétentions étaient plus éle-

vées. L'influence du roi de Suède, au milieu de tant d'intérêts divers, était facilement admise en ce qui concernait les intérêts purement allemands; elle se heurtait à chaque pas contre des prétentions de toute sorte, dès quelle apparaissait comme représentant des intérêts politiques séparés, fût-ce dans la mesure légitime des succès et des sacrifices. Le génie de Gustave domina toutes* ces fluctuations, non-seulement parce qu'il fut le premier capitaine de son siècle, mais parce qu'il était audessus de ses ennemis et de ses alliés par la moralité et la religiosité d'un rincipe dont il se considéra it comme instrument providentiel. Bientôt le Palatinat est affranchi; Mayence, Wùrtzbourg, Bamberg, s'étonnent de la modération du héros luthérien , qui entre en vainqueur dans la capitale de l'électeur de Bavière.

Gustave-Adolphe triomphe sur tous les points. Un danger commun révèle tout ce qu'il y a de factice dans l'alliance du Saint-Siège et de l'Empire.

Ferdinand implore le pape, et n'en obtient que des processions et des messes. Les catholiques cherchent un homme capable de balancer la fortune prodigieuse du roi de Suède; enfin, l'orgueil s'humilie devant la nécessité, AVallenstein est réintégré dans le commandement; mais les conditions qu'il impose, et que Ferdinand est réduit à accepter, semblent être une menace plutôt qu'un appui.

Christian suivait d'un œil inquiet la marche des événements. En voyant la Suède entrer en lutte, il s'était flatté que Gustave et l'empereur s'affaibliraient mutuellement, et que la neutralité du Danemark , en lui permettant de réparer ses désastres , lui assurerait quelques avantages à la conclusion de la paix. En effet, sa coopération armée en faveur de l'un ou de l'autre des deux partis eût été décisive; mais il craignait l'ascendant de la Suède encore plus que le triomphe de l'Autriche; il se réglait donc, mais avec une réserve circonspecte, sur la ligne politique de la France; car s'il se rapprochait de Richelieu

quant au système d'équilibre, il s'éloignait du cardinal en ce que Gustave , par cela seul qu'il contre- balançait la puissance de l'Autriche, ne pouvait se maintenir dans cette position sans prendre pied dans le nord de l'Allemagne , au grand détriment de l'influence et des intérêts danois.

Richelieu trouvait aussi que le héros du Nord allait trop vite; il s'était engagé . par un traité latéral avec Maximilien , à lui conserver le Palatinat, même contre le vœu de l'Autriche. L'électeur de Bavière voulait que cette garantie s'étendit à la Suède; prétention qui échoua devant la fermeté de Gustave-Adolphe, malgré toutes les intrigues de la France.

La défaite et la mort de Tillv ouvrirent au roi de Suède la capitale de la Bavière. L'électeur, renfermé dans Ratisbonne, attendait son salut de ce même Wallenstein, dont il avait naguère provoqué la destitution. D'un autre côté , I électeur de Saxe chassait (levant lui les Impériaux , et entrait vainqueur dans Prague. Wallenstein avait frappé l'Allemagne de son glaive, et il en était sorti une armée ; mais on eût dit que son génie perdait de sa force à mesure qu'il s'isolait dans des vues de grandeur personnelle. Préférant tout à l'inaction, il avait essayé d'amener Gustave-Adolphe à épouser son ressentiment contre l'empereur; le roi avait résisté, soit qu'il doutât de la sincérité de cette offre, soit qu'il jugeât également impossible de commander ou d'obéir à un tel homme.

Wallenstein s'étaittourné vers l'électeur de Saxe, dans la certitude qu'avec cet appui il tiendrait en respect et l'empereur et les Suédois. L'inaction du duc de Friedland ne peut s'expliquer que par l'excès de son ambition.

Après avoir paralysé les mouvements de Jean -George, il se porta vers la Saxe pour forcer l'électeur de se mettre à sa merci , et il semblait jouir de l'inquiétude de Maximilien, qui ne cessait d'implorer le secours de Ferdinand et celui du nouveau généralissime. Enfin , la jonction des troupes impériales avec l'armée bavaroise eut

lieu à Égra , après que l'électeur eut consenti à faire publiquement l'aveu de ses torts et à reconnaître l'autorité suprême de Wallenstein.

La position de Gustave était devenue critique ; il appela de tous côtés des renforts et se jeta dans Nuremberg. Les armées restèrent longtemps en présence , Wallenstein refusant de livrer une bataille décisive, et Gustave faisant des efforts inutiles pour forcer le camp retranché de l'ennemi.

Les deux armées, décimées par les maladies contagieuses, s'éloignèrent; celle de Walleustein prit la route de la Saxe , tandis que Gustave dirigea une partie de ses forces sur la Bavière, et l'autre sur la Franconie.

Le roi ne comptait que faiblement sur la fidélité de Jean -George. Il connaissait la jalousie de ce prince, et sa vénération instinctive pour la personne de l'empereur. La ruine de la Saxe, arrêtée systématiquement dans les plans de Wallenstein , pouvait offrir à l'électeur un motif plausible de défection. Gustave-Adolphe résolut de prévenir ce danger; au lieu d'achever la conquête de la Bavière, il se porta au secours d'un allié douteux.

Cette détermination amena la bataille de Lut zen, où le héros suédois perdit la vie, sans avoir eu la dernière satisfaction de contempler le triomphe des siens. Longtemps encore après lui, dura l'impulsion qu'il avait donnée aux affaires de l'Europe ; il y eut de beaux faits d'armes, de nobles dévouements; mais tout se réduisit à une lutte d'intérêts et de prépondérance.

Dieu, en frappant Gustave- Adolphe avant peut-être que l'ambition eût terni sa gloire, donnait aux princes rivaux le plus grave des enseignements. Il mit les lauriers de Lùtzen sur une tombe, comme pour montrer à tous le néant des grandeurs de l'humanité , et pour dompter les passions âpres de l'époque par l'exemple de cette mort illustre.

Tandis que les grandes questions européennes se débattaient en Allemagne, Christian conservait sa neutralité, et ne négligeait rien pour la

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rendre respectable. Ses démêlés avec Hambourg, au sujet de la ville de Gluckstadt, qui commandait le cours de l'Elbe, lui fournirent l'occasion d'armer ses flottes; rétablissement de la ville do Christianprùs dans le golfe de Kiel avait donné de l'ombrage au duc de Holstein-Gottorp , et le roi avait saisi ce prétexte pour tenir prêt atout événement un corps de troupes dans ses États de Holstein. Ces armements avaient alarmé l'empereur et Gustave- Adolphe; l'un et l'autre avaient inutilement tenté de faire décider Christian en leur faveur. Le roi, en résistant à ces offres, avait offert sa médiation; mais le roi de Suède déclina constamment cette proposition. Après la journée de Lùtzen, le cabinet de Copenhague renouvela les négociations ; l'issue des conférences de Breslau prouva que la question était loin d'être mflre pour un résultat pacifique.

Les intérêts suédois étaient soutenus en Allemagne par Axel-Oxenstierr na, l'ami et le confident de Gustave- Adolphe. Ce grand homme d'État , pour reconnaître les dispositions et les forces du parti protestant, venait de réunir le congrès de Heilbronn.

Christian, comme membre du cercle de basse Saxe, fut invité à s> faire représenter, ainsi que le duc de Holstein-Gottorp ; mais ils refusèrent l'un et l'autre, et cette communauté d'intérêts les rapprocha momentanément.

L'assemblée de Francfort eut lieu également sans que le Danemark y

Prît aucune part; elle se sépara sous influence du desastre de Nordlingen, qui mit les Suédois à deux doigts de leur perte (1634).

Ce fut dans ces circonstances que l'archevêché de Brème passa au prince Frédéric, fils de Christian , malgré la volonté de l'empereur, que la défection de l'électeur de Saxe et l'affaiblissement des Suédois rendaient plus exigeant que jamais. Le prince Ulrich était mort, depuis quelques années, au service de l'électeur de Saxe; un coup de feu , parti d'une main inconnue , avait terminé une carrière qui

s'ouvrait avec honneur et éclat; son frère aîné, Christian, épousa (1635} Madeleine Sybille , fille de Jean-George. Les fêtes qui eurent lieu à cette occasion furent célébrées avec une grande pompe, et l'inutilité de ces dépenses fut rendue eneore plus sensible oar les désastres que causèrent dans la mémeaunée, dans le Jutland et sur les bords de l'Elbe, des inondations extraordinaires. On assure que l'île de Nostrand fut momentanément submergée.

La paix de Prague avait nettement dessiné la situation du parti protestant; les alliés tièdes on douteux étaient passés a l'empereur ; mais de grands capitaines s'étaient formés à l'école de Gustave-Adolphe, et Oxenstierna, génie à la fois profond et souple, suffisait à tout. La France s'était enfin déclarée contre l'Autriche , et Baner réparait , à force de victoires , la défaite de Nordlingen.

Depuis que le meurtre de Walleostein avait révélé les perplexités de l'empereur et les projets hardis de l'aventurier qui avait imposé à 4' Allemagne une dictature militaire? le ni de Hongrie, Ferdinand, dont ©allas était le conseil , balança la fortune de la Snède. Moins exclusif que son pere, il jugeait plus sainement les tendances et les besoins réels de cette époque si agitée ; et , comme tous les hommes d'action, il apportait dans l'exercice du commandement et le maniement des affaires cette force d'initiative et cette confiance cjui sont rarement le partage des esprits spéculatifs, il avait débute par la prise de Ratisbonne, que suivit bientôt la journée deJSordlingen. C'en était fait peut-être de la cause protestante, si la France n'eut jeté son épée dans la balance. Dès lors tout changea de face,etl'on put prévoir, en suivant pas à pas la politique de Richelieu , qu'uue transaction religieuse et politique serait arrachée à la lassitude des partis. La paix de Prague semblait un acheminement vers une pacification définitive; mais les prétentions de l'empereur et celles de l'électeur, qui ne statuaient riend'accepta-

bie sur redit de restitution , non p!us mie sur les intérêts du duc Bernhard de Weimar et des Suédois, ressemblaient moins à une transaction entre deux puissances égales qu'à des conditions imposées par un parti victorieux. La bataille de Wittstock prouva aux Saxons et aux Impériaux qu'un traité n'a de force qu'autant qu'il concilie des intérêts dont la légitimité peut encore s'appuyer sur les armes.

Qu'était-ce qu'une indemnité de deux millions de florins, comptés sur ce sol protestant encore teint du sang de Gustave-Adolphe ?

Le duc de Saxe- Weimar, isolé dans le conflit de tant d'exigences rivales , résolut de tracer sa part avec son glaive. Richelieu ne voyait en lui qu'un instrument; mais le duc, après avoir conquis l'Alsace avec une armée à la solde de la France, se préparait à secouer un joug qui pesait a son courage , lorsqu'une épidémie l'enleva au milieu de ses projets ambitieux.

La mort de Ferdinand II, remplacé sur le trône impérial par le roi de Hongrie, ne pouvait changer d'une manière sensible les vues du cabinet de Vienne. Si le présent tient au passé par mille liens intimes . il le modifie sans cesse. Depuis l'avènement de Ferdinand III, le principe religieux, si souvent compromis par la puissance des faits , tend moins a s'étendre qu'à se conserver; des intérêts appréciables dominent plus franchement la scène politique, et les symboles de foi se glissent timidement à la suite des questions matérielles.

L'intervention de la France, qui sacrifiait ses sympathies catholiques à la crainte que lui inspirait la maison d'Autriche , contribua surtout à donner aux faits subséquents le caractère politique.

Tantôt défait, plus souvent vainqueur, Baner soutenait l'honneur des armes suédoises. Plus d'une fois , à l'instant même où on le croyait perdu, on l'avait vu reprendre tous ses avantages. C'est ainsi qu'après avoir échoué en Bohême, il parut tout à coup, et au milieu de l'hiver,

devant Ratisbonne, et jeta la consternation parmi ies membres de la diète. Un dégel inattendu sauva la ville et peut-être l'empereur (1641).

L'activité de cette époque dévorait les hommes : Baner meurt à Halberstadt ; mais Torstenson le remplace.

Après avoir fait trembler la capitale de l'Autriche, il bat l'archiduc et Piccolomini à Leipzig; bientôt il remonte vers l'Oder, reparaît en Moravie, délivre Olmûtz, et attend vainement dans la Thnringe les secours promis par Guébriant. Une nouvelle gloire , le duc d'Enghien, se levait sur le théâtre de la guerre; mais l'homme de génie qui avait appuyé la France à la frontière du Rhin , Richelieu , venait de descendre dans la tombe, et, l'année suivante (1643), Louis XIII le suivait , laissant le trône à un enfant de cinq ans. Le génie délié de Mazarin suffit aux exigences de cette position difficile.

Les succès de Condé et de Tu renne effacèrent bientôt le désastre de Tuttlingen , où l'armée française , surprise dans ses quartiers d'hiver par les Impériaux reunis aux Bavarois , fut défaite sans combattre.

La conduite du roi de Danemark, durant ces événements, révélait des intentions hostiles à la Suède. La régence de Suéde , menacée dans ses intérêts commerciaux, s'était rapprochée des Hollandais, qui souffraient également de l'exagération des droits du Sund.

Christian IV, pour détourner le péril, consentit à quelques réductions, mais sans en transporter le bénéfice à la Suède. La fuite de la reine douairière Éléonore , veuve de Gustave-Adolphe, ne pouvait qu'augmenter la mésintelligence qui existait entre les Danois et les Suédois. Cette princesse, d'un esprit faible, et dont la douleur avait pris un caractère d'exaltation , s'était réfugiée dans l'île de Falster (1640).

Gustave - Adolphe et Oxenstierna avaient prévu que la guerre d'Allemagne amènerait tôt ou tard une rupture avec le Danemark. En effet, la saine politique ne permettait pas à Christian de laisser les Suédois s'éta-

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blir au nord de l'Allemagne, et, dans le cas où la fortune se serait déclarée contre eux , il ne devait pas laisser échapper l'occasion de réduire à l'impuissance un rival toujours menaçant.

Ces dispositions hostiles du Danemark se trahissaient par un ensemble de mesures dont la portée ne pouvait échapper à la sollicitude ombrageuse de la régence. Christian avait constamment montré une certaine prédilection pour l'Espagne, dont l'alliance lui paraissait utile pour contre-balancer l'influence des Hollandais. Il avait envoyé son fils naturel Guldenlôw près du cardinal infant, qui le prit à son service , et pour lequel on fit ostensiblement quelques levées à Hambourg et dans le ilolstein ; une ambassade danoise, envoyée depuis à Madrid, préoccupait également les Suédois ; enfin , le système de neutralité armée que Christian conseillait aux États du cercle de la basse Saxe, était une preuve non équivoque de la partialité que cachait le roi sous le manteau du médiateur.

Malgré ces avances, l'empereur essayait de soustraire Hambourg à la domination danoise , en accordant à cette ville le titre et les droits de ville impériale , et en contestant au roi et au duc de Holstein-Gottorp la part d'héritage qui leur était dévolue après la mort du dernier comte de Schauenbourg. Le roi et le duc ne s'en mirent pas moins en possession de ces domaines. Les villes d'Altona , Uttersen et Sumaberg , échurent à Christian , qui partagea en outre avec le duc un droit de péage à Hambourg et l'hôtel de Schauenbourg.

Sous le prétexte de s'opposer aux prétentions des Hambourgeois, Christian , tirant avantage de ses nouvelles possessions , avait fait des armements assez considérables sur les bords de l'Elbe. Dans cette attitude menaçante, il attendait l'issue des conférences de Munster et d'Osnabrûck , dont l'activité ou les retards étaient une image fidèle des vicissitudes de la guerre.

La régence de Suède jugea qu'il était temps d'agir ; mais elle mit dans

ses mesures autant de secret que de vigueur.

Christian était loin de soupçonner le danger qui le menaçait. Il avait marié le second de ses fils, Frédéric, archevêque de Brème, à la princesse Sophie-AméliedeBrunswick-Lunébourg.

Quant aux filles de son second mariage, il les avait établies en Danemark.

Nous empruntons à l'histoire de Geïer la lettre suivante , dans laquelle Oxenstierna explique les motifs et le plan de la guerre contre Christian :

« Il faut que nous vous fassions connaître notre position et les intrigues de nos voisins, qui sont de nature à nous obliger de changer nos plans. Nous avons souvent remarqué ûue le Danemark , pendant la guerre d'Allemagne, avait toujours l'œil fixé sur les événements , dans l'espoir que, si nos succès se changeaient en revers, il en profiterait pour pénétrer dans nos provinces, et nous dicterdes lois. Aujourd'hui que vos victoires et celles dë Baner ont réduit l'empereur à la défensive, ce prince cherche à s'appuyer sur la Pologne; en mente temps il excite le Danemark à h guerre; ce qui est d'autant plus à craindre, que cette puissance n'attend qu'une occasion pour rompre avec nous. La Pologne et le Danemark ne cachent point des intentions hostiles; maintenant qu'on est d'accord sur les préliminaires de la paix , et que le prétendu médiateur devrait hâter la conclusion , il fait des préparatifs sur terre et sur mer, et assemble des troupes, non, comme il le prétend, pour tenir en respect Hambourg, mais pour nous intimider ou pour opérer une intervention armée. Il est question que l'archevêque de Brème et le duc d Oldenbourg doivent réunir leurs forces aux siennes, ainsi que le duc de Brunswick- Lunébourg. Cologne et plusieurs États catholiques doivent entrer dans cette intrigue pour former dans l'Empire un troisième

fiarti, qu'on nous annonçait depuis ongtemps. Ce qu'il y a de positif, c'est que ces armements danois ont pour but de gêner le succès de nos

armes, et d'arrêter nos conquêtes en Allemagne; après quoi, Ton nous attaquera cette année ou Tannée prochaine. C'est le Danemark qui intrigue contre nous en Pologne , par l'entremise de Baudissen et d'autres , pour arriver à une alliance compacte, peut-être à une puissante diversion.

Baudissen a été envoyé de Pologne en Danemark; il était chargé, non-seulement des pleins pouvoirs du roi , mais encore de ceux des sénateurs. On négocie avec la Russie le mariage du romte Valdemar, fils du roi de Danemark, et de la fdle du tsar (Michel Féodorovitch) , pour nous susciter un ennemi de plus. On nous montre déjà des dispositions moins amicales , et l'on refuse de changer notre résident.

Ce n'est pas tout: le Danemark entrave la navigation du Sund ; il a confisqué six ou sept navires suédois.

Contrairement à nos conventions et à nos privilèges, il prélève des droits sur des denrées qui en sont exemptes, et cela, sans avertissement préalable.

Il a établi une croisière devant l'île de Rugen pour assujettir notre commerce maritime à un droit de douane et à une visite déshonorante. Nous trouvons le Danemark non moins hostile envers nous que l'Autriche. Le voisinage et le secret de ses manœuvres le rendent d'autant plus dangereux. Nous avions donc résolu de faire au roi de Danemark nos dernières représentations ; mais , comme nous n'attendons de lui aucune réponse favorable, nous pensons qu'il vaut mieux , pendant que nos armes sont victorieuses, l'attaquer dans ses ktats; ce qui nous oblige à garder nos recrues. Nous vous prions de relever l'état numérique de nos forces e n Allemagne en remplissant le cadre J-joint. Vous nous renverrez autant ne vieux militaires qu'il sera possible ; ce qui ne vous affaiblira pas , votre P»an, dans cette nouvelle combinaison, étant, non de vaincre, mais de ne pas vous laisser entamer, pour aller en automne prendre vos quartiers d hiver dans le Holstein et le Jutland.

Tout cela doit être tenu secret. Tout

18 e livraison. ( Danemark.)

en ayant l'air de choisir vos cantonnements sur les territoires de Brunswick-Lunébourg et de Lauenbourg, vous pourriez diriger votre marche par Halberstadt, vers le pays de Brunswick , et forcer le duc et l'archevêque de Brème à séparer leurs troupes de celles du Danemark. Pendant votre marche, ou un peu auparavant, vous aurez soin d'envoyer un corps d'armée dans la Poméranie et le Meckiembourg , pour attendre votre arrivée, veiller à la défense des forteresses, et occuper les passages sur l'Elbe. Vous pourrez ensuite taire avancer votre armée entre Hambourg et Lubeck , en vous emparant de toutes les places qui se trouvent sur votre route , et poussant jusqu'au fond du Jutland, et même au delà du détroit de Nedelfort en Fionie , aussi loin enfin que les forces de l'armée vous le permettront. Vous traiterez en ennemi quiconque vous résistera.

Vous dissiperez tout rassemblement de troupes danoises ou allemandes.

Si le duc de Holstein-Gottorp consent à rester neutre , vous épargnerez son territoire. Disposez les garnisons sur la Baltique, dans le Meckiembourg et en Poméranie , de manière à avoir deux mille bons soldats et quelques centaines de cavaliers. Vous les placerez sous le commandement d'Eric Haussen, à qui vous donnerez l'ordre de rallier tous les vaisseaux qui sont dans les eaux de la Poméranie.

Pendant que vous pénétrerez en Holstein , il devra se porter dans la Sélande et les îles. Une pareille attaque jettera la consternation dans le conseil du roi de Danemark, et nous vous donnerons la main de ce côté. Peutêtre sera-t-il possible d'enlever Copenhague ou Croneborg. Nous croyons tout cela praticable, 1° parce que l'armée danoise est plus forte sur le papier que sur le terrain ; 2° parce qu'au mois de mai, il a marché contre Hambourg, et que, s'il entre en arrangement, ou il dispersera son armée, ou il la fera camper; alors elle ne tardera pas à être affaiblie par les maladies , et ce ne sera pas de sitôt qu'il

L'UNIVERS

pourra relever la tête. Nous espérons, par la promptitude de nos mouvements, l'écraser ou le mettre dans un embarras tel, qu'il aura plus à s'occuper de ses affaires que des nôtres. Je ne prévois que deux obstacles

?ui puissent empêcher ou retarder exécution. Comment pourrez -vous masquer vos opérations assez complètement pour n'être pas poursuivi? et comment garantir les garnisons d'Olmùtz, Schweidnitz et autres? Ce qui nous donne aussi à réfléchir, c'est la question de savoir si ces opérations ne nuiront pas à notre guerre d'Allemagne. Sondez Gai las, sous prétexte de l'échange des prisonniers , pour vous assurer si , maintenant que les négociations sont à la paix, il ne serait pas possible de conclure un armistice pour trois semaines, par exemple, jusqu'à ce que vous puissiez connaître l'opinion du ministre français. Si nous n'avons pas d'armistice, nous vous laissons aviser aux moyens de retirer vos garnisons , et d'arranger vos marches. L'ennemi ne vous suivra guère plus loin que Leipzig, parce que cette ville est en votre pouvoir, et que les environs sont ruinés.»

(Geier, chap. XVIII.)

Ces instructions furent plusieurs mois avant de parvenir à Xorstenson , et, malgré ce retard , qui paraîtrait si extraordinaire de nos jours, mais qui donne une idée de ce qu'étaient les communications à cette époque (1643-1644), le projet du chancelier réussit dans ce qu'il avait de plus important. Les Danois, surpris et battus sur presque tous les points, se virent contraints de signer une paix désavantageuse.

Par des marches et des contre-marches dont il était impossible de pénétrer le motif, Torstenson s'était joué des Impériaux. Tantôt en Silésie, tantôt se portant rapidement sur l'Elbe , il était partout, et n'était saisissable nulle part. Arrivé à Torgau, il jeta un pont sur l'Elbe , faisant répandre le bruit qu'il voulait pénétrer en Bavière par la Moravie et le haut Palatinat. Puis il disparut tout à coup

pour se montrer de nouveau p/ès de Barby, où il semblait tout prêt à passer le fleuve ; mais , feignant une seconde fois de renoncer à ce projet, il descendit l'Elbe, à travers mille détours, jusqu'à Havelberg. Là, il déclara à ses soldats qu'il les menait dans le Uolstein. Bientôt , toutes les places du Holstein et du Jutland tombèrent au pouvoir des Suédois , qui pénétrèrent en même temps dans la Scanie.

Il serait difficile d'admettre la possibilité d'une série si rapide de victoires, si l'état où se trouvait alors le Danemark n'expliquait les causes de l'infériorité des Danois. L'extrait suivant, emprunté aux observations de Magnus Dureel , résident suédois à Copenhague à l'époque même doot nous retraçons l'histoire , est un document trop précieux pour que nous omettions de le reproduire. Nous l'empruntons à l'historien suédois que nous avons déjà cité z

n Le pouvoir des rois de Danemark est limité; ils ne peu-vent invoque/les jura majestatis que du consentement du sénat. La noblesse peut l'emporter sur le roi et les autres états , tandis que le peuple, loin d'avoir rien «démêler dans les affaires générales , ne peut même prétendre à voir ses enfants parvenir aux charges publiques et aux dignités ; c'est dire assez que la forme du gouvernement danois est aristocratique ou oligarchique. Les fondements de cette constitution appartiennent au règne de Frédéric I" qui fut déclaré roi par la noblesse contre le vœu de la bourgeoisie et des paysans, qui étaient du parti de Christian le Tyran. Ces privilèges furent confirmés et étendus sous les règnes de Frédéric II, Christian IV et Frédéric III. Également menaçants pour le pouvoir royal et pour le peuple, il serait difficile aujourd'hui de les restreindre. Les cinquante années du règne de Christian IV en donnent la preuve. Il y est énoncé que le Danemark est et doit rester un royaume électif, comme il l'a été de temps immémorial, et que la Norvège est une

province inséparable de la couronne danoise. Les hauts fonctionnaires de l'État sont au nombre de cinq. Les sénateurs sont gouverneurs des provinces et des châteaux qui défendent le pays. Les avantages attachés à ces emplois leur tiennent Heu de traitement. Dès les temps les plus reculés, on a jugé utile d'établir une sorte de vice-royauté pour soutenir l'autorité de la noblesse ; telles sont les fonctions du grand maître; il dispose des deniers de l'État, est chef de la maison du roi et de la flotte , avec l'autorité d'un lieutenant général du royaume. Le grand maître est dans l'usage d'employer immédiatement les fonds qui entrent dans le trésor, pour que le roi ne puisse s'en servir dans son propre intérêt : aussi le roi de Danemark a-t-il été obligé de hausser les droits d'Oresund, droits dont il pouvait disposer; il a même essayé d'en établir à Glùckstadt sur l'Elbe pour suppléer à l'insuffisance de ses revenus. Il y a un connétable, un chef de l'artillerie et des arsenaux ; mais les antres fonctions d'officiers, nécessaires dans une armée bien organisée, n'existent point en Danemark. Quand la guerre éclate , on appelle sous les drapeaux des nobles danois ou des officiers étrangers; mais , comme les rouages de l'Etat sont très-compliqués, chacun s'occupe surtout et avant tout de ses intérêts. Dans la guerre, les terres de la noblesse danoise sont toujours ravagées, quelle que soit l'issue des hostilités. Christian IV encourut le blâme de la noblesse pour avoir entrepris la guerre sans son assentiment, surtout contre l'empereur, et on lui en attribua le mauvais succès. Il y avait longtemps qu'il était roi ; cette considération et son courage imposaient aux sénateurs, qui tous lui étaient dévoués; aussi sa volonté prévalut-elle souvent. Mais , pour prévenir un trop grand accroissement de pouvoir, la dernière capitulation (sous Frédéric III) interdit au roi d'élever qui bon lui semblerait à la dignité de sénateur; elle prescrit que le sénat, conjointement avec la

noblesse de la province à laquelle appartient le sénateur décédé, présentera au roi six nobles sur lesquels il en choisit un. Comme la noblesse rè-

{:ne de fait, que c'est elle qui court es plus grands risques en cas de guerre, et qui a la plus grande part des avantages de la paix, la politique du Danemark est généralement pacifique; et c'est pour ce motif que la noblesse s'oppose à l'organisation d'une armée. Néanmoins, les craintes qu'inspire la puissance de la Suède , et la position menaçante que lui ont acquise ses conquêtes , ont déterminé la noblesse à entretenir une sorte de milice ; car elle n'a pas les moyens de former une armée permanente^ et son intérêt s'y oppose ; elle craindrait que le roi ne gagnât cette armée , et ne s'appuyât sur elle et sur le peuple.

Ajoutez à ces motifs que le Danemark n'a point ressenti le besoin d'avoir une armée nationale ; le chemin de l'Allemagne, où il a trouvé des enrôlements faciles, lui a été constamment ouvert. La noblesse a peu d'expérience dans la guerre , et peu de Danois ont servi à l'étranger. Quand tout devrait être prêt pour faire face au danger, il y a toujours des rivalités pour savoir à qui sera déféré le commandement.

La milice dans chaque province doit s'exercer sur les places des églises. L'île de Séland fournit 2,000 hommes , le Jutland 4,000, l'île de Fionie 1,000, les petites îles autant, la Norvège 5,400, la Scanie et le Blekingen 2,000, la noblesse 4,000; en tout, 19,400 soldats. La cavalerie, levée par province, présente 7,000 chevaux, y compris l'équipement des cavaliers nobles. Les prévôts et le clergé en arment 2,000.

La grandeflotte compte vingt-quatre vaisseaux de haut bord et seize galiotes. La Norvège et le Danemark n'ont pas moins de cent six vaisseaux marchands. Il y a de bons marins.

Les sources des revenus du Danemark sont : l°le droit de péage du Sund; il varie de temps en temps.

Avant la dernière guerre avec la Suè-

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de, il s'élevait à cinq on six cent mille thalers. Après la paix de Brô msebro, il baissa de soixante-dix à quatre-vingt mille thalers; 2° le droit de douane intérieure, dont les produits seraient considérables, si la noblesse et le clergé n'en étaient exempts, et si la noblesse n'en affranchissait les bourgeois avec lesquels elle est en relation d'affaires. Rien de plus commun que de voir un noble, logé chez un bourgeois, payer son logement en billets de douane; 3° les impôts et contributions des villes; 4° les châteaux, les villes et la douane en Norvège; 5° les châteaux en Danemark ; 6° l'impôt du roi et autres impositions extraordinaires qu'on ne lève qu'exceptionnellement. Terme moyen, ces revenus ne dépassent guère un demi-million d'écus, tandis que les dépenses s'élèvent annuellement à plus de neuf cent mille thalers.

La Norvège a des vallées très-fertiles en céréales et en pâturages ; ses montagnes sont couvertes de chênes, de sapins , de bouleaux et même de hêtres. Les Hollandais y chargent annuellement une centaine de vaisseaux de mâts, de bois de chauffage, de goudron et de inerrai n. Ce pays possède , en outre, quelques mines , et en exploiterait davantage, si l'intérêt des particuliers ne s'y opposait. La nofclesse de Danemark, qui voit d'un ceil envieux les revenus que le roi pourrait en tirer, et les propriétaires des mines en exploitation, qui appréhendent que de nouvelles forges ne fassent une concurrence funeste aux anciennes, ont paralysé le développement d'une industrie à laquelle invitait la nature du sol. Pour les mœurs et le caractère, les Norvégiens ressemblent aux Suédois. Comme le gouvernement des provinces et les emplois publics sont presque exclusivement entre les mains des Danois , et que le roi ne visite que rarement ces contrées lointaines, le peuple y est souvent exposé aux vexations et "à l'injustice. La noblesse de Norvège est pour ainsi dire éteinte; à peine en reste-t-il quelques familles qui jouis-

sent d'un certain crédit ; toutefois il faut en excepter celles qui se sont fait naturaliser en Danemark. Mais le peuple norvégien est plein de vigueur et de courage, et montre une grande aptitude pour la marine; aussi les Hollandais cherchent-ils à attirer des Norvégiens à leur service , et il n'est point de navire hollandais qui n'en ait quelques-uns à son bord.

La Norvège est administrée par un ouverneur générai , qui est sénateur anois, et qui réside à Christiania.

Annibal Sehested se fit nommer viceroi , et reçut son ûef sans payer une .

obole à la couronne. Il en tirait un revenu de trente mille écus. Pendant son administration, il fouda des institutions à l'instar de celles de Suède, des collèges , surtout pour la flotte et l'armée, la chancellerie, le trésor et l'administration des mines; mais, comme ces innovations éloignaient le gouvernement de Norvège (le celui du Danemark , tout fut aboli à la mort de Christian IV, et Sehested fut rais en accusation. Il avait épousé une fille de Christian, et il étalait un luxe qui blessait l'orgueil de la noblesse.

Il entrait dans la politique de l'aristocratie de ruiner totalement Sehested et les autres gendres du roi , qui s'étaient partagé l'administration : Corfitz Ulfeld , grand maître du Danemark proprement dit , Annibal Pentz et Sehested, gouverneurs ou vice-rois, le premier en Norvège, le second dans le duché de Holstein.

La Scanie et le Blekingen sont les deux provinces les plus riches du royaume de Danemark. Les céréales de toute espèce, le bétail et le poisson, y sont abondants ; on y voit de belles forêts, de riches pâturages, des lacs et de larges rivières. Les habitants, surtout ceux des frontières, se rapprochent de ceux du Smâland par le langage et leur esprit belliqueux , et comme ils portent tout le poids des guerres avec la Suède» ils ne désirent rien autant que d'être unis à ce royaume. Les Danois prisent leur bravoure; ils savent que les soldats de la Scanie et du Blekingen manient mieux les armes, etsup-

portent plus facilement les fatigues d'une campagne que le peuple du Jutland et des îles de Fionie et de Séland.

Les habitants de Séland aiment à vivre commodément et dans l'aisance ; ils ne sont point portés pour la guerre, et, comme le peuple danois en général, ils se plaignent du gouvernement et de la noblesse, qui a trop empiété sur les droits des autres classes. On peut en dire autant des petites îles.

Le Jutland est , après la Norvège , la province la plus importante du Danemark; le soi y est fertile, et les eaux poissonneuses. Le travail et l'industrie donnent un nouveau prix à ces richesses naturelles. Les autres provinces, dans les villes comme dans les campagnes, sont remplies d'employés danois venus de Copenhague. Le peuple du Jutland est mécontent de la noblesse, qui le laisse exposé aux invasions de l'ennemi; car le pays n'est défendu par aucune forteresse. Dans le Holstein, qui est un fief de l'Empire, ainsi que dans le Sleswig, la Ditmarsie et la Stormarie, le pouvoir est exercé alternativement par le roi de Danemark et le duc de Gottorp, chacun pendant une année. Le roi a fait construire la citadelle de Glùckstadt pour tenir en respect la ville de Hambourg, qu'il a rendue indépendante du Holstein. Le peuple des duchés est brave , mais il est peu porté pour les Danois. Une grande mésintelligence règne entre la noblesse du Holstein et celle du Danemark , parce que la première ne peut parvenir aux grands emplois du royaume.

La fidélité de la noblesse danoise dépend du maintien des privilèges; elle ne possède pas de grandes richesses , à l'exception de quelques familles dont les revenus peuvent s'élever à vingt mille écus. Cette modicité dans les fortunes provient de ce qu'on entretient un grand nombre de domestiques inutiles; en outre, la noblesse déteste la guerre, et regarde comme au-dessous' d'elle de se livrer au commerce et à l'industrie. Les fiefs de la couronne, dont dispose le roi , sont donnés aux principaux chefs

de la noblesse. Peu d'officiers sont

soldés.

Le clergé s'accorde mieux que les autres états avec la noblesse; il est bien doté , et vit dans l'aisance ; mais les prêtres se plaignent de ne pouvoir prêter leur argent qu'aux nobles, parce que la bourgeoisie est pauvre: partout elle trouve les nobles sur son chemin, ce qui arrête le développement du commerce et de l'industrie. La prospérité de la capitale ne résulte pas des opérations commerciales, mais des revenus de la douane d'Oresund ; le bien-être de Copenhague suit les mouvements de hausse ou de baisse des tarifs.

Les paysans ne jouissent d'aucune considération en Danemark ; ne connaissant point de condition meilleure, ils paraissent familiarisés avec leur dépendance. Ils sont dans les fers de la noblesse, à qui la loi accorde sur eux les droits les plus étendus, mais cjui peut les exempter de beaucoup d'impôts. Un moyen dont elle use pour conserver son pouvoir et son action sur le peuple, c'est de nommer à de

f>etits emplois dans les villes et dans es campagnes : ce sont ordinairement leurs serviteurs qui en sont pourvus, et ils conservent un extrême attachement pour leurs anciens maîtres. Le clergé , la bourgeoisie et les paysans aiment le roi ; ils espèrent que lui seul pourra les défendre contre les envahissements continuels de la noblesse.»

Ces considérations expliquent suffisamment les succès des Suédois dans la guerre entreprise par Oxenstierna , et dans celle dont nous aurons bientôt occasion de parler. Ce rapport diplomatique , qui répond visiblement à une série de questions posées par le cabinet de Stockholm , place sous son vrai jour la direction politique du chancelier, et nous montre le Danemark aussi inférieur à la Suède par l'habileté de ses hommes d'État que par le vice de sa constitution intérieure. Nous allons maintenant rétrograder de quelques années, car le rapport de Magnus Dureel est de 1649, pour exposer succinctement

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les laits tels qu'ils sont sortis de cette situation.

Intimidé par la marche triomphante de Torstenson (1643), le duc de Gottorp avait livré ses places aux Suédois, et acheté l'exemption des charges de la guerre, moyennant un sacrifice de cent mille écus. Christian, surpris par une attaque que ses ministres n'avaient point su prévoir, organisa en toute hâte ses moyens de défense ; la flotte danoise fut armée avec célérité.

Il fit demander à la Suède des explications sur une conduite que rien n'autorisait. Le cabinet de Stockholm se renferma d'abord dans des accusations vagues , et bientôt après il fit signifier la guerre, en la motivant sur les exigences de la douane danoise, contraires aux traités; sur les alliances du Danemark avec des puissances ennemies de la Suède; sur l'intention de Christian d'arrêter en Allemagne le succès des armes suédoises ; sur les intrigues qui avaient facilité l'évasion de la reine douairière, et enfin, en remontant au traité de Lubeck , sur les affronts que les ministres de Suède avaient reçus, et qu'on attribuait à l'influence* de la cour de Copenhague. Christian essaya de se justifier de tous ces griefs ; mais il appuva surtout sur les avantages qu'il eut trouvés dans une alliance offensive avec l'Empire, quand les affaires des Suédois étaient presque désespérées. Quant aux intentions hostiles qu'on lui prêtait, l'état de son royaume indiquait suffisamment qu'on y était loin de songer à une attaque. Le roi rappela ses ministres du congrès d'Osnanruck , et demanda du secours à toutes les puissances amies. Déjà le Jutland était envahi, et Torstenson se disposait à passer le détroit, tandis que le maréchal Horn entrait en Scanie, et s'emparait de Helsingborg. Le dégel ne permit pas aux vainqueurs de passer les détroits, et Christian , dont la vieillesse n'avait diminué ni l'activité ni le courage, s'opposa à la descente qui fut tentée plus tard. Annibal Sehested fit une diversion dans les pays limitrophes de

la Norvège , ce qui n'empêcha pas les Suédois de s'emparer des districts do Hériédal et du Jemtland.

La flotte danoise eut encore moins de succès que l'armée. Le roi essaya inutilement de bloquer Gothebore.

Un Hollandais, Geer, qui s'était enrichi dans le commerce de la Baltique, arma une flotte, et devint un auxiliaire puissant des Suédois. Un engagement sérieux , où Christian faillit perdre la vie , eut lieu à la hauteur de l'île de Femern; la victoire resta indécise; alors Wrangel prit le commandement des forces navales suédoises. Après avoir échappé à un grand danger dans la baiedeKiel, il appuya les mouvements de Torstenson , que Gallas , avec 20,000 Impériaux, essayait d'enfermer dans la presqu'île. Torstenson dut renoncer à opérer une descente dans les grandes îles danoises ; mais , secondé par Kônigsmark , il battit Gallas, dont l'armée fut bientôt détruite.

Les principales villes de Scanie étaient tombées au pouvoir deHora; mais Christianstadt et Malmô, secourues à temps par le roi , sauvèrent l'honneur de ses armes. La destruction de la flotte danoise par Wrangel (1644), entre les îles de Feraern et La! : >d, réduisit Christian à tenter la voie des négociations. La France, obligée de porter tout le poids de la guerre d'Allemagne, désirait vivement la Un des hostilités dans le Nord. De la Thuillerie passa successivement en Danemark et en Suède pour préparer les bases d'un accommodement. D'un autre côté, la Hollande, préoccupée surtout de la question du Sund , voulait l'affaiblissement du Danemark, et non sa ruine. L'intérêt de l'empereur était contraire à ces vues ; mais la situation critique où il se trouvait lui-même donnait peu de poids aux recommandations de ses ministres, et les avantages de Wrangel , qui tenait les duchés , secondaient puissamment la politique impérieuse du chancelier.

Dans le même temps , l'archevêché de Brème était occupé par KœnigsmarcK.

La résistance héroïque de Rendsbourg

arrêta seule les progrès des vainqueurs. Plus d'une fois , les flottes hollandaise et suédoise vinrent croiser dans le Sund, et menacer Copenhague.

Les tempêtes et les vents contraires sauvèrent cette capitale. Depuis le commencement de 1 année (1645), on traitait de la paix à Brômsebro.

Les prétentions d'Oxenstierna étaient loin d'être modérées. Cet homme d'État insistait d'abord sur l'abandon des droits du Sund , non moins dans l'intérêt du commerce suédois que pour s'assurer la coopération des Hollandais, dont les forces dans les parages de la Baltique lui donnaient quelques inquiétudes. Il demandait comme garantie les provinces de Scanie, de Halland et de Blekingen, la presqu'île deWend-Syssel, Brème et Pinneberg.

Placés entre la honte d'accepter des conditions si dures, et la nécessité de céder beaucoup pour conserver quelque chose , les ministres danois trouvèrent le moyen de traiter en particulier avec les Hollandais, dont le rôle devint moins hostile, dès qu'ils furent désintéressés dans le débat, les négociations marchèrent avec plus d'ensemble ; les vues de la France et de la Hollande s'étaient dirigées vers un bat commun. Mais le chancelier savait profiter de ses avantages. Christian, avant de céder, jugea à propos de mettre sa responsabilité personnelle à couvert, en consultant les états. La noblesse était peu disposée à faire de nouveaux sacrifices ; elle remercia le roi de tout ce qu'il avait fait pour préserver le pays de sa ruine, et fut d'avis que, dans la situation du royaume, on n'avait rien de mieux à faire que d'accepter les conditions imposées par le cabinet suédois.

Par le traité de Brômsebro , le Danemark accordait à tous les sujets de la domination suédoise l'exemption des douanes du Sund, des deux Belt et de Glùckstadt. Le droit de visite, auquel avaient été soumis les bâtiments sous pavillon suédois, était aboli, de même que le droit de préférence, en vertu duquel le roi avait la faculté d'acheter les marchandises déclarées, au

prix de l'estimation du capitaine. Ces avantages étaient réciproques.

La question de territoire était de beaucoup plus importante : le Danemark cédait à la Suède le Jemtland et la partie orientale du Hériédal , l'île de Gotland , celle d'Oesel et toute la province de Halland, mais avec la clause que cette dernière cession ferait retour au Danemark à l'expiration de trente années. Toutes les autres conquêtes de la Suède étaient restituées au Danemark, et le bénéfice de ce traité s'étendait au duc de Gottorp, au comte d'Oldenbourg, ainsi qu'aux villes hanséatiques. Oxenstierna , qui avait des vues particulières sur l'archevêché de Brème , s'opposa à ce qu'il fut statué définitivement a cet égard.

La ville de Hambourg, à la faveur de cette pacification , obtint l'exemption de péage sur l'Elbe , et la France conclut avec le Danemark une alliance de six années.

La politique de Mazarin poursuivait l'œuvre de Richelieu. Turenne ap-

()uyait les généraux suédois , dès que es armes de l'empereur reprenaient une certaine prépondérance; et à l'instant même ou la ruine du parti catholique semblait inévitable, le général français se renfermait dans une inaction systématique, comme pour montrer à' la Suéde qu'il ne lui serait permis de vaincre que dans les limites d'un système pondérateur.

Maximilien s'était constamment montré l'allié fidèle de l'empereur; ses généraux avaient balancé la fortune de la Suède. Si l'on parvenait à détacher la Bavière de l'Autriche , soit par une paix séparée, soit par une trêve , la politique pouvait fixer le terme des irrésolutions de Ferdinand III. L'électeur de Bavière, mécontent de l'Espagne, craignait d'être enveloppé dans la ruine de la maison d'Autriche; il n'ignorait pas, d'ailleurs, qu'en traitant dans les circonstances actuelles, il obtiendrait des conditions plus avantageuses que s'il attendait l'instant où l'un quelconque des deux partis serai tdécidément victorieux. Les agents de la France ne cessaient de lui

L'UNIVERS

représenter que l'Espagne seule s'opposait à la conclusion de la paix , et que ce serait rendre service à l'empereur lui-même que de le mettre dans la nécessité de traiter. L'occupation de la Bavière par Wrangel et Turenne donnait un nouveau poids à ces considérations; il consentit donc à signer une trêve (1647); son exemple fut bientôt suivi par l'électeur de Mayence et le landgrave de Darmstadt.

Le cabinet de Vienne n'ignorait pas que la Suède et la France s'observaient avec une jalouse inquiétude, et que leur alliance n'était jamais moins sincère que lorsque le parti impérial paraissait perdu sans ressource. En effet, Turenne reçut l'ordre d'aller occuper les Pays-Bas. L'armée de Maximilien était restée inactive; Ferdinand n'hésita pas à l'appeler à son service , et força ainsi l'électeur à rompre la trêve.

Cette brusque résolution mit l'armée de Wrangel dans un grand danger : le général suédois se hâta d'évacuer la Bohême, et parvint à faire sa jonction avec Turenne. Au commencement de l'année suivante (1648), il délivra la liesse et battit complètement les Bavarois. La fortune s'était déclarée encore une fois contre l'Autriche ; Wrangel et Turenne, réunis, chassèrent devant eux les Bavarois et les Impériaux.

Kônigsmark s'était emparé des faubourgs de Prague ; mais la vieille ville résista aux efforts du comte palatin Charles Gustave, qui se vit forcé de lever le siège ; enfin, la paix de Munster (24 oetobre 1648) couronna la guerre de trente ans.

Le Danemark ne vit pas sans appréhension la Suède devenue prépondérante sur la Baltique , recevoir la Poméranie, désignée plus tard sous le nom de Poméranie suédoise , l'île de Ilùgen, une partie de la Poméranie antérieure jusqu'à l'Oder, y compris Stettin et Gartz, l'île de Wollin et les embouchures de l'Oder, Wismar, avec les bailliages de Poel et de Neukloster, Brème et Werden ; le tout comme liefs de l'Empire.

Il ne fut pas donné à Christian IV de prendre part au traité qui mit fin

à cette lutte, dont la Bohême vit les premiers symptômes et les derniers efforts : il avait terminé sa longue carrière quelques mois avant la signature de la paix. Les derniers temps de son règne furent signalés par des créations utiles et par des chagrins domestiques.

Il répudia Catherine Munck, soupçonnée d'infidélité , et ne craignit pas d'exposer l'honneur de sa couche au scandale d'un débat public. La jalousie du sénat contre Uhlfeld , qu'il avait nommé ambassadeur en Hollande, puis en France, le blessa dans ses plus chères affections ; cor ce ministre, habile autant qu'ambitieux, avait épousé celle de ses filles qu'il affectionnait le plus. Frappé des dangers qu'avait courus la capitale dans les dernières guerres contre la Suède, il en fortifia l'enceinte pour la mettre à l'abri d'un coup de main. Il fit plus pour le commerce de ses États qu'aucun de ses prédécesseurs ; et si le résultat ne répondit que rarement à ses intentions, c'est dans la constitution du royaume et dans les résistances d'une oligarchie égoïste qu'il faut en chercher les principales causes. Il protégea et agrandit l'université de Copenhague, fonda pour la noblesse l'académie deSotô, institua les collèges de Frédéricsbourg et de Roschild. Il ajouta à Copenhague la ville de Christianshaven , fonda en Norvège Christiania et Christiansand, Christianstadt et Christianople en Scanie , Glùckstadt et Christiansprûs dans le Holstein.

Le caractère de ce monarque offre un mélange d'intrépidité et de finesse, qui rappelle les mœurs des anciens chefs normands. Les lumières de son esprit n'avaient pu modérer la fougue de son tempérament : l'intempérance dans les plaisirs de la table, et surtout la passion des femmes , sont les laiblessés qu'on lui reproche. Il WjJJ une postérité nombreuse : Anne Catherine de Brandebourg lui avait donne Christian, mort sans héritier en 1647 ; Frédéric , qui monta sur le troue cl dont nous allons esquisser le règne; Ulrich, qui périt en Silésie, en 1633.

Christian eut de son mariage morga-

natiqueavec Christine Munck : Christian Waldemar, comte de Sleswig- Holstein, qui fut sur le point d'épouser la grande-duchesse Irène, fille du tsar Mikhaël Féodorovitch ; Anne-Catheri ne. mariée à Rantzow, grand maître du royaume ; Sophie-Élisabeth , qui épousa , en premières noces , Pentz , gouverneur du Holstein, et depuis Ogier deWind, qui l'abandonna après la disgrâce d'Uhlfeld ; Éléonore-Christine, mariée au comte Corfitz Uhlfeld ; Élisabeth-Augusta, qui donna sa main à Jean Lindenow, seigneur d'Ivernès ; Christine, mariée à Annibal Schested, vice-roi de Norwége et grand trésorier; Hedwige-Sophie , qui épousa Ebbe Uhlfeld ; Dorothée-Êlisabeth , que le roi refusa de reconnaître, et dont la naissance donna lieu à l'accusation d'adultère intentée à sa mère.

Il eut , en outre , de différentes maîtresses un assez grand nombre d'enfants naturels.

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