‹ DanemarkChapitre 25 sur 32 · CHRISTIAN VI · texte numérisé non relu

CHRISTIAN VI

Le Danemark continue à s'effacer dans le mouvement de la politique générale ; les changements intérieurs semblent plutôt répondre à des exigences accidentelles qu'à des vues constantes et nationales ; les intrigues de palais sont le pivot sur lequel tournent les grandes affaires ; et les agents étrangers se servent de toutes ces influences mesquines pour faire

{>révaloir les intérêts de teurs cours ; es traités de Westphalie enfantent leurs dernières conséquences ; les ca-

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binets, après avoir vainemept cherché délai de deux années ^ les parties con-

l'équihbre des forces matérielles , au tractantes ne se croiraient plus obli-

prix d es principes , sont arrivés à un gées à rien , et que cette offre serait

système de corruption qui menace regardée comme non avenue. Le duc

Tordre moral des sociétés. La prépon- refusa noblement ces conditions ; il

dérance de l'Angleterre donne aux comptait sur l'appui de la France qui

transactions de l'époque un caractère s'était brouillée avec Charles VI, etqui

mercantile; les princes vendent leurs, voulait remettre Stanislas sur le troue

droits pour de l'argent ; et les peu- de Pologne. Témoin d'ailleurs de tant

pies, dont les tendances sont à peine de révolutions en Russie, il attendait

consultées, passent avec les terri toi- que la fortune lui rendît ce qu'elle lui

res dans les marchés de la diplomatie, avait enlevé. Cet espoir ne se réalisa

La dépendance forcée des petits que pour ses descendants ; il mourut

États délivrait en quelque sorte leurs 1 année qui précéda la mort d'Anna

princes de toutes les gênes de la res- Ivanovna , c'est-à-dire bien peu de

ponsabilité; telle mesure qu'on eût temps avant qu'une conspiration de

énergiquement blâmée dans les épo- palais fît monter sur le trône sa belle-

ques de liberté, était regardée comme sœur Elisabeth, une nécessité des alliances, et la vie Nous avons vu plusieurs souverains

privée des monarques n'offrait que du Danemark porter sur les colonies

trop souvent des exemples de désor- du royaume une attention particulière,

dres qui semblaient n'affecter qu'in- La prospérité de la marine était atta*

directement le bien de l'État. Enfin chée à ces efforts; mais depuis ledé-

l'histoire , dès que Ton s'éloigne des veloppement des grandes puissances

principaux centres d'action, descend maritimes, le rôle de la marine da-

aux proportions de l'anecdote. Dans noise semble destiné à suivre les

cet état de choses, les peuples auxquels phases de j'influence politique du pays

la forme et les nécessités de leur gou- dans le mouvement européen. Les

vernement semblent refuser la vie po- guerres qui , pendant des siècles, n'a-

li tique, s'agitent stérilement dans une vaient eu pour objet que la prépondé-

sphère étroite , ou bien , cherchant rance de la Suède ou du Danemark,

l'action là où elle se manifeste, ils ri& prennent un caractère plus général,

3uent de compromettre dans Je conflit parce qu'elles t affectent désormais les es grandes puissances les derniers intérêts des États de premier ordre, restes de leur nationalité. (1 n'en est pas moins vrai que les Christian VI Ut acte d'autorité en royaumes du Nord, réduits à n'agir supprimant la milice; il riva les fers que dans les limites de leurs alliances, du paysan, et rétablit bientôt sur ne pouvaient se maintenir, même dans l'ancien pied cette même milice qu'un cette condition subordonnée, qu'en ende ses caprices venait d'abolir. tretenant les forces en vue desquelles Les cours de Pétersbourg et de les traités avaient été conclus. C'est Vienne restaient unies ; mais l'avéne- pour ce motif que Christian VI acheta a ment d'Anna Ivanovna était favorable la France l'île de Sainte-Croix, unedes aux intérêts du Danemark, en ce que moins riches des Antilles. Aujourd nui la question du duché dè Sleswig se que les grands centres politiques ont trouvait définitivement ajournée. Le tout attiré, la marine aanoise est detraité de Copenhague (mai 1732) ex- venue un péril plutôt qu'une sauveprima cette situation. Le Sleswig était garde ; et tout récemment nous avons garanti au monarque danois, et l'on vu le cabinet de Copenhague, qm se offrait au duc de Holstein un million rappelait sans doute les violences de d'écus s'il abandonnait ses préten- la flotte anglaise en 1801 et 1807, cetions; mais on lui signifiait en même der à l'Angleterre toutes ses colonies temps que, faute d'une réponse caté- méridionales pour une modique somme gorique pour laquelle on fixait un de quatre-vingt mille livres sterling.

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En 1734, le roi conclut avec la Suède une alliance défensive. Les deux eours se promettaient un secours réciproque de huit mille soldats et de six vaisseaux de guerre. La même convention devait être renouvelée au bout de quatre ans, si des obstacles imprévus ne s'y opposaient.

Peu de temps après , quelques difficultés s'élevèrent entre le roi et la régence de Hanovre au sujet de la succession au fief de Steinhorst ; le baron de Bernstorff négocia avec tant d'habileté, que ce différend se termina à l'avantage de sa cour. Ce ministre termina aussi une question d'étiquette sur le rang que devait tenir à la diète le roi de Danemark , comme duc de Holstein.

Des événements plus importants dont la cour de Russie étaient le théâtre,attirèrent l'attention du cabinet de Copenhague. Le régent fiiren régnait au nom d'Ivan VI. L'atroce rigueur de son gouvernement soulevait contre lui toute la noblesse. D'un autre côté, le prince et la princesse de Brunswick témoignaient un vif ressentiment de se voir écartés du trône. Ceux qui échappaient au knout et à l'exil étaient frappés de terreur. Biren eut même l'audace de dire que si la princesse faisait la mutine, il la renverrait en Allemagne avee sa famille, et qu'il ferait venir le duc de Holstein pour le placer sur le trône. Cette conduite tyrannique entraîna sa chute , et mit le pouvoir aux mains de ceux qu'il avait voulu perdre. La princesse Anne ne garda la régence que peu de temps ; une autre révolution mit la couronne sur la tête d'Élisabeth, et le dernier héritier de la branche d'Ivan V, dont le berceau n'avait nu résister à tant d orages, se vitcondamné à un exil que couronna une fin tragique.

Vers la même époque (1742) la reine de Suède Ulrique-Éléonore mourut sans laisser d'héritiers. La guerre que les Suédois faisaient aux Russes, à l'instigation de la France, avait été mal conduite ; on espérait que la paix sortirait delà question d'élection. La France recommandait le duc de Deux-Ponts; le

roi de Suède proposait son neveu le .

prince héréditaire de liesse, gendre du roi d'Angleterre; le roi de Danemark faisait valoir les avantages d'une alliance solide , fondée sur le choix de son fils , prince royal de Danemark ; mais le vœu national désignait le duc de Holstein-Gottorp, petit- neveu de Charles XII, et neveu de l'impératrice de Russie. La diète envoya en conséquence une députation à Pétersbourg pour annoncer au duc son élection.

Elisabeth avait d'autres vues; elle proposa aux Suédois le duc Adolphe-Frédéric, de la même maison, alors évéque de Lubeck. Le roi de Danemark s'était contenté d'envoyer un ambassadeur à la diète pour lui proposer le rétablissement de l'union de Calmar, l'élection de son fils, et comme garantie d'une alliance offensive et défensive, une escadre de douze vaisseaux de guerre , et une armée de douze mille hommes qu'on mettrait immédiatement à la disposition de la Suède.

Le cabinet de Stockholm fit valoir ces offres dans le but d'obtenir des con* ditions plus favorables de la Russie.

Elisabeth accorda la paix (1743),, et promit au roi de Danemark qu'elle lui garantirait la jouissance du duché de Sleswig, si l'évéque de Lubeck l'emportait sur ses concurrents. Comme le dénoûment ne pouvait être pacifique qu'à ce prix, l éveque de Lubeck fut élu, malgré les efforts des autres partis.

Cet événement causa une vive inquiétude à Christian. Le duc de Holstein- Gottorp était appelé à la succession du trône de Russie, et déjà il avait embrassé la religion grecque ; un prince de la même maison venait d'être désigné pour régner sur la Suède après Frédéric; l'avenir apparaissait sombre et menaçant pour le Danemark. Les états de Suède, au mépris de leurs engagements formels, n'avaient rien stipulé avec la Russie au sujet du Sleswig; Christian rappela son ambassadeur, et prit toutes les mesures que semblait réclamer la gravité des circonstances.

La Suède se hâta de mettre la Scahie et les provinces limitrophes de la Norvège à l'abri d'un coup de main ; et le

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Danemark rassembla des forces considérables dans la Sélande et la Norvège orientale. Heureusement que les grands intérêts qui tenaient l'Europe en suspens au sujet de la succession de Charles VI, vinrent arrêter ces préparatifs à l'instant où la guerre paraissait inévitable. L'intervention des grandes puissances ressemblait tellement à une menace, que le Danemark n'avait plus qu'à céder. Le prince royal abandonna ses prétentions qu'il fondait sur le choix de deux ordres de la diète de Suède, et l'on revint à l'alliance de 1734.

La cour de Pétersbourg était enfin parvenue au but de Pierre le Grand ; elle avait établi son influence dans le Nord, non moins par ses conquêtes que par ses alliances avec la maison de Holstein-Gottorp.qui lui fut redevable de son élévation. Le roi de Danemark, qui n'était rien moins que rassuré sur le duché de Sleswig, se rapprocha de l'impératrice; Elisabeth feignit d'intervenir auprès du duc dans le but d'obtenir de lui un désistement définitif ; mais Christian, voyant ce moyen lui échapper, conclut avec la France une alliance défensive pour deux années (1745). Il mourut l'année suivante dans la maturité de l'âge, laissant une dette publique de plusieurs millions.

Sophie- Madeleine de Brandebourg- Culmbach lui avait donné deux enfants : un fils qui lui succéda sous le nom de Frédéric V. et une princesse nommée Louise, mariée au duc de Saxe-Hildburghausen.

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