C. N.Pxhiw. C.V. Salderst
L'habileté des ministres danois , et il faut le dire, celle de Julie, commençaient à faire oublier par quels moyens ôdieux ce parti était parvenu au pouvoir, lorsque éclata" la guerre des colonies anglaises de l'A m nique contre la mère patrie. Les' Hollandais voyaient avec satisfaction une querelle qui menaçait la marine britannique ; ils poussèrent le stathouder à augmenter les forces navales, et à embrasser le principe d'après lequel le pavillon couvre la marchandise. Un grand nombre de spéculateurs expédièrent aux Américains, sous pavillon neutre, tout ce qui pouvait les aider à continuer la guerre.
A celte époque, le Danemark avait trente vaisseaux de ligne de cinquante canons et vingt frégates, et son commerce de transport avait pris un accroissement considérable. Les nouvelles ressources que cet état de choses ouvrait au commerce danois, furent appréciées par Bernstorff, qui, sans vouloir la ruine de l'Angleterre, tenait à ménager l'impératrice Catherine, protectrice du droit des neutres. Cet accord amena les conventions suivantes :
Convention maritime entre la Russie et le Danemark, < à Copenhague, le 9 juillet
La présente guerre maritime allumée euU"e la Grande-Bretagne d'un côté et la France et l'Espagne de l'autre , ayant porté un préjudice notable au commerce et à la navigation des nations neutres , Sa Majesté Impériale de toutes les Russies , et Sa Majesté le Roi de Danemark et de Norvège, toujours attentives à concilier leur dignité et leurs soins pour la sûreté et le bonheur de leurs sujets , avec les égards qu'elles ont si souvent manifestés pour les droits des peuples en général, ont reconnu la néces-
si té ou elles se trouvent de régler dam les circonstances présentes leur conduite d'api es ces sentiments.
Sa Majesté Impériale de toutes les Russi es a avoué à la face de l'Europe, au moyen de sa déclaration en date du 28 février 1780, remise aux puissances actuellement en guerre | les principes puisés dans le droit primitif des nalions, qu'elle réclame et qu'elle a adopté pour règle de sa conduite pendant la guerre actuelle. Cette attention de l'Impératrice à veiller au maintien des droits communs des peuples, ayant été applaudie par toutes les nations neutres, les a réunies dans une cause qui regarde la défense de leurs intérêts les plus chers , et les a portées à s'occuper sérieusement d'un objet précieux pour les temps présents et à venir , en tant qu'il importe de former et de réunir en un corps de système permanent et immuable , les droits, prérogatives , bornes et obligations de .la neutralité. Sa Majesté le Roi de Danemark et de Norvège, pénétré de ces mêmes principes , les a également établis et réclamés dans la déclaration qu'il a fait remettre le 8 juillet 1780, aux trois puissances belligérantes, en conformité de celle de la Russie , et pour le soutien desquels! Sa Majesté Danoise a même fait armer une partie considérable de sa flotte. De là est résulté l'accord et l'unanimité avec lesquels Sa Majesté impériale de toutes les Russies et Sa Majesté le Roi de Danemark etde Norvège, en conséquence de leur aminé et de leur confiance réciproque, ainsi que de la conformité des intérêts de leurs sujets , ont jugé à propos de donner , au moyen d'une convention formelle, une sanction solennelle aux engagements mutuels à prendre. Pour cet effet , leurs dites Majestés ont choisi et nommé pour leur* plénipotentiaires , savoir : etc. etc.
Art. 1. Leursdites Majtslés étant sincère ,->pnt résolues d'entretenir constamment 1 . initié et l'harmonie avec les puissances actu llement en guerre, et de continuer à observer la neutralité la plus stricte et la plus exacte, déclarent vouloir tenir la main à la plus rigoureuse exécution des défenses portées contre le commerce de contrebande de leurs sujets avec les puissances déjà en guerre, ou qui pourraient y entrer dans la suite.
Art. 2. Pour éviter toute équivoque et tout malentendu sur ce qui doit être qualifié de contrebande , Sa Majesté Impériale de toutes les Russies et Sa Majesté le Roi de Danemark et de Norvège décla»
rent qu'elles ne reconnaissent pour telles
cpie les marchandises comprises sous celte dénomination dans les traités qui subsistent entre leursdites Majestés et l'une ou l'autre des puissances belligérantes. Sa Majesté Impériale de Russie, se référant nommémeut aux articles 10 et n de sou traité de commerce avec la Grande- Bretagne , elle en étend les obligations, entièrement fondées dans le droit naturel , aux couronnes de France et d'Espagne qui n'ont point été liées jusqu'ici avec son empire par aucun engagement formel purement relatif au commerce. Sa Majesté le Roi de Danemark et de Norvège, de son côté, se rapporte aussi à l'article 3 de son traité de commerce avec la France, et étend les obligations de celui-ci à l'Espagne , n'ayant point avec cette couronne des engagements qui décident à cet égard.
Art. 3. La contrebande déterminée est exclue du commerce des nations neutres en conformité des traités et stipulations expresses subsistantes entre les hautes parties contractantes et les puissances en guerre, et nommément eu vertu du traité de commerce conclu entre la Russie et la Grande-Bretagne le 1 1 juillet 1670 , et de celui conclu entre le Danemark et la France le 23 août 1742. Sa Majesté Impériale de toutes les Russies et Sa M.ijesté le Roi de Danemark et de Norvège entendent et veulent que tout autre traité soit et reste parfaitement libre. Leurs Majestés , après avoir déjà réclamé, dans leurs déclarations faites aux puissances belligérantes, les principes généraux de droit naturel, dont la liberté du commerce et de la navigation , de mèmeque les droits des peuples neutres , sont une.
conséquence directe, ont résolu de ne les point laisser plus longtemps dépendre d'une interprétation arbitraire, suggérée par des intérêts isolés et menteurs. Dans cette vue elles sont convenues :
i° Que tout vaisseau peut naviguer librement de port en port et sur les côtes des nations en guerre.
2 0 Que les effets appartenant aux sujets des dites puissances en guerre soient libres sur les vaisseaux neutres , à l'exception des marchandises de contrebande.
3° Que pour déterminer ce qui caractérise un port bloqué, on n'accorde cette dénomination qu'à celui où il y a, par la disposition de la puissance qui l'attaque avec des vaisseaux arrêtés et suffisamment proches , un danger évident d'entrer.
L'UNIVERS
4° Que les vaisseaux neutres ne puissent être arrêtés que sur de justes causes et des faits évidents ; qu'ils soient jugés sans retard; que la procédure soit toujours conforme, prompte et légale, et que chaque fois, outre les dédommagements qu'on accorde à ceux qui ont fait des pertes sans avoir été en faute, il soit rendu une satisfaction complète pour l'insulte faite aux pavillons de LeursM ajestés.
Art. 4. Pour protéger le commerce commun de LeursMajestés, fondées sur les principes ci-dessus établis, Sa Majesté Impériale de toutes lesRussies et Sa Majesté le Roi de Danemark et de Norvège ont jugé à propos d'équiper séparément un nombre de vaisseaux de guerre et de frégates proportionné à ce but ; les escadres de chaque puissance ayant à prendre la station et devant être employées aux convois qu'exigent son commerce et sa navigation , conformément à la nature et à la qualité du trafic de chaque nation.
Art. 5. Si pourtant il arrivait que les vaisseaux marchands des puissances se trouvassent dans un parage où les vaisseaux de guerre de la même nation ne fussent pas stationnés , et où ils ne pourraient pas avoir recours à leurs propres convois, alors le commandant des vaisseaux de guerre de l'autre puissance, s'ilenest requis, doit de bonne foi et sincèrement leur prêter le secours dont ils pourraient avoir besoin , et en tel cas les vaisseaux de guerre et frégates de l'une des puissances serviront de soutien et d'appui aux vaisseaux marchands de l'autre ; bien entendu cependant que les réclamants n'auraient fait aucun commerce illicite ni contraire aux principes de la neutralité.
Art. 6. Cette convention n'aura point d'effet rétroactif, et par conséquent on ne prendra aucune part aux différends nés avant sa conclusion, à moins qu'il ne soit
Sueslion d'actes de violences continus , tenant à fonder un système oppressif pour toutes les nations de l'Européen général.
Art. 7. S'il arrivait, malgré les soins les plus attentifs employés par les deux puissances, et malgré l'observation de la neutralité la plus parfaite de leur part, que les vaisseaux marchands de Sa Majesté Impériale de toutes les Russics et de Sa Majesté le Roi de Danemark et de Norvège fussent insultés, pillés ou pris par les vaisseaux de guerre ou armateurs de Tune ou l'autre puissance en guerre , alors
le ministre de la partie lésée auprès delà cour dont les vaisseaux de guerre ou armateurs auraient commis de tels attentats, y fera des représentations, réclamera les vaisseaux marchands enlevés , et insistera sur les dédommagements convenables, en ne perdant jamais de vue la réparation de l'insulte faite au pavillon. Le ministre de l'autre partie contractante se joindra à lui et appuiera ses plaintes de la manière la plus énergique et la plus efficace, et ainsi il sera agi d'un commun et parfait accord.
Que si l'on refusait de rendre justice sur ces plaintes, ou si l'on remettait de la rendre d'un temps à l'autre, alors Leurs Majestés useront de représailles contre la puissance qui la leur refuserait, et elles se concerteront incessamment sur la manière la plus efficace d'effectuer ces justes représailles.
Art. 8. S'il arrivait que l'une ou l'autre des puissances , ou toutes les deux ensembles, à l'occasion ou en haine de la préseute convention, ou par quelque cause qui y eût rapport, fût inquiétée, molestée ou attaquée , il a été également convenu que les deux puissances feront cause commune pour se défendre réciproquement et pour travailler et agir de concert, à se procurer une pleine et entière satisfaction , tant pour l'insulte faite à leur pavillon que pour les pertes causées à leurs sujets.
Art. 9. Cette convention, arrêtée et conclue pour tout le temps que durera la guerre actuelle, servira de base aux engagements que les conjonctures pourraient faire contracter dans la suite des temps et à l'occasion de nouvelles guerres maritimes par lesquelles l'Europe aurait le malheur d'être troublée. Ces stipulations doivent, au reste, être regardées comme permanentes, et feront loi en matière de commerce et de navigation, et toutes les fois qu'il s'agira d'apprécier les droits des nations neutres.
Art. 10. Le but et l'objet principal de celte convention étant d'assurer la liberté du commerce et de la navigation, Sa Majesté Impériale de toutes lesRussies et Sa Majesté le Roi de Danemark et de Norvège conviennent et s'engagent d'avance à consentir que d'autres puissances égalament neutres y accèdent , et qu'en en adoptant les principes, elles en partagent les obligations ainsi que les avantages.
Art. ei. Afin que les puissances en guerre ne préteudent cause d'ignorance relativement aux engagements pris entre leurs dites Majestés, les deux hautes parties coo
tractantes communiqueront amicalement à toutes les parties belligérantes les mesures qu'elles ont concertée» entre elles , mesures d'autant moins hostiles qu'elles ne sont au détriment d'aucune autre, mais qu'elles tendent uniquement àlasûretédu commerce et de la navigation de leurs sujets respectifs.
Art. 12. La présente convention sera ratifiée par les deux parties contractantes, et les ratifications échangées en bonne et due forme dans l'espace de six semaines à compter du jour de la date de la signature, ou plus lot si faire se peut. En foi de quoi nous soussignés, en vertu de nos pleins pouvoirs, l'avons signée et y avons apposé les cachets de nos armes.
Fait à Copenhague, le neuvième jour du mois de juillet, l'an de grâce 1780.
Suivent les signatures.
Traité d'amitié et de commerce entre l'empire de Russie et la couronne de Danemark, conclu à Saint-Pétersbourg le 8-19 octobre 1782.
Au nom de la très-sainte et indivisible Trinité.
Sa Majesté Impériale de toutes les Kussies et sa Majesté le Roi de Danemark ayant également à cœur de cimenter de plus en plus, par tous les nœuds d'amitie et de bonne correspondance, l'union étroite qui Subsiste entre elles et leurs États respectifs, elles se sont appliquées entre autres à étendre et faire prospérer, autant qu'il est en leur pouvoir, le commerce réciproque entre leurs sujets. Et pour obtenir plus efficacement ce but, elles ont jugé à propos de rassembler sous un même point de vue et de fixer les droits et obligations réciproques sur lesquels elles sont convenues entre elles, pour encourager l'industrie et faciliter les échanges mutuels entre les deux nations, et de faire, sur tous les points arrêtés sur cet objet, un traité de commerce en forme. En conséquence, et pour procéder sans délai à la confection d'un ouvrage si salutaire , leursdites Majestés ont choisi et nommé pour leurs plénipotentiaires, savoir, etc. etc.
Nous ne donnerons ici que les principaux articles de ce traité :
Art. 1. Il subsistera entre sa Majesté Impériale de toutes les Russies, ses héritiers et successeurs au trône , d'une part , et Sa Majesté le Roi de Danemark, ses héritiers et successeurs au trône de l'autre, comme e leurs États, royaumes, provinces,
villes et sujets, à perpétuité , une amitié vraie , sincère et parfaite, uue paix durable et boune intelligence ; et en vertu de cet accord, tant ces deux puissances ellesmêmes, que leurs sujets sans exception , se prêteront mutuellement, dans toutes les occasions,et particulièrement en ce qui concerne le commerce et la navigation, toute aide et assistance possible , eu déployant pour cet effet tout le zèle d'amis et de bons voisins, et sans jamais rien entreprendre qui puisse tourner au préjudice ou détriment les uns des autres.
Une parfaite liberté de conscience sera accordée aux sujets des deux nations dans les Etats respectifs, et en conséquence ils pourront vaquer librement ou dans leurs propres maisons, ou dans des bâtiments ou églises destinées ou permises à celte fin par le gouvernement, au culte de leur religion, sans y être jamais troublés ni inquiétés d'aucune façon.
Il sera permis aux sujets de la puissance alliée, dans les États de l'autre, de naviguer, acheter , vendre et transporter librement , par eau et par terre , dans tous les ports , villes, rades des deux pays, dont l'entrée et la sortie n'est pas défendue, et en payant, s'entend , les douanes et les droits prescrits dans chaque endroit , de même qu'eu se conformant , quant aux vaisseaux et voitures chargées de pareils transports de marchandises , aux lois établies dans l'endroit où ce commerce se fera. Sa Majesté Impériale de toutes les Russies n'excepte de la présente permission que ses ports de la mer Noire , de la mer Caspienne et de ses autres possessions en Asie; et sa Majesté Danoise tant ses possessions en Amérique que les autres établissements qu'elle possède hors de l'Europe.
En outre, sa Majesté Danoise, accoutumée à favoriser les intérêts de l'empire de Russie , comme ceux d'une ancienne amie et alliée de sa couronne , fera jouir les sujets russes , pour tous les droits du Sund en général, d'un traitement égal avec les nations les plus favorisées en Danemark , en ne leur faisant payer, s'entend, qu'un pour cent pour toutes les marchandises dont il n'est pas fait mention dans le tarif.
Une exemption des» droits d'entrée de port, et généralement de tous autres, sera accordée aux navires russes qui passerout devant la forteresse de Cxlûksladt et autres places que le Danemark possède sur l'Elbe, de manière que ces navires en allant et
L'UNIVERS
venant ne seront point visités ni retenus ou inquiétés , à moins qu'en temps de guerre il n'y ait des soupçons avérés que ces navires portent de la contrebande aux ennemis.
Toutes les fois que les navires des sujets russes ou danois seront obligés , par des tempêtes ou pour se soustraire à la poursuite de quelque pirate, ou aussi pour quelque autre accident, de se réfugier dans les ports des États respectifs, ils pourront s'y radouber, se pourvoir de toutes les choses nécessaires , et se remettre en mer librement , sans subir la moindre visite, ni payer aucun droit d'entrée de port ni autre quelconque , à condition pourtant que pendant leur séjour dans ces ports ils ne puissent rien tirer de leurs navires ni exposer aucune marchandise en vente, et qu'ils se conformeront eu tout aux lois, statuts et coutumes du lieu, ou du port où ils seront entrés.
Si les navires des sujets des deux puissances contractantes échouaient ou faisaient naufrage sur les côtes de l'une ou de l'autre, les sujets respectifs jouiront, tant pour euxmêmes que pour leurs navires et effets, de tous les secours et assistances possibles , comme les habitants du pays eux-mêmes, en payant cependant les mêmes frais et droits auxquels sont assujettis, en pareil cas, les propres sujets de l'État sur les cotes duquel ils auraient échoué ou fait naufrage.
En conséquence, elles s'appliquent ici immédiatement à elles-mêmes quatre axiomes importants, qui pour le cas de la guerre ont été établis en laveur des droits de tous les peuples neutres en général, savoir :
Que tout vaisseau pourra naviguer librement de port en port et sur les côtes des nations en guerre.
Que les effets appartenant aux sujets desdites puissances en guerre seront libres sur les vaisseaux neutres, à l'exception des marchandises de contrebande.
Que , pour déterminer ce qui caractérise un port bloqué, on n'accordera celte dénomination qu'à celui où les vaisseaux de la puissance qui l'attaque seront Suffisamment proches et postés de façon à ce qu'il y ait un danger évident d'y entrer.
Que les vaisseaux neutres ne pourront être arrêtés que sur de justes causes et des faits évidents ; qu'ils seront jugés sans retard ; que la procédure sera toujours uniforme , prompte et légale , et que chaque
fois , outre les dédommagements que l'on
accordera à ceux qui ont fait des pertes sans avoir été en faute . il sera rendu une satisfaction complète pour l'insulte faite aux pavillons respectifs.
Elles sont convenues de même entre elles, que les sujets d'une puissance ennemie qui se trouveront à leur service, et ceux qui seront naturalisés, ou auront acquis le droit de bourgeoisie, même pendant la guerre, ne seront point envisagés ni traités sur un autre pied que les sujets nés daus leurs Étals respectifs.
Puisqu'il sera libre aux deux puissances contractantes d'établir , pour l'avantage du commerce de leurs sujets , des consuls dans les Étals de leur domination réciproque, elles sont également convenues entre elles, que les sujets respectifs pourront, dans leurs procès entre eux et autres affaires , et du propre consentement, s'entend, des parties, recourir aux jugements de leurs propres consuls ; et que non-seulement les décisions des derniers seront parfaitement valables et légales , mais qu'ils pourront aussi, pour les faire exécuter, demander , en cas de besoin, main-forte aux tribunaux du lieu. Mais, toutes les fois que les deux parties eu litige ne voudront pas avoir recours à l'autorité de leurs propres consuls, elles pourront s'adresser aux. tribunaux ordinaires du j .s où elles sont domiciliées, lesquels tribunaux auront soin de leur rendre la plus prompte et exacte justice , selon les lois et règlements établis par ces tribuuaux ; et il sera libre, dans l'un et l'autre cas, a'ix sujets respectifs de choisir, pour plaider et soigner leur cause, tels avocats, procureurs ou notaires que bon leur semblera, pourvu qu'ils soient avoués par le gouvernement, ou des tribunaux établis pour cela.
Quoique le droit d'aubaine n'existe pas dans les États des deux puissances contractantes, il est cependant convenu entre elles, afin de prévenir tous les doutes qui pourraient s'élever là-dessus , que les biens et immeubles délaissés par la mort d'un des sujets respectifs daus les États de l'autre, passeront librement et sans obstacle quelconque aux héritiers, par testament ou ab intestat : lesquels pourront en conséquence prendre tout de suite possession de l'héritage , ou par eux-mêmes , ou par procuration, aussi -bien que leurs exécuteurs testamentaires, s'il y jen avait dénommés par le défunt. Et lesdiU héritiers disposeront en-
suite à leur gré de l'héritage qui leur sera échu, après avoir acquitté les différents droits établis par les lois de l'État où ladite succession aura été délaissée ; et au cas que les héritiers étant absents ou mineurs n'auraient pas pourvu à faire valoir leurs droits , alors toute la succession sera inventoriée par un notaire public en présence du juge ou des tribunaux du lieu , accompagné du consul de la nation du décédé, s'il y en a un dans le même endroit, et de deux autres personnes dignes de foi, et déposée ensuite dans quelque établissement public ou eutre les mains de deux ou trois marchands qui seront nommés à cet effet par ledit consul , ou à son défaut entre les mains de ceux qui d'autorité publique y auront été désignés, afin que ces biens soient gardés par eux et conservés pour les légitimes héritiers et véritables propriétaires.
Et supposé qu'il s'élevât une dispute sur un pareil héritage, entre plusieurs prétendatils, alors les juges de l'endroit où les biens du défunt se trouveront, décideront le procès par sentence définitive , selon les lois du pays.
Le présent traité durera pendant douze ans , et tout ce qui s'y trouve arrêté doit être observé invariablement pendant cet intervalle, et exécuté dans toute sa teneur, bien entendu qu'avant l'expiration du terme dudit traité il dépendra du bon plaisir des deux hautes parties contractantes de convenir sur sa prolongation.
Les deux hantes parties eontraclantes s'engagent à ratifier le présent traité de commerce, et les ratifications en seront échangées en bonne et due forme, dans l'espace de six semaines, à compter du jour de la signature, ou plus tôt si faire se peut. En foi de quoi nous soussignés, en vertu de nos pleins pouvoirs, lavons signé et y avons apposé les cachets de nos armes.
Fait à Saint-Pétersbourg, le 8-19 octobre 1782. Suivent les signatures.
Bemstorff avait trouvé les finances du Danemark dans le plus mauvais état. Les dépenses de la cour, bien que réduites, les pensions qui obéraient le trésor, l'intérêt de la dette nationale, ne permettaient pas d'équilibrer les ressources avec les charges. Les circonstances exceptionnelles , suffisamment indiquées par les traités (me nous venons de rapporter , rendirent la vie
au commerce, et répandirent dans le Nord l'aisance et l'activité. Par un concours singulier, les filais les plus despotiques de l'Europe se déclaraient contre le privilège, et les craintes de l'Angleterre constitutionnelle témoignaient que ses institutions ne pouvaient prospérer qu'en gênant la liberté commerciale des autres nations.
Heureusement pour l'Angleterre, l'ancienne jalousie qui existait entre le Danemark et la Suède ne leur permit point d'agir avec suite et accord; d'un autre côté, les agents anglais s'efforçaient de persuader à Bernstorff que, dans une guerre maritime, la Russie saurait, en cas de succès, attirer à elle tous les avantages de la victoire, tandis que si les alliés éprouvaient une défaite, les amiraux de Catherine laisseraient anéantir la marine auxiliaire.
Bernstorff, soit qu'il prévît le danger, soit qu'il se laissât dominer par l'influence anglaise, inséra dans le traité avec la Russie, que le Danemark pourrait conserver ses anciennes alliances.
Cet article, qui neutralisait le Danemark, alarma Gustave, irrita Catherine, offensa la reine Julie, en même temps qu'il indisposait les cours de Versailles, de Berlin et de Madrid.
Rien ne fut négligé pour engager le ministre à retirer cette clause; mais il resta inflexible, et aima mieux quitter le pouvoir que de céder aux instances de la cour et des cabinets alliés.
Après sa disgrâce, on établit un cabinet intime qui rappelait celui de Mathildeet deStruensee. (Cours du Nord.) Le conseil d'Élat n'était plus consulté, et les bureaux recevaient directement les ordres du roi; et comme ce monarque imbécile était entièrement à la disposition de Julie, on se demandait à Copenhague, si ce qui avait motivé la condamnation de Mathilde et de Struensee, n'était plus un crime sous la nouvelle administration.
Quoique Julie fût toute-puissante, le comte de Bernstorff avait des partisans, qui l'instruisaient de tout ce qui se passait à la cour. Bien que retiré dansunede ses terres,ilsuivattd'unceil attentif les progrès du mécontentement
de la nation, et ses agents montraient la régence du prince royal comme le remède à la tois le plus légitime et le plus eflicace à la situation. D'un autre côté, les émissaires de la reine répandaient les bruits les plus injurieux sur la capacité et les facultés intellectuelles de ce jeune prince : on le disait stupide et intraitable , et non moins incapable que son père du gouvernement de l'État.
Cependant Frédéric avait atteint l'âge de quatorze ans. Selon la loi danoise, il devait être confirmé, et dès lors prendre place au conseil. Julie retarda à dessein cette cérémonie , et remplit le conseil de ses créatures. En 1784, le prince avait accompli sa seizième année. Julie avait été informée qu'il existait une correspondance secrète entre l'héritier de la couronne et le comte de Bernstorff. Le comte de Schack Ratlau recevait toutes les confidences du jeune prince. La reine fut tentée d'employer les grands moyens; mais Guldberg, son favori, l'en dissuada. Cependant elle se rendit à l'appartement du prince royal, et après l'avoir accusé d'entretenirdes correspondances secrètes , elle allait procéder à une espèce d'interrogatoire. Frédéric l'écouta avec calme, et lui dit : Puisque vous êtes si certaine de tout cela, madame, vous ne refuserez sans doute pas de me dire quelle est la personne qui vous a donné cet avis; alors je saurai ce que j'aurai à répondre.
Le comte de Bernstorff connaissait assez Guldberg, pour être certain que cet homme d'Etat ne risquerait ni sa vie ni même sa fortune en engageant la reine à conserver par des moyens violents le pouvoir illégal qu'elle s'était arrogé. Plus tard, et du sein même de sa retraite, il dirigeait toutes choses par l'entremise des personnes qui lui étaient dévouées.
Plusieurs officiers généraux étaient dans le complot; le commandant de la citadelle avait même pris l'engagement, dans le cas où la tentative échouerait, de remettre cette forteresse au prince royal , comme une retraite sûre pour lui et pour ses amis.
Le vingt-huit mars 1784 , Frédéric
reçut le sacrement de la confirmation dans la chapelle royale de Christiansborg, en présence" de toute la cour, des ministres étrangers, des grands officiers de l'État et de plusieurs autres personnes de distinction. Le premier -aumônier du roi interrogea le prince sur les points du dogme religieux ; Frédéric repondit d'une manière ferme et délibérée. Julie se montra aussi surprise qu'effrayée. L'impression de l'auditoire fut si vive, que plusieurs personnes versèrent des larmes d'attendrissement.
Quand le prince eut reçu le sacrement de confirmation, il fut admis au nombre des membresdu conseil d'État, et remplaça son oncle le prince Frédéric, comme président. Le quatorze avril au matin, il prêta serment. A l'heure où l'on relevait la garde, il donna en personne un ordre d'après lequel aucun militaire ne devait quitter son poste sans une permission ex-
f>resse. Le conseil était assemblé dans 'appartement du roi; le prince royal s'adressa à son père, et lui dit d'un air à la fois ferme et respectueux, que la loi l'appelait au gouvernement de l'État; et que, pour qu'il pût remplir exactement tous ses devoirs, il demandait un conseil qui eût sa confiance et celle de. la nation. Le monarque hésita, comme il avait coutume Je Iè faire, uand on lui proposait quelque chose e nouveau. Un des membres , M. de Rovenskrone , créature de Julie, se leva et dit : Votre Altesse Royale doit sentir <me le roi ne peut signer une telle pièce sans une mûre délibération. Il voulut même arracher le mémoire des mains du prince, qui lui dit avec dignité : Ce n'est pas à vous, Monsieur, qu'il appartient de donner des conseils au roi dans une semblable occasion. Songez que je suis l'héritier présomptif de la couronne, et en cette qualité, responsable de tous mes actes envers la nation.
Le comte de Scback Ratlau , qui était, comme nous l'avons vu, dans la confidence du prince, resta silencieux.
Guldberg , voyant les choses si avan-
cées, et craignant de se compromettre, ne hasarda aucune objection. La terreur et l'effroi se peignaient sur la figure du fils de Julie. Le prince royal mit alors les papiers sous les yeux du roi qui ne fit aucune difficulté de les signer; ils furent sur-le-cbamp portés et enregistrés à la chancellerie royale.
Le nouveau régent se voyant ainsi autorisé à agir, annonça aux membres du conseil leur démission. C'étaient MM. de Rosecrone, Stehman, Molkte, Guldberg et Eichstedt; il leur déclara qu'il avait nommé un autre conseil, et que le comte Bernstorff était premier ministre de la couronne. Il assura en même temps aux' membres dé* missionnaires, qu'ils emportaient son estime, et chercha à atténuer leur disgrâce par quelques dédommagements. On remarqua que, dans cette circonstance délicate, il ne cessa de montrer beaucoup de déférence pour le prince Frédéric, qu'il pria d'honorer le nouveau conseil de sa présence, et de lui prêter l'assistance de ses lumières.
Le prince royal se rendit ensuite au corps de garde du château : il y trouva les officiers réunis, comme ils en avaient reçu l'ordre, et disposés à lui obéir. De "là il passa dans les appartements de la reine douairière, à laquelle il annonça , avec une fermeté respectueuse , qu'elle conserverait son état de maison , mais que désormais elle aurait à s'abstenir de toute participation aux affaires de l'État. Il manda ensuite les nouveaux membres du conseil, le gouverneur de Copenhague, les chefs militaires, le colonel de la garde bourgeoise, les officiers chargés de la police de la ville, et leur signifia qu'ils n'avaient plus d'ordres à recevoir que de lui seul.
Le comte de Bernstorff revint en toute hâte à Copenhague , et prit la direction des affaires étrangères. Ce changement, qui rendait l'autorité à l'héritier légitime , eut l'assentiment général ; Bernstorff, qui l'avait dirigé, lui imprima la modération de son caractère ; presque tous ceux qu'on s'était vu iorcé de déplacer furent dé-
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dommaçés généreusement; cette conduite, a la fois digne et mesurée, formait un contraste frappant avec les révolutions précédentes. Le seul avantage des institutions despotiques, c'est de rendre l'exécution du bien plus facile; mais comme les nobles caractères sont exceptionnels , l'accord de la justice et de la force dans les monarchies absolues ne peut être considéré que comme un heureux accident.
L'influence du comte de Bernstorff sur les affaires ne cessa qu'avec sa vie.
Ce ministre avait rendu la liberté à ses paysans, ce qui augmenta leur bien-être sans porter préjudice à sa fortune. En 1786, cette mesure fut étendue à tous les serfs du Danemark; mais plus tard on s'aperçut que la noblesse, dont on violait ainsi les privilèges, ne se contenterait pas longtemps du rôle que lui traçait la loi royale.
La servitude, bien qu'adoucie, fut donc rétablie. Cependant la propriété du serf ne fut plus, pour ainsi dire, qu'une annexe de celle du sol : ainsi , le paysan danois peut échapper à sa dépendance en quittant la terre qu'il exploite; mais comme il ne possède en propre , il ne fait que changer de maître , sans arriver a l'exercice de la liberté. Toutefois, cette faculté que la loi lui laisse, empêche les propriétaires fonciers, c'est-à-dire la noblesse du royaume , d'abuser de la sujétion du paysan, qui, en général, est actif, et jouit, dans 1 aisance, du produit de son industrie et de son travail.
En 1787, les finances recurent quelques améliorations que facilitèrent les opérations du cadastre, et surtout les nouvelles ressources qu'avait trouvées le commerce à la faveur du droit des neutres.
Bientôt après (1788), la tranquillité du Nord fut troublée par la guerre qui éclata entre la Russie et la Suède.
Le Danemark était tenu par le dernier traité de secourir l'impératrice.
Le prince de Hesse, gouverneur de la Norvège , entra en Suède à la tête de douze mille hommes ; déjà GÔtheborg était sur le point de capituler, et les
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flottes danoises menaçaient les cotes de Suède.
Le comte de Bernstorff prévoyait que Gustave ne serait que faiblement appuyé par les cabinets qui rengageaient dans cette lutte inégale. En effet, l'Europe commençait a s'alarmer de l'ambition de Catherine qui , après le démembrement de la Pologne, préparait la ruine de la Turquie , et prétendait faire dominer le pavillon russe sur la mer Noire. Pétersbourg était faiblement défendu , et Gustave, en attaquant brusquement la Finlande russe, pouvait marcher sur cette capitale; mais ce prince avait contre lui un parti puissant dans la noblesse, et le duc Charles lui-même montra une hésitation qui enhardit les mécontents.
Le traité d'échange relatif au Holstein liait d'ailleurs le Danemark à la Russie; de sorte que la Suède, placée entre deux ennemis puissants, et troublée à l'intérieur, se trouvait dans la position la plus critique. La révolte de l'armée de Finlande, dont les officiers prétendaient que le roi n'avait pas le droit de faire une guerre offensive sans le consentement des états, força Gustave à retourner en toute hâte en Suède; les succès de l'armée danoise fournissaient un motif plausible à cette brusque retraite. De retour à Stockholm, le roi harangua le peuple, qui prit les armes d'enthousiasme. Toutes les troupes disponibles furent immédiatement dirigées sur Gôtheborg, tandis que Gustave se rendait chez les Dalécarliens pour s'assurer des dispositions de cette population belliqueuse, qui lui offrit un fort contingent.
Entré dans le Yàrmeland, le roi se trouvait à la tête d'une force assez imposante; mais la conduite de quelques chefs lui inspirait de sérieuses inquiétudes; il quitta son quartier général, et se rendit secrètement à Gôtheborg, sans avoir été reconnu par les Danois. A minuit , il arriva à la porte de la forteresse. Le commandant Duretz, qui était loin de s'attendra à une telle visite, lui dit que la ville était hors d'état de se détendre
plus longtemps. «Vous vous trompez,
reprit Gustave , je viens pour la sauver. » Le général le supplia vainement de ne point compter sur une place réduite à la dernière extrémité : « Aujourd'hui même, continua-t-il, l'ennemi sommera la ville de se rendre : l'assaut suivrait un refus. Voyez à quel péril se trouverait exposée votre Majesté. — Eh bien, reprit le roi, puisque je ne puis changer votre opinion, je changerai le gouverneur : le comte Jean Sparre vous remplace. »
Les pourparlers qui avaient eu lieu entre le général Duretz et les Danois avaient donné à ces derniers une telle sécurité, qu'ils avaient négligé d'occuper quelques points importants, et entre autres le pont de la Gôtha-elf (rivière de Gothie). Gustave profita de cette faute, et s'apprêta à une vigoureuse défense.
C'est dans cet état de choses que les négociations de l'Angleterre et de la Prusse amenèrent une suspension d'hostilités; enfin, dans le comme liment de novembre (1788), l'armée danoise évacua le territoire de la Suède.
Les anciens traités suffisaient h la situation, car il n'y avait pas eu de déclaration de guerre. En effet, lorsqu'après le combat naval de Rogeland, les Danois se mettant en mesure d'ouvrir la campagne , Gustave les eut fait sommer d'observer la neutralité, le comte de fiernstorff avait répondu qu'en remplissant les stipulations de sa cour avec la Russie , le roi son maître ne se regardait point comme ennemi de Sa Majesté Suédoise , et qu'il ne demandait pas mieux que de conserver avec elle des relations de bonne amitié. Gustave, prenant pour ce qu'elle valait cette fiction diplomatique, répondit que, de son coté, il accédait à cette condition, et qu'il espérait que la défaite des auxiliaires danois par les armées suédoises ne serait point considérée comme un acte d'hostilité contre le roi de Danemark.
L'acte que nous allons rapporter ne représente donc qu'un armistice au milieu de la paix.
Seconde convention portant cessation d' hostilités entre Sa Majesté U roi de Suède et les troupes sous les ordres de Son Altesse sérénissime le prince Charles de Messe, signée le 16 octobre 1788.
An. I e *". La convention du 9 octobre servira de base à la présente.
Art. a. La présente convention s'étendra aussi sur mer.
Art. 3. Il été* convenu que le présent armistice et la cessation d'hostilité entre le roi de Suède et lés troupes sous le feld-mar£ chai prince de Hesse dureront quatre semaines; savoir* : depuis h jeudi; 16* octobre à minuit, jusqu'au jeudi, i3 novembre pWn chain à minuit.
Art. 4. Pô ut mieux entendre l'article 5 tteia convention du 9 octobre, le prince de Hesse continuera toujours de rester eu possession du district qui est déjà occupé paf les troupes sous ses ordres, et où il n'y a {•oint de postes suédois. Le Giastarden fera la séparation depuis les frontières de Norvège, jusqu'à son embouchure dans le lac de Wàuer.
Art 5. Comme une suite de l'armistice çteadu sur mer, le prince de Hesse s'engage
ref/v 1 * 18 se servip k navi S« l ">» »ur l EIUGord et le Goilia-elf pour les approvisionnements il u 1 1 1 aires ou de quelque autre façon 1 . Usera observé, de la paît du roi, une réciprocité parfaite à l'égard de tout ce qui «t munitions, tandis qu'on réserve uue liberté parfaite de la navigation sur le Gotha-elf et l'Elfsfiord, en faveur de tous les sujets' dé Sa Majesté le roi de Suède, tant de ceux qui demeurent dans les pays ou il se trouve des troupes étrangères, que "es autres habitants des provinces, qui ont coutume de faire le commerce sur ces ri-
Art. 6. Comme l'île de Hisliogen est déjà considérée sur le pied d'un territoire neulre » n 'j sera point levé de contributions eu argent ou en fourrages par les troupes les ordres du prince de Hesse.
Art. yfo q ue |» on convenu ainsi û »u armistice par terre et par mer, le [J r,hce d * Hesse, par une suite nécessaire I e . ( : e,le convention, s'engage à laisser aux * '•aDrtanis la libre jouissance de la pêche du , areu g » à ne les y point troubler, et à né
nT ^ causer des frais ni de |,,n <i wié -
inZ 1 * Cetïc î ,irlie dè ,eur économie, ' longtemps que durera l'armistice, t 8. Aussitôt que la présenté couve u -
tien aura été conclue, il sera expédié le plus promptement possible des courriers aux commandants des troupes de mer et de terre , avec l'ordre d'observer ponctuellement tous les articles de la présente suspeusion des hostilités.
Art. 9. Comme les articles de la présente suspension des hostilités ont été projetés par un effet de la médiation de M. Hlliot, envoyé extraordinaire et ministre plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique à la cour de Danemark, toute explication, dont le cas pourrait exister relativement à l'observation de cette convention , sera laissée à la décision de la cour britannique.
Art. 10. Le prince Charles de Hesse auru pour ses courriers, c'est-à-dire pour ceux de l'armée qu'il commande, un passage li • bre sur les terres de Suède par Helsingborg à Copenhague.
J'agrée la présente convention, et j'ordonnerai à mes commandants de terre et de mer de s'y conformer avec la plus scrupuleuse exactitude.
A Gôtbeborg, le 16 octobre 1788.
GusTAvr.
Articles du troisième armistice entre le roi de Suède et le prince Chartes de Hesse, commandant en chef les troupes auxiliaires du Danemark, le 5 novembre 1788.
Art. i er . L'armistice subsistant entre les forces de terre et de mer de Sa Majesté le roi de' Suède, et celles qui sont sous les ordres dii 1 prince, dé Hesse, sera prolonge durant six mois, eu vertu de la présente, à compter de l'expiration de celui qui subsiste actuellement.
Ai t, a. ^Pendant tout* la durée de l'armisfîcei il ne sera commis aucunes hostilités ni voies de fait de la. part des fortes de terre et de mer de Sa Majesté Danoise, sons le nom de troupes auxiliaires, contje les provinces ou les sujets de la Suède; et à cet égard, il sera observé une réciprocité parfaite de la part des forces de terre et de mer du roi de Suède envers les provinces et les sujets du roi de Danemark.
Art, 3. Son Altesse le prince de Hesse donnera les ordres les plus convenables , pour que durant l'armistice aucun militaire danois ne passe les frontières de la Norvège, à moins qu'il n'y soit autorisé' par un passe-port dé l'officier civil ou militaire auquel Sa Majesté Suédoise aura confie l'exercice de -son autorité sur' les confins. Le roi ' de^Suéde fera pareillement donner
LlMVfcRS.
les ordres les plus conveuables, pour qu'aucun militaire suédois ne se rende, durant l'armistice , de la Suède dans la Norvège danoise, sans être pourvu d'uu pareil passeport.
Art. 4. Sa Majesté Suédoise agrée que les malades, qui, après la sortie du prince de Hesse, pourraient rester en Suède, soient traités avec la considération due à leur état, et qu'il soit nommé par le prince de Hesse quelques officiers pour y prendre garde et diriger leur retour en Norvège, aussitôt qu'ils seront en état d'y être transportés.
(Addition du prince de Hesse : ) Ds seront transportés à mes frais; comme aussi le service du transport qu'on demandera pour eux, viendra à mon compte.
Art. 5. Tous les prisonniers seront relâchés, de part et d'autre, aussitôt que possible. (Addition du prince de Hesse:) Oui, mais ils ne serviront point dans cette guerre contre Sa Majesté l'impératrice de Russie , ni contre ses hauts alliés. Et comme toutes hostilités ont cessé eutre les troupes de Sa Majesté Suédoise et celles sou9 les ordres du prince de Hesse , et qu'ainsi la tranquillité est rétablie par terre et par mer, les deux royaumes de Suède et de Danemark seront considérés comme étant dans la paix la plus parfaite l'un envers l'autre pendant tout le temps que durera le présent armistice ; et dans le cas qu'une des hautes parties contractantes eût à l'avenir dessein de reprendre les hostilités à l'issue du présent armistice, elle sera tenue d'en avertir préalablement quarante jours auparavant.
Art. 6. Cet armistice sera garanti dans tous ses points par les cours de Berlin et de Londres.
Fait à Veddewalla, le 5 de novembre
Deux grands événements, la révolution française et le meurtre de Gustave III, mirent au grand jour l'habileté de Bernstorff. Ce ministre, prévoyant
?ue la lutte entre la république et Angleterre entraînerait tôt ou tard tous les cabinets de l'Europe, voulut du moins assurer au Danemark, aussi longtemps qu'il serait possible , les avantages de la neutralité : mais ce qui devait échapper à sa sagacité, c'est que la Norvège, dont il vivifia le commerce, passerait avec ses nouvelles ressources sous la domination d'une puissance rivale. Le 28 janvier 1795,
anniversaire de la naissance du prince royal, on décerna au comte de Bernstorff unejmédaille d'or, en témoignage de la gratitude de ses compatriotes.
L'année suivante , on lui en présenta une autre; on eût dit çjue les Danois voulaient se hâter de recompenser, de la manière la plus digne de lui, c'està-dire, par des marques d'honneur, l'homme qui avait rendu de si grands services au pays. En effet, au mois de mai 1797 , il fut enlevé après une courte maladie qu'avait précédée une période d'affaiblissement et de langueur.
Le mouvement imprimé à l'Europe par la révolution française avait détruit l'équilibre de la politique européenne. La paix et la guerre ne naissaient plus des anciennes causes qui formaient , pour ainsi dire, le fonds diplomatique des relations internationales. Les succès et les revers de la France réglaient l'action des cabinets, qui s'efforçaient de saisir la marche et le caractère des événements, et qui , ne pouvant les arrêter, voulaient du moins en tirer le meilleur parti possible. Le ministre anglais soudoyait les résistances ; mais sur plusieurs questions, et surtout sur le droit des neutres, il rencontrait des adversaires que la France poussait dans la lutte. ,
L'empereur Paul , mécontent ce l'Autriche , pressentait dans le premier consul le restaurateur d un pouvoir fort; extrême dans ses sympathies, comme dans ses haines, il s apprêta»
à traduire en actes ses nouvelles intentions , et pressait la Prusse et ; le Danemark de se déclarer contre I An gleterre. La retraite de Pitt n empêcha point le gouvernement anglais m suivre l'impulsion donnée par ce ministre. Les flottes anglaises parurent dans la Méditerranée et dans la optique. C'était dans cette dernière me que devait se décider la question m»
droit des neutres.
L'amiral Parker eut le commanaement de l'escadre du nord; mais son nom s'efface devant celui de NeiWJ.
homme de passion, à qui sa haine con
tre la France aurait, 'au besoin, tenu lieu de courage; d'un mérite secondaire dans le conseil, il retrouvait au milieu du péril ces inspirations subites, cette seconde vue du génie, plus forte que l'expérience et le calcul.
L'escadre anglaise, composée de 17 vaisseaux de haut bord et de 30 frégates ou bâtiments légers, parut le 30 mars dans le Cattégat. On sait qu'à mesure que l'on avance vers l'est, la température devient plus froide, guoique l'on parcoure le même parallèle.
A cette époque de l'année, les ports de la Baltique sont encore embarrassés par les glaces, tandis que les détroits ouvrent un libre passage à la navigation. La flotte anglaise avait donc, sur celles qu'elle s'apprêtait à combattre, l'avantage de ne point être
Sênée dans ses mouvements, et celui e pouvoir attaquer séparément les escadres ennemies, dont la jonction n'eût été praticable que vers la fin d'avril. Les marins russes étaient plus nombreux qu'exercés, et les passes de Cronstadt ajoutaient les obstacles de la saison à ceux qui résultaient de l'inexpérience des officiers et de la pesanteur des manœuvres. La Prusse se bornait à fermer aux Anglais les embouchures de ses fleuves, et pour ne laisser aucun doute sur ses dispositions ultérieures, elle s'emparait du Hanovre. Le point stratégique de cette lutte était l'île de Sélande, dont les côtes commandent les détroits, et parce
Îjue les flottes danoises auraient pu èrmer la retraite aux Anglais , dans le cas où ils auraient éprouvé un revers dans la Baltique.
Le passage du Sund n'offre point de grandes difficultés ; mais la flotte qui l'aurait forcé se trouverait au retour dans une situation périlleuse.
Nelson jugea qu'il fallait frapper au cœur la puissance danoise, en attaquant Copenhague. Une victoire détachait le Danemark de la coalition, et ne pouvait que rendre plus circonspectes la Suède et la Russie.
La côte de la Scanie, le long du détroit, est sans défense : comme cette province a longtemps appartenu au
Danemark, il suffisait aux princes danois d'assurer le péage du Sund, du côté de l'île, qui seule renferme des ports. La Suède n'a point fortifié cette côte depuis qu'elle la possède, parce
3 ne c'eût été compléter le système de éfense du Danemark : dans le cas où elle eût prétendu au partage des bénéfices , elle n'aurait pu réussir sans avoir préalablement ruiné le Danemark , qui aurait tout risqué plutôt que de se dessaisir de ses privilèges commerciaux.
Nous avons vu que l'existence du Danemark a été sérieusement menacée, toutes les fois que Copenhague a été le but des efforts de l'ennemi; que dans les guerres contre la Suède, cette dernière puissance a presque toujours été attaquée du côte de la Scanie et de la Norvège , et que ces diversions ont empêché les Suédois de frapper le Danemark au cœur. Les sièges qu'a soutenus Copenhague ont prouvé la nécessité de couvrir cette capitale par un bon système de défense. La supériorité de la marine anglaise prescrivait de ne négliger aucune précaution :
malheureusement on comptait sur la coopération des flottes alliées, et l'activité de Nelson réduisit le Danemark à ses propres ressources.
Le prince royal avait déployé une
Srande activité; la cause qu'il détenait était populaire, et l'attaque des Anglais était une violation manifeste des droits les plus incontestés. Il avait disposé en avant de Copenhague des bâtiments rasés, portant des batteries formidables ; il armait en outre une escadre de dix vaisseaux de ligne qui n'attendait plus que les matelots de la Norvège : les Norvégiens formaient alors la principale force de la marine danoise.
« A ces préparatifs du Danemark, se joignaient ceux de la Suède et de la Russie. La Suède avait disposé des troupes depuis Gôtheborg jusqu'au Sund, et armé Carlscrona dans la Baltique, ainsi que tous les points accès* sibles de cette mer. Le roi Gustave- Adolphe pressait l'amiral Cronstedt d'achever l'armement de la flotte sué-
CrTy
lu^ïvers,
doise. Cette flotte comptait déjà sept vaisseaux et deux frétâtes , prêts à mettre à la voile, dès que la mer serait débarrassée des glaces de Phi ver. Les îlusses avaient douze vaisseaux à Revel, et qui n'étaient, comme ceux des Suédois, retenus que par les glaces.
« Le 21 mars, une frégate anglaise toucha à Helseneur, et vint y débarquer M. Vansittart, chargé de faire une dernière sommation au gouvernement danois. M. Vansittart remit à m, Drumond, chargé d'affaires d'Angleterre, Vultimatum du cabinet britannique. Cet ultimatum consistait à exiger des Danois qu'ils se retirassent de Ta confédération maritime des neutres, qu'ils ouvrissent leurs ports aux Anglais, et qu'ils revinssent à l'arrangement provisoire du mois d'août de l'année précédente, en vertu duquel ils avaient promis de ne plus convoyer leurs bâtiments de commerce. Le prince royal de panemark rejeta vivement l'idée d'une telle défection, et répondit (jue le Danemark et ses allies n'avaient point fait une déclaration de guerre, qu'ils s'étaient bornés à publier leurs principes en matière de droit maritime; que les Anglais étaient les agresseurs, car ils avaient répondu à des thèses de droit des gens par un onbargo; que le Danemark ne commencerait pas les hostilités, mais qu'il repousserait énergiquement la force par la force. La brave population de Copenhague appuya noblement par son adhésion le prince qui la représentait avec tant de dignité. Elle était tout entière sous les armes, et, à l'appel du prince régent, avait formé des milices et des corps volontaires. Huit cents étudiants avaient pris le mousquet; tout ce qui pouvait tenir une pioche aidait les ouvriers du génie à exécuter les travaux de défense; on élevait" partout des retranchements.
MM. Drumond et Vansittart partirent brusquement de Copenhague en menaçant cette ville malheureuse des foudres de l'Angleterre.
« Le 24, ils rejoignirent la flotte, qui des lors fit ses dispositions pour commencer les hostilités.
« Nelson ci Parker tinrent un conseil de guerre à bord de la flotte. On discuta le plan des opérations. Les uns voulaient passer par le Suud, les autres par le grand BeJt. Nelson soutint que peu importait de passer par l'un ou l'autre détroit , qu'il fallait le plus tôt possible entrer dans la Baltique, et se porter en avant de Copenhague, afin d'empêcher la jonction des coalisés. Une lois entrés dans la Baltique, les forces anglaises devaient se diriger, partie sur Copenhague pour y frapper un coup sur les Danois, partie sur la Suède et la Russie pour y détruire les flottes du Nord. On avait une vingtaine de vaisseaux de ligne, ving-cinq ou trente frégates et bâtiments de divers échantillons. Il se faisait fort, avec douze vaisseaux, d'aller détruire toutes les flottes danoises et russes ; le reste devait attaquer et foudroyer Copenhague. Quant à la passe à franchir, Nelson aimait mieux braver quelques coups de canon en forçant le Sund, que de se risquer sur U's bas fonds dangereux du grand et du petit Belt.
« Parker, moins entreprenant, fit une tentative sur le grand Belt, le 26 mars.
Plusieurs bâtiments légers de la flottille ayant touché, le commandant en chef ramena l'escadre, et prit la résolution de forcer le Sund. En ce moment soufflait une bonne brise de nordouest, telle qu'il la fallait pour naviguer dans un canal qui se dirige du nord-ouest au sud-est jusqu'à Helseneur, et descend ensuite presque perpendiculairement du nord au sud. L'escadre, favorisée par le vent , s'avançait hardiment à égale distance des deux rivages, Nelson a l'avant-garde, Parker au centre, l'amiral Graves à l'arrièregarde. Les vaisseaux de haut bord formaient une seule colonne au milieu du canal. Sur leurs flancs, deux flottilles de bombardes s'étaient rapprochées, l'une de la côte de Danemark, l'autre de la côte de Suède, pour tirer de plus •près sur les batteries de l'ennemi. Dès que l'escadre fut en vue d'Helseneur, la forteresse de Croneborg se hâta de commencer le feu. Cent bouches de
gros calibre vomirent à la fois des bombes et des boulets rouges. Mais l'amiral anglais, s' étant aperçu que la côte de Suéde se taisait ou a peu près, car la vie il If batterie de huit pièces tirait à peine, s'en rapprocha aussitôt, et les Anglais passèrent en se raillant des Danois dont les projectiles mouraient à deux cents toises de leurs ▼aisseaux. La flottille de bombardes , qui ayait serré de près le rivage danois, reçut et envoya une grande quantité de bombes ; mais elle eut à peine quelque* blessés , et n'atteignit que
Sistre hommes parmi les Danois. Dans elseneur, une seule maison eut à souffrir du feu des Anglais, et ce fut, par une singularité remarquable, la maison du consul d'Angleterre.
• La flotte tout entière mouilla vers midi au milieu du golfe à l'île de liven.
« Le golfe, comme nous venons de le dire, descend du nord au sud l'es-
fiace de vingt lieues environ; il s'éargit ou se rétrécit depuis trois jus»
qu'à [douze lieues, et ne présente que quelques passes navigables. A vingt lieues à peu près au sud, on trouve Copenhague s'élevant à peine au-dessus des eaux, et formant un plan légèrement incliné, qui rase la mer de ses feux. Le golfe est fort large en cet endroit, et divisé par l'île bassede F a 1 1 holm en deux canaux navigables : l'un, qui s'appelle passe de Malmô, longe la côte de Suède et n'est que peu accessible aux gros bâtiments; (autre, celui de Drôgden, longe la côte de Danemark, et est ordinairement préféré pour la navigation. Ce dernier est divisé lui-même par un banc de sable, qu'on appelle le Middel-Grund, en deux passes: l'une, sous le nom de passe Royale, côtoie la ville de Copenhague ; l'autre, sous le nom de Passe des Hollandais, est située de l'autre côté du Middel-Grund. C'est dans la passe Royale que les Danois s'étaient établis, laissant l'autre ouverte aux Anglais, et songeant ainsi plutôt à défendre Copenhague qu'à interdire l'entrée de la Baltique à l'ennemi. Mais il était bien certain que Parker et Nelson ne s'en-
gageraient point dans la Baltique, sans faire tomber auparavant les défenses de Copenhague, et sans détruire les forces maritimes que les neutres y auraient pu réunir.
« Les moyens de défense des Danois consistaient en batteries fixes, situées à droite et à gauche du port, et en une ligne de batteries flottantes , ou vaisseaux rasés, amarrés dans le milieu de la passe Royale , tout le long de Copenhague, de manière à éloigner de la
{)lace le feu de l'ennemi. Au nord de a position se trouvait un ouvrage dit des Trois Couronnes, construit en maçonnerie, presque complètement fermé â la eorge , commandapt l'entrée même du port , et liant ses feux avec la citadelle de Copenhague. Il était armé de soixante et dix pièces de canon du plus gros calibre. Quatre vaisseaux de ligne, dont deux à î'ancre, deux sous voiles, plus une frégate sous voiles aussi, barraient le chenal qui conduit au port. De ce fort, en descendant au sua , vingt carcasses de gros bâtiments chargés de canons et fortement amarrés remplissaient le milieu de la passe Royale, et venaient se lier à des batteries en terre placées sur l'île.
d'Amack. Ainsi, la ligne de défense des Danois s'appuyait a gauche au fort des Trois Couronnes, à droite à l'île d'Amack, occupant dans sa longueur et interceptant absolument le milieu de la passe Royale. L'ouvrage des Trois Couronnes ne" pouvait être forcé, défendu qu'il était par soixante et dix bouches à feu et c|nq bâtiments, dont trois sous voile?. La ligne d'embos* sage, au contrane, composée de carcasses immobiles , était trop longue , sans cohésion, privée de la ressource des manœuvres, et, dans le dessein qu'on avait eu d'obstruer le milieu de la place, placée trop en avant du point d'appui de la droite, c'est-à-dire, des batteries fixes de l'île d'Amack. Cette île n'est que la continuation de la côte sur laquelle Copenhague est assise.
La ligne d'embossage pouvait done être attaquée par la droite. Si elle eût été composée d'une division sous voi»
les, capable de se mouvoir, ou bien,
L'UNIVERS
si elle eût été plus serrée , plus fortement appuyée au rivage, les Anglais ne seraient pas sortis sains et saufs de cette attaque. Mais les Danois, tenant beaucoup à leur escadre de guerre, qu'ils n'étaient pas assez riches pour remplacer, si elle venait à être détruite, n'ayant pas d'ailleurs reçu tous leurs matelots de la Norvège * pour l'équiper, l'avaient ^enfermée dans l'intérieur du port, croyant qu'il suffisait de vaisseaux hors' de service pour remplir la fonction de batteries flottantes.
« Leurs plus braves matelots, commandés par des officiers intrépides, servaient l'artillerie de ces vieux bAtiments amarrés.
« Les Anglais, arrivés à Copenhague bien avant la jonction devant cette ville de toutes les marines neutres, pouvaient passer à l'est du Middel-Grund, négliger les Danois embossés dans la passe Royale, et descendre par la passe dite des Hollandais dans la Baltique; ils aimèrent mieux profiter de l'isolement des Danois, les détacher par un coup décisif de la confédération, et, après s'être emparés parce moyen des clefs de la Baltique, se porter en toute hâte sur les Suédois et sur les Russes. Ce plan était à la fois hardi et sage; il réunit les avis rarement conformes de Parker et de Nelson.
« Les journées du 31 mars et du 1 er avril furent employées à examiner les lignes des Danois, à sonder les passes , à convenir d'un plan d'attaque.
Nelson, Parker, les plus vieux capitaines de la flotte, et le commandant de l'artillerie, firent eux-mêmes cette reconnaissance au milieu des glaces, et quelquefois sous les boulets de l'ennemi. Nelson soutint qu'avec dix vaisseaux il se chargerait d'attaquer et d'enlever la droite de la ligne des Danois. Son projet était de descendre le long du Middel-Grund par la passe des Hollandais, de le doubler ensuite , de remonter par la passe Royale , et de venir se placer vaisseau contre vaisseau à cent toises de la ligne des Danois. Il voulait en outre qu'une divi-
sion de la flotte attaquât la batterie fixe des Trois Couronnes, et, après en avoir éteint le feu , y débarquât un millier d'hommes pour la prendre d'assaut. Parker ne devait pas s'engager dans cette manœuvre hardie; il était convenu qu'il demeurerait en arrière pour canonner la citadelle, et recueillir les bâtiments maltraités.
«L'amiral Parker y consentit, à condition qu'on ne s'engagerait pas trop avant dans l'entreprise, si elle présentait de trop grandes difficultés, et donna douze vaisseaux à Nelson.
Le I* avril au soir, Nelson descendit la passe des Hollandais, et vint mouiller fort au-dessous de Copenhague^ un point de l'île d'Amack, appelé DragÔ. Il lui fallait, pour entrer dans la passe Royale et la remonter , un tout autre vent que celui gui l'avait aidé à descendre la passe des Hollandais. Le lendemain matin, le vent ayant justement soufflé dans une direction contraire à celle de la veille, il remonta la passe Royale, manœuvrant entre la ligne des Danois et le bas-fond du Middel-Grund. Toutes les passes avaient été sondées; mais, malgré ce soin , trois vaisseaux échouèrent sur le Middel-Grund, et Nelson ne se trouva en ligne qu'avec neuf. Il ne se déconcerta point, et vintsembosser très-près de la liejne des Danois , à une portée qui devait rendre terribles les effets de l'artillerie. Les trois vaisseaux échoués lui firent faute, surtout pour l'attaque de la batterie des Trois Couronnes.
« A dix heures du matin , toute I escadre anglaise était en position ; elle recevait et rendait un feu épouvantable. Une division de bombardes, tirant peu d'eau , s'était placée sur le bas-fond du Middel-Grund, et envoyait sur Copenhague des bombes qui passaient par-dessus les deux escadres.
Les Danois avaient huit cents bouches à feu en batterie , et causaient aux Anglais un dommage considérable.
Les officiers commandant les bâtiments rasés déplovèrent une rare intrépidité, et trouvèrent dans leurs artilleurs le plus noble dévouement.
Le commandant du Provesten, qui occupait l'extrémité de la ligne au sud, se conduisit avec un courage héroïque. Nelson, sentant bien qu'il importait avant tout de priver la ligne danoise de l'appui qu'elle trouvait aux batteries de l'île d'Amack , avait dirigé quatre bâtiments contre le Provesten.
M. de Lassen , commandant du Provesten, se défendit jusqu'à ce qu'il eût fait tuer cinq cents de ses artilleurs sur six cents; puis il se jeta à la nage avec les cent qui lui restaient pour fuir son vaisseau en flammes. Il eut ainsi la gloire de ne pas amener son pav illon.
Nelson reporta dès lors tous ses efforts contre les autres vaisseaux rasés , et réussit à en désemparer plusieurs. Cependant à l'autre bout de la ligne, les Anglais n'avaient que des frégates à opposer aux batteries des Trois Couronnes, dont le feu était des plus meurtriers. Parker voyant la résistance des Danois, et craignant que les vaisseaux anglais, trop maltraités dans leurs gréements, ne fussent exposés à échouer, donna l'ordre de cesser le combat. Nelson, apercevant ce signal au grand mât de Parker, laissa échap-
Îer un noble mouvement de colère.
I était privé de l'usage d'un œil : il se saisit de sa lunette, et la plaçant sur son œil borgne, il dit froidement : Je ne vois pas les signaux de Parker ; et il ordonna de continuer le combat à outrance. Ce fut là une noble imprudence , suivie , comme il arrive souvent à l'imprudence audacieuse , d'un heureux succès.
« Les bâtiments rasés des Danois, ne pouvant se mouvoir pour aller chercher un appui sur les batteries de terre, étaient exposés à un feu destructeur. Le Danebrog venait de sauter avec un fracas horrible ; plusieurs autres étaient désemparés, et s'en allaient à la dérive après avoir fait de grandes pertes d'hommes. Mais les Anglais , de leur côté , n'étaient pas moins maltraités, et se trouvaient dans le plus grand péril. Nelson, cherchant à s'emparer des bâtiments danois qui avaient amené leur pavillon, fut accueilli , en approchant des batteries
de l'île d'Amack, par plusieurs décharges meurtrières. Dans ce moment , deux ou trois de ses vaisseaux se trouvaient à peu près réduits à l'impossibilité de manœuvrer; et du côté des Trois Couronnes, le capitaine anglais Rion , obligé de s'éloigner, venait d'être coupé en deux par un boulet; Nelson, presque vaincu, ne se déconcerta pas, et eut l'idée d'envoyer un parlementaire au prince de' Danemark, qui assistait, dans l'une des batteries, a cette horrible scène.
Il lui fit dire que si on n'arrêtait pas le feu , qui l'empêchait de se saisir de ses prises, il serait obligé de les faire sauter avec leurs équipages; que les Anglais étaient les frères des Danois, qu'ils s'étaient assez battus, et ne devaient pas se détruire.
« Le prince, ébranlé par cet affreux spectacle , craignant pour la ville de Copenhague, nt suspendre le feu. Ce fut une faute, car quelques instants encore , et la flotte de Nelson , presque mise hors de combat, était obligée de se retirer à moitié détruite.
« Une sorte de négociation s'établit, et Nelson en profita pour quitter sa ligne d'embossage. Tandis qu'il se retirait , trois de ses vaisseaux échouèrent, ne pouvant plus manœuvrer.
« Le lendemain , Nelson et Parker, après de grands efforts, entamèrent une négociation avec les Danois, dans le but de stipuler une suspension d'armes. Ils en avaient autant besoin que les Danois , car ils avaient douze cents hommes morts ou blessés, et six vaisseaux horriblement ravagés.
La perte des Danois n'était pas de beaucoup supérieure, mais, après la destruction de leurs batteries flottantes, la partie basse de la ville, celle qui est baignée par la mer, était exposée au bombardement. Ils craignaient surtout pour le bassin qui contenait leurs bâtiments de guerre, lesquels, à moitié équipés, immobiles et serrés dans ce bassin , pouvaient être brûlés jusqu'au dernier. Dans ce moment, irrités par la souffrance et le danger, ils se plaignaient dé leurs alliés, sans tenir compte des difficultés qui avaient
L'UNIVERS
empêché ceux-ci d'accourir sous les murs de Copenhague.
« Les vents contraires, les glaces, le défaut de temps , avaient retenu les Suédois et les Russes, sans qu'il y eût de leur faute. Il est vrai que, s'ils fussent venus avec leurs vingt vaisseaux se joindre à la flotte danoise , Nelson eut échoué dans son audacieuse entreprise, et les droits de la neutralité maritime auraient triomphé dans cette journée.
« Parker, qui avait craint les effets de la témérité de Nelson dans le combat du 2 avril , jugeait maintenant très-bien la position des Danois , et entendait tirer toutes les conséquences de la bataille livrée. Il voulait que les Danois sortissent de la confédération des neutres, qu'ils ouvrissent leurs ports aux Anglais, et reçussent en outre une force anglaise,' sous prétexte de les mettre à couvert contre le ressent inrrent de leurs alliés. Nelson eut le courage de descendre à terre le 3 avril , pour porter ces propositions au prince royal. Il alla dans un canot a Copenhague, entendit les murmures de cette brave population indignée à son aspect , et trouva le prince royal inflexible. Ce prince, plus alarmé la veille qu'il ne l'aurait fallu du danger de Copenhague, ne voulut jamais consentir à la honteuse défection qu'on lui proposait. Il répondit qu'il s'ensevelirait plutôt sous les cendres de sa capitale, que de trahir la cause commune.
« Dans cet intervalle , les Danois , se voyant exposés au danger d'une seconde bataille, se mirent a l'œuvre.
Ils rendirent plus redoutable encore la batterie des Trois Couronnes, couvrirent de canons l'île d'Amack et la )artie basse de la ville. Ils amenèrent es vaisseaux , objet de toute leur solicitude, dans les bassins les plus éloignés de la mer, les couvrirent de fumier et de blindages, de manière à les préserver du feu , et finirent par se rassurer en voyant l'hésitation des Anglais, qui ne se montraient pas fort pressés de recommencer cette terrible lutte. Toute la population valide était
réunie , partie sous les armes , partie occupée à préparer lés moyens d éteinare l'incendie.
« Enfin , après cinq jours d'attente .
Nelson revint à Copenhague, malgré les dispositions menaçantes du peuple danois. La discussion fut vive , et il prit sur lui de faire des concessions auxquelles l'amiral Parker ne l'avait pas autorisé. Il convint d'un armistice
Îui n'était qu'un véritable statu quo, .es Danois ne se retiraient point de la confédération, mais toutes hostilités étaient suspendues entre eux et les Anglais pendant quatorze semaines ; après quoi ils devaient se retrouver (Jans la même position qu'avant la signature de cette suspension d'armes.
L'armistice s'appliquait aux lies danoises et au Jutlana, sans y comprendre le Holstein; de manière que les hostilités pouvaient continuer sur l'Elbe, et que dès lors ce fleuve restait interdit aux Anglais. Ceux-ci devaient se tenir à une portée de canon de tous les ports danois, excepté dans la passe Royale, qu'ils avaient la faculté de traverser librement pour se rendre dans la Baltique. Défense leur était faite, par conséquent, de s'appuyer sur aucun des points du territoire danois; il ne leur était permis d'y toucher que pour prendre des rafraîchissements et des vivres.
« Ce fut là tout ce que Nelson put obtenir, et c'était, il faut le reconnaître, tout ce que sa victoire l'autorisait à exiger. Mais, tandis qu'il quittait Copenhague, une nouvelle sinistre s'y répandait, et le prince royal, qu'elle avait décidé à traiter, réussit à lui en dérober la connaissance. On disait, en effet, que Paul I er venait de mourir subitement. Nelson partit sans connaître cette nouvelle, qui aurait certainement ajouté beaucoup à ses prétentions. L'armistice fut instantanément ratifié par l'amiral Parker. L« prince danois fit aussitôt avertir les Suédois de ne pas s'exposer inutilement aux coups des Anglais, auxquels ils eussent été incapables de résister.
L'avis était nécessaire, car après beaucoup d'efforts, Gustave-Adolphe était
parvenu enfln à mettre 9a flotte en état de sertir. » (Histoire'du Consulat et de l'Empire, par M. Thiers.)
Pendant la période qui clôt le Consulat, et les premières années de l'Empire jusqu'au traité de Tilsitt, le Danemark s'efface, et borne ses efforts à garder la neutralité, au milieu du grand conflit qui divise l'Europe. Cependant l'influence de Napoléon n'était pas restée inactive, en présence de 1 obstination puérile du roi de Suède.
Dès le mois de mai 1807, un nouveau ministre français, M. Didelot, fut envoyé à la cour de Copenhague. L'Angleterre s'alarmait du rôle auquel pouvait être appelée la marine danoise ; elle prépara en toute hôte une expédition formidable dont les divisions se réunirent dans le Sund; et après avoir inutilement sommé les autorités de Copenhague (l'accéder à des propositions qui ne tendaient à rien moins qu'au désarmement conditionnel de la Sélande, les Anglais se mirent en devoir d'obtenir par la force ce que la fermeté du prince royal et de M. de Bernstorff ne leur permettait plus d'espérer.
Le 2 septembre 1807, à sept heures et demie du soir, les Anglais commencèrent contre Copenhague un bombardement terrible, qui dura d'abord douze heures , et ne fut interrompu pendant quelques moments que pour recommencer pendant quarante-buit heures sans interruption.
Le général Peymann, qui commandait dans la ville , fit alors publier la proclamation suivante :
* Habitants de Copenhague, nos moyens de défense sont devenus insuffisants; nous n'avons pu empêcher l'ennemi d'établir ses retranchements si près de nos remparts , qu'il peut incendier la flotte en dirigeant son feu sur plusieurs endroits à la fois, sans qu'il nous soit possible d'arrêter la violence de ces attaques; tous nos moyens d'éteindre l'incendie sont détruits, soit par l'artillerie des ennemis, soit par l'usage continuel qu'on en a fait. Je suis convaincu, ainsi que les autres officiers généraux, que nos forces paralysées ne nous permettent plus,