‹ DanemarkChapitre 4 sur 32 · ERS · texte numérisé non relu

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rencontra , dans le cours de ses expéditions, un compagnon d'infortune :

c'était Olaùs, fils de Tryggve, chassé de la Norvège par le iarl Haquin ; il descendait du roi Harald Haarfager, et avait le droit le plus légitime a la couronne. Il avait embrasse le christianisme , ce qui ne l'empêchait pas d'exercer la piraterie. Toutefois, il se repentit plus tard , et , de retour en Norvège, il ne se montra plus comme écumeur des mers.

Svend avait appris, durant les années de son exil, à connaître le triste état de l'Angleterre et la facilité d'y faire des incursions avantageuses. Éric étant mort en Tan 1000, après avoir été baptisé, Svend revint en Danemark ; il offrit sa main à Sigride, fille de Micislas, duc des Polonais et veuve d'Éric :

elle fut acceptée. Éric laissait un fils nommé Olaùs, qui se souleva contre son beau-père et réussit à le chasser du Danemark ; cependant, cédant aux instances de sa mère, il fit la paix avec lui, aux dépens de la Norvège.

Selon d'autres récits, Svend , de retour dans ses États, après sa sortie de captivité, employa une partie de sa nombreuse armée à ravager les frontières de la Saxe , et l'autre , avec sa flotte , à inquiéter tous les ans les cotes d'Angleterre. Dès l'année 991 , deux chefs danois ayant fait une descente dans ce pays*, et battu l'armée qu'on leur avait opposée, le faible Éthelred, qui régnait alors, acheta leur retraite par une grosse somme d'argent. Svend, attiré par l'appât d'un riche butin, arriva lui-même avec une flotte nombreuse, et accompagné (i'Olaùs , roi de Norvège. Les deux rois assiégèrent Londres inutilement.Alors ils ravagèrent les côtes de l'Kssex, du Kent et du Sussex, et s'etant emparés de chevaux , pénétrèrent dans I intérieur du royaume. Ethelred leur offrit de nouvelles sommes et des vivres pour leur armée, afin qu'ils missent fin à leurs dévastations. Les deux rois pirates passèrent l'hiver à Southampton et reçurent seize mille livres d'argent; au printemps, ils se rembarquèrent avec des trésors qui auraient

été mieux employés à défendre le pays. On y voit qu'après la bataille navale

La guerre recommença bientôt. Les de Svolder, livrée en l'an 1000, sur les Danois , qui n'avaient pas reçu en côtes de Poméranie , et dans laquelle entier la rançon convenue, regardèrent le roi de Norvège se précipita dans les ce délai comme un refus, et mirent flots, les ennemis, ligués contre lui, de nouveau l'Angleterre à feu et à se partagèrent ses États. Éric, fils du sang; ses troupes, frappées de terreur iarl Haquin, conserva, comme royaume au seul nom des Danois , leur résis- indépendant , l'ouest et le sud de la taient à peine, et sa flotte lui était Norvège; il reçut le Romerige et le inutile par l'incapacité et les divisions Hedemark en ffet* , avec la main de des chefs qui la commandaient. L'île Gide, fille deSvend,qui se réserva le de Wight, occupée par les vainqueurs, Vig, dans la Norvège méridionale, baileur servait de retraite et de magasin, gnée par la mer. Cette conquête four- Dans cette extrémité, Kthelred prit nit à ce prince un accroissement utile l'engagement de payer aux Danois à ses forces navales. 30,000 livres d'argent, ce qui était Des Danois étaient restés en Angleénorme pour ce temps-là. Cette somme terre : leur conduite insolente et tyfut levée par le moyen d'une imposi- rannique exaspérait la nation. Kthelred, tion appelée Danegelt (argent des qui joignait, comme cela arrive com- Danois). Elle devint par la suite d'au- munément, la lâcheté à la perfidie, tant plus onéreuse aux Anglais, que le ayant épousé Emma , sœur du duc de clergé séculier et les moines surent Normandie, pensa que cette alliance toujours en rejeter le fardeau sur le était propre à favoriser son projet de reste de la nation. se débarrasser des Danois , que son

La chronologie de ces temps-là est peuple détestait. D'après son ordre, si embrouillée et si incertaine, que tous furent, dans un même jour, le quelques auteurs placent en 991 l'éta- dimanche 13 novembre 1002, égorgés, blissement du Danegelt en Angleterre ; sans distinction d'âge ni de sexe. La ils ajoutent que l'expédition de Svend sœur même de Svend,Gounild, mariée et d Olaùs eut lieu en 994, et ne par- à Palle, seigneur anglais, ne fut pas lent pas de leurs aventures antérieu- épargnée , et on massacra ses enfants res. Ils racontent que le iarl Haquin en sa présence, mourut en 996; qu'en 998, ïhyre, Cette triste nouvelle fut annoncée à sœur deSvend, épousa Olaiis Trvggve- Svend par douze jeunes Danois qui deson, et Svend, Sigride, veuve d'Eric le meuraient à Guilford en Surrey : ils Victorieux. s'embarquèrent sur un navire mouillé

Les deux chefs danois dont il est dans la Tamise, et arrivèrent rmireu-

question comme ayant apparu dès sèment en Danemark. Svend fit écrire

991 , peuvent bien avoir été Svend et le récit de cette catastrophe sanglante,

Olaùs. Celui-ci avait déjà pillé avec et en expédia les copies en Danemark,

succès et levé des contributions consi- en Norvège et en Suède. Il jura de

dérables dans le nord de l'Angleterre, ne point prendre de repos qu'il n'eût

où depuis très-longtemps des Danois vengé ses compatriotes et sa sœur, et

étaient établis sur les côtes. Des ni. s- toute la Scandinavie répondit à son

toriens indiquent le 8 septembre 994 appel. Au printemps de 1003 , il part

comme le jour où Svend et Olaùs en- avec une flotte de trois cents vaisseaux

trèrent dans la Tamise, et firent une portant une armée immense, car, sui-

vaine tentative sur Londres. vant l'expression d'un historien qui

Svend n'avait pas été présent à la n'écrivait que cent ans après l'événe-

dernière expédition des Danois en An- ment (*), tous les chevaliers avides de

gleterre. La guerre le retenait dans Je butin s'étaient réunis autour du roi de

Nord. La cause des hostilités a été ex- Danemark pour cette expédition. Svend pliquée dans l'histoire de Norvège (*).

(*) Suéde et Norvège, p. 3tx. (*) Guillaume de Jumicge, ch. vu.

3" Livraison (Danemark.) 8

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atterrit d'abord à la côte de la province de Cournouaille ; il y laissa son armée, et, avec quelques vaisseaux, passa la Manche, remonta la Seine, et vint à Rouen demander la paix à Richard , duc de Normandie. Richard, quoique beau-frère d'Kthelred , accueillit royalement Svend, le retint quelques jours près de lui ; « et les deux princes con- « durent entre eux un traité de paix , « sous la condition que, dans la suite « des temps, entre les rois des Danois « et les ducs des Normands et leurs «héritiers, cette paix demeurerait « ferme et perpétuelle, et que le butin « fait par les Danois sur les ennemis, « serait porté aux Normands pour être « acheté par eux ; qu'en outre , tout « Danois malade ou blessé , ou ayant «besoin d'un secours d'ami, serait « soigné et guéri chez les Normands , « comme dans sa propre maison , et « en toute sécurité ; et afin que cette « convention fût bien ratiliée, les prin- « ces la sanctionnèrent chacun par « leurs serments, v

Svend avant ainsi accompli ses desseins, se hate de rejoindre ses guerriers en Cor nouai Ile , où il s'était ménagé des intelligences, et qu'il dévaste; il brûle Exeter, capitale du Devonshire, et en passe tous les habitants au fil de l'épée : il met en déroute l'armée anglaise, ravage tout le pays jusqu'à Salisbury, et chargé de butin, se rembarque pour aller passer l'hiver en Danemark.

L'année suivante, il revient saccager l'Angleterre occidentale, où il livre aux flammes Norwich et ïhetford. Le faible EtheJred voyait échouer tous ses projets de défense, parce qu'il ne savait ni contenir les grands dans le devoir , ni prévenir ou terminer leurs divisions. L'avarice des moines ajoutait au désordre : invités de concourir, par des dons, à la défense de l'État, ils ne parlaient que de leurs immunités et de leurs privilèges. Enfin, la famine survint et s'accrut à un tel point , que les Danois furent obligés de s'en retourner dans leur pays. Suivant une autre version, ils resteront en Angleterre , parce que la disette était si

grande chez eux, qu'ils uy auraient pas trouvé de quoi se nourrir.

Quand ils eurent remporté leur butin dans leur pays, ils se montrèrent sur les côtes de Kent en 1008. Ethelred se racheta encore cette fois par le moyen déjà employé. L'année d'après, les Danois reparurent, prétendant qu'on leur devait uu tribut annuel.

Les Anglais, poussés à bout, font un dernier effort. En 1011, ils équipent une grande flotte. La I union des chefs, leurs vues particulières, les tempêtes, la rendent inutile. Les Danois, profitant de ces circonstances, s'emparent de l'Estanglie, pays abondant en chevaux , dont la conquête leur donne la possibilité d'augmenter leurs forces d'un corps de cavalerie , dont ils manquaient. L'île de Wight était devenue leur quartier général.

Sa possession facilitait leurs incur-* sions dans les provinces de l'ouest.

Enfin, en 1013, ils prennent Cantorbéry et le réduisent en cendres ; l'archevêque saint Elphége est assommé , les moines sont décimés. Svend y laisse son fils Canut, avec quelques troupes , et court assiéger Londres. Ethelred , craignant de tomber entre les mains d'un ennemi cruellement outragé .

quitte cette ville fortifiée et où il pouvait espérer de se défendre; il se réfugie en Normandie avec sa famille.

Alors , Londres se voyant délaissée par son roi, ne crut pas devoir irriter davantage le vainqueur, pour défendre les droits d'un prince qui les abandonnait lui-même; cette ville se rendit.

Svend fut proclamé roi d'Angleterre.

Cependant le pays n'était pas soumis entièrement, et il paraît que Svend ne fut pas couronné. Son premier acte de souveraineté fut d'ordonner la levée d'un impôt énorme, pour récompenser l'armée à laquelle il devait sa conquête.

On a supposé que sa mort , arrivée le 3 février 1014, à Gainsborough , n'avait pas été naturelle. Ce que les historiens danois racontent de son retour au christianisme, dans les dernières années de sa vie, est formellement contredit par les Anglais. Il

avait été marié deux fois ; il eut de sa première femme, fiunilde, princesse venède , Canut et Harald ; et seulement des filles de la seconde, Si u ride, veuve d'Éric, roi de Suède. Son corps fut transporté en Danemark.

CA2TCT II TE GRAKD OU I.E PT7ISSAWT,

Canut avait été déclaré par son père roi d'Angleterre, et Harald roi de Danemark; mais à peine Svend fut décédé, que les Anglais se soulevèrent; Ethelred revint de Normandie, et Canut fut obligé d'al er chercher du renfort en Danemark. Auparavant, il s'était vengé de la versatilité des Anglais en faisant couper le nez , les oreilles et les mains aux otages livrés à son père, et il les renvova chez eux dans cet état.

Canut , après avoir , avec son frère Harald, rendu les derniers devoirs à leur père, qui fut enterré avec solennité dans l'église de Rôskild , repassa, en 1014, avec une nouvelle armée , en Angleterre. Les historiens disent qu'elle comptait 16,000 combattants, embarqués sur deux cents vaisseaux ; on voyait parmi ces guerriers des Norvégiens, que le iarl Haquin, beaufrère de Canut et tributaire du Danemark , avait envoyés , et des Suédois, qui avaient obéi aux ordres de leur roi Olaûs Skôtkonung, allié constant du monarque danois ; enfin des Danois , que le iarl Thorkil , établi en Angleterre , lui amenait , après s'être fait payer 21,000 livres d'argent par Ethelred, qu'il trahissait indignement. Avec tous ces renforts, les forces de Canut se montaient à trois cents vaisseaux.

Vers la fin du printemps, il débarqua ses troupes à Sandwich , sur la côte de Kent. Edmond, fils d'Ethelred, et Édrith , duc de Mercie , son gendre , marchèrent à la rencontre de Canut.

Édrith, qui, depuis longtemps , méditait une trahison , passa du côté des Danois; sa défection fut suivie de celle de plusieurs autres grands personnages. Edmond se retira à Londres, seule place qui restât à son père. Celui-ci était encore sur le point de chercher de nouveau un refuge en Nor-

mandie, lorsque la mort vint, le 23 avril 1016, terminer sa vie peu glorieuse.

Edmond, proclamé roi d'Angleterre, défendit vaillamment son héritage, et remporta divers avantages sur Canut.

Une nouvelle trahison <f Édrith , avec lequel il s'était réconcilié, lui fit perdre, le 18 octobre 1016, la bataille d'Assington, en Essex, où périt la fleur de La noblesse anglaise. Un si grand désastre n'abattit pas le courage d'Edmond; décidé à combattre encore, il rassembla une nouvelle armée, et alla chercher son ennemi vers Glocester.

Les deux rois restèrent quelque temps en présence l'un de l'autre. Le vainqueur, qui avait éprouvé une grande perte, montra de la modération, parce qu'il prévoyait que tout le monde l'abandonnerait , dans le cas où il éprouverait un échec. Edmond, de son côté, ne se dissimulait pas qu'il était perdu sans ressource si la fortune ne se décidait pas en sa faveur. Il proposa donc à son ennemi de terminer leur uerelle par un combat singulier, afin 'épargner le sang de leurs sujets. Il espérait beaucoup de ce moyen , étant si fort et si robuste qu'on l'avait surnommé Irormde (côte de fer), tandis que Canut, au contraire, était mince et délicat. Celui-ci fit donc répondre qu'il n'avait garde d'accepter une proposition dont toutes les chances étaient contre lui. « D'ailleurs, ajouta-t-il, j'ai « assez donné des preuves de courage o dans les combats ; on ne peut donc « pas dire que j'en manque. Si Edmond « a véritablement le désir d'épargner « le sang, je suis disposé à consentir « à tout arrangement dont les officiers « des deux armées conviendront entre « eux. »

La conférence dans laquelle Édrith, qui était de nouveau passé du côté des Anglais, peut-être d'accord avec Canut, montra une grande activité, et persuada les partisans d'Edmond de la nécessité d'un partage du royaume, ne dura pas longtemps. La transaction fut signée vers la fin d'octobre 1016, à Olney (aujourd'hui Light), dans une île de "la Saverne, au comté de Glo-

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cester , ou les deux rois eurent une entrevue.

La Mercie, le Northumberland restèrent à Canut ; Edmond eut pour sa part la partie méridionale de l'île.

Edmond ne jouit pas longtemps d'un repos qu'il s'était si glorieusement ac-.

quis. Peu de semaines après .cette convention, son indigne beau-frère, Édrith , le fit assassiner à Oxford , le 30 novembre. Il laissait deux fils en bas Age, et par conséquent hors d'état de disputer a Canut la part du royaume possédée par leur père. Canut, trop politique pour s'en emparer à force ouverte, voulut paraître l'obtenir du consentement de la nation et des grands ; il les convoqua donc, et tacha de leur persuader que dans le traité conclu avec Edmond , il avait été convenu que celui des deux princes qui survivrait à l'autre hériterait de sa portion du royaume. Il insinua en même temps qu'il était résolu de ne pas obtempérer aux décisions de l'assemblée si elles ne loi étaient pas favorables. Personne n'osa faire valoir les droits des fils d'Edmond. Les seigneurs danois avant donc prêté serment à Canut , ies Anglais suivirent leur exemple. Il fut couronné roi d'Angleterre en 1017 , par l'archevêque de Cantorbéry.

Dès ce moment , il ne négligea rien pour rendre son gouvernement aussi supportable aux Anglais que peut l'être celui d'un prince étranger qui ne l'exerce que par le droit de conquête.

Il se conduisit avec prudence et modération ; les lois saxonnes furent remises en vigueur ; une extrême impartialité fut observée entre les deux nations, la justice rendue avec exactitude, le repos public assuré. Le seul changement qu'il fit fut de diviser l'Angleterre en quatre grandes provinces, savoir : la Mercie je Northumberland , l'Estanglie et le Wessex. Il se réserva la dernière, récompensa les services de deux seigneurs, en leur conférant en fief le Northumberland et l'Estanglie, et laissa la Mercie au traître Édrith. Il profita des premiers prétextes que les circonstances lui

fournirent, pour destituer et exiler les comtes de Northumberland et d'Estanglie. Quant à Édrith, il fut traité avec plus de rigueur : s'étant plaint un jour que ses services n'eussent pas été suffisamment récompensés, Canut ordonna qu'on lui tranchât la téte à l'instant, et que son corps fût jeté dans la Tamise.

Cependant les fils d'Edmond causaient ses plus grandes inquiétudes; il les envoya donc eu Danemark, sous prétexte de les faire voyager; mais la personne chargée de les conduire les mena en Suède. Olaùs, roi de ce pays, les fit passer chez leur parent Étienne, roi de Hongrie. Leur postérité s'est perpétuée par les femmes d'abord, en Écosse, et plus tard sur le trône de la Grande-Bretagne. Richard II, duc de Normandie, avait manifesté la volonté de soutenir les droits de ses neveux ; Canut le gagna en lui demandant la main de sa sœur Emma, veuve d'Éthelred. Dans le contrat de mariage, il fut stipulé que les enfants à naître de Canut et d'Emma lui succéderaient en Angleterre; ainsi ses fils du premier lit furent exclus du trône de ce pays.

Eu même temps , Canut donna en mariage sa sœur Estrithe à Richard.

Harald, frère de Canut, était mort sans postérité, en 1018. Durant un règne si court, il perdit la Norvège.

Canut, afin de soulager les Anglais, renvoya en Danemark une partie de ses troupes. Son autorité y chancelait par suite de sa longue absence; on lui reprochait même ae donner aux Anglais la plupart des bénéfices ecclésiastiques et des évêchés. Cela ne venait-il pas de ce qu'ils étaient généralement lus instruits que les indigènes? A la n, Canut alla en Danemark et y résida un hiver entier, soit pour se prêter aux désirs de ses peuples , soit pour y prendre des mesures relativement à ses projets sur la Norvège. En quittant le pays , au printemps de 1026, il y laissa, pour le gouverner , son fils Horde-Canut, âgé d'environ dix ans , et confia la régence au iarl Ulf , seigneur plein de capacité , mais avide et ambitieux. Celui-ci , qui avait

épousé Estrithe, répudiée par Richard, excita les Danois, par ses machinations, à reconnaître pour roi son pupille, sous le nom duquel il espérait de régner; ils y étaient disposes par les fréquentes et longues absences de Canut.

Un événement imprévu déjoua ses complots. Dès l'année précédente, Canut avait travaillé à recouvrer sa part de la Norvège; en 1028, ses ambassadeurs la demandèrent à Olaûs , en le menaçant de la guerre en cas de refus.

La réponse d'Olaùs décida les hostilités. Olaùs s'y était préparé en unissant sa flotte à celle d'Amund Jacques, roi.

de Suède ; son armée de terre ravagea la Scanie. Il fît une descente dans Pile de Seeland, qu'il dévasta. Ces désastres lirent repentir Ulf de sa trahison , car il comprenait que la présence seule de Canut pouvait éloigner les étrangers du Danemark. Instruit de tout, ce prince équipait en Angleterre une flotte formidable; il dissimula toutefois son ressentiment contre Ulf, de crainte que le désespoir ne le portât à prendre parti avec les étrangers. Il lui envoya donc l'ordre de lever une nombreuse armée, et de tout préparer pour pousser la guerre avec vigueur. Ulf obéit.

Dès que Canut fut arrivé en Jutland , Horde-Canut et Ulf se jetèrent à ses pieds ; le jeune prince obtint son pardon ; son père lui rendit toute sa tendresse.

Désormais au-dessus des alarmes que le crédit d'Ulf eût pu lui donner dans un autre temps, il le fît assassiner dans une église de Rôskild, sous prétexte qu'en jouant aux échecs avec lui, Ulf lui avait tenu des propos injurieux. Dans la suite, Canut témoigna un vif repentir de cette action cruelle, et fit de grandes libéralités à l'église où il l'avait commise.

Canut chassa les ennemis de Seeland et de la Scanie. Ses intrigues contribuèrent puissamment à ses succès, car, suivant l'expression d'un historien danois, il tenait l'épée d'une main et la bourse de l'autre. Olaùs, abandonné de son allié, le fut bientôt de la plupart de ses sujets, et alla chercher un

asile en Suède, et de là en Russie.

Canut soumit paisiblement la Norvège jusqu'à Drontheim , recevant partout où il passait avec sa flotte, les hommages et les acclamations du peuple , séduit par ses largesses, qui paraissaient immenses à leur pauvreté. Il retourna passer l'hiver en Danemark, où il fit couronner Ilorde-Canut , afin de prévenir, dans la suite, les rébellions.

Peu de temps après qu'il fut parti •de Norvège, Olaùs, rappelé secrètement par plusieurs des grands du royaume , joignit les troupes que lui donna Iaroslav, son beau-frère , à celles que lui fournit le roi de Suède , et reparut dans ses États en 1033. Sa faible armée fut bientôt dissipée par celle de Canut, et au mois d'août , il fut tué dans la mêlée.

Auparavant, Canut avait entrepris, par dévotion , un pèlerinage à Rome.

Il existe une lettre très-intéressante qu'il adressa aux évêques et aux grands d'Angleterre, pour leur rendre compte de son voyage. Il y dit, entre autres , qu'il a obtenu de l'empereur Conrad II qu'à l'avenir ses sujets , Anglais et Danois, pèlerins ou marchands, qui traverseront l'Allemagne, seront dispensés de payer les innombrables péages existant dans ce pays; il ajoute qu il s'est plaint au pape (les sommes énormes à l'acquittement des-

Suelles étaient tenus les archevêques 'Angleterre pour leur pallium, et que le saint-père lui avait promis , par serment et devant une foule de témoins, que ces exactions n'auraient plus lieu.

Par les soins d'Unvan , archevêque de Brème, Canut conclut avec Conrad un traité de paix et d'alliance. L'empereur lui céda le margraviat de Slesvig et toutes les conquêtes faites par les Ottons au nord de l'Eider, et devenues un sujet perpétuel de guerre entre les deux pays. Le margraviat fut ainsi incorporé au royaume de Danemark.

De retour en Angleterre , Canut ne s'occupa qu'à y établir solidement l'ordre à donner de bonnes lois ; son

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code contient d'excellentes dispositions, entre autres l'abrogation de l'usage féodal de fournir gratis au roi des denrées et d'autres provisions.

Sa dernière guerre eut lieu en 1032, aven Malcolm II , roi d'Ecosse , qui avait refusé de lui rendre hommage pour le Cumberland, qu'il tenait en fief. Elle tut heureuse.

« Devenu le plus puissant prince de son temps , dit Laliy-Tolendal , son biographe , ne trouvant que vanité dans les grandeurs, poursuivi par l'i-' dée du prix qu'elles lui avaient coûté, il se jeta dans les bras de la religion, couvrit le sol anglais d'églises et de monastères , fonda des prières publiues pour les âmes de tous ceux qui ta eut morts en combattant. Quelque minutieux qu'ait paru à Hume cet esprit de dévotion, l'on aimera toujours a voir Canut confondre les flatteurs qui lui attribuaient la toute-puissance, entrer dans la vase de la mer, à l'instant du reflux, défendre aux flots de monter jusqu'à lui , et lorsqu'ils ont mouillé ses pieds, se tourner vers ses vils adulateurs, pour leur dire avec dédain : « Apprenez que celui-la seul « est tout-puissant, à qui l'Océan obéit « quand il lui a dit : fa jusque-là, et « pas plus loin. »

Canut, attaqué d'une maladie de langueur, en 1035, souffrit tout l'été de la jaunisse, et mourut, à peine âgé de trente-cinq ans, le 12 novembre, à Shaftesbury,dans le Dorsetshire. Il fut enterré à Winchester, dans le tombeau des anciens rois anglo-saxons ; la reine Emma et son fils, Horde Canut, y furent placés après lui. Il laissa à l'aîné de ses trois fils, Harald-Harefod (pied de lièvre), l'Angleterre; à Svend , la Norvège; à Canut, fils d'Emma, le Danemark.

Ce pays doit beaucoup à Canut le Grand, qui fut un des princes les plus remarquables du ouzième siècle; il encouragea l'agriculture et le commerce, corrigea les mœurs barbares de ses compatriotes , réprima le vice de l'ivrognerie, très-commun parmi eux, et leur donna un code de lois. Emma, sa seconde épouse, lui inspira, sur la re-

ligion, des idées plus saines que celles qu'il devait à sa première éducation.

Il fonda des evéchés en Fionie, en Seeland et en Sranie, et, comme en Angleterre, construisit beaucoup d'églises et enrichit le clergé et les couvents.

cahot ni (borde-canot).

D'après le testament de Canut le Grand , son fils Canut lui succéda en Danemark; il était alors très-jeune. Il aurait bien voulu, dès ce moment, faire valoir ses prétentions au trône d'Angleterre : les circonstances ne le Jui permirent pas. Son frère Svend, roi de Norvège, ayant été déposé, en 1036, Magnus le Hou, (ils d'Obus le Saint, fut appelé à lui succéder. La guerre allait éclater ; déjà les deux armées étaient en présence sur les bords du Gotha- Elv. L'extrême jeunesse des deux prétendants laissa heureusement la décision de la difficulté aux chefs danois et norvégiens. Unis pour la plupart entre eux, par les liens du sang ou par des alliances., ils écoutèrent plutôt la voix de la raison et de l'affection que celle de l'ambition.

D'ailleurs, Canut n'avait pas les inclinations belliqueuses. Des conférences furent tenues dans une île, a l'embouchure du fleuve; il en résulta un traité de paix dont voici les conditions : Les deux rois vivront en bonne inte.ligence; chacun conservera ses États j celui des deux qui survivra à l'autre, si celui-ci meurt sans enfauts, lui succédera.

Canut, revenu en Danemark, n'y fit rien de remarquable; on dit qu'if s'adonnait à la débauche et à l'ivrognerie.

Cependant, la nouvelle s'étant répandue que son frère Harald avait été généralement reconnu en Angleterre, il vint sur la côte de Flandre, et avec six vaisseaux se présenta devant finies , où sa mère Emma, expulsée Angleterre, vivait sous la protection du souverain du pays. Il se disposait à s'embarquer, lorsqu'il apprit que Harald était mort subiiement a Oxford, le 17 mars 1039.

Aussitôt Canut traversa la mer.

Reçu en triomphe à Londres, il révolta les 'Anglais en faisant déterrer le corps de son frère , et en ordonnant de lui couper la tête et de le jeter dans la Tamise. Bientôt il se montra aussi avide que cruel , et accabla la nation d'impôts. Ils furent perçus avec une rigueur qui excita des émeutes, punies atrocement. Heureusement ce règne, qui s'annonçait sous des auspices si fâcheux , se termina en 1042. Canut, invité aux noces d'un seigneur d.inois, y mourut d'intempérance, suivant les uns , de poison suivant d'autres. Avec lui s'éteignit la dyuastie danoise en Angleterre.

Durant la période qui nous occupe, la partie occidentale de la Nord-Albingie, ou la Stormarie, le Holstein et la Ditmarsie, obéissait aux empereurs d'Allemagne, qui la faisaient gouverner par des comtes ou par des margraves.

Depuis, elle a toujours fait pnrtie de l'Empire , et , de même que dans les temps plus anciens, a été constamment habitée par des Allemands. La partie orientale était peuplée de Vagriens et d'Obotrites, tribus venèdes, qui étaient encore païennes et avaient leurs rois particuliers.

Parmi les progrès de la civilisation dus à la protection accordée à l'agriculture, on doit compter l'établissement d'hôtels des monnaies. Elles furent d'abord frappées par des ouvriers appelés d'Angleterre; mais la plus grande partie de l'or et de» l'argent était emplovée à faire des bijoux ou à orner les armes. Toutefois ce luxe ne se manifestait que de cette manière, et généralement on se contentait des marchandises du pays. Le bas prix des denrées contribua notablement, avec la tranquillité, à augmenter la population. Essentiellement ami de l'ordre, Canut régla, par une ordonnance , leS rangs à sa cour ; il entretint un corps permanent de 6,000 hommes.

Du temps du paganisme, les différends qui s'élevaient éntrë les officiers étaient terminés par Un combat singulier. On se battait, après certaines formalités , clans une île ou dans un

espace limité. Ces combats n'étaient pas aussi dangereux ni aussi meurtriers qu'on pourrait se l'imaginer, car le nombre des coups à porter était fixé ; et à la première effusion du sang, ainsi que dans d'autres cas prévus, ils cessaient et finissaient ordinairement sans mort d'homme. Ainsi , on peut dire qu'ils avaient été institués plutôt pour prévenir les meurtres que pour les occasionner. Les assassinats étaient bien plus communs lorsque le peuple était grossier, turbulent, et adonné à l'ivrognerie , lorsque la vengeance d'un meurtre ou de tout autre méfait appartenait principalement au (ils, au père , et aux autres parents de la victime; le désordre serait devenu encore plus général , si la loi ou l'usage n'avait pas établi que ce meurtre pouvait être racheté par une somme d'argent monnayé, ou bien par une quantité déterminée "d'or ou d'argent en nnture.

La franchise et la confiance de ces temps-là étaient si grandes, que les coupables laissaient aux parents du défunt la fixation du taux de cette amende, ou de toute autre punition arbitraire, et ceux-ci n'abusaient presque jamais d'une manière dure et illégale, de ce droit. Ces usages se perpétuèrent longtemps encore après l'introduction du christianisme.

Svend à la barbe fourchue paraît être le premier roi de Danemark qui ordonna que, dans les successions, les sœurs partageraient également avec les frères ; ce statut mit fin à la coutume en vertu de laquelle un homme achetait à un père sa fille pour l'épouser.

Quant à la forme du gouvernement, le Danemark offrait un mélange de royauté élective et héréditaire, car, quoique le peuple, et ce nom comprenait non-seulement la noblesse, mais aussi les communes , edt la liberté du choix, cependant il ne l'exerçait pas hors de la famille rovale, et c'était parmi les princes qu'il pouvait élire celui qu'il voulait. L'élection se faisait quelquefois sur les bords de llsefiord»

eh Seeland. Néanmoins le roi était Oblige de parcourir chaque territoire

de ses Etats pour se faire rendre hommage, et tenir une diète en plein air, avec les laboureurs; ce qui se pratiquait, dans le Jutland septentrional, sous les murs de Viborg ; dans le Jutland méridional, à Urne-Hoved, lieu situé près d'Apenrade; en Seanie, sous les murs de Luud.

Le roi n'avait pas de résidence fixe ; ii vivait dans les métairies les plus considérables qu'il possédait ; elles composaient une grande partie de sa puissance et de ses revenus. Canut le Grand se servait d'un sceau portant sou efligie et son nom , pour donner l'authenticité nécessaire a ses lettres et à ses ordonnances.

On peut présumer que les rapports intimes du Danemark avec l'Angleterre, durant cette époque, exercèrent une grande influence sur les progrès du régime féodal et de la hiérarchie, enfin de toute la constitution politique dans le premier de ces pays.

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