TROISIÈME PÉRIODE
De 104a à ia5a.
MAGKOS U BON. SVEHD ÏSrRITHSOH.
Le cas prévu par le traité conclu sur les bords du Gôlha-Elv arriva en 1042, et Magnus vint avec soixante dix grands vaisseaux en Jutland. Il débarqua dans le Liimfiord, et demanda qu'on lui rendît hommage. Les sei-
fneurs qui avaient juré le traité, et onné en otage leurs fils , étaient disposés à reconnaître Magnus pour roi ; les communes imitèrent leur exemple.
D'ailleurs Magnus était jeune, affable, bien fait et gracieux. Dans la grande assemblée qui fut tenue à Viborg , suivant l'usage, on le proclama roi de Danemark. Le premier usage qu'il fit de sa puissance, fut d'attaquer la république de Iomsborg , vrai repaire de pirates , et de le détruire. Ensuite il retourna triomphant en Norvège.
La ligne masculine des rois de Danemark descendants de Gorm s'était éteinte dans la personne de Horde- Canut; mais il restait un fils d'Estrithe, sœur de Canut le Grand, mariée au iarl Ulf. Ce fils, nommé Svend
VERS
s'était tenu caché à la cour du roi de Suède; il alla ensuite en Angleterre, puis vint chez Magnus, en 1043. Ce monarque, charmé de la bonne mine de Svend, que les historiens représentent comme doué de tous les avantages extérieurs et des qualités les plus brillantes, le reçut avec affabilité, le combla d'honneùrs , et le nomma iarl et vice-roi de Danemark. Svend , qui lui avait prêté serment de fidélité sur un reliquaire, ne s'occupa qu'à s'y faire des partisans, ce qui ne lui fut pas difficile, à cause de l'attachement des Danois pour sa maison. Quand il se crut assez fort pour éclater, il se déclara, en 1044, roi de Danemark.
Toutefois il n'était pas suffisamment préparé pour résister à Magnus , qui survint avec une flotte considérable.
Svend, vaincu, se retira en Suède. Aidé par le roi Arnaud Jacques, il profita du moment où Magnus avait congédié une partie de son armée , pour s'emparer de la Scanie, de Seeland et de Fionie. Il y trouva peu d'obstacles , parce que Magnus faisait la guerre aux Venèdes, qui, profitant des troubles du royaume , ravageaient le Jutland méridional et le Holstein; Magnus reçut quelques secours de son beau* frère Otton, duc de Saxe, et malgré le désavantage du nombre, il remporta sur les Venèdes une victoire décisive, dans les landes de Luskov, en Slesvi<z.
Il marcha ensuite contre Svend , qui , battu près de Vester-Aae , en Fionie , chercha encore un refuge sur le territoire suédois. Svend, qui ne se laissait pas aisément décourager, ne tarda pas a reparaître avec une nouvelle flotte, et alla chercher Magnus dans le Liim- « fiord, en Jutland ; on se battit près de Aarhuus. Magnus, quoique ses torces fussent inférieures a celles de son rival, resta vainqueur. Il le fut une troisième fois près de Halgenaes, sur la côte de Scanie, et Svend chercha son refuge ordinaire en Suède.
Assuré de l'attachement des Danois, il eut bientôt le moyen de susciter à Magnus un rival redoutable. Harald- Sigurdson, frère utérin de saint Olaùs, était inopinément revenu après avoir
longtemps fait la guerre au service des empereurs byzanlins. Svend se lia d'amitié et d'intérêt avec lui, ayec d'autant plus de raison , que Harald rapportait des richesses considérables.
Tous deux attaquèrent les Norvégiens en Danemark , par terre et par mer.
Cependant lés grands de Norvège avaient commencé à négocier avec Harald, qui, se méfiant des vues de Svend, ne refusait pas de se rapprocher de Magnus, et de eonclure avec lui une transaction amicale. Il s'embarqua donc pour ia Norvège. Il fut convenu qu'il posséderait la moitié du.
royaume, à condition que ses trésors seraient partagés également entre lui et Magnus; le traité fut ponctuelle* inent exécuté.
L'année suivante, 1047 , les deux rois recommencèrent les hostilités par terre et par mer contre le Danemark , et passèrent en Jutland. Ma«nus vainquit encore dans une grande bataille, le 9 août 1046. Svend, obligé d'abandonner ses vaisseaux, débarqua en Seeiand. Magnus le poursuivit: son cheval, effrayé, le jeta par terre. Svend put s'échapper en Scanie. Magnus ne se releva qu'avec peine, puis resta avec son armée et sa flotte en Danemark , afin de contenir le pays par la crainte.
D'ailleurs, il se sentait trop faible pour se mettre en mouvement. Son mal ne cessa de faire des progrès, et le 25 octobre 1047, il mourut, à l'âge de vingt-quatre ans. Il laissa la Norvège à Harald, et, avec une magnanimité admirable, déclara pour son successeur au trône de Danemark, en conformité du traité du Gôlha-Elv , ce même Svend , qui n'avait cessé de lui faire la guerre. Les Danois rendirent justice aux vertus de Magnus, et les surnoms de Bon et de Pere de la patrie lui furent déférés par les deux nations qu'il avait gouvernées.
Svend Estrithson, encore une fois vaincu et fugitif, errait dans la Scanie, déterminé à recourir à son asile accoutumé en Suède, lorsqu'il apprit que Magnus était mort et l'avait appelé au troue de Danemark. Il accourut et fut reçu à bras ouverts. Harald, mé-
content, eût bien voulu prévenir son rival; l'armée norvégienne, qui respectait la dernière volonté de Magnus, montra l'intention de s'y conformer, en s'en retournant dans son pays.
Il se passa ainsi un hiver entier, pendant lequel chacun des deux rois s'affermissait dans ses possessions. L'hiver de 1046 à 1047 avait été si rude,
3ue les loups étaient allés sur la glace e Norvège en Danemark.
Au printemps suivant, Harald mit en mer une nombreuse flotte , qu'il renforça de plusieurs vaisseaux anglais. Il ravagea les côtes de Jutland pendant plusieurs années consécutives, et y fit un butin immense. Les hostilités continuèrent jusqu'en 1064. Svend fut presque toujours malheureux , et courut risque de la vie.
Enfin les deux rois, las d'une guerre si cruelle, s'abouchèrent, sur les bords du Gotha- Rlv. Il fut convenu que chacun garderait ses États. La paix conclue, Harafd reconduisit sa flotte en Angleterre, où, après quelques succès , il fut tué. Malgré ce triste exemple, Svend, avant entendu raconter, en 1069, que la dureté du gouvernement de Guillaume le Conquérant faisait regretter aux Anglais celui des Danois, envoya dans cette île son frère Asbern , avec une flotte formidable.
Asbern débarqua sur les côtes du Northumberland , y fut joint par des Danois et des Écossais établis dans le pays, et par beaucoup de mécontents.
Déjà il avait emporté York. Guillaume se débarrassa de cet ennemi par une grosse somme d'argent. Asbern, après avoir vu ses vaisseaux dispersés par ■ la tempête ou engloutis par les flots, n'aborda en Danemark qu'après avoir longtemps erré sur la mer, et fut en-^ vové en exil par son frère, auquel il ne" pouvait présenter les trésors qui eussent fait oublier sa faute.
Svend avait épousé Gounilde, veuve d'Amund Jacques, roi de Suède, ce qui ne l'empêchait pas d'avoir des concubines, suivant la coutume des peuples du Nord. Quand elle mourut, il prit pour femme Guda , belle-fille de cette reine , et par conséquent la
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sienne; aussi les ecclésiastiques de son royaume refusèrent de bénir ce mariage. Les évêques et Adelbert, archevêque de Brème, leur métropolitain, lui reprochèrent dans les termes les plus véhéments le scandale que causait sa conduite , et le menacèrent de l'excommunication s'il ne se repentait.
Le roi, outré dé c >lèr*e, jura de ravager par le fer et par le feu le territoire de l'archevêque , et, quoi qu'il pdt arriver , de ne pas se séparer de Guda.
Cependant l'archevêque mit sa menace 6 exécution , et le pape écrivit au roi des lettres foudroyantes. Guillaume, évéque de Seeland , qui jouissait de la confiance intime de ce grince, ne cessa de lui adresser des représentatioils touchantes. Svend céda , et renvoya Guda en Suède; toutefois il. ne changea rien à ses h.ibitudes, et Tappela ses maîtresses, qu'il avait momentanément éloignées.
Dans sa longne querelle avec Adalbcrt, il avait parfois reproché par écrit à ce prélat de très mal observer les lois de l'Église sur la continence ; «n effet , la conduire de ce dernier n'était nullement édifiante sur ce point.
Quoique Svend eût fini par se conformer aux règlements relatifs aux empêchements du mariage, afin d'éviter les troubles intestins que l'excommunication pouvait occasionner, il gardait rancune à l'archevêque; il parla donc de soustraire ses États à sa juridiction.
Cette mesure ébranla la fermeté d'Adalbert , qui , d'ailleurs , était en difficulté avec le roi de Norvège , prince très-mal disposé pour tes ecclésiastiques. Le prélat, craignant de voir échapper un des royaumes du Nord h sa juridiction , eut recours à tous tes moyens pour la conserver. Il se rendit auprès de Svend , à Slesvig , et réussit à l'apaiser par des soumissions, des présents, des festins magnifiques, qui durèrent huit jours. L'historien Adam de Brème nous en a laissé la description ; peut-être était-il du nomore des convives.
Adelbert engagea, dans cette entrevue , Svend à conclure un traité d'alliance avec l'empereur Henri IV, alors
en guerre avec Otton, duc de Saxe, et ses alliés; le prélat espérait en secret une bonne. portion de leurs dépouilles, et en promettait une autre à Svend , qui fit remonter l'Elbe à sa flotte. Il se disposait à remplir ses engagements, lorsque son armée déclara hautement qu'elle n'attaquerait pas des alliés aussi anciens et aussi fidèles que les Saxons, qui avaient toujours protégé les Danois contre les incursions de leurs ennemis. Svend, n'ayant pu vaincre l'obstination de ses troupes, revint en Danemark.
Peu de temps après , les Venèdes renoncèrent au christianisme , firent une irruption eh Holstein et en Danemark , tuèrent leur prince Gotschalk , gendre du roi , traitèrent indignement son épouse Sigride, et rasèrent Slesvig et Hambourg , ce qui contraignit les archevêques de cette ville à transférer leur siège à Brème. 'Six mille familles abandonnèrent le pays pour échapper à la fureur de ces barbares, et se réfugièrent dans les montagnes du Hartz.
Guillaume , évêque de Seeland , ne craignit pas d'encourir la disgrâce de Svend, au sujet d'un meurtre dont ce prince se rendit coupable. Des seigneurs de sa cour, échauffés par le vin, a une fête qu'il donnait à Rôskild , le soir du jour de l'an , tinrent des propos qui l'offensèrent. Le lendemain , il ordonna qu'ils fussent égorgés dans l'église de la Sainte-Trinité, au moment où ils y entreraient pour y assister au service divin. Cet ordre ne fût que trop ponctuellement exécuté; mais quand Svend voulut ensuite faire ses dévotions dans cette église, Guillaume, accourut au-devant de lui, le traita hautement d'homicide et de profanateur, et, de son bâton pastoral, lui barra l'entrée du temple.
Les personnes de la suite du roi tirèrent l'épée; l'évéque ne changea pas d'attitude ; le roi , en proie aux remords de sa conscience, défendit que l'on fit aucune violence à l'évéque , et regagna son palais. Il s'y dépouilla de ses vêlements royaux , se couvrit d'un habit grossier , alla pieds nus jusqu'à
l'église, et s'agenouilla devant la porte.
La messe Tenait de commencer : l'évêque , averti de l'arrivée du roi , fit discontinuer les chants, vint trouver Svend , reçut sa confession et l'expression de son repentir, et le releva de l'excommunication Puis il le consola, essuya ses larmes, et le conduisit processionnellement à l'autel. Trois jours après , le roi revint à l'église , revêtu des marques de la royauté, fit une confession publique de sa faute , promit de se corriger, et donna à l'église de Rôskild la moitié de la seigneurie de Steffens, dans l'île de Seeland.
Il passa le reste de sa vie dans des exercices de dévotion ; une fièvre qui le surprit à Sudetorp, en Jutland, y termina ses jours, (e 28 avril to76.
Conformément à sa demande . son corps fut transporté et inhumé à Rôskild , a côté de celui de l'évéque Guillaumc,décédé peu de temps auparavant.
Le peuple nomma Svend le Iioi-l>apa, à cause de la quantité d'enfants naturels que lui avaient donnés ses maîtresses. Plusieurs occupèrent après lui le trône de Danemark.
Malgré les guerres fréquentés qui signalèrent le règne de Svend, ce prince favorisa l'agriculture et le commerce, et s'occupa d'améliorer les mœurs ; il fonda plusieurs évéchés; il introduisit le christianisme à Bornholm et en Blékingie. Il était instruit pour son temps; il fit adopter en Danemark l'usage de la langue latine. Il connaissait l'histoire de son pays, et communiqua beaucoup de renseignements à Adam de Brème, qui s'en est servi pour l'ouvrage qu'il composa , et qui est venu jusqu'à nous. Svend fut le premier roi qui se lit couronner, ce qui eut lieu probablement dans l'église de Lundi
Quelques auteurs ont dit que, du consentement de la nation , il stipula qu'après sa mort ses fils régneraient , suivant l'ordre de leur naissance, sans que l'élection pût tomber sur un autre prince. Cette assertion a été combat- * tue. Svend fut le fondateur de la race des Estridiens, qui occupa le trône jusqu'en 1375.
HAR\LD*»F.IK , TlfRHH MOLLE).
Harald, l'aîné des fils de Svend, lui succéda. Toutefois, il ne fut proclamé roi qu'au bout de deux ans , par les états assemblés à l'Isefiord , et tcèsdivisés entre eux ; un parti penchait pour Harald , à cause de son droit d'aînesse ; l'autre pour son frère Canut, déjà célèbre par sa valeur. Harald fut enfin élu , grâce aux manœuvres de deux seigneurs puissants qui emplovèrent à propos les promesses , les présents , et même l'artifice.
Harald, packnie par caractère, fit jouir le Danemark d'une tranquillité que l'on n'y connaissait pas depuis longtemps; mais sa douceur ne lui attira que le mépris de ses contemporains, qui ne savaient pas apprécier ses qualités. On le craignait peu , parce qu'il n'aimait pas à punir; on ne l'estimait pas, parce qu'il avait l'air timide dans rassemblée des états , se montrait oppose à la guerre, était lent dans l'exécution, taciturne et réservé.
A l'usage barbare du combat judiciaire, il substitua l'usage dangereux de se purger par serment de toute sorte d'accusation, ce qui ne produisit que des parjures et des injustices, car cette nouvelle ordonnance autorisait la licence et enhardissait le crime, par la facilité de se soustraire au châtiment.
Tout homme puissant put violer impunément les lois, et l'esprit de faction lit dès lors de rapides progrès dans les premiers ordres de l'État. Harald ne chercha pas même à déjouer les complots de ses frères pour le détrôner. Ceux-ci écoutèrent néanmoins les remontrances que leur adressa Olaûs 111, roi de Norvège, à la prière du pape Grégoire VII; de son côté, Harald leur fixa une somme pour leur entretien. Tout entier à sa dévotion, il laissait le gouvernement aux soins d'Asbiœrn, son beau-frère, qui ne put jamais lui inspirer la moindre énergie.
Il mourut sans enfants, en 1080, et fut enterré dans le couvent de Dalby, en Scanie.
CAHOT IV LE SAIlfT.
Aussitôt les états s'assemblèrent,
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et résolurent unanimement d'appeler au trône Canut, frère de Harald ; il se trouvait alors en Suède. Harald, quand il lui avait été préféré, lui offrit de lui donner l'investiture d'une province du ro.Vaiime, à condition qu'il reconnaîtrait son élection : il fut sourd à ces propositions , et alla en Prusse continuer la guerre contre les habitants de ce pays, encore idolâtres.
Dés qu'il -eut pris possession de la couronne il épousa Adèle, fille de. Robert, comte de Flandre, puis il termina glorieusement la guerre en Prusse et en Courlande , par la soumission et la conversion des peuples de ces contrées.
Il s'occupa ensuite de faire rentrer dans le devoir les Danois, accoutumés à la licence, au désordre et a l'impunité, par la mollesse de son prédécesseur ; il délivra la mer des pirates qui l'infestaient ; il fit punir très sévèrement, et sans acception de personnes, tous les coupables; il décerna la peine du talion contre ceux qui auraient frappé ou mutilé quelqu'un ; il ôta même à ses frères le gouvernement des provinces, où ils s'étaient conduits tyranniquement.
Par malheur, sa sévérité fut parfois excessive, et il laissa prendre trop d'empire au clergé; il l'exempta de toute juridiction laïque, et érigea en sa faveur un tribunal spécial, auquel il attribua de plus le droit de punir les infractions a la religion. Il ordonna qu'on rendît aux évêques les mêmes honneurs qu'aux iarls et aux princes, qu'ils eussent voix et séance dans l'assemblée des états et au sénat, et qu'ils prissent le pas sur les autres sénateurs.
] I augmenta considérablement le revenu de plusieurs évéchés ; il fonda et dota richement de nombreux monastères ; il voulut même que les ecclésiastiques fussent employés dans les affaires militaires. Aussi ils eurent depuis le droit de porter l'épée et de commander des armées, et souvent ils en usèrent plutôt que de s'acquitter de leurs devoirs de religion.
Canut commit aussi une faute grave en créant son frère Olaùs duc de Sles-
vig, et en autorisant ainsi ses successeurs, par cet exemple dangereux, à démembrer leur royaume au grand préjudice de la tranquillité publique.
Quoique l'Angleterre eût été depuis longues années soustraite à la domination des rois de Danemark , ces monarques ne cessaient cependant pas de s'en croire encore les souverains légitimes , et la regardaient comme une province révoltée. Canut en avait médité la conquête dès le commencement de son règne. Un traité conclu avec son beau-frere Olaùs le Débonnaire, roi de Norvège, lui assura soixante grands vaisseaux et une armée d'élite.
Enfin son beau-frère , le comte de Flandre, lui envoya près de mile vaisseaux, qui, en 1084. se réunirent à ceux des Norvégiens dans le Liimfiord.
Au bruit de cet armement, Guillaume le Conquérant leva des troupes de tous côtés , et prit les mesures nécessaires pour prévenir l'invasion dont il était menacé.
Canut ne put effectuer son entre* prise, soit, cçmme le raconte un historien anglais , parce qu'il en fut empêché par les vents constamment contraires, ce qui est peu probable , soit, ce qui l'est davantage, parce qu'il apprit que les Venèdes se disposaient à l'attaquer.
Ces peuples turbulents et enclins à la piraterie avaient eux-mêmes souffert des brigandages et des injustices d'Ëigill , surnommé le Sanguinaire , seigneur danois et gouverneur de Bornholm. Quoiqu'il eût, par cette conduite coupable, contrevenu aux ordres du roi , et que sa désobéissance eût été punie de mort, les Venèdes n'en résolurent pas moins de venger sur la nation entière les torts d'Eigill envers eux. Leur armement était si formidable , que Canut ne pouvait s'absenter de son royaume sans le laisser exposé à un danger imminent. Il prit donc le parti de tâcher d'apaiser les Venèdes en leur envoyant des ambassadeurs, qu'il chargea de leur faire des offres honorables et avantageuses.
Pendant qu'il attendait leur réponse, avant de rejoindre sa Hotte, son armée,
impatiente d'un délai dont elle ignorait la cause, invita Olaùs, frère du roi, à s'en enquérir. Canut, indigné des murmures de l'armée et de la hardiesse d'Olaùs, lui interdit sa présence.
Soupçonnant même , non sans raison , qu'il est l'auteur du mécontentement manifesté, il le faitïirréteret le commet à la garde du comte de Elandre. Cette rigueur, en consternant les troupes, accroît leur animosité contre le roi. Elles
fnrojettent de se venger. Mais bientôt a crainte l'emporte sur le ressentiment, et l'armée se disperse à la première nouvelle de la venue de Canut.
En arrivant, il ne trouve au lieu du lieu du rendez-vous que les Norvégiens; il les renvoie comblés de présents dans leur pays, et reste en Jutland pour punir la désobéissance de son armée.
La sévérité de Canut dans cette occasion, sa préférence sans réserve pour les ecclésiastiques, surtout une nouvelle taxe à titre d'expiation de l'injure que se- sujets lui avaient faite, révoltèrent même les plus modérés. L'indignation fut au comble quand il convertit cet impôt en dîme au profit du clergé, et qu'il ordonna que cette espèce d'amende fût exigée avec rigueur; il espérait par là faire consentir les Danois à payer au clergé la dîme que les étals avaient constamment refusé d'établir. Les collecteurs ayant, par leur dureté, rendu cet impôt insupportable, la nation se plaignit , puis murmura. Enfin, dans le nord du Jutland, les habitants massacrèrent deux percepteurs, marchèrent même contre le roi qui était dans le voisinage, et le contraignirent à fuir en Fionie. Le soulèvement, qui s'était étendu dans tout le Jutland, menaçait de gagner cette île. Canut se réfugia en Seeland ; il eût pu y rester en sûreté; mais un traître nommé Blak lui persuada de retourner en Fionie, où sa présence suffirait pour imposer aux révoltés. Canut arrive à Odensé , accompagné de Blak , qui feint de remplir auprès des Jutlandais le rôle de conciliateur, et, au contraire, les excite à se venger. Le roi , déçu par les paroles de ce perlide, se fie* à la promesse d'une réconciliation; il entre dans l'é-
glise de Saint-Alban, les conjurés l'investissent. Blak, apprenant qu'ils sont retenus par la crainte de profaner un lieu saint, leur en ouvre la porte. Canut, ses deux frères Éric et Benoît, et quelques serviteurs fidèles, font une résistance inutile ; Éric réussit à se sauver : Benoît et plusieurs autres sont égorgés. Canut , s'apercevant que la mort est inévitable , s'agenouille devant l'autel et recommande son âme à Dieu, attendant sa fin avec résignation et tranquillité. Suivant une vieille chronique, une grosse pierre, lancée à travers une fenêtre , l'atteignit au front, et il expira. Suivant d'autres, malgré la grêle de pierres qui le frappaient, il ne se dérangea pas de sa position ; un javelot qui lui traversa le corps termina ses jours le 2 juillet
Son zèle plus ardent qu'éclairé pour les intérêts du clergé lui mérita , en 1 100, les homv urs de la canonisation ; plusieurs églises lui furent dédiées.
Les chroniques nous apprennent qu'il était grand, bien fait, d'une figure agréable, qu'il avait le regard vif, beaucoup dVsprit, d'éloquence et de bravoure; mais ces belles qualités s'affaiblirent graduellement , et furent anéanties par un manque de jugement qui fit son malheur.
Adèle, à la nouvelle de la fin tragique de son époux, se retira en Flandre avec son fils Charles, qui devint comte de ce pays après son aïeul, fut, comme son père, tué dans une église par ses sujets révoltés, et mis ainsi que lui au rang des saints.
OI.AÛS HCSCER (LA FAIM).
Olaùs, frère puîné de Canut, était encore prisonnier en Flandre à la mort de celui-ci. Dans l'espérance qu'il ne punirait pas une révolte dont \\ avait été le fauteur , les états l'élurent roi , et deux des principaux seigneurs de l'assemblée partirent pour la Flandre afin de traiter de son élargissement ; ils ne l'obtinrent qu'au prix de trente marcs d'or. Comme ils n'avaient pas apporté celte somme , ils restèrent en
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otage jusqu'à ce que les états l'eussent payée.
Sous le règne d'Olaùs, le Danemark jouit d'une paix profonde. Les historiens disent que la cause en était due à une famine cruelle ; les ennemis n'osaient entrer dansun pays dont les habitants périssaient par milliers, et, comme dans une ville assiégée, étaient réduits à se nourrir de la chair des chiens et des chevaux. Cette peinture, peut-être trop chargée, indique que la longue durée d'une si triste calamité dans un pays naturellement fertile, venait sans doute autant de la faute des peuples ou du gouvernement que du dérangement des saisons. En effet, une nation qui néglige l'agriculture et le commerce pour ne songer qu'à la guerre, doit être naturellement exposée à des calamités de ce genre. Celle-ci fut regardée comme un effet du courroux céleste, qui vengeait ainsi la mort de Canut.
La superstition et la crédulité purent donner naissance à cette idée; mais l'histoire impartiale doit dire que la famine exerça ses ravages dans d'autres pays qui n'avaient pas assassiné leur roi. En Allemagne et dans une partie de la France orientale, les pluies continuelles lirent périr les moissons et affaiblirent les hommes; en Angleterre , la moisson fut tardive et médiocre ; la mort étendit ses ravages sur les hommes et sur le bétail ; l'Italie fut dévastée par des inondations et des tremblements de terre.
Olaiis ne fit rien de remarquable durant son règne. Il était dur, avare, et , quoique impérieux , incapable de gouverner; les lois manquaient de la force qui leur est nécessaire pour qu'on les respecte. Olaûs fut trouvé mort dans son lit le 10 aoi'it 1095. 11 ne laissa que des fille* de son mariage avec In- Çegerd , princesse norvégienne, et ne lut regretté de personne.
ÉRIC I er KYtGOO (le boit).
Éric, frère d'Olaùs, lui succéda, et commença sou règne sous les plus heureux auspices. La famine cessa, l'abondance fut plus grande que jamais. L'expédition de Magnus le Bon
avait détruit Iomsborg ; mais un nouveau repaire de pirates s'était formé à Julin, port voisin dans l'île de Wollin à l'embouchure de l'Oder.
Éric contraignit les Venèdes à acheter la paix en 1098, et à livrer les forbans, qu'il fit mourir dans les supplices. Il ordonna ensuite la constriK tion de plusieurs forts pour contenir les Venèdes par le moyen de nombreuses garnisons.
Jusqu'à cette époque, les trois royaumes de la Scandinavie avaient relevé, pour le spirituel, de l'archevêché de Brème. Eric s'étant brouillé en 1092 avec Liemar, qui occupait ce siège, fut excommunié; il en appela au pape Urbain II, alla plaider lui-même sa cause à Rome, et obtint que le Danemark aurait son métropolitain, dont le titre fut attaché à l'église de Lund.
Éric, malgré sa douceur, qui lui valut son surnom , et qui fit dire de lui qu'il vivait avec ses sujets comme un père avec ses enfants , et que personne ne le quittait sans consolation, n'était pas exempt des défauts de son siècle, et, de même que d'autres grands personnages , ne se conformait pas toujours aux lois de la tempérance. Un jour, dans un excès d'ivresse, il se rendit coupable d'un meurtre. Pour calmer les remords de sa conscience , il résolut d'expier ce crime par un voyage à Jérusalem. Les états du royaume, sans la participation desquels il ne pouvait rien entreprendre, essayèrent en vain de le détourner de ce dessein , qui exposait son pays à de grands maux pendant son absence.
Les chroniques ajoutent que les paysans offrirent le tiers de leurs biens pour déeager le roi de son vœu ; rien ne put le fléchir. Il répondit qu'il ne voulait aller à la terre sainte que comme pèlerin, avec une suite peu nombreuse et à ses propres frais; il partit, et passa par Rome. Selon d'autres récits , il alla par mer en Russie , où il débarqua, et poursuivit sa route par terre.
A son arrivée à Constantinople, l'empereur Alexis Comnène combla Éric de marques d'estime. Toutefois ,
il le fit surveiller soigneusement , dans la crainte, que la présence d'un roi du Nord n'excitât quelque soulèvement parmi les nombreux Varègues ou soldats Scandinaves qui composaient la garde de la cour deByzance. La taille et l'a force extraordinaire, la bonté et la piété d'Éric excitèrent la curiosité et l'admiration du peuple. Alexis lui donna des fêtes , lui lit présent de reliques , et lui fournit des vivres pour continuer son voyage. A peine débarqué à Baffa, l'ancien Paphos, dans 1 île de Cvpre , Éric y mourut le 10 juillet 11Ô3. Botilde, son épouse, Clle du comte 1 hrugot, allié à la famille royale , et gendre de Gotschalk , roi des Slaves, l'avait suivi dans son voyage ; elle le continua , et mourut peu de temps après à Jérusalem sur la montagne des Olives ; elle fut enterrée dans la vallée de J osapbat , au pied de ce mont, sur les bords du torrent de Cédron. Une église fut bâtie sur son tombeau.
Éric , malgré sa dévotion , avait des concubines; il laissa un fils naturel nommé Harald Késia. 11 reçut le premier les moines de Cîteaux en Danemark , ci , en passant à Luques , y fonda un couvent où les pèlerins danois devaient être logés et nourris gratuitement. Il était un des hommes les plus instruits de son t mps; car, indépendamment des langues du Nord , il parlait le latin , l'allemand , le français et l'italien.
Dans ces siècles de barbarie, les communications d'un pays à l'autre n'étaient ni promptes ni faciles; ce ne fut donc quen 1104 que le messager chargé d'apporter la nouvelle de la mort d'Éric arriva en Dauemark.
Quand el}e fut connue , trois compétiteurs au trône se présentèrent ; savoir :
Svend et Nicolas, frères d'Éric, et Harald Késia, l'aîné de ses (ils. Celuici s'était rendu si odieux par l'abus qu'il avait fait de son autorité durant l'absence de son père, que d'une voix unanime les états l'exclurent; Svend, qui était malade, mourut avant l'élection : ainsi Nicolas fut proclamé à Issefiordenll04. .