‹ DanemarkChapitre 8 sur 32 · REMARQUE* SUR CETTE PERIODE · texte numérisé non relu

REMARQUE* SUR CETTE PERIODE

Le Slesvig ou Jutland méridional avait été précédemment gouverné comme une province du royaume , mais depuis Svend Estrithson, les rois firent de ce pays un fief qu'ils conféraient à un prince. Saint Canut, le premier, en investit son frère Olaùs, depuis roi de Danemark, Mais bientôt le Slesvig eut des ducs permanents; sous Oiaùs et Éric Eïegod, il n'y en eut pas. Nicolas donna le duché de Slesvig à Canut Lavard; Svend-Grathe à son fils Valdemar, et Canut VI à son frère Valdemar. À l'avénement de ce prince au trône , le S'esvig fut réuni à la couronne, et conféré ensuite, par Valdemar II, à son fils Abel.

La Nordalbingie ou le Holstein avait ses comtes, qui descendaient de Hermann Billings, duc de Saxe; ils s'éteignirent en 1106. Alors l'empereur Lothaire II conféra ce comté à Adolphe, comte de Schauenbourg, dans la maison duquel il resta plus de trois cents ans. Adolphe II, mort en 1164, s'empara de la Vagrie, y établit la religion chrétienne,ety introduisit beaucoupd'AllemandsetdeNéerlandaisqui, peu à peu, remplacèrent les Venèdes.

Depuis ce temps, la Vagrie a toujours fait partie de l'empire germanique, et fixé constamment les regards des comtes et des ducs de Holstein.

Canut VI con&uit la Nordalbingie par son frère, le duc Valdemar, sur le comte Adolphe III. Albert, comte d'Orlamùnde , en fut gouverneur sous Valdemar II, son oncle maternel. Après la malheureuse bataille de Bornhôved, Adolphe IV, bis d'Adolphe III, recouvra la possession de ce comté :

ce personnage, dont il a été parlé si souvent, aida les Lubeckois à se sou-

lever contre Valdemar IL Quand ils furent devenus puissants et riches, Adolphe ne put oublier que leur ville avait été fondée par son aïeul , possédée par son père et par lui-même. Il leur fit donc entendre que les services

2u'il leur avait rendus ne pouvaient tre acquittés que par un tribut annuel.

On a vu que l'entreprise qu'il concerta contre eux avec Valdemar échoua complètement. Adolphe congédia ses troupes. Le repos et la tranquillité étaient si opposés à ses inclinations , qu'il ne put les supporter. Sa téte s'exalta , il donna dans une dévotionexagérée et minutieuse , se fit moine en 1236, reçut les ordres sacrés, alla pieds nus à Rome, remplit ses États de couvents, et mendia du pain dans les rues de Hambourg et de Kiel pour en faire des aumônes aux pauvres.

Il avait partagé ses États entre ses fils; Jean eut la Vagrie, et mie partie des Marsklânder jusqu'à l'Elbe et à Kiel ; Gérard, le Holstein et une portion de la Stormarie. Le Holstein continua de reconnaître la suzeraineté de l'empereur d'Allemagne, et suivit les lois de l'Empire, par conséquent, le droit romain , qui y fut introduit au douzième siècle.

La Ditmarsie avait eu occasionnellement les mêmes comtes que Stade, ville au sud de l'Elbe. Hartvie, devenu archevêque de Brème, et n'ayant pas d'héritiers, légua ses possessions a son église. Les Ditmarses refusèrent de se conformer à cette disposition et formèrent une république gouvernée par des anciens. Cependant elle fut forcée par Canut VI et Valdemar II de reconnaître la souveraineté du Danemark. Après la bataille de Bornnôved , elle recouvra sa liberté, mais sous la suzeraineté tantôt du Holstein , tantôt de l'archevêché de Brème, suivant les circonstances. Cet état de choses dura près de quatre cents ans.

Le Danemark, après avoir atteint, durant cette période, au faîte de sa puissance, éprouva ensuite un affaiblissement et une décadence qui, dans la période suivante, l'amenèrent bien

près d'une ruine totale. Le pouvoir du roi était à peu près le même qu'auparavant. Il lui fallait le consentement des états pour foire des lois et établir des impôts. ÉricEiegod rendit aussi à ces assemblées le droit de déclarer la guerre et de conclure la paix.

La puissance du clergé alla toujours en croissant, depuis saint Canut qui lui accorda la juridiction dans les affaires ecclésiastiques. Les évéques battaient monnaie, étaient exempts de toute punition corporelle et de la judiction séculière; quelques-uns, par exemple Eskil, archevêque de Lund, cherchèrent à se rendre indépendants; mais les rois, tels que les deux Valdemar et Canut VI, surent les tenir passablement en respect.

La noblesse danoise tire son origine du service militaire à cheval, surtout depuis le temps de Valdemar I er , lorsque les rois commencèrent à donner en fief les terres et les métairies, avec les ports où l'on équipait les navires et rassemblait les troupes en temps de guerre ; ces fiefs furent exempts d'impôts, et avec le temps devinrent héréditaires. Alors le sort des paysans empira, et ils furent graduellement exclus de prendre part aux assemblées du peuple.

De cette période datent les armoiries ou les marques distinctives dont les nobles ornèrent leur écu. Quelquefois ils prenaient des noms de famille, mais ils ne les employaient que rarement en se désignant euxmêmes ou en signant. La noblesse se

fiartageait comme ailleurs en chevaiers et en écuyers ; ceux-ci étaient en quelque sorte les serviteurs des premiers. Les états se composaient, dans le principe, des magnats, c'est-à-dire des ducs, des comtes et des princes de la maison royale ou de ceux qui en descendaient, et des nobles d'un rang inférieur ou propriétaires de terres. Depuis saint Canut, les évéques formèrent le premier état. Le reste des habitants n'avait aucune part au gouvernement.Les villes de commerce, qui prirent naissance durant cette période, n'acquirent réellement quel-

que importance que dans la suivante.

Saint Canut est le plus ancien roi de Danemark dont on ait un diplôme en langue danoise, et dont on connaisse le sceau. Il n'existait pas encore de code général pour tout le royaume; chaque province avait ses lois et ses coutumes particulières.

Le christianisme était reçu dans tout le royaume; il paraît que la Blekingie et l'île de Bornholm l'adoptèrent les dernières ; le zèle religieux se manifestait de plus en plus par la construction d'églises, la fondation de couvents, l'augmentation des biens du clergé, la magnificence des cérémonies du culte. Au commencement de cette période, on fit venir beaucoup de prêtres d'Angleterre ; plus tard, tous étaient nés en Danemark.

Quiconque voulait étudier la théologie et la philosophie, allait à Paris, à Cologne, à Bologne. Saxo, le grammairien, qui, à la recommandation de l'archevêque Ab^alon, écrivit, dans un latin élégant, l'histoire de Danemark jusqu'à son temps, fournit un exemple de la manière dont cette langue y était cultivée. Sven Aagesen, qui composa uue chronique contemporaine, André Sunesen, et Gonthier, évêque de Viborg, qui eut une grande

fKirt à la rédaction de la loi de Jutand, sont avec Saxo les auteurs les plus remarquables de cette période.

La marine danoise prit desaccroissements notables sous Valdemar I er et Canut VI. Au moment de sa plus grande puissance, Valdemar eut une flotte de 1,400 navires longs et une armée de terre de 100,000 hommes. Mais il faut remarquer à ce sujet qu'il possédait des territoires et avait des vassaux hors du Danemark. Ses revenus étaient si considérables que, si on les calcule d'après la valeur que l'argent eut plus tard, ils s'élevaient à plus de dix millions de rigsdalers. Dès ce temps-là, on faisait une différence entre les biens de la couronne et cttix du roi.

Les détails de l'assassinat de Canut Lavard, oui a été raconté plus haut, pe gnent bien la barbarie des mœurs de ces temps-là. Le prince Magnus,

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son ennemi , l'avait attiré à Rôskild , en lui mandant que , décidé à faire le voyage de la terre sainte, il désirait de lui confier la garde de sa femme et de ses enfants pendant son absence, et que, les fêtes de Noël passées, ils auraient le loisir de conve^er ensemble sur ce sujet.

Déçu par ces expressions amicales, Canut accepte l'invitation et arrive avec sa suite à Rôskild. Des convives nombreux prennent part aux fêtes, qui durent quatre jours. Quand elles sont terminées, chacun s'en retourne chez soi : Canut aussi prend congé de Magnus, et se retire dans un château fort bâti par son frère Harald Kèsia.

Peu de jours après, Magnus lui expédie un second message, pour lui demander un entretien secret sur leurs différends. Canut y consent et se rend au lieu indiqué avec deux de ses officiers et deux serviteurs. Il n'aurait pas pris son éuée, si un de ceux-ci ne l'y eût obligé; mais elle lui fut inutile.

Les deux princes se rencontrent dans la foret de Henested. Magnus accueille Canut très-amicalement, lui prodigue les embrassades et les baisers. Alors Canut s'aperçoit que son cousin a une cuirasse sous ses habits; il lui en témoigne sa surprise, et lui demande pourquoi il est ainsi armé. •» C'est, ré- « pond Magnus, que je vedx me ven- « ger d'un paysan qui m'a offensé. »

Entraîné par son bon naturel, Canut intercède pour le paysan, ajoutant que Magnus doit surtout se garder d'exercer sa vengeance le lendemain du jour où il a célébré une solennité aussi sainte, la fête des rois. Magnus montrant beaucoup de répugnance à faire ce qu'il sollicite, Canut lui offre de se rendre caution pour le paysan.

Enfin Magnus prend Canut par le bras , et l'entraîne peu à peu dans un lieu écarté. «Viens, frère, lui dit-il, « asseyons-nous; » et quand ils furent assis., il continue ainsi : « A qui penses - tu que le royaume appartient ?

— Au roi, répond Canut. — Eh bien, reprend Magnus, tirons au sort pour savoir qui de nous deux, après la mort du roi, le possédera. — Je souhaite,

réplique Canut, que le roi vive encore longtemps. » Au même moment Magnus le saisit par les cheveux , et lui fend la téte d'un coup d'épée.

Les amis de Canut coururent à Rôskild, pour demander au roi la permission d'enterrer ce prince dans I egiise cathédrale de cette ville. Mais la haine de Magnus pour son neveu était si forte, qu'il rejeta leur requête; peutêtre aussi , et cette opinion paraît plus probable, craignit-il que les funérailles n'attirassent un trop grand concours de peuple. Alors ils se résignèrent à lui donner la sépulture, sans aucune cérémonie , à Ringsted , petite ville peu éloignée.

Éric Emund fut le premier qui fit passer la mer à la cavalerie : chaque vaisseau portait quatre cavaliers et quatre chevaux. Ensuite, la cavalerie danoise prit de l'accroissement. Svend Grathe fut le premier qui entoura Rôskild et Viborg de remparts en terre.

Depuis, les châteaux et les métairies nobles furent ceints de murs en terre etdefossés pleins d'eau. Le roi Nicolas,

f>eut-étre pour empêcher qu'un malaiteur puissant pût échapper au châtiment, leva une troupe permanente appelée Thing Lith^ déjà établie par Canut Lavard ; elle fut organisée à la manière allemande; un certain nombred'hommesd'armesdevaient, comme vassaux, quand ils en recevaient l'ordre, se mettre en campagne et marcher.

Les historiens danois ont remarqué un fait que présentent également les annales de plusieurs. pays de l'Europe, durant la période qui nous occupe.

A la b.itaille de Fodvig en Scanie, entre Nicolas et son antagoniste Éric, cinq évéques et soixante prêtres furent tués. Avant qu'on en vînt aux mains, tous avaient reçu l'absolution de l'archevêque de Lund.

Les principales ressources du Danemark étaient la pêche maritime, notamment celle du hareng, dans leSund, l'élève du bétail, et l'agriculture, qui avait fait de grands progrès, quoiqu'il y eût encore, notamment en Jutland, des forêts considérables et des friches.

Saint Canut s'efforça inutilement d'abolir l'esclavage, il dura jusqu'au quatorzième siècle ; alors il tut complètement aboli. Canut Lavard encouragea l'industrie en introduisant des artisans allemands, auxquels il donna des maisons à Kôskild. Le premier règlement relatif aux villes de commerce est celui que Svend Grathe publia pour Slesvig.

Sous firic Eïegod furent établies les gilder (communautés), espèces de corporation qui peut-être tiraient leur origine des anciennes confraternités, dont le premier motif avait été l'aide et l'assistance en commun ; ces gilder portaient le nom des saints a qui elles étaient consacrées, et parmi lesquels saint Éric tenait le premier rang ; elles avaient leurs statuts particuliers rédigés par écrit. En fournissant aux bourgeois des centres de réunion, elles contribuèrent beaucoup à la formation de l'état de la bourgeoisie. C'est aussi de ces communautés que dérive l'institution des corps de métiers.

Dans ces temps d'anarchie, le roi Nicolas éprouva quelle était la puissance de ces confréries. Après avoir été vaincu à la bataille de Fodvig , il n'avait pu se sauver qu'avec, l'aide d'un paysan qui lui donna un bon cheval ; ayant gagné ses vaisseaux , il fit voil« pour le Jutland. Le malheur voulut qu'il abordât près de Slesvig. C'était la ville où on le haïssait le plus; comme Lavard y avait longtemps résidé, sa mémoire y était chérie. Il y avait été le chef d'une nombreuse confrérie. Parmi les statuts qu'en cette qualité il lui avait fait adopter, il s'en trouvait un dont une clause était conçue en ces termes : «Si quelqu'un « n'appartenant pas à la confrérie tue * un de ses membres , les autres sont « obligés de venger sa mort. » En conséquence, les confrères de Canut se croyaient en conscience tenus de se détaire du roi*, qu'ils regardaient comme le premier auteur de l'assassinat de ce prince.

Les personnes de la suite de Nicolas qui étaient instruites de ces particularités les lui firent connaître en lui conseillant de bien se garder d'entrer

dans Slesvig. « Eh quoi , s'écria dé- « daigneusement le monarque , je re- « douterais des cordonniers et des « écorcheurs ! » Néanmoins il pensa que la prudence lui commandait de prendre des précautions, et demanda qu'on lui remit des otages ; cette proposition fut adoptée , et quelques nobles vinrent le trouver. Il supposait que le passé était à peu près oublié, et que I l'on aurait compassion de son infortune présente. Le clergé et les principaux habitants le reçurent avec les honneurs dus à son rang , et , ajoute une ancienne chronique, ce fut au son des cloches et des instruments de musique. Cette pompe ne fit qu'accroître les mauvaises dispositions des frères (c'est ainsi qu'on les nommait). Ils soulevèrent la populace, prirent les armes , et marchèrent contre la maison où le roi logeait. Ses amis furent d'avis qu'il se réfugiât dans l'église de Saint-Pierre, il préféra de chercher un asile dans le château. Il y fut défendu courageusement par les gens de sa suite; mais, accablés par le nombre, ils furent tous tués avec lui.

Le commerce se faisait par les habitants du pays; car l'influence des villes hanséatiques n'était pas encore devenue aussi importante qu'elle le fut par la suite. Le commerce par terre avait lieu principalement avec l'Allemagne, et le commerce par mer avec les pays baignés par la Baltique, et avec l'Ai gleterre. On échangeait les productions du pays contre celles des climats chauds et contre les marchandises de luxe de ce temps-là. Quand, sous le rèfjnedes deux Valdemar et de Canut VI, la destruction des pirates venèdes et estoniens fit jouir le commerce de la sûreté qui lin est nécessaire, il prit uue extension considérable. Les liaisons avec les nations étranuères s'accrurent par les voyages à la Terre sainte, qui avaient pour but plutôt l'accomplissement d'actes de dévotion qu'une participation aux croisades. De leur côté, les papes commencèrent à tirer beaucoup d'argent du Danemark, notamment au moyen du denier de Saint-Pierre, quoique,

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dans ce pays, il ne fût jamais, comme dans plusieurs autres contrées de l'Europe, un impôt à peu près annuel.

Un document important pour connaître l'état de la culture, des productions et des finances du pays, durant cette période, est le terrier de Valdemar II, qui fut composé vers 1231, et contient le dénombrement des propriétés du roi, ainsi que le montant de leurs revenus.

Dans le douzième siècle, l'usage d'aller armé aux assemblées publiques fut aboli. Cette mesure fut en partie dictée par le désir de maintenir la paix et de prévenir les querelles et les meurtres; mais il en résulta aussi que le peuple perdit peu à peu l'habitude de se servir des armes, ainsi que la part qu'il avait au gouvernement, et se soumit avec plus de facilité à l'autorité du clergé et au joug des nobles- Canut Lavard adopta le costume saxon; néanmoins la plupart des Danois conservèrent longtemps l'ancien habillement, qui était celui des hommes de mer. Saint Canut décerna la peine de mort contre la piraterie, le meurtre et le vol ; et depuis cette époque, le rachat de l'homicide commença à n'être plus en usage pour exempter de toute punition.

Presque toutes les constructions étaient encore en bois ; les plus considérables avaient de hautes tours.

Sous le règne de saint Canut, la cathédraledeKôskild fut bâtie en pierre.

Les cheminées étaient encore rares du temps du roi Nicolas; on n'avait que des chambres empestées par la 1 innée. Toute espèce de magnificence ou d'ornement était réservée principalement pour les églises.

QUATRIÈME PEBIODE.

De ia52 à .1397, époque de l'union de Calmar.

Au commencement decette période, et même pendant près d'un siècle, le Danemark ne cessa pas de déchoir, soit par l'incapacité des monarques, soit par la trop grande puissance du clergé et de la noblesse, soit par la

diminution du commerce et de la navigation , soit , enfin , par la part que Jes comtes de Holstein prirent aux affaires du royaume.

CHR fSTOPHK

Christophe, quatrième fils de Vaidemar II, avait, comme on l'a vu plus haut, eu en partage les îles de Laaland et de Falster; chassé de ses domaines, en 1247, par son frère Éric VI, il se réfugia auprès d'Abel, et tous deux firent une invasion dans le Jutland.

Battu et fait prisonnier par Éric, il fut enfermé. Les murmures de la noblesse forcèrent Éric de lui rendre la liberté.

Cependant Christophe ne l'obtint entièrement qu'en prêtant, comme vassal, serment de fidélité au roi. Alors Éric grossit son domaine de l'île de Femern , et lui fit épouser Marguerite, fille de Sambor, duc de Poméranie.

Abel, qui avait confirmé Christophe dans ses possessions , laissa, en mourant deux fils, Valdemar et Éric. Valdemar, quand son père parvint à la couronne, faisait ses études à Paris.

Les états l'avaient désigné pour succéder à la couronne. Il revenait en Danemark, lorsqu'en passant à Cologne, sans être muni d'un sauf-conduit, il fut arrêté par l'archevêque de cette ville, qui le retint quatre ans en captivité.

Son absence et la haine que l'on portait à la mémoire d'Abel furent cause gu'à la mort de ce dernier les états fixèrent leur choix sur Christophe. Ce prince, qui montait sur Je trône dans des conjonctures difficiles, voulait régner réellement et être obéi..

Afin de mettre ses neveux dans sa dépendance, il se fit déclarer leur tuteur, et, eu cette qualité, garda aussj longtemps qu'il put le duché de Slesvig.

Son refus formel d'en investir Valdemar excita les partisans de ce dernier à se liguer avec les puissances voisines pour le faire monter sur le trône. Tous fondirent à la fois sur le rovaume,qui semblait toucher à sa ruine complète, lorsque cette coalition

désunit. Un accommodement fut proposé. Christophe s'engagea à restituer a ses neveux le duché de Slesvig, à l'époque de leur majorité, et ceux-ci renoncèrent à la couronne de Danemark.

Quelque temps avant la fin de cette guerre étrangère, l'audace de Jacob Erlandsen, archevêque de Lund, avait jeté les semences d'une division intestine qui ne fut moins guère funeste au roi. Erlandsen, aussitôt après son élection, s'était mis en possession du temporel de sa métropole, sans prendre l'investiture du roi. Choqué de la dissolution générale des mœurs, à laquelle le roi n'avait pas la force de porter remède, il traduisit les malfaiteurs de toutes les classes devant son tribunal et sévit contre eux. Il s'arrogea une prérogative royale après l'autre, accusa le roi auprès du pape, et fit enlever le trône de Christophe du chœur de la cathédrale, construisit des forteresses, leva des droits de péage, changea, sans le concours du roi, le code ecclésiastique de Scanie; et afin de susciter au roi des affaires sérieuses qui détournassent son attention de celles de l'Église, contracta alliance avec le roi de Norvège, et engagea Mathilde, veuve d 1 A bel, à épouser Birger, régent de Suède, espérant que ce prince prendrait le parti des enfants de sa femme. Par le même motif, il travailla, en 1255, avec d'autres évêques, a soulever le peuple qui murmurait du poids des impots.

Christophe, lassé de tant dé présomption, ordonna aux Scaniens d'obéir aux anciennes lois, et convoqua l'assemblée des états à Nyborg, afin d'examimer la conduite dé l'archevêque. Le prélat, pour braver le roi, assembla un concile national à Vedel en Jutland; cette assemblée de factieux publia, le 6 mars 1256, une constitution fameuse dans l'histoire de Danemark, et qui depuis servit toujours de prétexte aux entreprises ambitieuses du clergé; elle fut confirmée par le pape AiexandrelV; elle porte que si un évéque, même convaincu de trahisoo, souffre une violence quelconque

par l'ordre ou le consentement du roi ou du sénat, le royaume sera mis en interdit. Non-seulement le roi et le peuple furent indignés, le clergé même de Scanie et les dominicains protestèrent plus tard contre ces décrets.

Le concile fini, les évéques se rendirent à l'assemblée des états. Erlandsen fut très-mal reçu. La rigueur de la saison ayant empêché les princes de la Venédie de venir, Christophe indiqua une nouvelle réunion à Vordingborg . Une réconciliation entre le roi et l'archevêque y fut ménagée. Elle ne dura pas six mois. Le prélat ayant usé de son pouvoir avec une rigueur excessive, le roi vint siéger en personne à la cour de justice de Lund, y cita l'archevêque, et somma ceux qui avaient des griefs contre lui de se présenter. Erlandsen comparut, mais ce fut pour déclarer qu'il récusait l'autorité du roi et de la loi de Scanie, et ne reconnaissait que celle du pape.

Le roi révoqua les immunités et les privilèges de l'église de Lund; Erlandsen excommunia l'officier qui lui apportait la déclaration royale, et fit révolter les paysans de son diocèse; ils se livrèrent à des excès affreux, et ne furent réprimés que par les troupes du roi.

Christophe avait réussi à terminer ses différends avec Haquin, roi de Norvège, qui avait amené sa flotte devant Copenhague ; il conclut une alliance avec fiirger, qui essaya inutilement d'effectuer un rapprochement entre le prince et le prélat. Leur animosité réciproque augmentait de jour en jour.

Erlandsen, qui se sentait soutenu par le pape, s'allia avec le comte de Holstein et le prince de Rugen, refusa d'assister à une assemblée indiquée par le roi à Odensé, en 1258, pour faire couronner son fils Eric, déjà désigné pour lui succéder, et défendit aux autres évêques d'y venir sous peine d'excommunication. Cependant quelques-uns s'y rendirent, sans toutefois oser prendre part au couronnement. Comme le prélat travaillait à faire monter sur le trône Éric, fils cadet d'Abel (Valderaar était mort en

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1257), Christophe convoqua les états à Copenhague : ils délibérèrent sur les moyens de punir l'audacieux archevêque, et déclarèrent unanimement que sa désobéissance autorisait le roi à se saisir de sa personne et de celle des évêques qui partageaient sa rébellion.

Aucun membre du clergé ne prit part à cette détermination.

Elle ne put s'exécuter qu'en gagnant Nicolas Erlandsen , frère de l'archevêque. Le prélat, arrêté dans une maison de plaisance, près de Landscrona en Scanie, fut enfermé dans le château fort de Hageskor en Jutland; quelques ecclésiastiques y furent bientôt amenés. Deux autres des partisans d'Erlandsen, les évêques de Rôskild et d'Odcnsé, ayant été avertis à temps, s'enfuirent auprès du prince de Rugen, et lancèrent l'interdit contre le royaume. On s'y conforma seulement dans quelques provinces pendant un certain temps.

Dans cet embarras, le roi en appela au pape lui-même, et, en attendant sa réponse, enjoignit au clergé de continuer à faire le service divin, et mit dans ses intérêts les rois de Suède et de Norvège, afin de l'aider à dissiper la ligue qui s'était formée contre lui.

Déjà le prince de Rugen, arrivé à Copenhague, paraissait disposé à détrôner Christophe, et à le remplacer par Éric, fils d'Abel. Le roi était alors à Ribé, où il conférait avec l'évêque de cette ville sur les moyens de faire cesser les troubles qui déchiraient l'Église et l'État. Arinfast,abbé d'un couvent de Jutland, profita de l'occasion pour se défaire de ce prince; il l'empoisonna dans un festin, le 29 mai 1259, et fut ensuite nommé évéque d'Aarhuus par le pape.

Ainsi périt ce prince infortuné, victime de l'ambition du clergé et de l'aveuglement de son siècle. Il avait montré pendant son règne beaucoup de fermeté, de prudence et de bravoure.

Il laissa trois fils : Éric, qui lui succéda; Valdemar etNicolas,qui moururent jeunes; et une fille, Mathilde,qui épousa Albert, margrave de Brandebourg.

Éric v (ot.ippiwo le cmostotaut).

Le règne d'Éric commença de la manière la plus malheureuse. La prudence et le courage de Marguerite de Poméranie, sa mère, sauvèrent la couronne à ce roi, alors âgé de dix ans.

Marguerite leva des troupes à la hâte, et marcha au-devant des rebelles. Son armée, défaite à Nestved en Seeiand , se débanda; cette île fut dévastée; Copenhague, prise d'assaut, n'eut pas un meilleur sort. Le prince de Rugen repassa dans ses États pour y ordonner un armement formidable puis reparut bientôt dans Rornholm, qu'il ravagea, enfin en Scanie, où il fut tué par une femme dont il avait brûlé le village.

Marguerite, ayant fait couronner son fiis eh Jutland, seule province qui lui restât, donna la liberté à l'archevêque, qui se retira en Suède jusqu'à ce que le pape eût prononcé sur son affaire; les autres prisonniers furent également élargis. Elle envoya des ambassadeurs au pape Urbain IV nouvellement élu ; ils étaient chargés de lui exposer les griefs du gouvernement contre Erlandsen et d'autres membres du clergé. Elle offrit le duché de Slesvig au prince Abel, mais seulement sa vie durant. Comme il ne voulut pas souscrire à cette condition, l'armée royale,commandéepar le général Pierre Findsen, livra bataille, le 29 juin 1261, dans la plaine de I ohode , près de Slesvig, à Abel et au comte de Holstein,son allié; elle fut battue. Le roi et sa mère, qui, dans un village voisin, attendaient l'issue du combat, tombèrent, avec plusieurs Danois de distinction, dans les mains des vainqueurs.

Marguerite fut envoyée à Hambourg, et Éric à Norborg, château de l'île d'Alsen, appartenant à Abel.

Aussitôt Erlandsen accourut, et obtint par ses sollicitations que le roi et sa mère seraient gardés avec un redoublement de rigueur; cependant leur détention ne dura pas aussi longtemps qu'il l'eût désiré. La ville de Lubeck et Albert, duc de Brunsvick, armèrent en leur faveur ; et les succès qu'ils ob-

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tinrent obligèrent les comtes de Holstein à rendre la liberté à Marguerite, en 1262. L'année suivante, Olton, margrave de Brandebourg, obtint l'élargissement d'Eric, à condition de rendre aux comtes de Holstein le château de Rendsbourg qui lui avait été engagé pour six mille marcs d'argent; cette somme fit la dot d'Agnès, fille d'Otton, qui devint l'épouse d'Éric. Le mariage ne fut célèbre qu'en 1273.

Urbain IV écrivit à Erlandsen une lettre qui condamnait sa conduite, et qui, pour lui épargner une déposition flétrissante, exigeait qu'il abdiquât.

Bientôt la nouvelle de la mort d'Urbain et de l'élection de Clément IV décida l'archevêque à se rendreàRome.

Il sut exposer au nouveau pape tout ce qui s'était passé, sous un jour si défavorable au roi, qu'un légat fut envoyé, en 1266, pour terminer toutes les contestations. Circonvenu par Erlandsen et ses partisans, le légat cita devant son tribunal, établi à Slesvig, le roi, sa mère et toutes les personnes qui leur étaient attachées. Le roi protesta et en appela au pape même. Le légat, accompagné de ses partisans, se retira à Lubeck, d'où il excommunia le roi et tous ses adhérents. L'archevêque se retira à Rome, où il resta près de sept ans.

Quoique l'interdit subsistât toujours, le royaume ne laissa pas qu« de jouir d'une sorte de tranquillité.

Éric en profita pour fortifier Colding, place importante sur les frontières du Jutland et du Slesvig. Il fît rédiger et publier le code nommé Birke-Ràtt, qui accordait aux possesseurs des fiefs la juridiction sur leurs vassaux; il envoya en Estonie, en 1270, une armée qui obtint des succès.

La mort d'Éric, duc de Slesvig, attira, deux ans après , les armées des Danois dans ce pays. Il laissait deux fils, Valdemar et Éric , encore en bas âge; le roi et les comtes de Holstein prétendaient à l'envi à la tutelle.

L'armée d'Éric mit une fin aux déprédations de celle des comtes, qui pillait le pays et s'était déjà emparée de la capitale. Le roi obtint la tutelle, à con-

dition qu'à la majorité du fils aîné, il lui donnerait l'investiture.

Le différend entre le roi et l'archevêque fut enfin terminé, en 1274, au concile de Lyon, par Grégoire X. Erlandsen reçut quinze mille marcs d'argent comme indemnité des revenus qu'il n'avait pas perçus pendant dix ans. Bientôt après, sa mort, arrivée dans l'île de Rugen, avant qu'il eût repris possession de son siège, débarrassa le roi d'un ennemi redoutable. Mais ce prince abandonna à la cour de Rome la dîme ecclésiastique pour servir aux frais d'une nouvelle croisade, et renonça au droit de donner l'investiture aux prélats, ainsi qu'a celui de leur demander le service militaire.

Quelques historiens ont dit qu'Éric, livré à la dissipation et aux débauches, tomba dans le mépris; cette cause put contribuer aux malheurs de la fin de son règne , mais on peut en chercher une plus réelle de ces calamités dans la dégradationde l'autorité royale, dans l'esprit turbulent et séditieux des prélats, des grands et de la noblesse, enfin dans des mesures inconsidérées du roi.

La paix était à peine rétablie, qu'il se mêla, très-inutilement, des brouilleries qui divisaient la maison royale de Suède; la part qu'il y prit ne produisit aucun événement important; elle augmenta la misère publique, et de nouveaux démêlés avec la noblesse.

Éric ne put empêcher une guerre civile d'éclater que par de nouveaux sacrifices d'une portion de son autorité.

Le Halland septentrional fut rendu au comte Jacob; le Halland méridional fut concédé à Éric, fils du duc Canut; Éri<^ Langbén (longue jambe), fils de feu Éric, duc de Slesvig, reçut en fief l'île de Langeland. Valdemar, son frère , non content d'avoir obtenu l'investiture du duché de Slesvig, forma des prétentions sur les domaines que son grand-père Abel avait possédés en Fionie et dans l'île d'Alsen.

Pour forcer le roi à ces restitutions, il s'allia contre lui avec plusieurs seigneurs danois . et avec Éric , roi de

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Norvège, qui déjà faisait la guerre au Danemark , pour réclamer l'héritage de Sa mère Ingeborge, fille d'Éric Plogpèhnifts. Il se disposait à passer dans cê royaurrie, lorsqu'il fut arrêté à Elseneur, en 1285. Sa prison fut bientôt ouverte: aux instances d<s ducs de Holstein et d'autres princes de la Venédie, et à condition qu'il rendrait les îles d'Alsen, d'Arrôe et de Femern, prêterait au roi serinent de fidélité, ne battrait monnaie qu'au nom du roi , et ne pourrait se dispenser d'assister aux états du royaume.

Éric était passé en Jutland ; le 22 novembre 1286, il së reposait des fatigues de la chasse dans une grande du village de Finderup, près de Viborg ; des assassins masqués y entrèrent et le tuèrent en le frappant à la tête avec une masse d'armes. Jl laissa deux fils, qui régnèrent, et deux Ailes :

Marthe, qui épousa Birger, roi de Suède, et Richiza, mariée à Nicolas de Verle, prince de la hiaison de iWecklenbourg. Nous verrons plus tard ses descendants parvenir au trône de Danemark.

Éric avait reçu son surnom de l'habitude de clignoter continuellement.

On a vu que son règne avait été trèsorageux; et, par le récit des événements, que la noblesse n'était pas satisfaite de lui , ce qui occasionna un soulèvement. Il en résulta la capitulation qu'il donna en 1^82 , et par laquelle il promit de remédier aux abus qui avaient produit le mécontentement.

Le clergé ne l'aimait pas non plus , prétendant qu'il employait les dîmes de l'Église à fairé la guerre. On l'accusa aussi d'avoir mis à la charge des couvents l'entretien de ses chevaux et de ses chiens de chasse.

t.RIC. VU MCNDVID.

Éric , qui depuis fut surnommé Mendved, d'après un juron qui lui était habituel (*), n'avait que douze ans

(*) Ce juron était plutôt le contraire de l'idée attachée à ce mot. En elTel , quand Éric affirmait ou admettait une chose , il se bornait à dire ja sommônd (oui, assurément).

à la mort de son père. A 2 nés, sa mère, fille d'Otton, margrave de Brandebourg, agit avec beaucoup de prudence en faisant déférer la régence a Valdemar, duc de Slesvig; celui-ci convoqua aussitôt les états à Skielsk idr, en Seeland, et leur proposa de rechercher les meurtriers du roi. Ceux-ei, justement alarmés, conspirèrent pour enlever le jeune roi , afin de s'en faire un otage qui assurât leur impunité, et leur procurât le moyen de faire la loi.

La vigilance de Valdemar ayant déjoué leur eomplot, ils s'enfuirent. Une nouvelle assemblée des états fut convoquée, en 1287, à Nvborg, et reprit l'information contre lés auteurs et fauteurs de l'assassinat du roi. C'étaient Jacques, comte de Halland, Stig, maréchal de la cour, et sept autres sei-

Êneurs. lis furent condamnés à un annissement perpétuel et. à la confiscation de leurs biens. Les coupables se sauvèrent auprès d'Éric, roi de Norvège, alors brouillé avec le Danemark:

ce prince leur assigna pour demeure Kongel, ville maritime à l'extrémité méridionale de ses États. De là ils ravagèrent , pendant plusieurs années, les côtes de Danemark. La guerre entre les deux royaumes, suspendue en 129*, par la trêve de Laholm, ne fut entièrement terminée que par le traité signé, le 24 juin 1908, à Copenhague.

Le roi de Norvège reçut satisfaction pour ses réclamations ; le sort des familles des régicides fut réglé , et les deux rois s'allièrent en faveur de Birger , roi de Suède , que ses frères avaient détrôné.

Les états, après avoir prononcé leur sentence contre les régicides , avaient assisté au couronnement du jeune roi, le jour de >'oël ; puis, cédant aux justes réclamations du duc Valdemar, ils lui rendirent les îles d'Alsen, d'Arrôe et de Femern.

Pendant que la guerre durait encore

ou net sommônd (non, assurément). L'on avait autant de confiance à celte formule simple qu'au serment d'un autre. Ainsi ce surnom de mendved i^bien sûr) donné à Éric prouve <|ue jamais un serment ne sortait de sa bouche.

avec la Norvège, les querelles de la rovauté avec le clergé recommencèreôt. Jean Grand, prévôt de l'église de Rôskild , parent de quelques-uns des meurtriers du feu roi , avait été soupçonné d'une participation quelconque a cet attentat. Quoiqu'il se fût justifié, le roi le regardait toujours confine coupable. Cette haine s'accrut encore lorsque, contre le gré du roi, Grand, promu , en 1290, a l'archevêché de Lund , rejeta plusieurs sujets que le monarque lui présenta pour remplir des bénéfices à sa nomination; il retusa de promulguer l'excommunication lancée par le pape contre les assassins d'Éric VI et leurs adhérents, quoique le légat du saint-siége en Allemagne le lui eût expressément ordonné ; enfin, dans un concile tenu à Hôskild , il avait renouvelé l'anathème prononcé, en 1257, par l'assemblée séditieuse de Yedel.

Justement indigné, Éric chargea Valdemar son frère d'arrêter le prélat orgueilleux. Valdemar le fit couvrir de haillons , lier sur un mauvais cheval, conduire ainsi à Helsingborg, où on le promena dans les rues ; enfin, le prélat fut jeté à fond de cale dans un navire qui le transporta au château deSôeborg, en Seelande, où il fut enfermé dans un cachot, les fers aux pieds et aux mains.

Valdemar , après s'être emparé de Grand, se saisit des archives archiépiscopales, brûla toutes les chartes relatives aux donations faites par les rois à l'église de Lund, et s'assura de la personne de Jacques Lange, qui en était prévôt. Mais , au bout de six mois, celui-ci s'échappa de sa prison de Kallundborg , et courut à Rome, où Grand le rejoignit en 1295. Tous deux portèrent plainte au pape contre le roi. Un légat envoyé en Danemark ne put arranger le différend ; Éric ne voulut pas céder. Boniface VIII , le plus altier, peut-être, des successeurs de saint Pierre, condamna le roi, par une buHe du 20 février 1298 à une amende de quarante mille marcs d'argent , et mit le royaume en interdit jusqu'à ce qu'elle eût été payée. Cette

bulle causa tant de troubles, que le roi prit, ën 1302, le parti de céder; cependant, Il obtint due GraMd renoncerait au siège dé Lund, qui fut donné à Isarn, légat du papé. Isarn, plus tard nommé archevêque de Salerne, rië retourna pas en Italie les maïns vides; son avidité et ses exactions ont rendu son nom fameux ën Danemark.

Grand reçut une indemnité considérable et obtint l'archevêché de Brème,

Î[Uf, bien que très-riche, ne put satisaire cet ambitieux dont le caractère inquiet portait la discorde partout.

Pendant ces tracasseries intestinês 1 , divers événements avantageux pour le Danemark s'étaient passés. Lubeck avait demandé â Éric, en 1290, sa 4 protection, d'abord pour dix ans, ensuite pour quatre, movennant un payement annuel de sept cents marcs d'argent. Nicolas, prince de Mecklrnbourg-Rostock, connu sous le nom de YEfifant de Rostock, qui avait des motifs de craindre le ressentiment des margraves de Brandebourg, céda d'abord à Éric la souveraineté, puis r en 1300, la propriété de la ville de Rostock. Mais l'esprit mutin des habitants causa tant de séditions, qu'en 1317 Éric donna cette principauté, pour la somme de quatorze mille marcs d'argent, à Heliri le Lion, duquel descendent les deux branches de la maison ducale qui existent aujourd'hui.

Éric fut sérieusement impliqué dans les troubles survenus en Suède, sous le roi Birger. H fit la guerre aux frères de ce prince, depuis 1307 jusqu'à la paix de Helsingborg, siçnee le 15 juillet 1310; par ce traité il conféra à ces princes le comté de Halland , à titre de fief et à condition de lui fournir* le cas échéant, soixante hommes de guerre. La paix de 1308 avait transporté ce pays à Haquin VI , roi de Norvège; celui-ci y avait renoncé eu faveur des princes'de Suède. Éric s'allia de nouveau, en 1318, avec Birger ; ses troupes furent battues , et la même année il conclut une trêve avec le gouvernement de Suède.

Une révolte, que le poids des impôts avait occasionnée en Jutland,

SO L'UMVERS.

fut réprimée par l'activité, la pruden- de vendre ou d'engager un grand nomce et la modération d'Éric; les chefs bre de domaines de la couronne et les seuls subirent la peine de mort; les îles de Langeland , Laaland , Falster, séditieux moins coupables furent con- Fionie; néanmoins, ses finances ne damnés à payer de nouvelles taxes s'améliorèrent pas, et à sa mort il et assujettis à de nouvelles corvées. était accablé de dettes.

Les chagrins domestiques d'Éric fu- Êrip avait épousé Ingeborge, sœur rent d une bien autre conséquence, de Birger, roi de Suède. Les quatorze Dès l'année 1297, son frère Christo- enfants qu'elle lui donna moururent phe lui avait donné de fréquents sujets tous avant lui. Ce qui dut aggraver de plainte. Le roi, réconcilié avec lui, son affliction fut l'idée d'avoir pour le combla de bienfaits; il lui conféra successeur un frère dont l'esprit turl'investiture de l'Estonie pour six ans, bulent avait causé tant de maux au à condition qu'il la défendrait contre royaume. Aussi, se voyant près de sa les courses des païens : bientôt il fin, il recommanda aux principaux seiajouta à son apanage le Halland mé- gneurs qui l'entouraient de l'exclure ndional, qui devait même passera ses du trône. Ce fut dans ces sentiments héritiers. Christophe n'en continua ses qu'il mourut à Ringsted, le 13 nomenées qu'avec plus d'activité et de vembre 13 lu, à l'âge de quarante-cinq succès , la situation du Halland lui ans.

procurant la facilite de recevoir des Quelques historiens ont dit qu'il

secours du roi de Norvège. Alors, Éric était violent et haineux; d'autres ont

annula cette cession , et Christophe vanté son équité, sa douceur, sa bon-

irrité chercha une retraite en Suède, té, sa modération; vertus qui lui va-

sur la fin de 1308. lurent la confiance des princes d'Alle-

Le roi publia contre lui un mani- magne, ses voisins, toujours prêts à feste contenant de nombreux griefs ; prendre ombrage des moindres suc- Christophe répondit en rejetant sur cès des rois de Danemark, la malice de ses ennemis les préven- Il appartient aux législateurs du tions du son frère. Une réconciliation Nord; il fit rédiger, en 1315, les lois nouvelle suspendit quelque temps les féodales de l'Estonie; ce code fut progrès de cette inimitié. Christophe adopté en Livonie, et partout où dorevint en Danemark; son ambition minait l'ordre Teutonique. Éric fit inquiète l'en fit sortir bientôt; il- se aussi revoir et corriger la loi de Seeretira, en 1315, chez son beau-frère land de Valdemar II; et, par une at- Vratislas, duc de Poméranie, puis sus- tention b;en rare et bien louable dans cita le margrave de Brandt bnurg , et un siècle si grossier, il ordonna que dans le pays des Venèdes, d'autres enne- l'on formât un recueil de tous les acmis à sa patrie. Éric, de son côté, mit tes publics , documents, mémoires et dans ses intérêts le due. de Saxe, les autres pièces qui pouvaient servir à comtes de Holstein, le comte de Schwe- l'histoire du Danemark, rin , le prince de JVIeckienbourg. Les On peut croire que ce fut dans la hostilités désolèrent ces contrées et les vue de faire fleurir le commerce qu'il îles danoises; le traité de. Vording- accorda divers avantages aux marborg, en Seeland, les fit cesser. chauds étrangers; il gratifia ceux de

Ces guerres étrangères et li s dissen- Deventer et de Harderwick, en Néersions intestines toréèrent Éric a aug- lande, d'un emplacement fixe et commenter les impositions, au point que, mode dans les marchés de Skanôr et en 1318, eles absorbaient un dixiè- de Falsterbo en Scanie, donna de pâme de tout le revenu du sol; une ad- reils droits aux habitants de Rostock, ministration vicieuse, et les dépenses confirma les privilèges des Lubeckois, inutiles qu'il fit pour être reconnu sei- leur permit d'avoir dans ces lieux des gneur suzerain des princes de iMeck- juges de leur nation pour décider, lenbourg et de Poméranie, l'obligèrent suivant leurs lois et celles du com-

merce, les différends qui s'élèveraient

espèce d'imposition et de toute juri-

entre eux. On a dé,à remarqué qu'a- diction temporelle: aueun étranger ne

lors la pêche sur les côtes de la Sca- peut obtenir des bénéOces ecclésiasti-

nie et du Sund était importante; les ques; aucun Allemand ne peut être

habitants des villes étrangères que l'on nommé membre du conseil ; le roi ne

vient de nommer étaient les seuls peut faire la guerre sans l'avis des

dans tout le Nord qui s'appliquassent états, ni établir aucun impôt sans

au commerce et qui l'entendissent: leur consentement ; tous ceux qui

peu à peu ils le firent passer entière- n'existaient pas du temps de Valde-

ment entre leurs mains, au détriment mar II cesseront d'être perçus; toutes

des peuples Scandinaves. les lois rendues sous ce prince reste-

cHRisTorin m ronten vigueur; il sera tenu annuellement une assemblée des états {da-

Le Danemark était dans une triste nehof) à Nyborg; le roi ne peut,

décadence augmentera sous le suc- des ordonnances; il détruira les cha-

cesseur de ce monarque. Christophe teaux nouvellement construits: il paye-

était encore en Poméranie, où il vi- ra les dettes laissées par son frère;

vait, avec ses trois fils, des bontés il dégagera les domaines engagés; il

de son beau-frère, lorsqu'il apprit le restituera les biens confisqués sur les

décès de son frère. Il accourut en bannis; le droit de warech sera aboli.

Danemark, où un autre co npétiteur Quoique dans cet acte il soit question

au trône se présentait : c'était Éric II, de quatre ordres composant les états

duc de Slesvig, arrière-oetit-fils du du royaume, savoir : les prélats, la

roi Abel, et, par conséquent, nppar- noblesse, les bourgeois, les paysans,

tenant à la ligne aînée, exclue quand néanmoins la forme du gouVerne-

Cliristophe I er devint roi. Le choix ment était purement aristocratique,

d'Éric aurait eu pour résultat la réu- puisque ni les bourgeois, ni les pay-

nion du Slesvig, province importante, sans , n'avaient la moindre part à la

Quant à Christophe, il avait perdu ses législation.

droits a la couronne, en se revotant Christophe , après avoir été coucontre le roi, son frère, et en intro- ronné, en 1322, avec Éric, son (ils duisant une armée étrangère dans le aîné, à la diète de Vordinborg, par pays. Toutefois, ses promesses à plu- Esger Juul, archevêque de Luud,s'ocsieurs seigneurs puissants , et les dis- cupa de prendre les mesures qui poupositions qu'il montrait à souscrire vaient l'affermir sur le trône. La notelles conditions qui lui seraient pré- blesse avait des chefs puissants par sentées, firent qu'il obtint la prêté- leur crédit et par leurs richesses, et rence sur le duc de Slesvig. toujours disposés à la révolte. Il fal- II fut proclamé roi de Danemark lait les contenir par la crainte et la après avoir signé, le 25 janvier 1320, violence, ou les gagner par des bienà Viborg, en Jutl ind , une capitula- faits. De ces deux partis également tion; c'est la première qu'un monar- dangereux, Christophe choisit le derque danois ait souscrite préalablement nier. Il fit, conformément à la capituà son élection, car celle de 1282, qui a lation, raser les forteresses du Jutservi de base à l'acte de 1320, n'a été land; il donna en fief, à Canut Porse, dressée que dans la vingt-deuxième le Halland méridional, Callundborg en année du règne d'Éric VI ; elle fut, Seeland, et l'île Sainsôe, avec le titre par conséquent, plutôt une charte ar- de duc, qui avait jusqu'alors été rérachée à un roi déjà déconsidéré serve, en Danemark, a des princes du qu'une capitulation. Celle de Christo- sang. C'étaient les domaines que le roi plie II introduisit ou confirma 1rs res- lui-même avait eus en apanage pentrictious suivantes de la prérogative dant le règne d'firic, son frère; l'Esroyale : Le clergé est exempt de toute tonie y fut ajoutée. Ce seigneur avait

6 e Livraison. (Danemark.) 6

position à la mort d'Éric VII; la

L'UNIVERS

avancé au roi quatorze mille marcs de ne pas payer les autres dettes que le d'argent. Plusieurs autres reçurent feu roi ou lui-même avaient cotitracdes dons proportionnés à leur rang, à tées. La plupart des seigneurs déposleurs services, et surtout à leur crédit gédes formèrent une ligne aussi dangeet à leur influence. Les.princes voisins reuse que celle dont l'assiette du nouvel du Danemark , ou vassaux de la cou- impôt avait menace Christophe. Tous ronne, n'eurent pas moins de part à ceux qu'un su jet quelconque de méconces libéralités intéressées. Henri le tentement animait, se joignirent aux Lion , prince de Mecklenbourg, à qui rebelles; leur armée se jeta sur la Soa- Éric Mendved avait engagé la seigneu- nie et sur la Seeland qu'elle dévasta, rie de Rostock en 1317, l'obtint de causant partout plus de maux que les Christophe, pour lui et ses héritiers, à impôts les plus excessifs n'en eussent titre de fief mouvant de la couronne pu produire. Christophe arrêta ce torde Danemark ; et le premier usage rent , et réduisit Olafàen , chef des que fit Henri de ce présent , fut de révoltés , à se. réfugier dans l'île de vendre, aux habitants de Rostock ses Bornholm, dont la plus grande partie sujets, la petite ville de Varnemiinde, appart nait à l'évêque de Lund. Olafet de leur permettre de détruire en- sen y fut pris : alors tout parut rentrer tlèrement le Danskborg, forteresse dans le devoir, élevée dans leur voisinage par Éric En 1325, la mort d'Éric, duc de Mendved. Slesvig, devint l'occasion de nouvelles Enfin, Christophe donna en ma- et continuelles disgrâces pour Christoriage sa fille Marguerite à Louis, phe. Ce monarque, en qualité de plus margr.ive de Brandebourg , et fit une proche parent et de seigneur suzerain, alliance avec Gérard, comte de Hol- prétendit à la tutelle de V:\ldemar, stein-Rendsbourg, dont le pouvoir s'é- fils mineur laissé par Éric, et soumît tait récemment accru de l'héritage de tout le duché, à la réserve du château la branche de Holstein-Kiel. de Gottorp. De son côté, Gérard, comte

Les largesses de Christophe avaient de Holstein-Rendsbourg, et oncle maépuisé ses finances , les sommes a van- temel du jeune duc, se présenta aussi cées étaient dépensées ; il ne pouvait comme son tuteur, et. sans avoir égard di son autorité privée se procurer de aux engagements qui le liaient a Chris- Pargent par la levée des impôts, sans tophe, il mena son armée contre celle enfielndre sa capitulation Cependant de ce monarque. Elles se rencontrèîa nécessité était si pressante, que tout rent au pied du Hastenberg , près de à coup, et sans y avoir préparé les es- Gottorp; celle du roi fut battue, prits, il demanda , en 18'23, une con- Aussitôt tout le royaume se souleva tribution à tous les Danois sans ex- contre lui; LaurizJôiiesen,drots (grand ception. La noblesse devait payer le sénéchal), Louis Albertsen , grand dixième de ses revenus; le clergé et maréchal, Canut Porse, duc de Halles communes à peu près autant. Aus- land , l'archevêque de Lund, étaient à sitôt un grand mécontentement éclate; la tête des insurgés. Ils publièrent un tous les ordres de Prêtât déclarent au manifeste qui exposait leurs griefs roi qu'ils ne se soumettront pas à contre Christophe : sans doute, il y l'impôt, et le menacent de ne pas res- en avait beaucoup de fondés, mais Is pecter le serment qu'ils lui avaient portaient pour lo phi|Kirt sur des abus « prêté, puisque lui-même enfreignait qui pouvaient être redresses sans reles siens. courir à des moyens violents; d'autres

Dans cette extrémité , Christophe ne devaient être imputés qu'aux mal-

n'osa pas insister; mais il prit un heurs des temps. Ces considérations

autre parti non moins contraire à ses ne furent d'aucun poids sur des esprits

intérêts : ce fut de retirer par force la que l'intérêt particulier, la vanité bles-

plupart des terres et des domaines des sée et le désir d'une indépendance

mains de ceux qui h s tenaient de lui, et absolue dominaient entièrement. I^a

haine que l'on portait à Christophe alla si loin, qu'il fut unanimement résolu de le déposer. Par un décret solennel, on renonça à la foi et à l'obéissance qu'on lui avait jurées, et on le déclara déchu de tout droit au gouvernement, à cause de l'abux insupportable qu'il avait fait de son autorité.

là roi reçut cette nouvelle à Vordlngborg , en Seeland , en même temps que celle de l'approche de l'armée de Gérard, il pensa que son Mis Éric et quelques troupes qu'il lui confierait suffiraient pour la repousser, et que h présence de ce jeune prince apaiserait les factieux. Il en arriva tout autrement. Les soldats d'Éric se tournèrent contre lui, dans le château de Tormborg, situé sur les confins du 4iocese de Ribé et du duché de Slesvr*r, l'arrêtèrent et le livrèrent à Lauriz, qui le fit charger de chaînes et enfermer au ch.Ueau de Hadersleben.

Cette terrible catastrophe effraya tellement le roi, que, perdant tout es-

Eoir de se maintenir en Danemark arses propres forces, il ramassa à la à"tt ce qu'il avait de plus précieux, et, avec ses drux autres fils Otton et ValdefDar, s'embarqua pour Rostock. Henri de Mecklenbourg, dont il réclama l'assistance, et les autres princes de Venédie, alliés ou vassaux de Chrîstohe, ne purent lui fournir que de faites secours; cependant, il reprit Mm-

S" ôrtante forteresse de Vordingborg, ont ses ennemis s'étaient emparés parla trahison du gouverneur. Ce premier succès n'améliora pas beaucoup 86s affaires. Les états, inébranlables dans leur résolution, avaient choisi tour leur généralissime Gérard, comte ae Holstein, en attendant qu'ils eussent élu un nouveau roi. Gérard cerna Christophe dans Vordingborg avec Henri de Mecklenbourg, et obligea, jpar la disette, les deux princes à écouter des propositions ; elles ne furent

£as très-dures. Henri avait à cœur de is éloigner; il les laissa retourner en Allemagne avec leurs vassaux et leurs NdatS. Mais Christophe, qui ne pou-

vait quitter ses États sans regrets, tenta, malgré ses promesses, une descente dans l'île de Falster. Gérard l'y suivit de près, l'enferma une seconde fois, et sa générosité ou sa politique lui laissa liberté, à condition qu il se retirerait à Rostock.

Tandis que Christophe songeait à de nouveaux projets de remonter sur le trône , les chefs des insurgés convoquèrent un danehof à Nvborg. Valdemar, duc de Slesvig, y fut proclamé roi de Danemark le 15 août 1320, et le comte de Holstein nommé regent. Le nouveau roi et le régent jurèrent une capitulation; elle ne fut pas suivie d'un couronnement ; et comme le règne de ce Valdemar ne fut pas long, beaucoup d'historiens ne lui ont pas donné place dans la suite des rois de Danemark.

Ayant ainsi satisfait la portion des habitants qui, en tout temps et en tout ys, applaudit aux changements, rce qu'elle se laisse leurrer facilement par l'espérance qu'ils lui seront avantageux, les chefs de la ligue, qui n'avaient en vue que leurs intérêts et se souciaient très-peu de ceux du peuple , commencèrent à se payer par leurs mains du service qu'ils prétendaient avoir rendu à l'État. Le duché de Slesvig fut donné à Gérard et à ses descendants à perpétuité, à la charge seulement de relever de la couronne.

Le comte Jean de Holstein reçut l'investiture des îles de Laaland/Falster et Femern, et joignit le titre de seigneur de ces îles à celui de comte de Holstein et de Stormarie. Le duc Canut Porse, qui possédait déjà, mais pour sa vie seulement, le Halland méridional avec Samsôe et Kallundborg, en obtint l'investiture pour lui et ses héritiers. Il y joignit, l'année suivante, le Halland septentrional, que lui apporta en dot Ingeborge, fille de Haquin, roi de Norvège, et veuve d'Éric, prince suédois. L'archevêque de Lund rentra en possession de Bornholm ; Louis Albertsen eut Colding et Ribé ; Lauriz Jônesen, Langeland et Arrôe.

En un mot, chacun se fit adjuger ce qui était le plus à* sa convenance*, le

L'UNIVERS

jeune roi, signant tout ce que son tuteur lui présentiit, et les états, par un aveuglement que l'esprit de parti peut seul rendre explicable, voyant le royaume passer pièce à pièce dans les mains de ces tyrans avides.

Le Jutland et l'Estonie, les seules

firovinces qui reconnussent encore 'autorité de Christophe, ne pouvaient lui fournir le moindre secours. Cependant la haine qu'il avait inspirée se calmait peu à peu; on voyait que le régent levait avec rigueur les impôts que Christophe avait demandés.

Au bout de deux ans, ce roi fugitif reçut de plusieurs seigneurs danois l'engagement de se déclarer pour lui, s'il se montrait dans le pays avec une armée. La ville de Lubeck" se mit à la téte d'une confédération de seigneurs de la basse Saxe, qui, en 1329, ramenèrent Christophe dans l'île de Seeland, dont les habitants se soumirent aussitôt ; les Gdèles évéques de Ri hé et d'Aarhuus firent prendre les armes à leurs vassaux, s'emparèrent du château de Hadersleben, et délivrèrent le jeune roi Éric. La réconciliation de Valdemar avec Jean, comte de Holstein-Kiel, et avec Canut Porse, duc de Halland, porta le dernier coup au parti de Gérard. Ainsi, quoiqu'il eûtdefait les troupes du roi en Jutland, et eût pu espérer de nouveaux succès , il préféra de s'accommoder avec Christophe, parce que c'était le vrai moyen de s'assurer la possession des riches dépouilles qu'il avait recueillies durant son administration.

Après une courte trêve, la paix fut signée à Ribé, le 25 février 1330. Valdemar renonça à la royauté, et rentra dans son ancien duché de Slesvig.

Gérard, qui fut obligé de le restituer, en obtint l'expectative, dans le cas où la postérité masculine de Valdemar viendrait à manquer, et reçut en indemnité l'île de Fionie. Le comte de Holstein-KJeI,qui avait avancé à Christophe les fonds nécessaires pour son entreprise, conserva à titre de fiefs Femern et d'autres dont il était nanti pour sa garantie.

Cette paix fut rompue, dès l'année

suivante, par des brouilleries survenues entre le comte Gérard et le comte Jean. Christophe avait embrasse le parti de ce dernier, et, sans attendre que leurs forces fussent reunies, il attaqua, le 30 novembre 1331, l'armée de Gérard dans la plaine de Lohôde ; le jeune roi Éric lit une chute de cheval, et fut blessé mortellement dans cette affaire. Alors, la plus grande partie de la noblesse de Jutland passa du côté du vainqueur. Valdemar reprit le titre de roi, et Gérard celui de régent. Christophe, sans ressource, attendit ce qui ser.it décidé sur son compte. Bientôt les deux comtes de Holstein s'arrangèrent à ses dépens, et se partagèrent le royaume comme s'il eût été leur patrimoine. Une portion de Laaland fut laissée à Christophe sa vie durant, a condition qu'il abdiquerait le titre de roi, et une pension payable en grains fut assignée à son lils" Valdemar. La Scanie, que l'acte de partage avait adjugée au comte Jean, se révolta, et se donna à la Suède, à laquelle Jean vendit ses droits.

Obligé de rester spectateur passif de ces scènes désolantes, Christophe, retiré dans l'île de Laaland, y vivait sans autorité, et si peu considéré, que deux gentilshommes mirent la main sur lui, dans l'espérance de gagner les bonnes grâces du comte Gérard, et le conduisirent à Aaleholm, château qui appartenait au comte Jean. Mais Gérard , instruit de cet attentat, en témoigna hautement sou indignation, et ordonna que le roi fût rendu à la liberté.

Christophe, accablé de chagrins, mourut, le 15 juillet 1333, à Nykiôbing, dans l'île de Falster. Il fut enterré h Sorôe, en Seeland , auprès de son épouse Euphémie de Brandebourg. Il était âge de cinquante-sept ans, et < n avait régné treize, qui ne furent qu'une suite d'infortunes causées par son imprudence.

XHTERRÈGXK.

A la mort de Christophe II, le Danemark paraissait ne pouvoir se rele-

ver de sa ruine; il était partagé entre plusieurs princes indépendants; le Siesvig appartenait au duc Valdeniar; le Jutland et Fionie, avec les petites fies qui en dépendent, au comte Gérard ; Seeland et Langenland , au comte Jean; la Scanie, au roi de Suède; le Hallnnd aux fils de Canut Porse; enfin. Laaland et l'Estonie étaient tout ce qui restait àOtlon et à Valdemar, fils <iu feu roi; encore l'Estonie étaitelle engagée au margrave de Brandebourg pour la dot de son épouse, sœur de ces princes,

L'intérêt des comtes de Holstein les portait à retarder autant qu'ils pourraient l'élection d'un roi; Otton et Valdemar s'occupaient de délivrer leur patrie du joug de ces étrangers et de faire valoir leurs propres droits.

Avec l'assistance de leur- beau-frère, Otton, qui était l'aîné et le plus impatient d'agir, leva quelques troupes, et, en 1334, entra en Jutland. Gérard mit son armée en déroute, le 7 octobre, à Tapuehede, près de Viborg, le Gt prisonnier, et l'enferma dans le château de Segeberg. Valdemar se sauva en Allemagne, et chercha inutilement du secours auprès de l'empereur Louis IV. Les circonstances parurent si difficiles à ce monarque qu'il se contenta d'intercéder pour le prisonnier; ce fut en vain.

Cependant Gérard, jouissant des fruits de sa victoire, gouvernait le Jutland et la Fionie avec un pouvoir absolu et pressurait ces provinces ; autant en faisait le comte Jean dans ses possessions. Ni l'un ni l'autre n'étaient assez simples pour se conformer à la capitulation de Chris'ophe. Valdemar, duc de Siesvig. travaillait à faire revivre les titres que son élection lui avait, suivant cequ'il imaginait,donnés à la couronne de Danemark. Déjà il remboursait à Gérard les sommes pour lesquelles ses propres possessions lui avaient été engagées, ou bien lui donnait des hypothèques sur son duché de Siesvig. Gérard comptait par ces transactions éloigner l'élection de l'un des fils de Christophe, et surtout s'affermir si bien dans la possession

du Siesvig que Ton ne put, comme auparavant, l'en expulser. Les événements déjouèrent ses calculs.

Les Danois, rebutés d'une domination étrangère et tyrannique, jetaient les yeux sur Valdemar, tils de Christophe, pour les délivrer de ce joug odieux; mais ils ne pouvaient que faire des vœux pour lui. Gérard leur fournit l'occasion de ma ni fer ter hautement leurs sentiments secrets. Il venait d'extorquer, en 1340, par un traité conclu avec Valdemar, duc de Siesvig, la possession presque entière de ce domaine, et promettait le Jutland en échange. Ce trafic insultant indigna tellement les habitants du pays qu'ils se soulevèrent. Gérard leva en Allemagne une armée, et rentra dans le Jutland, qu'il dévasta. Il était, dans la ville de Randers, gardée par une garnison de quatre nulle hommes Le I er avril 1340, > ils Ebbesen de Nôrreriis, noble jutlandais, résolu depuis longtemps d'affranchir sa patrie de la servitude étrangère, avait, selon l'usage du temps, déclaré, par un défi, la guerre à Gérard. Il entra la nuit dans le château avec soixante-trois hommes déterminés, comme si lui et sa troupe eussent fait partie de la garnison, pénétra dans la chambre de Gérard, et le tua avec son aumônier et son chambellan. En vain, les habitants et les soldats, éveillés par le bruit, voulurent s'opposer à sa fuite; guidé par la connaissance qu'il avait des lieux, favorisé par l'obscurité, il échappa avec les siens en rompant un pont qui se trouvait derrière lui.

La mort de Gérard mit un terme aux troubles qui depuis tant d'années désolaient le Danemark; elle consterna l'armée de ce chef, elle ranima l'ardeur des Danois. Ils se réunirent, et, persuadés que Valdemar, lils de Christophe, était le seul qui pût les sauver, ils le choisirent unanimement pour roi. Bientôt l'acte de cette élection lui fut envoyé, malgré l'opposition des comtes de Holstein.

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