‹ Danger des médicaments antisyphilitiques chez les rénauxChapitre 10 sur 30 · V. Heimann · texte numérisé non relu

V. Heimann

l’onguent napolitain ; ni surtout lorsque nous pratiquons une injection intra-musculaire d'huile grise. Cette préparation était autrefois très usitée ; elle s’absorbait difficilement, restant souvent dans les muscles, à là place même où elle avait été injectée, y formant des nodules qui persistaient parfois des mois. Il y avait là une réserve de mercure qui, brusquement, alors que le traitement était interrompu depuis longtemps, se déversait dans l’organisme, donnant lieu, à ce moment, à une résorption massive avec tous les accidents d’intoxication auxquels on pouvait s'attendre.

Malgré ces inconvénients, l'huile grise est encore employée souvent ; à notre avis, c’est un médicament qui devrait être abandonné comme trop peu maniable, tout au moins lorsqu'il s’agit de traiter des rénaux. |

Une de nos observations montre une malheureuse malade hÿpertendue dont le mari était syphilitique et qui, sur ce seul fait, fut soumise à des injections d'huile grise qui aboutirent rapidement à une intoxication mortelle.

Arsenic. — Les lésions rénales crées par l’intoxication arsenicale aiguë sont bien connues depuis la thèse de Brouardel. On sait, depuis longtemps aussi, que les intoxications chroniques professionnelles ou médicamenteuses lèsent également le rein, mais

moins que le mercure. Les accidents arsenicaux

porteraient surtout sur le système nerveux, cutané,

et le foie. Aussi fut-on tenté, lorsque les arsénobenzënes apparurent dans la thérapeutique antisyphilitique, de les utiliser chez les rénaux.

On voulut même étendre les indications de l’arsénobenzol, et s’en servir lorsqu'il s’agissait de traiter une syphilis chez un malade atteint par ailleurs de lésions rénales, plus ou moins accentuées. Mais c’est ici qu’apparurent les difficultés ; l’arsénobenzol nous semble plus toxique pour le rein qu’on n’a bien voulu le dire Jusqu'à présent.

SICARD avait déjà montré que le taux de l’urée sanguine s'élevait parfois. à la suite d’injections de novarsénobenzol.

D’autres auteurs on fait des remarques analogues portant soit sur l’urée sanguine, soit sur la constante d’Ambard. Axiz Mouxrar constate que le novarsénobenzol chez les syphilitiques rénaux donne sou-

vent une éxagération de l’albuminurie au début de la série, mais 1l conseille de ne pas s’arrêter, des améliorations notables survenant à la fin des injections ; il ajoute cependant que certains malades ont un rein qui ne tolère pas du tout le novarsénobenzol, même quand leur néphrite semble bien être syphilitique ; un de ses malades faisait une poussée d’ædèmes et une dyspnée inquiétante après chaque injection.

Mesrcaersky pense que le novarsénobenzol peut accentuer momentanément les troubles rénaux (albuminurie, cylindres), que présentent parfois les

syphilitiques secondaires. Pour lui, 1l s’agirait d’une

réaction de Herxheimer qui ne contre-indique pas le traitement.

Mais des accidents beaucoup plus graves ont été rapportés :

Lesné a relaté l’observation d’une malade de 38 ans présentant une syphilis bénigne datant de six ans ; cette femme avait des reins apparemment normaux; à plusieurs reprises, l’albumine avait été recherchée, la tension artérielle prise. Trois séries de novarsénobenzol avaient déjà été faites et très bien supportées. On commence une quatrième série avec une injection de 0,15 ; d’emblée, des frissons surviennent, puis de la pâleur, de la dyspnée et tout de suite une anurie presque complète. L’évolution se fit en huit jours vers la mort dans un tableau d’urémie confirmée, l’urée sanguine passant de 0,48 ab :or. 00.

Mav, Kapran et BorcErT ont observé chez un malade qui recevait sa 3€ injection de novarsénobenzol (0,30). des malaises, des vomissements, qui vont en s’accentuant les Jours suivants, s’accompagnant d’oligurie et d’une azotémie qui monte jusqu’à 5 gr. 26, douze jours après la piqûre. Leur malade guérit, cependant, au bout d'environ deux mois.

ScuruP rapporte l’observation d’un malade de 30 ans syphilitique depuis 15 ans et qui avait reçu en six mois, une série de Salvarsan, sans dépasser 0,60, une série de silbersalversan, des frictions mercurielles et de l’iodure de potassium. Toutes ces mé-

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