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INDICATIONS DU TRAITEMENT ANTISYPHILITIQUE CHEZ LES RÉNAUX

L'emploi des divers médicaments antisyphilitiques chez les rénaux, pose des problèmes trés délicats.

Tantôt, il s’agit de syphilitiques indiscutables, présentant une néphrite aiguë dont les caractères cliniques et biologiques permettent d'affirmer l’origine syphilitique. Théoriquement, tout est très simple, et de traitement est ici indiqué formellement ; seul reste à déterminer le médicament qu’on choisira.

En réalité, les critériums manquent pour affirmer la nature syphilitique d’une néphrite. Dans un petit nombre de cas, les caractères cliniques sont tels qu’ils permettent une certitude : syphilis récente ou malade en pleine période secondaire avec accidents cutanés et Bordet-Wassemann positif néphrite aiguë hydropigène avec très gros œædèmes et albuminurie très élevée, résistance de ces symptômes au traitement habituel des néphrites, disparition rapide dès qu "on

institue le traitement antisyphilitique. Mais, bien rarement, on à un tableau clinique aussi net. Burcernour, dans un article très judicieux, dit que le diagnostic devrait pouvoir s’étayer sur 4 éléments : la notion de syphilis antérieure et certaine ; l’existence de symptômes propres à la syphilis ;un substratum anatomique; enfin,le succès du traitement. Malheureusement, les trois derniers éléments sont en général très discutables, le seul symptôme propre à la néphrite Syphilitique serait l’albuminurie élevée, encore faut-il des chiffres vraiment considérables car toute néphrite aiguë peut donner une grosse albuminurie. Signalons que, pour Munk l'existence de granulations graisseuses dans les cellules épithéliales et les cylindres serait pathognomonique. Le substratum anatomique manque totalement ; même sous le microscope, rien ne permet de distinguer une néphrite syphilitique d’une néphrite aiguë à frigore. Enfin, le traitement semble parfois rester

inactif, même dans des cas où la syphilis est bien en cause.

BurGErnour conclut qu'à toute période de la Syphilis peut apparaître une néphrite du type néphrite parenchymateuse, ou néphrose ; le rapport entre la néphrite et la Syphilis peut être admis, mais ‘ans Que ce ‘rapport soit absolument étroit ; il est possible que la Syphilis ne joue qu’un rôle prédispo- Sant, c’est ce qui explique que l'effet du traitement soit aussi incertain.

Malgré ces réserves, ce sont là les cas faciles où

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VPindication du traitement est formelle lorsque la néphrite a résisté aux thérapeutiques banales.

Beaucoup plus difficile est le problème que pose une néphrite chronique chez un syphilitique ; cliniquement, rien ne permet de différencier le mal de Bright banal du mal de Bright syphilitique. Pourtant, la plupart des auteurs sont d’accord pour attribuer à la syphilis un rôle important dans la génèse des néphrites chroniques chez des sujets jeunes. Outre l’âge du malade, on étaiera le diagnostic sur l’antécédent de chancre, la coexistence d’accidents syphilitiques, les réactions sérologiques si elles existent, et enfin, intégrité antérieure des reins. Même lorsque tout concorde pour qu’on puisse vraisemblablement rattacher la néphrite à l’infection syphilitique, quelle est la conduite à tenir ? On sait malheureusement, combien peu agit le traitement sur ces lésions ; 1l est pourtant légitime de l’essayer et s’il existe d’autres lésions syphilitiques en évolution, on y sera forcé. Nous pensons qu’on devra, avant tout, établir le bilan exact de l’état des reins par un examen aussi complet que possible : outre la recherche de l’albumine, des cylindres granuleux, la prise de la tension artérielle, il faudra plusieurs dosages d’urée successifs séparés par quelques jours d’intervalle. Si l’urée sanguine est au-dessous de 0,50, l’épreuve de la phénol phtaléine est indispensable. Au besoin, on recherchierait aussi la constante d’Ambard, on pratiquerait les épreuves de dilution et de concentra-

tion de Volhardt. Ce n’est que l’orsqu'on connaîtra ainsi, aussi exactement que possible, l’état de la fonction rénale, qu’on pourra commencer le traitement. On sera en mesure, au moyen des examens régulièrement pratiqués, d'apprécier l’action de la thérapeutique, de la conduire judicieusement et de l'interrompre tout de suite si l’on dépistait un trouble nouveau de la fonetion rénale.

Bien souvent, ces Brightiques sont porteurs d’autres lésions syphilitiques en activité, aortite, début de syphilis nerveuse par exemple, qu'il est fort important de traiter : il y a alors une balance à établir entre l’urgence du traitement des accident évolutifs, et le danger pour le rein ; chaque malade pose un problème différent qu’il appartient à son médecin de résoudre. En allant prudemment, et en tâtant la susceptibilité du malade, on pourra souvent faire supporter un traitement suffisant Sans agpraver l’état rénal.

Si, au contraire, la néphrite est la seule manifestation chez un ancien syphiltique c'est l’opportunité même d’une tentative de traitement qui est infiniment discutable. Que peut-on espérer du traitement ? Bien peu de choses, peut-être, et au prix de quels risques ?

Enfin, une catévorie de malades nous intéresse particulièrement ; ce sont ceux qui, atteints d’insuflisance rénale légère ou grave, ont, en même temps, des antécédents de syphilis ou d’hérédo-

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Syphilis, non certains mais douteux, et chez qui on tente un traitement dit « d’épreuve ». La plupart de nos observations se rapportent à des cas de ce genre : albuminurie avec Bordet-Wassermann positif sans signes cliniques de syphilis (Observation VI) Bordet-Wassermann positif à un seul examen, chez un rénal avéré, sans signes de syphilis (Observation IX) ; albuminurie isolée sans aueun signe clinique ni sérologique de syphilis (Observation VII) ; néphrite probablement gravidique avec Bordet- Wassemann positif (Observation IV); œædèmes et forte albuminurie sans signes de syphiis avec Bordet- Wassermann négatif (Observation IT) ; grande hypertension Chez une femme dont le mari a été syphihtique, elle-même n’en ayant aucun signe (Observation 11). Tous ces malades ont reçu des traitements d’épreuve parfois très énergiques etilsont vu s’aggraver leur lésion rénale ; deux d’entre eux ont reçu de l’huile grise qui a été particulièrement néfaste. Nous pensons que tous les médicaments antisyphilitiques étant très dangereux chez les rénaux, de tels malades ne doivent être traités qu’à bon escient, c’est-à-dire : 1° quand des accidents syphilitiques imposent le traitement ; 20 quand le bénéfice à espérer peut être mis en balance avec le risque à courir. Il ne s’agit pas ici de ces traitements d’épreuve que l’on tente en se disant qu’on peut toujours essayer, quitte à abandonner en cas d’insuccès ; il faut se rappeler qu’on manie une arme dangereuse.

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