PATHOGÉNIE DES ACCIDENTS AU COURS DU TRAITEMENT
La question de savoir comment agissent sur le rein les trois médicaments antisyphilitiques n’est pas clairement résolue dans tous les cas. La néphrite bismuthique, par exemple, est niée par certains auteurs, du moins en tant que néphrite toxique.
- Pour Jean Drevyrus, pour Bory, le bismuth agirait
en provoquant d’abord une stomatite qui constitue un foyer d'infection ; c’est toujours secondairement qu'apparaît la néphrite, et c’est donc une néphrite infectieuse ou tout au plus toxi-imfectieuse. Avrimovicr est d’un avis différent : d’après lui, la stomatite indique déjà un certain degré d’imperméabilité rénale, le médicament tendant à s’éliminer par une autre voie. D’après les auteurs allemands (Licaten- BERG, Dierec), le bismuth provoque sinon des néphrites vraies, du moins des troubles de la fonction rénale qu’on peut classer en 3 groupes : polyurie V. Heimann | 9
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simple ; albuminurie ; et « néphrose sédimentaire », c’est-à-dire, desquamation épithéliale du rein ; cette dernière seule commanderait arrêt du traitement.
Quoiqu'il en soit de sa pathogénie, la néphrite bismuthique, n’en existe pas moins et sera d'autant plus à craindre chez les malades présentant déjà une perméabilité rénale insuffisante qui favorise la rétention du toxique et l'apparition de la stomatite et des troubles digestifs qui caractérisent l’intoxication bismuthée.
Mais la notion d'intoxication ne suffit pas à expliquer certains accidents d’allure très brutale, qu’on a observés avec le novarsénobenzol surtout, mais aussi avec le mercure et le bismuth. Telle est l’observation déjà citée de Scarup dont le malade mourut de néphrite 55 heures après une seule injection de 0,60 de novarsénobenzol; de même celle de LEesnÉ: mort après 8 Jours d’urémie à la suite d’une seule injection de 0,15 de novarsénobenzol ; celle de Le- MIERRE et BERNARD : néphrite aiguë azotémique après la quatrième injection de novarsénobenzol (0,60) ; celle de May, Kapzax et Bozcerr : néphrite aiguë azotémique après la troisième injection (0,30) de novarsénobenzol ; celle de Gracarpy enfin : mort 18 heures après la quatrième injection (0,30) de novarsénobenzol. |
Le malade de Scarup, celui de LEsNÉ et celui de Lemierre étaient des syphilitiques anciens, ayant déjà reçu plusieurs séries de novarsénobenzol qu’ils avaient fort bien tolérées. Pourquoi tout à coup ees
accidents dramatiques ? Faut-il invoquer une toxicité particulière du produit employé ? Nous ne le croyons pas, tous les arguments sont contre cette hypothèse.
Chez le malade de Scarur, l'autopsie a montré une congestion intense des reins avec nécrose des glomérules et des cellules des tubes contournés ; chez le malade de Gracarny, seulement de Ja congestion de la corticale d’un des reins.
E. May et ses collaborateurs comparent ces accidents rénaux brusques à une sorte de crise nitritoïde rénale. Cliniquement, comme le font remarquer Lewi£rRe et Étienne Bernarp, il semble s’agir avant tout de phénomènes congestifs qui n’évoquent point l’idée de toxicité. Dans la très curieuse observation publiée par Nicozas et LacassAGwe, l’hypothèse de toxicité peut être complètement écartée : Leur malade, une femme de vingt ans, atteinte de syphilis secondaire, reçoit, sans incident, 0,30 de novarsénobenzol. Sept jours plus tard, elle reçoit 0,45, et 48 heures après cette dernière injection, elle présente de la lassitude, puis des convulsions, tombe dans de coma et meurt le jour suivant. Le point intéressant est que l'injection qui a déterminé la mort de cette malade a été faite en prenant la moitié d’une ampoule de 0,90. L'autre moitié a été injectée à une autre malade qui n’a ressenti aucun trouble.
Nous avons ‘déjà cité l’observation d'AUBERTIN et Desroucues : néphrite azotémique brutale apparue après une seule injection de Quinby ; d’abord,